la poésie c'est le crachat d'un "je" dans son rapport avec ses tripes et dans son rapport avec le monde :sa grandeur et sa misère.
Le post semble avoir été déserté, mais ça n'est pas grave... Je m'accomode de parler dans le vent... 
Tu parlais mozart2006 (ou un truc comme ça
), de s'oublier dans un texte.
Je me suis surpris à être au bord des larmes en lisant le Petit Prince. Je considère ce texte comme de la poésie, même si les puristes m'en voudront. Les paroles sonnent tellement vraies à mes oreilles, le prince et son mouton si attendrissant et si plein de naîveté enfantines... Je me suis surpris à ne pas espérer grandir en grande personne. On perd beaucoup trop, je crois. Et rien qu'en y repensant, j'ai des frissons.
De plus, je pense que les poèmes qui nous touchent sont ceux auxquels on accorde de la crédulité. J'ai déjà constaté que, en ce qui me concerne, les poésies qui portent la musique des mots sont celles en qui on croit. Et je rejoint ici, les frissons des uns sur la Marseillaise, et je me rejoint sur le temps de cerise, comme sur le Dormeur du Val, comme sur Boris Vian "La sclague et le fouet, et tous ces gros qui ventripotent" (ce ne sont que des bribes, j'ai oublié le titre...)
Mais une exception demeure cependant, c'est pour le Jet d'Eau de Baudelaire. Je n'aime pas ce style de poème, mais celui porte un tel rythme... Je suis époustouflé chaque fois que je le lis....
Le gerbe épanouie
Où Phœbé ravie...
et celui de Verlaine ! quelle musique !
Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth, et dansant, et quasi
Tristes, sous leurs déguisements fantasques
Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune
Au calme clair de lune triste et beau
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et frissonner d'extase les jets d'eau
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres
je viens de découvrir ce site par le hasard de la navigation, par un tout pareil hasard je tombe sur cette liste de discussion, et je suis frappée de la voir close si vite. Pour ma part, je suis très souvent émue voire bouleversée par mes lectures; la liste, je ne la ferai pas, ce serait fastidieux. j'en dirai seulement deux, des lectures qui me bouleversent à chaque fois que je les retrouve: le poème Fin du monde de Guérasim Luca, poète roumain mort il y a 20 ans, aux vociférations poétiques passionnées, à la langue érotique et regorgeant d'hapax signifiants. Aussi, les Lettres à Poisson d'or, lettres poétiques de Joë Bousquet à une jeune femme à qui il voue un amour qui seul le relie, lui, à la vie.
Je dirais même plus... Elle est encore ouverte!
Voilà, Mozart,
la terrible moralité des fleurs, le poison des couleurs, la beauté des douleurs...
La disgrâce de la conditio humana, n'est-elle point émouvante? Permettez-moi m'empoisonner de ce que vous appelez "objets verbaux."
Que vois-je, mon Dieu? Platon réincarné, désirant condamner de nouveau l'expression et toute l'art des pauvres poètes... Pitié, Monsieur, pitié !
Les métamorphoses du vampire
La femme cependant, de sa bouche de fraise,
En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise,
Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,
Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc:
- "Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science
De perdre au fond d'un lit l'antique conscience.
Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants,
Et fais rire les vieux du rire des enfants.
Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,
La lune, le soleil, le ciel et les étoiles!
Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés,
Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés,
Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste,
Timide et libertine, et fragile et robuste,
Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi,
Les anges impuissants se damneraient pour moi!"
Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle,
Et que languissamment je me tournai vers elle
Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus
Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus!
Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante,
Et quand je les rouvris à la clarté vivante,
A mes côtés, au lieu du mannequin puissant
Qui semblait avoir fait provision de sang,
Tremblaient confusément des débris de squelette,
Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette
Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer,
Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.
Charles
Quid ergo? Préférez-vous la monstruosité de la prose à l'innocence du chagrin?