Marc Wilmet – Grammaire critique du français – 2ème édition 1998 – § 201 p.172 – Les quantifiants – Quantifiants stricts.
L’accord du verbe avec un « collectif suivi d’un complément au pluriel » demeure un fringant cheval de bataille de la grammaire normative. Faut-il orthographier p. ex. Un triangle d’oies sauvages PASSE (EST passé, PASSERA)… ou PASSENT (SONT passées, PASSERONT) dans le ciel ?
[ Grand pourfendeur de Grevisse, Wilmet s’en prend cette fois à Hanse, ce qui revient à peu près au même. ]
Joseph Hanse ne craignait pas le pire subjectivisme : « …c’est le sens ou l’intention qui règlent l’accord ou laissent parfois le choix. On accorde avec le collectif si l’on considère en bloc – ou si l’on souligne – la totalité, le groupement ou l’idée abstraite du collectif ; avec le complément si l’on pense individuellement aux êtres, aux objets qui constituent cet ensemble… »
En fait – sauf antagonisme nom-verbe (p. ex. boire un verre de LAIT vs casser un VERRE de lait), et encore -, deux analyses sont le plus souvent admissibles :
1° Un TRIANGLE d’oies sauvages PASSE dans le ciel = quantifiant un + noyau triangle + caractérisant prépositionnel d'oies sauvages (« un triangle formé d’oies sauvages » ; reprise anaphorique par triangle, pronominalisation en il ).
2° Un triangle d’OIES sauvages PASSENT dans le ciel = quantifiant un triangle de + noyau oies + caractérisant sauvages (« des oies sauvages formant un triangle » ; reprise anaphorique par oies, pronominalisation en elles).
Hanse juge le singulier « inacceptable » dans cet extrait du Grand Meaulnes : « Un cercle d’enfants, les mains derrière le dos, l’observaient avec une curiosité respectueuse », mais il ne trouve rien à redire à p. ex. « Une troupe de garnements chantait du côté de la rue… » (Maurice Genevoix), ni au changement d’aiguillage de « Un long triangle de canards vole très bas comme s’ils voulaient prendre terre » (Alphonse Daudet) : « …l’auteur, après avoir vu le vol du groupe, pense aux canards qui, individuellement, veulent se poser sur le sol ». Si une troupe chante, pourquoi un cercle n’observerait-il pas ? Qui peut nier qu’il existe des volontés collectives ? Et ces vers de Leconte de Lisle exposent les chipoteurs à d’éprouvantes migraines : « Mille braves sont là qui dorment sans tombeaux,/L’épée au poing, les yeux hagards. Pas un ne bouge./Au-dessus tourne et crie un vol de noirs corbeaux » (le vol tourne, les corbeaux crient). [...]
Le travail du linguiste se résume à décrire les pesées qui favorisent le premier ou le second découpage […]
Quant au pédagogue, il montrera les implications sémantiques et stylistiques du choix (p. ex. J’ai acheté une bande d’oies qui ne COÛTAIT que mille francs mais qui ÉTAIENT impropres à la consommation). Bénéfice pour tout le monde, l’insolite règle d’accord du verbe « avec le complément » tombe aux oubliettes.
Édité par Muriel (mercredi 01 juillet 2009 à 00 h 17)
Et pour la moitié? Je l'ai lu au singulier dans un journal. La phrase disait à peu près ça:
"La moitié des investisseurs s'intéresse au centre-ville."
Au choix
J'explique. On trouve dans Hanse (par exemple) :
Accord du verbe avec un sujet exprimant une quantité représentée par une fraction au singulier (la moitié, un tiers etc.).
- S'il s'agit d'une quantité précise, l'accord se fait avec la fraction : La moitié des actionnaires a rejeté la proposition.
- Si le nombre est approximatif, l'accord se fait avec le complément mais peut se faire aussi avec la fraction quand la pensée est orientée vers le terme quantitatif, que le complément soit ou non exprimé. Dans beaucoup de cas, on a le choix : Les figues ont été véreuses et plus de la moitié s'en est perdue. - La moitié des assistants protestèrent
Mais : la moitié de l'assistance protesta, parce que le complément est au singulier et que le choix n'est plus qu'entre le singulier et le singulier 
Édité par Volapuk (vendredi 03 juillet 2009 à 14 h 36)
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