#1 13/12/2006 20:43

fm_doll
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Entraide scolaire et méthode Commentaire - Arthur Rimbaud, ''Matinée d'ivresse''

Bonsoir !

Je suis donc en 1ereL et notre professeur nous a demandé un commentaire de ''Matinée d'ivresse'' de Rimbaud, je ne suis pas vraiment au stade du commentaire mais plutôt à l'analyse, apres laquelle je suis cencée dégager ma problématique et mes axes.

Le poème est le suivant :

Ô mon Bien ! Ô mon Beau ! Fanfare atroce où je ne trébuche point ! chevalet féerique ! Hourra pour l'oeuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois ! Cela commença sous les rires des enfants, cela finira pas eux. Ce poison va rester dans toutes nos veines même quand, la fanfare tournant, nous serons rendu à l'ancienne inharmonie. Ô maintenant, nous si digne de ces tortures ! rassemblons fervemment cette promesse surhumaine faite à notre corps et à notre âme créés : cette promesse, cette démence ! L'élégance, la science, la violence ! On nous a promis d'enterrer dans l'ombre l'arbre du bien et du mal, de déporter les honnêtetés tyranniques, afin que nous amenions notre très pur amour. Cela commença par quelques dégoûts et cela finit, - ne pouvant nous saisir sur-le-champ de cette éternité, - cela finit par une débandade de parfums.

Rires des enfants, discrétion des esclaves, austérité des vierges, horreur des figures et des objets d'ici, sacrés soyez-vous par le souvenir de cette veille. Cela commençait par toute la rustrerie, voici que cela finit par des anges de flamme et de glace.

Petite veille d'ivresse, sainte ! quand ce ne serait que pour le masque dont tu nous as gratifié. Nous t'affirmons, méthode ! Nous n'oublions pas que tu as glorifié hier chacun de nos âges. nous avons foi au poison. Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours.

Voici le temps des Assassins.

J'ai donc personnelement analysé le poème :

Le titre ''Matinée d'ivresse'' renvoie à l''ivresse'' produite par un ''poison'', opium, hashish ou alcool encore. Ce que Rimbaud évoque par la ''méthode'', système fondé sur une folie raisonnée (''le déreglement de tous les sens'' dans La lettre du voyant), terme lui meme approuvé (''nous t'affirmons'') mis en valeur apres la virgule en fin d'une phrase exclamative, le meme fonctionnement est appliqué pour l'ivresse dans ''petite veille d'ivresse'' qualifié de ''sainte'' (la je ne suis pas trop sur de ce que ''sainte'' peut connoter ni pourquoi Rimbaud l'aurait fait apparaitre...).
De meme, le temps des ''ASSASSINS'', en fin de poème et en italique évoque le temps des ''Haschischins'' puisque l'étymologie d'assassin renvoie à l'arabe hachchâchî, ce qui signifie buveur de haschich.
La ''fanfare'' reprise deux fois dans le texte évoque alors l'état euphorique produit par le poison.
L'antithèse ''anges de flamme et de glace'' pourrait alors dans ce contexte renvoyer à des sueurs froides, effet toujours d'un ''paradis artificiel''.

''Ô mon Bien ! Ô mon Beau !'' au début du poème est une double invocation par la construction en parrallèle des deux exclamations, ou le Beau est inséparable du Bien.
On notera également ''nous si digne'' ou ''digne'' est sans ''s'', ce qui est en soi incorrect mais qui souligne encore une fois la modernité que Rimbaud revendiquait de meme que la forme ''cela finit,-''.
On retrouve ce désir dans ''On nous a promis d'enterrer dans l'ombre l'arbre du bien et du mal'', abolition de ce qui a causé la chute et condtion d'une rédemption (// avec ''Crimen amoris'' ''Vous le saviez qu'il n'est point de différence/Entre ce que vous denommez Bien et Mal). On doit enterrer l'arbre du Bien et du Mal comme on enterre la hache de guerre pour arriver à un nouvel amour (''tres pur amour'') mais ce n'est qu'une ''promesse surrhumaine'' (à deux reprises+''promis'').
Le poète s'imagine alors ce que ce serait : ''cela commenca''...''cela finira'', ''cela commenca''...''cela finit'' (+répétition de ''cela finit'', insistance), ''cela commencait''...''cela finit'' : evolution dans le délire, on commence à chaque fois par quelque chose de plus ou moins négatif (''enfants'', ''quelques dégouts'', ''rustrerie'') pour finir en beauté (''enfants'', ''débandade de parfums'', ''anges de flamme et de glace'')

Relevés que j'ai jugé intéréssants mais que je n'ai pas réussi à interpreter :
- oxymores tels que ''chevalet féérique'', ''honnetetés tyranniques'', ''fanfare atroce''
- début du poème est écrit à la première personne du singulier (''mon'', ''je''...) puis passage pour tout le reste du poème à la 1ere du pluriel (''nos'', ''nous, ''rassemblons'', ''amenions'') avec une anaphore à la fin du poème du pronom personnel ''nous''.
- champs lexical de la violence ''atroce'', ''chevalet'' (instrument de torture), ''tortures'', ''démence'', ''violence'', ''esclaves'', ''assassins''(1er sens), en opposition avec un champs lexical renvoyant à une dimension enfantine ''féérique'', ''fanfare'' (1er sens), ''merveilleux'', ''enfants''.
- énumération ''[...], cette démence! L'élégance, la science, la violence!'', prose rimée (''ence'') ou alitération en ''s'' ?
- énumération ''rire des enfants, discrétion des esclaves, austérité des vierges, horreur des figures et des objets d'ici'', opposition rire/austérité

Voila, j'aimerai bien que vous m'aidiez à éclaircir ce que je n'ai pas réussi à interpréter pour que je puisse mettre en avant mes axes, peut etre ce que je n'aurai pas vu dans le poème et qui peut s'avérer important, et donner votre avis sur ce que j'ai fait

Merci d'avance!


" Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. – Et je l’ai trouvée amère. – Et je l’ai injuriée. " Arthur Rimbaud
 

#2 13/12/2006 23:54

Léah
9933 message(s)
Entraide scolaire et méthode Commentaire - Arthur Rimbaud, ''Matinée d'ivresse''

Waouh magnifique lecture de Rimbaud, je ne saurais quoi ajouter !
Vu la remarquable pertinence de ce que tu as relevé, je suggérerais comme problèmatique "de la difficulté qu'il y a à interpréter Rimbaud et des hasards de cette interprétation" ou quelque chose comme ça ; avec argumentation le simple fait que tu as conscience d'interpréter mais que le poème peut donner lieu à bien d'autres lectures
Chevalet féérique par ex : pourquoi le chevalet ne serait-il pas celui d'un peintre ?
Matinée d'ivresse : pourquoi un lendemain de "cuite" et pas un pur bonheur d'exister ?
Assassins/Haschichins : bravo ! (n'oublie pas la réf à Baudelaire avec "Les paradis artificiels" Mais "le temps des assassins" peut être relié à l'horreur que Rimbaud a eu de la guerre et qu'il a exprimé dans Le dormeur du val (ce qui ne l'empêcha pas plus tard de devenir trafiquant d'armes)
Il me semble qu'il faut aussi remarquer "pour la première fois" ici
Hourra pour l'oeuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois
Pourquoi pour la première fois ? pourquoi "corps merveilleux" ?
On pourrait avoir une toute autre grille de lecture en se situant dans la perspective d'une révélation d'ordre mystique...
"ne pouvant nous saisir sur le champ de cette éternité"

Voilà pourquoi la problématique peut porter sur la lecture du poème et le sens que tu lui prêtes


Tenir un seul cheveu dans sa main.
Y parvenir.
 

#3 14/12/2006 10:56

Jean-Luc
2942 message(s)
Entraide scolaire et méthode Commentaire - Arthur Rimbaud, ''Matinée d'ivresse''

Bonjour,

Comme Léah, je trouve que ton analyse est fine et complète.
Aussi aurais-je envie de te faire encore progresser.
Pour ma part, je suis frappé par certaines similitudes avec un autre poème des Illuminations, à savoir Barbare.
ici.

D'abord quelques améliorations ou compléments :
A «  folie raisonnée », je préférerais « folie contrôlée ou sous contrôle ».
A « buveur de haschich», je préférerais « mangeur ou fumeur de haschisch ». Rimbaud fait effectivement allusion aux séides du Vieux de la montagne, ces terroristes avant l'heure, abrutis par la drogue avant de partir se sacrifier contre les croisés. Il y aurait donc deux connotations : l'ivresse, le dérèglement des sens, mais aussi la mystique hallucinatoire qui viendrait se substituer à la religion catholique dont on sait que le jeune prodige a voulu se libérer. Cette ivresse serait donc une double rébellion. Cette formule énigmatique pourrait donc s'interpréter comme l'avènement d'une nouvelle ère poétique, en rupture violente avec l'ordre ancien. À la suite de Baudelaire, Rimbaud confie à l'aventure poétique le soin d'assurer son propre salut. La poésie se substitue à la religion : c'est l'aventure prométhéenne du « voleur de feu ». Ce qui te permet de justifier cette expression au passage : «Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours.»

« énumération ''[...], cette démence! L'élégance, la science, la violence!'', prose rimée (''ence'') ou allitération en ''s'' ? »

Pour moi, je parlerais plutôt de paronomase, l'effet produit est d'abord une double opposition démence <> science, élégance <> violence ; ensuite il me semble que nous avons là un certain mode de fonctionnement par association d'idées et sons voisins, une mise en pratique du délire contrôlé en quelque sorte...

Les oxymores « chevalet féérique »'', ''fanfare atroce'' se justifient tous par l'expérience de la drogue, après les fastes du délire, les douleurs du retour à la normale ; après l'ivresse, la gueule de bois ; ''honnêtetés tyranniques'' fait sans doute allusion à l'ambiance bigote familiale à laquelle  Rimbaud a voulu échapper. Tu as noté le voisinage de l'arbre du bien du mal, symbole de l'interdit dans la Genèse.

« - début du poème est écrit à la première personne du singulier (''mon'', ''je''...) puis passage pour tout le reste du poème à la 1ere du pluriel (''nos'', ''nous, ''rassemblons'', ''amenions'') avec une anaphore à la fin du poème du pronom personnel ''nous''. »

As-tu remarqué l'accord de « nous serons rendu » ? Tu as là un pluriel de politesse, c'est le nous royal ou le nous de l'écrivain. Rimbaud marque ainsi le passage à une forme de prophétie ou d'expression sentencieuse.

« - champs lexical de la violence ''atroce'', ''chevalet'' (instrument de torture), ''tortures'', ''démence'', ''violence'', ''esclaves'', ''assassins''(1er sens), en opposition avec un champs lexical renvoyant à une dimension enfantine ''féérique'', ''fanfare'' (1er sens), ''merveilleux'', ''enfants''. »

Même explication que pour les oxymores.

« - énumération ''rire des enfants, discrétion des esclaves, austérité des vierges, horreur des figures et des objets d'ici'' »

Cette énumération est à prendre comme un tout. Rimbaud les considère comme le résultat de son voyage initiatique, ils sont « sacrés ». Comment les expliquer ? Il y a sans doute l'émerveillement du monde enfantin, peut-être l'évocation du harem ou des sortilèges orientaux, de la statuaire grecque (mais l'opposition marquée de Rimbaud au Parnasse n'irait pas dans ce sens ou à une évocation de la Beauté à la manière baudelairienne), de l'opposition à la laideur industrielle et à l'art officiel. Il semble à ce moment que Rimbaud passe du dérèglement des sens à l'application esthétique, à une forme d'art poétique.

Note deux mots rares : inharmonie et fervemment et le champ lexical du sacré, de la mystique.
Il te faut étoffer les considérations sur la poésie dionysiaque (ivresse sacrée) et transgressive.
Tu n'as pas réfléchi au temps de la matinée : est-ce le moment de l'extase ou la suite de l'extase ?
N'y aurait-il pas une allusion aussi à une nuit amoureuse ? La comparaison avec Barbare pourrait le suggérer. Tu y retrouves le délire, les fanfares, la violence, l'opposition entre le feu et la glace, « ces anges de flamme et de glace » qui ne sont pas seulement les réactions physiques au poison, mais l'unité de l'expérience mystique dans la résolution des contraires : vie/mort, temps/éternité, réalité/beauté...
Enfin je noterais la construction antithétique du poème à plusieurs niveaux. C'est une caractéristique de l'écriture rimbaldienne dans les Illuminations.
N'oublie pas de rattacher le poème au titre du recueil.


Jean-Luc    "Il n'y a jamais nulle part où aller qu'en dedans." Doris Lessing :)
 

#4 14/12/2006 12:34

Léah
9933 message(s)
Entraide scolaire et méthode Commentaire - Arthur Rimbaud, ''Matinée d'ivresse''

Oui Rimbaud s'est entièrement livré à la mystique hallucinatoire de la Poésie, à l'Alchimie du Verbe Ce titre est très important pour "lire" Rimbaud et y voir bien davantage qu'un "vulgaire" consommateur d'absinthe ou de H.
"j'ai seul la clé de cette parade sauvage." Ce qui le différencie des compagnons de beuverie, les délires alcooliques se terminant à peu près de la même façon  ou 

 

#5 14/12/2006 15:32

benjamin
328 message(s)
Entraide scolaire et méthode Commentaire - Arthur Rimbaud, ''Matinée d'ivresse''

Mâtinée d'ivresse = "ssssss" cela siffle pertube, envoute, nous fait tituber ! et mâtinée renvoie au reveil de la raison sur ce qui s'est passé la veille.C'est la que l'illusion s'arrête lors de ses mâtinées ou l'ivresse cesse !
Il veut peut-être souligner que l'homme ne pourra jamais trouver poison pour exalter la démence, pour se sortir de la souffrance de son être ! Cette mort souillée peut apparaître comme une libération de la condition tragique humaine !
Mâtinée d'ivresse : Il aurait pu ecrire mâtinées d'ivresse ; je pense que par le singulier il veut montrer en quoi l'ivresse n'est qu'un leitmotiv, vécu de la même manière par tous les êtres en perdition ou à la recherche de la perdition.

Nous sommes des assassins, nous provoquons notre mort en nous abreuvant d'une cigue mortelle ! ASSASSINS D HUMAINS VOUS QUI ETES LACHES ET PREFEREZ TARIR VOTRE VIE QUE L ACHEVER D UN SEUL TRAIT.

iL Y A UN DEDAIN POUR LA COUARDISE HUMAINE DANS CE POEME.

Regarde l'importance des termes religieux dans ce poème: c'est une satire de la religion humaine ; Rien ne peut nous sauver ici bas meme pas la religion (le bien, le beau) ni l'avilissant (l'ivresse, l'opium) ; L'homme est un être tragique !

Rimbaud est un pascalien dans l'âme dans ce poème, sauf qu'à la difference de ce dernier il y met une pointe d'ironie.

Dernière modification par benjamin (14/12/2006 15:38)

 

#6 14/12/2006 17:32

Léah
9933 message(s)
Entraide scolaire et méthode Commentaire - Arthur Rimbaud, ''Matinée d'ivresse''

Encore une autre grille de lecture
Mais pourquoi vouloir à tout prix que l'homme souffre ?

PS à recommander l'essai sur Rimbaud de Henry Miller Le temps des assassins Hallier/J.P. Oswald 1976 Il y relève quelques-uns des mots-clef de Rimbaud que l'on retrouve pour certains dans ce poème
éternité infini charité solitude angoisse lumière aube soleil amour beauté inouï pitié démon ange ivresse paradis enfer ennui

 

#7 14/12/2006 18:52

fm_doll
77 message(s)
Entraide scolaire et méthode Commentaire - Arthur Rimbaud, ''Matinée d'ivresse''

Déja je tenais à vous remercier pour toutes ces réponses et désolé de n'avoir pu répondre plus tot.

Léah, j'y avais vaguement pensé à cette problématique mais je ne vois pas comment faire 3 parties dessus (c'est le minimum donné par le prof). La référence aux 'Paradis Artificiels' de Baudelaire j'avais pensé la mettre en ouverture, apres je ne sais pas.. Par contre pour ''Hourra pour l'oeuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois'', ca m'avait fait réagir mais je ne sais pas quoi en faire car je ne comprends pas vraiment le passage ni ce que je peux en faire :s
Pour "ne pouvant nous saisir sur le champ de cette éternité" j'ai pensé que l'épreuve ouvre les portes de l'éternité, le ''champ'' de cette ''éternité'' se situant dans le temps, elle dure : justification entre tirets de la présentation.

Jean-Luc, je suis ton raisonnement mais je bloque vers la fin, quand tu dis

Note deux mots rares : inharmonie et fervemment et le champ lexical du sacré, de la mystique.
Il te faut étoffer les considérations sur la poésie dionysiaque (ivresse sacrée) et transgressive.

et

N'y aurait-il pas une allusion aussi à une nuit amoureuse ? La comparaison avec Barbare pourrait le suggérer. Tu y retrouves le délire, les fanfares, la violence, l'opposition entre le feu et la glace, « ces anges de flamme et de glace » qui ne sont pas seulement les réactions physiques au poison, mais l'unité de l'expérience mystique dans la résolution des contraires : vie/mort, temps/éternité, réalité/beauté...
Enfin je noterais la construction antithétique du poème à plusieurs niveaux.

Comme axes, j'avais pensé à (vu que c'est un plan en  :
-l'éloge de l'ivresse
-le bien qu'elle procure
-l'amertume qu'elle laissse
mais c'est vrai que cela exclut bien des points importants du poème, c'est assez focalisé sur le thème de l'ivresse, donc je sais pas trop, voila.

 

#8 14/12/2006 20:06

Jean-Luc
2942 message(s)
Entraide scolaire et méthode Commentaire - Arthur Rimbaud, ''Matinée d'ivresse''

Bonsoir,

Le but de mon intervention n'est pas de te compliquer la tâche, mais bien de te permettre d'aller un peu plus loin.
Ton plan ne saurait convenir car la première et la deuxième partie sont du même tonneau : qu'est-ce que l'éloge sinon dire du bien ?
Ensuite ce plan ne t'amène pas à aller plus profond dans la démarche rimbaldienne.
Ta première partie doit porter sur l'expérience des "paradis artidficiels" avec le dérèglement des sens profitable à l'inspiration poétique, mais avec ses désagréments physiologiques et psychologiques.
Ensuite il te faut faire l'effort de comprendre quelles sont les visées de Rimbaud : d'abord sa révolte et sa rupture avec l'ordre ancien. Puis la nouvelle voie poétique qu'il emprunte : aventure mystique, connaissance immédiate...

Ce que tu ne sembles pas avoir compris, c'est que Rimbaud s'inscrit dans une tradition poétique, celle de la poésie dionysiaque (ivresse sacrée) et transgressive. Le culte de Dionysos lié à l’ivresse, avait principalement lieu sous forme de processions où les participants, les femmes surtout, se laissaient aller à un délire extatique. Les rites annuels en l'honneur de Dionysos ont été à l’origine du théâtre grec. Ces fêtes étaient l'occasion de débordements, de transgressions. Rimbaud avait une connaissance très précise de ces faits, c'était un lycéen très doué pour les études. Il s'inscrit à son tour dans cette tradition par défi adolescent en utilisant les psychotropes à la mode.
J'ai ensuite essayé de te montrer que la construction antithétique du poème était non seulement la description des avantages et des inconvénients de la drogue, mais encore la tentative mystique d'accéder à l'unité au-travers des contraires, une démarche à la finalité identique à celle que Baudelaire poursuivait (voir Correspondances) mais vécue dans la révolte, les dangers, dans un état proche de la folie... Rimbaud se voit comme un aventurier spirituel qui s'avance en terre interdite, menant une expérience unique qui le bouleverse et à laquelle il renoncera finalement pour des raisons mystérieuses mais compréhensibles.

 

#9 14/12/2006 21:35

fm_doll
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Entraide scolaire et méthode Commentaire - Arthur Rimbaud, ''Matinée d'ivresse''

Ah mais si bien sur, le culte de Dionysos, et les Bacchantes qui sont ces femmes dont tu parles qui dansaient de manière délirante, parce que oui, elles sont dans un délire, non?
Ensuite, pour la révolte et la rupture avec l'ordre ancien, on peut y placer le rejet de la religion et l'avènement d'une nouvelle ère poétique?

Le plan donnerait quelque chose comme

I. L'expérience des "Paradis artificiels''
1. Dereglement des sens profitables à l'inspiration poétique
2. Des désagréments physiologiques et psychologiques

II. Revolte et rupture avec l'ordre ancien
1. Le rejet de la religion chrétienne
2. L'avènement d'une nouvelle ère poétique

III. Emprunt d'une nouvelle voie poétique
1. Renouvellement d'une tradition poétique
2. Une aventure mystiques

 

#10 14/12/2006 21:40

Jean-Luc
2942 message(s)
Entraide scolaire et méthode Commentaire - Arthur Rimbaud, ''Matinée d'ivresse''

Bonsoir,

Tu as très bien compris. Bravo !
Attention à mystique(s) à la fin. Je compléterais par "audacieuse et dangereuse".