Littérature française
Quel est votre auteur / livre détesté ?Nightingale a écrit :
Pourquoi cette question ?
Parce que j'ai été frappée de voir que le romantisme et le naturalisme, que tous les manuels de littérature opposent franchement l'un à l'autre (et ce à la suite de Zola qui voulait en finir avec la "soupe romantique"), subissaient des attaques critiques de la même nature dans la presse du XIXe : exagération, pessimisme, réalisme trop cru (littérature dégoûtante, hideuse, cauchemardesque)… Je me disais que si vous aimiez les personnages aux caractères "extrêmes" de Zola, il y avait de bonnes chances que vous trouviez les mêmes chez Hugo, et qu'on pouvait ainsi peut-être retrouver, au XXIe siècle, sous une forme positive, l'unité du jugement critique qu'on trouvait au XIXe.
L'histoire littéraire est organisée par oppositions : c'est le fait des critiques et aussi des écrivains eux-mêmes ; il serait passionnant de pouvoir étudier comment un lecteur, par sa culture personnelle et son tempérament propre, se recrée une histoire littéraire avec ses propres mouvements, ses propres oppositions. Ainsi, pour ma part, la ferveur égale avec laquelle je lis les œuvres romantiques, réalistes et décadentes me fait considérer avec sympathie (sans pour autant la poser comme vérité) l'idée que le romantisme, loin de finir en 1843 (ou 1830, ou 1857…), se prolonge bien plus loin.
J'avais détesté Une Vie de Maupassant d'un bout à l'autre: ennuyeux, niais, lent, plat...
Je l'ai lu trop tôt (en troisième), cela ne fait aucun doute, mais je n'ai jamais trouvé le courage de le relire.
Voyage au bout de la nuit de Céline. C'est le seul livre que j'ai véritablement abandonné. Je n'aime pas son nihilisme paroxystique, il est partout et chaque réflexion en est dégoulinante. Les personnages manquent de profondeur et sont tous profondément déformés par cette vision pessimiste portée à l'extrême. Une œuvre qui manque donc de nuance.
Moi ce serait les livres de Duras. S'il y a une oeuvre vraiment sur-évaluée, pour moi c'est bien celle-là!
Vitti a écrit :
Moi ce serait les livres de Duras. S'il y a une oeuvre vraiment sur-évaluée, pour moi c'est bien celle-là!
Oui, oui, trois fois oui! Je ne peux m'empêcher de penser d'ailleurs que l'histoire fera le tri et rectifiera cette erreur…
Vitti a écrit :
Moi ce serait les livres de Duras. S'il y a une oeuvre vraiment sur-évaluée, pour moi c'est bien celle-là!
Un barrage contre le pacifique n'a cessé de me tomber des mains. A la décharge de Duras, je dois dire que le contexte historique et géographique ne m'attirait pas du tout (dans le même registre, j'ai laissé tomber la condition humaine dès l'incipit
) il faudrait que j'essaie le ravissement de Lol V.Stein, dont le seul titre me semble plus prometteur.
Claude Simon, pour une simple question de style : l'impression que la même ficelle est utilisée à outrance, à longueur de phrase (c'est le cas de le dire), et qu'au final, il ne m'est pas resté grand chose d'un récit comme Le Vent, aussi touchant soit-il. Je ferais le même reproche au Nouveau Roman en général : des livres intéressants en tant qu'objets d'étude, mais pas des livres de chevet, alors que d'autres auteurs réussissent à mes yeux le pari d'être à la fois des plaisirs et des chefs d'oeuvres.
Édité par Lysdanslavallee (jeudi 30 avril 2009 à 19 h 53)
76man a écrit :
Voyage au bout de la nuit de Céline. C'est le seul livre que j'ai véritablement abandonné. Je n'aime pas son nihilisme paroxystique, il est partout et chaque réflexion en est dégoulinante. Les personnages manquent de profondeur et sont tous profondément déformés par cette vision pessimiste portée à l'extrême. Une œuvre qui manque donc de nuance.
Comme quoi, chacun ressent ce livre d'une manière profondément différente…pour ma part, je l'ai littéralement adoré, enfin le mot ne s'applique peut-être pas à une telle oeuvre mais je l'ai trouvée fascinante. Bardamu est bien sûr nihiliste et d'un pessimiste absolu, mais justement, c'est cette noirceur qui m'a plu. Pour autant, il y a des passages très jolis, au sujet de Molly notamment (bon ils ne sont pas les plus nombreux, je te l'accorde).
J'ai dévoré Mort à crédit également.
Comateen a écrit :
Bardamu est bien sûr nihiliste et d'un pessimiste absolu, mais justement, c'est cette noirceur qui m'a plu.
Habituellement, j'aime les œuvres sombres, très pessimistes. Mais lorsque le pessimisme est plaqué sur tout ce qui bouge, c'est un peu trop facile. C'est vrai que le personnage de Molly est intéressant, mais il ne suffit pas à me faire changer d'avis
J'avoue aussi que l'œuvre est lumineuse par son style; mais le fond... J'essaierai peut-être de l'ouvrir à nouveau cet été, comme chaque année depuis deux ans!!!
Édité par 76man (vendredi 01 mai 2009 à 15 h 18)
Oui oui, il faut absolument finir Voyage au bout de la nuit, chef-d'oeuvre absolu du XXe siècle ! C'est vrai que c'est assez noir, mais au moins ce qui est sombre est affronté de face, avec franchise, Céline va jusqu'au bout! On est loin de l'espèce de tristesse rampante de principe qui remplit presque tous les romans contemporains...
J'aime bien Les Confessions de Rousseau. Il s'y dévoile tel qu'en lui-même, sans ses principes, laissant plus de place à la fragilité, aux humeurs qui nous affectent immanquablement, à la vie qui va comme elle va. En revanche, La Lettre à d'Alembert représente à peu près tout ce que je déteste: l'admiration pour Sparte, la réclusion villageoise, la frugalité, l'homme laborieux et rude, le rigorisme et, dans le même temps, l'indulgence pour la grossièreté des goûts populaires. Pour finir, comme si ce n'était pas assez, l'indignation stupide et insupportable du tyran en puissance à qui on dénie le droit de dominer.
Je crois que pour l'écrire Rousseau a dû faire violence à sa nature (il aimait la musique, les livres, l'art, le superflu) mais cela lui a permis de prendre sa revanche sur la pièce de Molière, le Misanthrope.
Ce qui donne encore de l'eau au moulin, c'est la similarité de cette lettre avec tout un courant de pensée réactionnaire qui a réussi à se faire une place aussi bien à l'extrême droite qu'à l'extrême gauche de l'échiquier politique.
Édité par Alph (samedi 02 mai 2009 à 14 h 04)
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