n° 111 mercredi 21 novembre 2007 à 19 h 50

Greg
 Passé simple et passé composé

ah bon,

maintenant je comprends ce que vous voulez dire avec "évolution." Mais il y a une contradiction dans ce formidable discours. D'abord vous parlez d'une évolution ("peut-être" positive), où la disparition du passé simple est comprise. Maintenant, vous parlez d'un évolution lexicale, positive sans doute. J'ai presque l'impression que ce sont deux choses différentes.

Je vois qu'on ne parle pas vraiment la même langue...       

n° 112 mercredi 21 novembre 2007 à 19 h 57

Léah
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 Passé simple et passé composé

Pourtant, je t'affirme que je suis française de souche et depuis longtemps...
Mais sans doute n'as-tu pas compris mes intentions, c'est le défaut des forums par rapport aux conversations orales
Ai-je dit que c'est une bonne chose que la disparition du passé simple ? Non, mais il faut vivre avec son époque ; déplorer le passé... pourquoi pas pleurer sur le latin...
Ceux qui s'interessent à leur langue, et j'en suis, continueront de lire des textes classiques, de les comprendre, et de manipuler des temps en voie de disparition. Les autres feront avancer la langue autrement. Il faut reconnaître et respecter son héritage. Mais je comprends aussi que des jeunes dont la langue française n'est pas celle de leurs ancêtres soient indifférents au passé de notre langue.

PS et je ne prétends pas tenir un discours formidable, c'est toi qui le qualifie ainsi, je t'en laisse l'entière responsabilité


Tenir un seul cheveu dans sa main.
Y parvenir.

n° 113 mercredi 21 novembre 2007 à 20 h 02

Léah
9997 message(s)
 Passé simple et passé composé

Ceci étant, on s'éloigne par trop du sujet initial, je n'interviens donc plus dans cet échange

n° 114 jeudi 22 novembre 2007 à 16 h 27

Greg
 Passé simple et passé composé

Bonjour, Leah,
Merci pour votre réponse. N'êtes-vous pas d'accord avec mon argument? C'est parfait, je n'ai rien contre. Or il faut dans ce cas attaquer mon idée, non ma personne, si vous désirez, comme je veux croire, une discussion civilisée.
Je ne me éloignai pas du sujet (passé simple / composé).
Mais quand vous dites qu'il faut vivre dans son temps, on peut conclure de vos mots, autant que vous ne les expliquez, qu'il faut se soumettre à son temps. Je ne partage pas cette opinion, car elle me semble peu critique (remarquez bien, Madame, je me réfère à l'idée, mais non à votre personne.) Le temps, qu'est-ce que le temps? Le temps ne fait pas les hommes, mais les hommes font le temps. Le temps, c'est moi. C'est vous. Si a, b ou c n'utilisent pas (non plus) le passé simple, cela ne m'interdit pas de le faire. Je crois qu'on partage la même idée là-dessus. Donc il ne faut pas se soumettre.
Dans un forum littéraire, j'aimerais bien la précision, sans laquelle j'avais eu par exemple l'impression d'avoir reconnu une contradiction dans votre raisonnable  discours, ce que était faux. Cela aurait pourtant pu être évité, si la formulation de vos idées eût été plus précise.
Pleurer le latin? Savez-vous si je ne le fais? Mais non, n'allez pas si loin, il n'est pas nécessaire. Il suffit que vous pleuriez Victor Hugo, Baudelaire, Gautier, qui sont parfois aussi étranges qu'un Ovide, un Horace. Il suffit déjà que vous les pleuriez... Quant à moi, j'adore en effet la poésie latine, et c'est dommage qu'on ne puisse pas de nos jours la comprendre. Mais cela, c'est vraiment un autre sujet... Vous pouvez recommencer la discussion, comme vous voulez. Je ne dérangerai pas.
Amitiés,
Greg

n° 115 jeudi 22 novembre 2007 à 17 h 24

Léah
9997 message(s)
 Passé simple et passé composé

Mais quand m'en suis-je prise à votre personne, Greg ? 
Et........ à qui interdis-je d'utiliser le passé simple ?

n° 116 jeudi 22 novembre 2007 à 18 h 02

Greg
 Passé simple et passé composé

Je ne réponds pas à des questions rhétoriques, Léah, lesquelles vous semblez très bien maîtriser! 
J'écris déjà trop. Maintenant, je voudrais lire d'autres opinions sur le sujet.

Qu'en pensent les autres?

n° 117 jeudi 22 novembre 2007 à 19 h 32

JSC
6404 message(s)
 Passé simple et passé composé

On s'en amuse bien.
Signé: un autre.


La moralité moderne veut que l'on accepte les normes de son époque. Qu'un homme cultivé puisse les accepter me semble la pire des immoralités. (O. Wilde)

n° 118 jeudi 22 novembre 2007 à 22 h 33

Muriel
2835 message(s)
 Passé simple et passé composé

Greg a écrit :

Bonjour,

La différence entre le passé composé et le passé simple est très-simple. C'est une question de style: le passé simple est soutenu, le passé composé est moins noble. Qu'on lise les premiers chapitres de "Candide" (Voltaire). On ne verra que le passé simple. De nos jours, cependant, on écrirait ces chapitres avec le passé vulgaire (dit composé). Au lieu d'éclairer les esprits et de les faire maîtriser leur langue, on veut adapter la langue à leur ignorance. Qu'on ne s'étonne pas à cause de mes mots, mais il faut reconnaître que le français est une langue morte pour beaucoup de Français. Je ne suis pas francophone, mais j'eus (= j'ai eu) déjà la malheur d'entendre le français parlé à Paris.     

Amitiés,
Greg

Bonsoir Greg,

Vous voulez d'autres avis ? : voici le mien :
Il ne faut pas en faire trop avec ce "passé simple"... c'est un peu comme avec le "nous" concurrencé par le "on".
Le "passé composé" n'a rien d'un "sous-temps" de conjugaison... Il n'a rien de vulgaire (ni rien de "commun" si l'on prend l'ancienne acception du terme).

Par exemple, sur ce forum, nous parlons, nous informons, nous racontons (au pire), mais nous ne narrons jamais ! L'emploi du passé simple y serait incongru ! voire totalement absurde... et "pédant"...

Le langage, comme toute chose, peut être beau dans la simplicité... C'est bien souvent la simplicité apparente, (qui peut cacher une complexité), qui est la plus belle des expressions. Cultiver le "passé simple", le "subjonctif", le "nous"... n'est tolérable que pour quelqu'un qui le ferait sans faille... peu nombreux sont ceux qui le peuvent...  (J'ai un ami qui me sert dix "nous" pour quatre "on" : horripilant !)

Votre phrase :
Je ne suis pas francophone, mais j'eus (= j'ai eu) déjà la malheur d'entendre le français parlé à Paris.

le passé composé serait nettement préférable...

Pour finir, et pour vous montrer que le débat n'est pas "récent"... :

[Partie "français médiéval"]
Le passé composé, d'origine romane, est en concurrence avec le passé simple. Il marque le résultat d'une action passée, alors que le passé simple est utilisé pour marquer la succession des actions. Le passé composé va tendre à se substituer au passé simple qui se restreindra ultérieurement au temps de la narration écrite. Au Moyen-Âge, le passé simple peut aussi être employé pour les descriptions, l'imparfait étant assez rare et se développant en prose au XIIIe siècle. Les temps composés se multiplient en ancien français qui connaît aussi au XIIIe siècle des formes surcomposées, rares dans la langue écrite.
Source : Histoire de la langue française, Mireille Huchon. (Le livre de poche, collection "Références", page 106).

Muriel

n° 119 jeudi 22 novembre 2007 à 23 h 08

lebeau
590 message(s)
 Passé simple et passé composé

Pourquoi pleurer si fort ce qui existe encore?

Il est certain que dans mille ans nos descendants se pencheront en souriant, ou en râlant, sur cette étrange parladure qu'utilisent nos contemporains. Est-ce important maintenant?
Il suffit que nos plaisirs et nos joies de langue restent les nôtres ou que nous les partagions si nous le désirons.
J'aurais été fort marri qu'elles disparussent maintenant.

Dernière modification par lebeau (jeudi 22 novembre 2007 à 23 h 10)

n° 120 samedi 24 novembre 2007 à 15 h 15

Greg
 Passé simple et passé composé

Bonjour, Muriel,

Le passé composé n'est point un sous-temps, vous avez raison. Pourtant, vous donnez au passé simple un caractère très borné. La narration, c'est de la prose. Si le passé simple n'est que narratif, comment l'expliquer dans la poésie? Penchons-nous sur ces vers de Charles:

"Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par des brillants soleils;
La tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils." (L'ennemi)

La beauté de ces vers révèle une certaine harmonie, une interaction, une égalité entre les passés. Ils sont utilisés indistinctement. Lisons encore Arthur:

"S'il [l'homme] n'avait pas laissé l'immortelle Astarté,
Qui jadis, émergeant de l'immense clarté
Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,
Montra son nombril rose où vint neiger l'écume,
Et fit chanter partout, Déesse aux yeux vainqueurs,
Le Rossignol aux bois et l'amour dans les coeurs!"
(...)
Oui, l'homme est faible et laid, la doute le dévaste;
Il a des vêtements parce qu'il n'est plus chaste,
Parce qu'il a sali son fier buste de Dieu,
Et qu'il a rabougri, comme une idole au feu,
Son corps Olympien aux servitudes sales" (Lettre à Théodore de Banville)

Quant à ma philosophie de style, je cherche la liberté. Or il n'y a pas de liberté où une forme de pression linguistique est exercée. L'association entre certaines usages du passé simple et le pédantisme en est un exemple. Admettons que cette supposition soit vraie. Pourquoi avoir peur du pédantisme? Je parle aux poètes! Pourquoi avoir peur de mots? (M. Bloch) Oui, je suis pédant, et c'est parfait. Tolérez le pédantisme, l'exagère, le superflu. Rien n'est plus nécessaire que le superflu. (O. Wilde) La simplicité est sans doute vertueuse. Mais il est aussi une distinction entre la simplicité du journalisme et celle de la littérature. Un poète du simple n'est pas un simple poète.
Il n'y a pas de pédantisme en soi. Nous inventons, acceptons et transmettons de tabous très pernicieux sans les mettre en question. Dans un forum littéraire, la production littéraire devrait être aussi bienvenue que la discussion littéraire. Cette production peut et doit exploiter toutes les possibilités de la langue. La réalité appartient aux sciences. Pourquoi emprisonner la littérature aux vicissitudes de temps dit présent? Le temps, c'est moi. C'est vous. Dans la poésie, tout est possible. Même le passé simple. Même le pédantisme.