n° 1jeudi 02 juillet 2009 à 18 h 06

ant
8 message(s)
Zola, Germinal, V, IV - Les femmes avaient paru, près d'un millier de femmes...

Salut à tous,

Ma prof a fait deux axes sur ce texte qui sont :

I/ Un texte réaliste
II/ Un texte épique et visionnaire


Mais est-ce que ce n'est pas contradictoire d'avoir un texte à la fois épique et visionnaire?

Merci d'avance pour vos réponses


Bonjour,
Nous n’avons pas tous les textes littéraires sous la main. La version numérique de votre texte est peut-être disponible sur Internet. Avez-vous vérifié ?
Si vous trouvez l’extrait que vous devez étudier, merci de le recopier dans votre message.

Édité par webmestre (jeudi 02 juillet 2009 à 18 h 09)

 

n° 2jeudi 02 juillet 2009 à 18 h 23

Jehan
5710 message(s)
Zola, Germinal, V, IV - Les femmes avaient paru, près d'un millier de femmes...

Bonjour.

Peux-tu expliquer quelle contradiction tu vois entre "épique" et "visionnaire" ? Ces deux termes ne me paraissent pas contradictoires...
Il y a sans doute davantage de contradiction -apparente - entre les deux axes, entre le "réaliste" et le "visionnaire"...

 

n° 3jeudi 02 juillet 2009 à 18 h 51

ant
8 message(s)
Zola, Germinal, V, IV - Les femmes avaient paru, près d'un millier de femmes...

Oups..
Je voulais dire contradiction entre "épique" et "réaliste"!

Désolé

 

n° 4jeudi 02 juillet 2009 à 21 h 44

Sullyvan
1772 message(s)
Zola, Germinal, V, IV - Les femmes avaient paru, près d'un millier de femmes...

Sans le texte, cela risque d'être délicat ! Mais du moins chez Zola, cette alliance, qui peut paraître antinomique en premier lieu, prend tout son sens... C'est notable dans la révolte - je l'avais qualifiée de "sanguinaire" lors de mon premier commentaire - mais aussi dans la scène de l'effrondrement du Voreux...

Je te conseille d'aller voir ceci : Zola, Germinal, V, 5. Dans l'attente du passage sur lequel tu portes plus spécifiquement ton attention !

Édité par Zadek (jeudi 02 juillet 2009 à 21 h 47)


Terminale Littéraire - spécialité Latin.
 

n° 5jeudi 02 juillet 2009 à 22 h 06

ant
8 message(s)
Zola, Germinal, V, IV - Les femmes avaient paru, près d'un millier de femmes...

Salut,

Le passage dont il est question est un peu plus long que le tien, c'est celui-là :

Les femmes avaient paru, près d'un millier de femmes, aux cheveux épars dépeignés par la course, aux guenilles montrant la peau nue, des nudités de femelles lasses d'enfanter des meurt-de-faim. Quelques-unes tenaient leur petit entre les bras, le soulevaient, l'agitaient, ainsi qu'un drapeau de deuil et de vengeance. D'autres, plus jeunes, avec des gorges gonflées de guerrières, brandissaient des bâtons; tandis que les vieilles, affreuses, hurlaient si fort, que les cordes de leurs cous décharnés semblaient se rompre. Et les hommes déboulèrent ensuite, deux mille furieux, des galibots, des haveurs, des raccommodeurs, une masse compacte qui roulait d'un seul bloc, serrée, confondue, au point qu'on ne distinguait ai les culottes déteintes ni les tricots de laine en loques, effacés dans la même uniformité terreuse. Les yeux brûlaient, on voyait seulement les trous des bouches noires, chantant la Marseillaise, dont les strophes se perdaient en un mugissement confus, accompagné par le claquement des sabots sur la terre dure. Au-dessus des têtes, parmi le hérissement des barres de fer, une hache passa, portée toute droite; et cette hache unique, qui était comme l'étendard de la bande, avait, dans le ciel clair, le profil aigu d'un couperet de guillotine.

« Quels visages atroces ! » balbutia M Hennebeau.

Négrel dit entre ses dents :
" Le diable m'emporte si j'en reconnais un seul ! D'où sortent-ils donc, ces bandits-là ? "

Et, en effet, la colère, la faim, ces deux mois de souffrances et cette débandade enragée au travers des fosses, avaient allongé en mâchoires de bêtes fauves les faces placides des houilleurs de Montsou. A ce moment, le soleil se couchait, les derniers rayons d'une pourpre sombre ensanglantaient la plaine. Alors, la route sembla charrier du sang, les femmes, les hommes continuaient à galoper, saignants comme des bouchers en pleine tuerie.

" Oh ! superbe ! " dirent à demi-voix Lucie et Jeanne, remuées dans leur goût d'artistes par cette belle horreur.

Elles s'effrayaient pourtant, elles reculèrent près de MI' Hennebeau, qui s'était appuyée sur une auge. L'idée qu'il suffisait d'un regard entre les planches de cette porte disjointe, pour qu'on les massacrât, la glaçait. Négrel se sentait blêmir, lui aussi, très brave d'ordinaire, saisi là d'une épouvante supérieure à sa volonté, une de ces épouvantes qui soufflent de l'inconnu. Dans le foin, Cécile ne bougeait plus. Et les autres, malgré leur désir de détourner les yeux, ne le pouvaient pas, regardaient quand même.
C'était la vision rouge de la révolution qui les emporterait tous, fatalement, par une soirée sanglante de cette fin de siècle. Oui, un soir, le peuple lâché, débridé, galoperait ainsi sur les chemins; et il ruissellerait du sang des bourgeois, il promènerait des têtes, il sèmerait l'or des coffres éventrés. Les femmes hurleraient, les hommes auraient ces mâchoires de loups, ouvertes pour mordre, Oui, ce seraient les mêmes gueniiles, le même tonnerre de gros sabots, la même cohue effroyable, de peau sale, d'haleinie empestée, balayant le vieux monde, sous leur poussée débordante de barbares. Des incendies flamberaient, on ne laisserait pas debout une pierre des villes, on retournerait à la vie sauvage dans les bois, après la grande ripaille, où les pauvres, en une nuit, videraient les caves des riches. Il n'y aurait plus rien, plus un sou des fortunes, plus un titre des situations acquises, jusqu'au jour où une nouvelle terre repousserait peut-être. Oui, c'étaient ces choses qui passaient sur la route, comme une force de la nature, et ils en recevaient le vent terrible au visage. Un grand cri s'éleva, domina la Marseillaise :
" Du pain! du pain! du pain ! "

Édité par ant (jeudi 02 juillet 2009 à 22 h 06)

 

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