#1 25/11/2006 14:16

Leitmotiv
1 message(s)
Entraide scolaire et méthode Commentaire - Victor Hugo, Les Châtiments : Ultima Verba

Ultima verba
Victor Hugo
La conscience humaine est morte ; dans l’orgie,
Sur elle il s’accroupit ; ce cadavre lui plaît ;
Par moments, gai, vainqueur, la prunelle rougie,
Il se retourne et donne à la morte un soufflet.

La prostitution du juge est la ressource.
Les prêtres font frémir l’honnête homme éperdu ;
Dans le champ du potier ils déterrent la bourse ;
Sibour revend le Dieu que Judas a vendu.

Ils disent : - César règne, et le Dieu des armées
L’a fait son élu. Peuple, obéis, tu le dois ! -
Pendant qu’ils vont chantant, tenant leurs mains fermées,
On voit le sequin d’or qui passe entre leurs doigts.

Oh ! tant qu’on le verra trôner, ce gueux, ce prince,
Par le pape béni, monarque malandrin,
Dans une main le sceptre et dans l’autre la pince,
Charlemagne taillé par Satan dans Mandrin ;

Tant qu’il se vautrera, broyant dans ses mâchoires
Le serment, la vertu, l’honneur religieux,
Ivre, affreux, vomissant sa honte sur nos gloires ;
Tant qu’on verra cela sous le soleil des cieux ;

Quand même grandirait l’abjection publique
À ce point d’adorer l’exécrable trompeur ;
Quand même l’Angleterre et même l’Amérique
Diraient à l’exilé : - Va-t’en ! nous avons peur !

Quand même nous serions comme la feuille morte ;
Quand, pour plaire à César, on nous renierait tous ;
Quand le proscrit devrait s’enfuir de porte en porte,
Aux hommes déchiré comme un haillon aux clous ;

Quand le désert, où Dieu contre l’homme proteste,
Bannirait les bannis, chasserait les chassés ;
Quand même, infâme aussi, lâche comme le reste,
Le tombeau jetterait dehors les trépassés ;

Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,
Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,
Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
Patrie, ô mon autel ! Liberté, mon drapeau !

Mes nobles compagnons, je garde votre culte ;
Bannis, la République est là qui nous unit.
J’attacherai la gloire à tout ce qu’on insulte ;
Je jetterai l’opprobre à tout ce qu’on bénit !

Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre,
La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non !
Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,
Moi, je te montrerai, César, ton cabanon.

Devant les trahisons et les têtes courbées,
Je croiserai les bras, indigné, mais serein.
Sombre fidélité pour les choses tombées,
Sois ma force et ma joie et mon pilier d’airain !

Oui, tant qu’il sera là, qu’on cède ou qu’on persiste,
Ô France ! France aimée et qu’on pleure toujours,
Je ne reverrai pas ta terre douce et triste,
Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !

Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,
France ! hors le devoir, hélas ! j’oublierai tout.
Parmi les éprouvés je planterai ma tente :
Je resterai proscrit, voulant rester debout.

J’accepte l’âpre exil, n’eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et sans considérer
Si quelqu’un a plié qu’on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s’en vont qui devraient demeurer.

Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S’il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là !

J'ai déjà mis la problématique (Comment cette poésie se fait-elle réquisitoire) et les thèses :
1. le réquisitoire contre l'Empire,
2. l'exil en tant que châtiment et résistance,
3. le pouvoir du verbe.

Pourriez-vous m'aider avec les rapprochements et quelques arguments ?

Dernière modification par webmestre (25/11/2006 17:21)

 

#2 25/11/2006 16:14

mozart62000
425 message(s)
Entraide scolaire et méthode Commentaire - Victor Hugo, Les Châtiments : Ultima Verba

1.le réquisitoire contre l'empire

- Qu'est-ce qu'un réquisitoire sinon une ACCUSATION ? Il faut donc chercher dans le texte tout ce qui relève de l'accusation, soit notamment :
* un lexique PEJORATIF dénotant la mort (qui plus est : en corrélation avec le plaisir [v. 2], la stupre, l'incompétence, etc. Et ce qu'on appelle des adjectifs AXIOLOGIQUES (de valeur négative, dé-morale) : "affreux, ivre, éxecrable, etc.".
* l'emploi des pronoms : "tu" oralisant et accusateur, parfois même insolent ; ou encore "ce" péjoratif ("ce gueux, ce prince, (...)").
* Napoléon III est exclusivement le sujet de verbes extrêmement dévalorisants : "il s'accroupit, donne à la morte un soufflet, il se vautrera, broyant dans ses machoires, etc." . Il est perçu comme une incarnation démoniaque avec "la prunelle rougie", l'ivresse et la gaité du Mal, immoral, "trompeur". Il introduit la décadence dans le pays : par la corruption, par la luxure, par l'imposition. Cette situation est d'autant plus catastrophique qu'elle s'inscrit dans le temps (note la répétition de la conjonction "tant que" signifiant "aussi longtemps que").
* "orgie" rime avec "rougie" (couleur du sang, de la chair, du feu, etc. du Diable). "Prince" avec "pince".
* Repère également les formules antithétiques voire oxymoriques qui témoignent d'une discordance problématique dans le système actuel du pouvoir : "Les prêtres font frémir l'honnête homme éperdu", "ce gueux, ce prince, / Par le pape béni", " Dans une main le sceptre et dans l’autre la pince" (parallélisme), "vomissant sa honte sur nos gloires", "À ce point d’adorer l’exécrable trompeur", etc.

2.l'exil en tant que châtiment et résistance

- A plusieurs reprises, le poète affirme haut et fort un EXIL volontaire, dont il revendique la puissance dans des formules péremptoires telles que "Je ne fléchirai pas", "S'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !", "J'accepte l'âpre exil", souligné par l'emploi du FUTUR (qui marque l'action dans une continuité), du PRESENT (indique une affirmation certaine) et par les exclamations qui renvoient à la force, à la volonte, de cette prise de position, de cet engagement.
- L'exil est également montré comme une souffrance nostalgique (cf. multiples paroles adressées à la "France", allégorie de la Liberté, symbole de la lutte et de la Révolution). Cette souffrance montre à quel point le poète est capable de résister, exaltant une foi que nul ne peut ébranler, pas même l'amour de sa patrie (étymologiquement : le territoire du père).
- L'exil est symbole d'une liberté possible, d'un engagement personnel, et volontaire, et assumé. Elle est le châtiment de Napoléon III en ce qu'elle est chargée de poursuivre la bataille, de convaincre, de persuader, de lever les masses contre ce dernier.

D'où effectivement une troisième partie dans laquelle on traite de la force du Verbe :

3.le pouvoir du verbe

- la dimension oratoire/orale de ce texte est à étudier tout en gardant en tête que ce texte est un réquisitoire, une accusation ; celle-ci a d'autant plus de force, et de valeur, s'il est appuyée par des figures, par des alliances de mots frappants et frappeurs, par des formules qui marquent (cf. l'ultime formule), etc. Le réquisitoire est un art de la persuasion. Un art ORAL. D'où :
* la présence d'un LOCUTEUR (celui qui dit "je") et d'un interlocuteur ("tu") avec des destinataires (le peuple français, la "France"). C'est l'exilé qui parle à sa Patrie.
* relève les verbes de parole, de déclamation.
* relève les modalités exclamatives, tout comme les modalités péremptoires.
* observe les parallélismes, les accumulations [par exemple, au vers 3], les anaphores (en fait, on parle Epanaphores lorsque plusieurs termes similaires sont repris en début de fragments), etc. Le Verbe poétique offre la possibilité par son mètre (l'alexandrin étant à l'origine un vers EPIQUE) et par ses rythmes et ses rimes de frapper l'oreille, de saisir la pensée, d'aggriper la mémoire.


Voilà. Ce ne sont que des notes et des idées. Fais le ménage, vois ce qui est intéressant et c equi ne l'est pas, et organise ta pensée selon.


L'innocence palmaire implorant les noirs cieux
 

#3 21/10/2007 17:05

tiffany
1 message(s)
Entraide scolaire et méthode Commentaire - Victor Hugo, Les Châtiments : Ultima Verba

Je dois faire un commentaire composé sur "Ultima verba" des châtiments de Victor Hugo.


La conscience humaine est morte ; dans l’orgie,
Sur elle il s’accroupit ; ce cadavre lui plaît ;
Par moments, gai, vainqueur, la prunelle rougie,
Il se retourne et donne à la morte un soufflet.

La prostitution du juge est la ressource.
Les prêtres font frémir l’honnête homme éperdu ;
Dans le champ du potier ils déterrent la bourse ;
Sibour revend le Dieu que Judas a vendu.

Ils disent : - César règne, et le Dieu des armées
L’a fait son élu. Peuple, obéis, tu le dois ! -
Pendant qu’ils vont chantant, tenant leurs mains fermées,
On voit le sequin d’or qui passe entre leurs doigts.

Oh ! tant qu’on le verra trôner, ce gueux, ce prince,
Par le pape béni, monarque malandrin,
Dans une main le sceptre et dans l’autre la pince,
Charlemagne taillé par Satan dans Mandrin ;

Tant qu’il se vautrera, broyant dans ses mâchoires
Le serment, la vertu, l’honneur religieux,
Ivre, affreux, vomissant sa honte sur nos gloires ;
Tant qu’on verra cela sous le soleil des cieux ;

Quand même grandirait l’abjection publique
À ce point d’adorer l’exécrable trompeur ;
Quand même l’Angleterre et même l’Amérique
Diraient à l’exilé : - Va-t’en ! nous avons peur !

Quand même nous serions comme la feuille morte ;
Quand, pour plaire à César, on nous renierait tous ;
Quand le proscrit devrait s’enfuir de porte en porte,
Aux hommes déchiré comme un haillon aux clous ;

Quand le désert, où Dieu contre l’homme proteste,
Bannirait les bannis, chasserait les chassés ;
Quand même, infâme aussi, lâche comme le reste,
Le tombeau jetterait dehors les trépassés ;

Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,
Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,
Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
Patrie, ô mon autel ! Liberté, mon drapeau !

Mes nobles compagnons, je garde votre culte ;
Bannis, la République est là qui nous unit.
J’attacherai la gloire à tout ce qu’on insulte ;
Je jetterai l’opprobre à tout ce qu’on bénit !

Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre,
La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non !
Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,
Moi, je te montrerai, César, ton cabanon. (...)

Déjà je me demande pourquoi le titre est en latin.
Ensuite, j'ai trouvé beaucoup d'informations dans le poème pour mon commentaire mais j'ai du mal à les organisées.

Les voici:

Victor Hugo => poète romantique, romancier, dramaturge, qui se considère comme un guide de l'humanité, un prophète.
J'ai le contexte dans lequel le poème a été écrit.
Titre symbolique car on a l'impression que le poète à un pouvoir de justice divine.

Le poème est composé de 11 quatrains d'alexandrins
Ce sont des rimes croisées, rimes riches
Il y a des enjambements qui accélèrent le rythme
Des rejets qui mettent en relief le mot dans le vers suivant
Anaphore => vers 25 qui permet de scander, pour rendre plus solennel
Parallélisme vers 30 et 42 pour insister
1er quatrain assonance en "i" qui marque la violence

temps présent pour faire du poème une vérité générale
futur à valeur prophétique

sacralisation de la patrie par hugo
apostrophe tous les bannits ( vers 10 , ... )


Ma professeure nous a donné une idée de plan mais je n'arrive pas à y mettre mes idées  :
- tout ce qui fait parti du réquisitoire contre le tyran 
- face à face entre 2 personnages ( presque un duel ) 
- toutes les valeurs bafouées par le tyran   



Quelqu'un pourrait m'aider ??

(Message déplacé.)

Dernière modification par Muriel H. (21/10/2007 17:20)

 

#4 18/04/2008 20:45

chibimymy37
5 message(s)
Entraide scolaire et méthode Commentaire - Victor Hugo, Les Châtiments : Ultima Verba

Est-ce que vous pourriez m'aider pour trouver des rejets dans ce poeme car je compte les syllabes mais je ne vois pas comment on peut faire pour trouver un rejet ?
Et ce que l'o peut dire que Napoléon III est le chef du gouvernement ?
J’attacherai la gloire à tout ce qu’on insulte ;
Je jetterai l’opprobre à tout ce qu’on bénit !
Sont des oxymores ?
Merci d'avance pour votre aide