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Bonjour à tous !
L'écrivain est-il un savant et adroit technicien du verbe ou un artiste créateur éventuellement désordonné et sans technique, l'un ou l'autre éventuellement également géniaux ? Participe-t-il de l'un et l'autre, et le génie littéraire peut-il s'exprimer autrement que par la maîtrise de la technique de l'écriture ? Peut-on opposer L.F. Céline à Victor Hugo ? L'écrivain n'a-t-il pas vocation à (ré)inventer la forme autant qu'à donner vie à un contenu ? Où et quand commence réellement le talent littéraire ? Lors de la publication d'un livre ou lors de la lecture par l'autre, éventuellement unique, mais fasciné par l'écrit ?
Toutes ces questions, et tant d'autres que nous pourrions poser en relation à la place de la technique et du "génie" dans le travail littéraire, pourraient se résumer à la suivante : - tout le monde peut-il devenir écrivain ? Si, comme le disait Proust, "Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même.", chaque lecteur n'est-il pas potentiellement écrivain de lui-même ?
Un écrivain sommeille-t-il en chacun de nous ?
C'est un peu pour répondre à cette question que j'ai créé http://www.lecriture.com , mais c'est un site de tests et de "production", non de débat...
Le débat, je vous le propose ici-même, sur cet excellent forum ;-)
Merci,
Guillaume de la Coureneuve
J'ai ma définition de l'écrivain, j'aimerais connaître vos avis - n'hésitez pas à dire que c'est nul si vous le pensez, soyez francs ! - voici la définition : "L'écrivain est une ombre qui fuit avec une torche". 
Bonjour Jérémy,
Cette citation ne correspond pas bien à la réalité de l'écrivain. Elle met en valeur le projet au détriment de la personne, de son univers intérieur.
Je crois comme Claudel qu'être écrivain commence par l'envie irrépressible de dire ou d'écrire. L'auteur du Soulier de satin exprimait en substance qu'écrire, c'était mettre au jour ce gros paquet de choses vivantes. Ce n'est pas une citation, seulement une réminiscence. Ecrire est d'abord un accouchement. Etre écrivain, c'est d'abord porter en soi un enfant et l'expulser dans une existence autonome quand les temps sont venus.
Est-ce de là que vient l'expression de "co-naissance" de Claudel, Jean-Luc ?
Bonjour Mozart,
Cette formulation de Claudel se trouve dans son Art poétique.
Ce jeu de mots s'applique plutôt à la poésie qui est à la fois naissance, et « co-naissance », acte de création perpétué.
Le poète, pour Claudel, s'inscrit dans la continuité du verbe divin en célébrant la grandeur de Dieu dans la création. La poésie est action de grâces et liturgie. Elle poursuit à sa manière l'acte créateur divin en le retournant à son origine.
Potentiellement oui, je pense. Nous sommes tous des étant vivant et des ayant vécu. Maintenant rédiger un roman, c'est selon moi, un peu l'équivalent d'une thèse de doc. Donc un travail mirifque de documentation et de composition. Il faut ensuite suivre avec passion notre absence de talent jusqu'à trouver notre propre mode d'expression, tout ceci dans le cadre, comme disait Lukács (1), d'un système qui ne nous appartient nullement: la langue ; premier paradoxe. Deuxième paradoxe, selon Lukács encore, c'est que le point de vue de l'écrivain (pas celui du narrateur) est celui de Dieu, omniscient, mais l'écrivain doit garder, simultanément, un point de vue subjectif sur le monde. Autre difficulté si je ne me trompe: être à la fois acteur et spectateur de la société, à la fois y jouer un rôle et rendre cette société, à cette société-même.
Si vous arrivez à résoudre ces paradoxes et contradictions avant moi, je me ferais un plaisir de lire l'écrivain que vous êtes.
NB: ouvert à toute rectification: ancienne lecture + texte difficile et/ou mal traduit.
(1) Georg Lukács, Théorie du roman, Berlin, 1920.
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