#1 22/01/2007 22:04

laura06
16 message(s)
Entraide scolaire et méthode Question d'oral : Jean Tardieu, "Un mot pour un autre"

Voila j'ai pour demain (je sais je m'y prends un peu tard) une question d'oral qui est la suivante : étudiez le dialogue en montrant grâce à quels éléments on peut le comprendre et ce sur quoi le dramaturge fait réfléchir le public. Voici le texte :

Décor: un salon plus « 1900 » que nature.
Au lever du rideau, Madame est seule. Elle est assise sur un « sopha » et lit un
livre.

IRMA, 'entrant et apportant le courrier.) - Madame, la poterne vient d'élimer le fourrage...
(Elle tend le courrier à Madame, puis reste plantée devant elle, dans une attitude renfrognée et boudeuse.)
MADAME, (prenant le courrier. )- C'est tronc!. .. Sourcil bien!. .. (Elle commence à examiner les lettres puis, s'apercevant qu'irma est toujours là ) Eh bien, ma quille! Pourquoi serpez-vous là? (Geste de congédiement.) Vous pouvez vidanger!
IRMA. - C'est que, Madame, c'est que.. .
MADAME. - C'est que, c'est que, c'est 'que quoi-quoi?
IRMA. - C'est que je n'ai plus de « Pull-over » pour la crécelle.. .
MADAME, (prend son grand sac posé à terre à côté d'elle et après une recherche qui paraît laborieuse, en tire une pièce de monnaie qu'elle tend à Irma.) - Gloussez ! Voici cinq gaulois! Loupez chez le petit soutier d'en face: c'est le moins foreur du panier...
IRMA, (prenant la pièce comme à regret, la tourne et la retourne entre ses mains, puis.) - Madame, c'est pas trou: yaque, yaque...
MADAME. - Quoi-quoi: yaque-yaque ?
IRMA, (prenant son élan.) - Y-a que, Madame, yaque j'ai pas de gravats pour mes haridelles, plus de stuc pour le bafouillis de ce soir, plus d'entregent pour friser les mouches... plus rien dans le parloir, plus rien pour émonder, plus rien... plus rien... (Elle fond en larmes.)
MADAME, (après avoir vainement exploré son sac de nouveau et l'avoir montré à Irma.) -:. Et moi non plus, Irma! Ratissez: rien dans ma limande!
IRMA, (levant les bras au ciel.) - Alors! Qu'allons-nous mariner, Mon Pieu?
MADAME, (éclatant soudain de rire.) - Bonne quille, bon beurre! Ne plumez pas'! J'arrime le Comte d'un croissant à l'autre. (Confidentielle.) Il me doit plus de 30 cinq cents crocus!
IRMA, (méfiante.) - Tant fieu s'il grogne à la godille, mais tant frit s'il mord au Saupiquet!... (Reprenant sa litanie:) Et moi qui n'ai plus ni froc ni gel pour la meulière, plus d'arpège pour les.,.
MADAME, (l’interrompant avec agacement.) - Salsifis! Je vous le plie et le replie: le Comte me doit des lions d'or! Pas plus lard que demain. Nous fourrons dans les grands Argousins: vous aurez tout ce qu'il clôt. Et maintenant, retournez à la basoche! Laissez-moi saoule! (Montrant son livre.) Laissez-moi filer ce dormant! Allez, allez! Croupissez! Croupissez!
(Irma se retire en maugréant. Un temps. Puis la sonnette de lentrée retentit au loin.)
IRMA, (entrant. Bas à l'oreille de Madame et avec inquiétude.) - C'est Madame de Perleminouze, je fris bien: Madame (elle insiste sur « Madame »), Madame de Perleminouze !
MADAME, (un doigt sur les lèvres, fait signe à Irma de se taire, puis, à voix haute et joyeuse.) - Ah ! Quelle grappe! Faites-la vite grossir!
(Irma sort. Madame, en attendant le visiteuse, se met au piano et joue. Il en sort un tout petit air de boîte à musique. Retour d1rma, suivie de Madame de Perleminouze.)
IRMA, (annonçant.) - Madame la Comtesse de Perleminouze !
MADAME, (fermant le piano et allant au-devant de son amie.) - Chère, très chère peluche! Depuis combien de trous, depuis combien de galets n'avais-je pas eu le mitron de vous sucrer!
MADAME DE PERLEMINOUZE, (très affectée.) - Hélas! Chère! J'étais moi-même très, très vitreuse! Mes trois plus jeunes tourteaux ont eu la citronnade, l'un après l'autre. Pendant tout le début du corsaire, je n'ai fait que nicher des moulins, courir chez le ludion ou chez le tabouret, j'ai passé des puits à surveiller leur carbure, à leur donner des pinces et des moussons. Bref, je n'ai pas eu une minette à moi.

MADAME. - Pauvre chère! Et moi qui ne me grattais de rien!

Jean Tardieu, La comédie du langage. © Éd. Gallimard.

Est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer le texte ?
Mes pistes de réflexion sont les suivantes : je suppose que pour nous faire comprendre le dialogue l'auteur utilise les didascalies ainsi que certains mots qui ressmblent à d'autres mots par exemple ma fille est remplacé par ma quille (mot avec quasiment la même sonorité ?) je suppose que le dramaturge nous fait réfléchir sur l'absurdité des gens et au fait que lorsque les gens veulent comprendre ils comprennent. je vous remercie d'avance de votre aide.

Dernière modification par webmestre (22/01/2007 22:59)


I just wanted to hold you in my arms ...
 

#2 22/01/2007 23:50

Jean-Luc
2941 message(s)
Entraide scolaire et méthode Question d'oral : Jean Tardieu, "Un mot pour un autre"

Bonsoir Laura,

J'espère que ma réponse ne te parviendra pas trop tard.

Je pense que tu as très bien compris ce texte.
Tardieu joue avec le langage : la syntaxe est respectée, seuls les mots sont nouveaux, mais par assimilation, par sonorité voisine ou par correspondance incongrue ou comique, le spectateur, la première surprise passée, peut saisir le sens général des propos, s'esclaffer devant les trouvailles et la virtuosité du poète dramaturge.
En revanche, je ne partage pas ta conclusion. Ce n'est pas l'absurdité qui est dénoncée, mais l'insignifiance des informations échangées. Elle ressort principalement du grossissement élaboré par les mots eux-mêmes et leur accumulation.
Nous aurions ainsi une production proche du registre héroï-comique.

Qui tient de l'héroïque et du comique en littérature. Le genre héroï-comique donne à des personnages de basse condition (bourgeois, petit peuple) des idées et un style noble. Se dit d'une œuvre en vers dont le comique découle du contraste entre le style noble de l'épopée et le caractère familier ou commun du sujet, des personnages. (Ex: le Lutrin, de Boileau.)

Ensuite tu as raison de noter que Tardieu joue sur la communication non-verbale (didascalies, intonations, gestuelle) pour porter le sens. Comme si les mots jouaient un rôle secondaire, n'étaient qu'un habillage des intentions profondes. L'homme appartient au règne animal qui peut communiquer sans mots.
Le tout débouche sur des aspects du plus haut comique : et si le langage n'était qu'un vaste bric-à-brac destiné à faire illusion ?

Si tu partages mes analyses, il te faudra les illustrer par quelques exemples précis tirés du texte.


Jean-Luc    "Il n'y a jamais nulle part où aller qu'en dedans." Doris Lessing :)
 

#3 23/01/2007 00:37

laura06
16 message(s)
Entraide scolaire et méthode Question d'oral : Jean Tardieu, "Un mot pour un autre"

Merci beaucoup pour votre aide!
Elle m'est arrivée pile a temps (j'allais abandonné juste avant de voir votre message !!!)

Je n'avais pas pensé a ce que vous m'avez dit pour ma conclusion et je me rends compte que j'ai eu beacoup de facilité a develloper l'idée de l'insignifiance de l'information.

Encore merci.