#1 10/12/2006 09:49

Louli
1 message(s)
Entraide scolaire et méthode Britannicus : naissance d'un monstre

Bonjour,

On a souvent dit que dans Britannicus Racine avait voulu montrer la naissance d'un monstre.
On nous demande de montrer par quels ressorts celle-ci a pu avoir lieu et que Néron n'en porte pas seul la responsabilité.
J'ai quelques problèmes d'organisation et n'arrive pas à classer mes idées. Pouvez-vous me conseiller ?
Merci

 

#2 10/12/2006 10:58

Jean-Luc
2941 message(s)
Entraide scolaire et méthode Britannicus : naissance d'un monstre

Bonjour Louli,

La formulation du sujet t'invite à bâtir
- un plan thématique : causes politiques, causes psychologiques, l'esthétique tragique "terreur et pitié"...
- ou un plan analytique (problème, causes, solutions -> description de cette monstruosité latente, origines, développement dramatique : un des ressorts de la tragédie)

Si tu analyses l'intrique de la pièce, tu découvres
1 - La disgrâce d’Agrippine.
L'enlèvement de Junie, commandité par Néron, intervient dès le début de la tragédie en signe avant-coureur de la perte d'emprise d'Agrippine sur son fils. La mère en effet, soutenait Britannicus dans ses prétentions sur Junie. Cet incident va dès lors conduire à un conflit entre une mère qui veut régner et un fils lassé de se montrer sous un faux jour. Cette lutte va révéler le monstre qui sommeillait en Néron.
2 - Logique passionnelle et politique.
Néron se découvre bientôt amoureux d'une Junie qu'il avait enlevée pour braver Agrippine. Il comprend aussi que cette jeune femme est un élément clé pour son accession réelle au pouvoir : elle lui permet d’actionner Britannicus, son rival légitime, et surtout sa mère, dont il veut briser la tutelle. La logique veut donc qu'il tue Britannicus à la fois pour posséder Junie et pour punir sa mère, qui soutient officiellement l’union de son rival avec celle qu’il aime.
3- Naissance d'un monstre.
Finalement, s'écartant du droit chemin enseigné par son gouverneur, Burrhus, Néron fait empoisonner Britannicus, qui meurt. Ce meurtre constitue un coup suprême porté à Agrippine (elle sait qu'elle ne va plus vivre très longtemps), à Burrhus, à Sénèque, et bien sûr à Junie (qui cependant lui échappe). Ce crime le fait entrer dans une spirale meurtrière.

Dans sa tragédie, Racine a respecté ce trait principal de Néron : il n'est pas encore le monstre que l'histoire a retenu, mais il est déjà las de l'emprise de sa mère sur lui et du faux-semblant qu'il donne au peuple romain : « Soumis à tous leurs voeux, à mes désirs contraire, / Suis-je leur empereur seulement pour leur plaire ? », Acte IV, scène 3, 1335-1336. « C'est à vous à choisir, vous êtes encor maître./ Vertueux jusqu'ici, vous pouvez toujours l'être. », 1339-1340. Le peuple romain croit en effet, après la tyrannie de Caligula et les escapades de Claude, avoir trouvé un nouvel Auguste, respectueux des lois et des usages romains, en la personne de Néron - qui a eu, jusqu'en 55, des années de règne assez calmes. Mais c'est faire erreur. En fait, comme l'explique Racine, « il n'a pas encore mis le feu à Rome. Il n'a pas tué sa mère, sa femme, ses gouverneurs », mais « Néron était déjà vicieux [ et ] dissimulait ses vices. » Son évolution dans la pièce, signalée par l'initiative audacieuse de l'enlèvement de Junie, est très nette : feignant un instant de se rétracter et de se soumettre à la volonté de sa mère et à la raison de son gouverneur, il confie ensuite qu'il embrasse pour étouffer, ce qu'il fait finalement en empoisonnant son demi-frère Britannicus.

Dénué de tout scrupule, Néron est un manipulateur qui joue habilement de la grandeur d'âme de ses adversaires. Le monstre pervers est en train de naître sous nos yeux. La tragédie s’appuie bien sur la terreur et la pitié : terreur que nous inspire le pervers Néron, pitié pour ses victimes.


Jean-Luc    "Il n'y a jamais nulle part où aller qu'en dedans." Doris Lessing :)