Je ne connais que des phrases du type de
Par acte d’huissier en date du Monsieur X a donné assignation à Monsieur Y d’avoir à comparaître et se trouver le ... par devant le Tribunal de ... pour
- s’entendre déclarer Monsieur X recevable en son action et ...
- s’entendre ordonner ... et condamner Monsieur Y à rembourser au requérant ... ;
- s’entendre ordonner l’exécution provisoire du jugement...
- s’entendre condamner Monsieur Y aux dépens ;
pour s'entendre peut être remplacé par pour qu'il entende.
Dans tous les cas, le verbe qui suit est à l'infinitif, puisqu'il s'agit d'une action faite au tribunal.
Mais est-ce le même cas ?
Jean-Luc a écrit:
J'opte pour la formulation passive qui ressortit plus au style administratif, lequel joue de manière systématique sur la modalisation (la fameuse neutralité, ou la fuite des responsabilités...) et les effets.
Je crois qu'il faut distinguer le style adminisitratif du style niérarchique, qui n'est pas forcément administratif.
Le style administratif, tel qu'on me l'a appris, proscrit absolument la métaphore. Donc il n'est pas question de se "voir" condamner. La métaphore est considérée comme un ajout parasite, une mise en scène inacceptable. En principe dans le code civil, dont Stendhal lisait quelques pages avant d'écrire, ou dans un rapport, on n'utilise jamais ce clin d'oeil au lecteur. On expose de façon neutre et sèche. Implacablement un rédacteur qui écrit "à l'échelle de..." est biffé avec le motif:: "Pas d'échelle !"
Mais il y a un autre style qui inclut automatiquement et systématiquement l'idée de domination et de hiérarchie par l'usage de la voix passive, comme dans les phrases que cite Anne "s'entendre (déclarer, ordonner signifier...)..." Cela signifie clairement qu'on n'a pas à l'ouvrir et qu'on va devoir subir. Mais ce n'est pas d'un usage uniquement administratif. Par exemple un "vendeur" me demandait de relire une proposition d'intervention adressée à un patron où il parlait d'abaisser les prix de revient. Je lui faisais observer qu'on pouvait réduire les prix de revient mais pas les abaisser. Il me rétorquait qu'il avait écrit "abaissser les prix de revient" comme on écrit "abaisser la Maison d'Autriche".
Une solution intermédiaire est l'étonnement. Dans l'administration judiciaire on s'étonne énormément. Le procureur général écrit au procureur: "Mr le procureur, je m'étonne que..."
Dans la phrase qu'Edy livre à notre réflexion, le verbe voir joue un rôle de ce genre car il serait très facile d'écrire "Je souhaite qu'on aborde les questions suivantes". "Je souhaite voir" emberlificote l'expression pour montrer qu'il s'agit de quelque chose de plus impérieux qu'un simple voeu. Le verbe voir, qui a été introduit, prend quelque peu le pas sur le verbe souhaiter et fait sauter le débat pour aller directement à l'accomplissement
Putakli a écrit :
Le style administratif, tel qu'on me l'a appris, proscrit absolument la métaphore. Donc il n'est pas question de se "voir" condamner. La métaphore est considérée comme un ajout parasite, une mise en scène inacceptable. En principe dans le code civil, dont Stendhal lisait quelques pages avant d'écrire, ou dans un rapport, on n'utilise jamais ce clin d'oeil au lecteur. On expose de façon neutre et sèche. Implacablement un rédacteur qui écrit "à l'échelle de..." est biffé avec le motif:: "Pas d'échelle !"
oui, je suis bien d'accord avec vous. Depuis des années que je rédige des conclusions devant la cour d'appel chez les avoués, c'est une formulation qui a toujours été proscrite.
Mais voilà, aujourd'hui, je suis contraint de changer de profession et les avocats utilisent énormément cette formulation et je suis contraint de m'y adapter, ayant un employeur qui tient à ce type de formule plutôt que l'emploi du verbe à l'infinitif : condamner, déclarer...
D'accord aussi avec Anne : cette formulation est employée par certains avocats dans les assignations devant un tribunal.
donc l'infinitif dans tous les cas ??? j'avoue mon étonnement, mais je m'y plierai !
Mettre le verbe au passé jette un autre éclairage sur ces tournures. Par exemple : Après s'être entendu condamner... Qui écrirait condamné ?
L'emploi d'un verbe du 3ème groupe est aussi plein d'intérêt : Après s'être entendu comdamner, M. X a tenu à faire appel contre la décision inique du tribunal, il désire se voir blanchir (qui écrirait blanchi ?), ou absoudre, qui écrirait absous ? Ou : il désire s'entendre absoudre...
Les choses me paraissent compliquées en l'espèce.
"S'entendre" est un verbe (occasionnellement, je pense) pronominal (réfléchi ?) et je ne comprends pas pourquoi on devrait mettre l'infinitif dans certains cas ; d'autant que je m'explique mal dans ce cas, l'exemple que je prenais : "S'entendre la société tenue à payer..." et pas tenir !
verbe pronominal réfléchi, forme active ou non, ou verbe transitif indirect ou complément d'attribution introduit par "à".... j'avoue être totalement perdu.
Quelle est donc la règle de grammaire qui s'applique dans ces différents cas que je vous ai soumis, pour que je puisse "modéliser" cela et ne plus faire de fautes ?
A mon sens la formule S'entendre tenue à... est fautive. Dire le contraire serait admettre ipso facto des formules telles que S'entendre absous... Ce ne peut guère être qu'un raccourci pour S'entendre condamner à être tenue à... Tous les jargons, et au premier chef le jargon juridique en raison de l'ancienneté parfois séculaire de ses formules, ont ce genre de phrases étonnantes...
Mais n'y a-t-il pas de juristes à l'Académie française ?
Compliquons encore les choses : S'entendre (la société) déclarée tenue à... Je pense que bien des difficultés viennent des diverses acceptions de s'entendre. La société n'entend pas ses propres paroles, elle entend celles du tribunal, qui la concernent. D'où la forme pronominale. "Je m'entends condamner à...= J'entends les paroles qui me condamnent à.
Mais Je m'entends tenu à... peut aussi être compris comme un raccourci pour dire J'entends les paroles qui m'enjoignent de...
Dernière modification par Zorah (28/08/2008 11:58)
- S'entendre la société tenue à payer (et pas "tenir" à payer)
qu'est-ce qu'il y a ensuite ?
Les phrases que vous avez données dont incomplètes et difficilement compréhensibles, soit pour cela, soit parce qu'il s'agit d'un langage de juriste.
Il me semble, mais je peux me tromper, qu'il faut un infinitif quand il s'agit d'une action à venir, et un participe passé quand il s'agit d'un état résultant d'une action antérieure.
Je ne crois pas que la construction y change quelque chose
- Emploi pronominal à sens passif : la musique s'entendait (était entendue) (jouer) depuis la rue voisine
- Emploi pronominal réfléchi : je ne m'entends plus parler (moi-même)
A Zorah : oui, dans la passé, tous les jugements étaient lus à haute voix, et il en reste aujourd'hui quelques réminiscences, soit lorsque le magistrat le fait à titre de sanction, par exemple, ou dans différentes matières comme le droit pénal où la condamnation est lue à voix haute devant le prévenu. "S'entendre" vient donc de là. Dans ce cas, signifie : "moi, requérant, je demande à entendre le tribunal condamner mon adversaire à me payer 100 € de dommages et intérêts" (je réponds en même temps à Anne !)
Et pour les exmeples, Anne, c'est curieux, j'en ai plus avec "tenu de" que "tenu à" : s'entendre la société x tenue de payer 100 € à Madame Anne à titre de dommages et intérêts.
Dernière modification par fred866 (28/08/2008 15:04)
Bonjour Fred,
Si je peux me permettre un conseil, je vous suggère de lire le résultat des quatre recherches ci-dessous :
- S'entendre condamner X (X = dénomination de l'assigné) à...
- S'entendre X (X = dénomination de l'assigné) condamner à...
- S'entendre condamné X
- S'entendre X condamné...
Cela vous familiarisera avec cette syntaxe particulière et vous confirmera que l'emploi de l'infinitif pour condamner est obligatoire dans cette formule juridique.
Elle équivaut à entendre condamner soi (Le Littré, sens 5°) :
Terme de pratique. S'entendre condamner, ouïr le prononcé du jugement qui condamne ; expression qui se trouve dans les assignations ; s'entendre condamner, c'est entendre condamner soi.
http://francois.gannaz.free.fr/Littre/x … Rechercher
Dans votre exemple :
je suis d'autant plus embrumé que je me dis :
- S'entendre la société tenue à payer (et pas "tenir" à payer) !
Même en remplaçant par être tenue (comme le propose Zorah), je pense que c'est fautif.
Il me semble qu'il ne faut utiliser, après s'entendre, que des verbes conjugables à la forme active, comme condamner, obliger, sommer, contraindre, etc. ; car en fait, ce que l'assigné vient entendre, c'est le Président dire : « Je vous condamne à ; je vous somme de ; je vous oblige à ; je vous contrains à ; etc.
Il ne peut pas dire : « Je vous tiens à...» (quoique... je n'en sais rien... mais cela me semble bizarre !)
Quant à :
Les choses se compliquent passablement quand je demande à m'entendre dire quelque chose par quelqu'un d'autre :
- s'entendre Monsieur le président ordonner quelque chose : par réflexe, je mets ER à ordonner.
- Dans un cadre juridique, la formulation signifierait qu'un Monsieur le président (d'une société, par exemple) recevrait de la part de Monsieur le Président (du tribunal) l'ordre de faire quelque chose... Dans ce cas, la formule devrait être :
- S'entendre Monsieur le président (de la société) ordonner de quelque chose...
Si vous voulez vraiment vous entendre dire quelque chose par quelqu'un, à mon avis, soit la formule doit être est la formule juridique et il faudrait l'exprimer éventuellement ainsi :
- Je demande à m'entendre ordonner de faire quelque chose...
Soit la formule n'a pas à être juridique et dans ce cas pourrait être :
- Je demande à m'entendre dire par Monsieur le président qu'il m'ordonne de me taire.
Et je me tais !
Muriel
Dernière modification par Muriel H. (28/08/2008 15:10)
"Le roi de son pouvoir se voit déposséder"... Racine, Iphigénie
Sous la dictée, j'aurais écrit "dépossédé". Quelqu'un pourrait-il m'expliquer cette règle d'orthographe ?
Merci !
Dernière modification par Muriel H. (28/10/2008 10:59)