#1 19/11/2006 17:21

eva001
22 message(s)
Entraide scolaire et méthode Dissertation : le romancier doit-il avoir le souci de la vérité ?

Bonjour,

la dissertation "Le romancier doit-il avoir le souci de la vérité ? " me pose beaucoup de problème à l'élaboration de mon plan. J'ai beaucoup d'idées, de pistes, mais n'arrive pas à formuler mes trois parties.

Je vous faire part de mes idées, ainsi, vous pourrez peut-être me venir en aide.

- Le genre romanesque à été méprisé du XVIIème au XIXème siècle pour ne pas dire le vrai, mais est ce un devoir du romancier d'avoir le souci de la vérité ?

- Le souci est présent mais pas forcément respécté à cause du souci de l'art littéraire (enjolivement...)

-La vérité du moi . Souci de la vérité de l'auteur et non d'une vérité absolue. On remarque une vérité instinctive des personnages comme J.K dans Le Procès ( grande ressemblance avec Frantz Kafka), ou une vérité des évênement dans Max Gallo.
Rousseau dans ses Confessions revient sur l'événement du peigne brisé pour comprendre ce qui s'est passé sous un nouveau regard et chercher la vérité.
Perec dans W ou le souvenir d'enfance évoque son souci de sincérité par la précision de la description, l'absence totale d'enjolivement et la volonté d'analyse.
Montaigne dans ses Essais à un souci de nuance et de précisions (pas d'hyperboles, rectifie son portrait au fur et à mesure,il y a même eu plusieurs éditions,  souci d'honneteté, de dire toujours plus le vrai) et on voit apparaitre un portrait en creux de l'homme qu'il aurait aimé être. C'est donc, la vérité de l'auteur qui apparait.

-Mais l'autobiographie peut sembler fausse à causes des défaillance de la mémoire causées par le temps, à cause de l'amour propre qui fait que l'auteur élimine ce qui est le moins glorieux et à tendance à s'embellir, ou à cause de la faiblesse de l'écriture qui peut être imparfaite et qui impose un cheminement logique et supprime tout hasard et toutes incohérences.

- Dans les romans autobiographiques et historiques, l'auteur noue un pacte de lecture avec son lecteur, ce dernier s'attendant à connaître la vérité. Dans Dickens, nous avons une description de Londres au XIX, dans l'Assomoir de Zola, une description de Paris au XIXème. On se demande comment s'est déroulé la speculation.

-Dans le roman fictif, l'auteur semble avoir plus le liberté et ne doit pas avoir à se soucier de la vérité. Cependant, dans chaque roman, l'auteur écrit dans un but précis, voulant démontrer ou dénoncer quelque chose, ce qui signifie qu'il y a toujours, même sans le savoir une once de vérité dans l'écriture du romancier.

- Un roman doit toucher le lecteur (être vrai sur le plan psychologique= vérité psychologique) , intéresser le lecteur (être vraissemblable =vérité des situations),  passionner le lecteur (cohérence, intégrité, il faut qu'il soit véridique).
Mais il peut néanmoins prendre des libertés avec la réalité connue : ammener le lecteur vers d'autres univers (science-fiction), dans le futur ou des pays qui n'existe pas (immaginaire), ou modifier l'histoire selon son gré. Ce qu'il présente n'est donc pas vrai, ni probable, ni observable de nos jours, mais cela doit tout de même être vraissemblable.
Il peut aussi prendre des liberté avec la psychologie humaine : introduire des caractère dont le comportement n'est pas humain ... mais toujours de manières visible pour que le lecteur puisse faire la distinction entre ce qui est humain et ce qui ne l'est pas.
Ou alors, le centre du roman sera de découvrir que ces personnages ayant ce caractère ne sont pas des hommes.
Le romancier prend alors des libertés avec la vérité plus ou moins fréquemment, mais toujours de manière consciente et calculée en vue d'un effet (le lecteur va croire ce qui lui est raconté). Etre cru, ce n'est peut-être pas dire la vérité, mais pour le romancier, c'est le but.

-Quelques citations sur le sujet :
" La littérature est plus vraie que la vie" PROUST,
" Libre est le romancier, il crée un monde à sa guise, mais il le fait sur le bord du monde qui existe. Sa liberté en est très réduite" LAURENT,
"On ne peux plus arriver à la vérité que dans un roman" VIZINCZEY,
"Dès qu'une vérité dépasse 5 lignes, c'est du roman" RENARD,
"L'historien et le romancier font entre eux un échange de vérités, de fictions et de couleurs, l'un pour vivifier ce qui n'est plus, l'autre pour faire croire ce qui n'est pas" RIVAROL,
"On croit dire le vrai de sa vie, mais dès que l'on y réfléchi, on s'aperçoit que tous récits, même le plus intime à une forme obligée de fiction" FOREST,
"Le romancier a beaucoup de droits, dont celui de mentir pour mieux dire la vérité " ROY,
" Un roman est l'histoire des jours où une vérité se fait jour" ROY.

Voilà, merci de m'avoir lu jusque là.
Auriez vous d'autres idées pour ce sujet, ou connaissez vous des auteurs, ou références littéraires qui me serait utilses ?
De plus, auriez vous une idée de plan car à part faire un plan analytique OUI / NON /BOF qui est vivement déconseillé, j'ai vraiment du mal.

Merci d'avance votre aide.

 

#2 19/11/2006 23:10

Léah
10013 message(s)
Entraide scolaire et méthode Dissertation : le romancier doit-il avoir le souci de la vérité ?

En effet tu ne manques pas de bonnes idées ; pour l'organisation as-tu regardé sur ce site les fiches de méthode, qui proposent divers types de plans ?


Tenir un seul cheveu dans sa main.
Y parvenir.
 

#3 19/11/2006 23:14

Léah
10013 message(s)
Entraide scolaire et méthode Dissertation : le romancier doit-il avoir le souci de la vérité ?

Et si tu partais sur le style ? la vérité ne suffit pas ; on peut inventer à condition d'être plausible ; mais de plus pour "accrocher" le lecteur il faut bien écrire
Enfin, c'est juste une idée, mais ça permet d'aborder le sujet sous l'angle "non, le romancier doit d'abord avoir le souci d'être lu"

 

#4 20/11/2006 08:31

Jean-Luc
3322 message(s)
Entraide scolaire et méthode Dissertation : le romancier doit-il avoir le souci de la vérité ?

Bonjour Eva,

Tes réflexions sont bienvenues.
Je crois que tu es bloquée sur ton plan parce que tu n'as pas formulé de problématique.
Essaie de revoir tes notes avec un couple comme vérité/vraisemblance.
Tu pourrais aussi essayer un plan thématique qui chercherait à répondre à la question : qu'est-ce que la vérité artistique ?
Tu devrais aussi chercher du côté du couple vérité/réalisme.


Jean-Luc    "Il n'y a jamais nulle part où aller qu'en dedans." Doris Lessing :)
 

#5 20/11/2006 09:37

eva001
22 message(s)
Entraide scolaire et méthode Dissertation : le romancier doit-il avoir le souci de la vérité ?

Léah a écrit :

" mais de plus pour "accrocher" le lecteur il faut bien écrire"

??? Que veux-tu dire par là Léah ?

Merci pour vos réponses et votre aide, je vais travailler sur ma dissertation aujourd'hui et je vous soumettrais ma problématique et mon plan ce soir, pour voir si je suis plutôt bien parti, et si je ne me dirige pas vers un HS !!!!

 

#6 20/11/2006 10:04

eva001
22 message(s)
Entraide scolaire et méthode Dissertation : le romancier doit-il avoir le souci de la vérité ?

De plus, dans la littérature de l'absurde, il y a un rejet des conventions et une absence de vraissemblance. Donc dans ce genre là, l'auteur ne présente aucun souci, ni de vérité, ni même de vraissemblance ???

 

#7 20/11/2006 10:21

Léah
10013 message(s)
Entraide scolaire et méthode Dissertation : le romancier doit-il avoir le souci de la vérité ?

Je voulais dire que pour être lu, il faut d'abord écrire de façon agréable !

 

#8 20/11/2006 11:35

Jean-Luc
3322 message(s)
Entraide scolaire et méthode Dissertation : le romancier doit-il avoir le souci de la vérité ?

Bonjour Eva,

Dénierais-tu toute vérité aux récits mythiques ?
Tu viens de toucher un point important, c'est que la vérité artistique n'est pas la vérité tout court que nous confondons trop souvent avec la conformité au réel.
Ton sujet demande bien de définir ce qu'est la vérité du romancier...

 

#9 20/11/2006 19:01

eva001
22 message(s)
Entraide scolaire et méthode Dissertation : le romancier doit-il avoir le souci de la vérité ?

Re bonjour, toutes vos réponses m'ont permis de m'orienter, je pense, dans le bon chemin pour ma dissertation.

J'ai trouvé qu'en grec, le contraire de « vérité » (aletheia) n'est pas comme on peut le croire « mensonge », mais « oubli » (lethe). La vérité, serait donc le non-oubli, et la mémoire, ici, ne serait pas obligatoirement à la recherche de la vérité, mais du non-oubli, de l'édification d'un passé idéal. Chacun, a reconstitué son histoire, s'est raconté des histoires, s'est forgé une identité et une vérité pour échapper à la nuit de l'oubli. L'auteur ne dit peut être donc pas la vérité par souci de mémoire.
Est-ce en accord avec mon sujet ?

Pour ce qui est de la vérité du romancier, toute la complexité est de savoir si c'est une vérité envers lui-même ou envers son lecteur.
C'est par là que la vérité du romancier (tout ce qui est la vraissemblance, le pacte de lecture ...) peut être délaissé au profit de la vérité artistique (enjolivement, ellipses pour cacher des choses qui ne sont pas a l'avantage du narrateur...)

J'en arrive au raisonnement suivant :

Est-ce le but du romancier de dire le vrai ?
En littérature les auteurs inventent des histoires de toutes pièces, fantasment, et jouent avec les mots, le texte, les sonoriités , et l’écrivain n’est pas tenu comme le savant, le journaliste, l’historien ou le philosophe d’aller à la vérité. Le référent du récit est un univers imaginaire qui, même quand il emprunte à la réalité (tout ce qui est les lieux, les personnages ...) des pans entiers de sa narration restent un univers fictif. C'est le même cas pour le roman réaliste et naturaliste qui peigne des scènes de la vie courante appuyant sur tous les aspect plus ou moins vulgaire ; l'expression artistique et du langage semble délaissé au profit de la psychologie des personnages de classe moyenne. Bien qu'il y a toujours une once de vérité dans la narration, c’est comme par hasard. On peut en trouver dans le récit de narration, mais ce n’est pas son objet principal de dire le vrai. Quand on dit la vérité, il faut obligatoirement donner des preuves attestant que le réel dont on parle est bien comme on dit qu’il est, comme la vérité scientifique.
S'il ne doit pas dire la vérité, le romancier doit tout de même avoir le souci de toucher, d'intéresser et de passionner son lecteur car tous les auteurs écrivent dans le but d'être lu et d'être cru. Il se doit donc de faire preuve de vraissemblance dans son récit (vérité psychologique, vérité des situations...). Tout ce qui est vraissemblable n'est pas pour autant vrai et vice versa. Boileau souligne même "Le vrai peut quelque fois n'être pas vraissemblable". La vraissemblance n'empêche pas l'intervention du surnaturel. Le romancier peut prendre des libertés avec la réalité connue, avec la vérité (science fiction, immaginaire, récits mythiques...) mais ce sera tout de même de manière visible pour que le lecteur puisse distinguer le vraissemblable du faux, et toujours de manière consciente et calculé de la part du narrateur.
Le vrai semble donc etre l'objet d'étude de l'historien, le vraissemblable semble plutôt être celui du romancier. Le romancier n'a donc pas a voir le souci de la vérité, puisque ça ne semble pas son but ultime. Il doit avant tout attirer le lecteur par sa manière d'écrire et de l'intriguer, un lecteur qui désire croire les propos de l'auteur en lui livrant sa confaince et en s'attendant non pas à de la vérité, mais de la vraissemblance.



Cela vous parait-il convenable? Je n'ai pas encore établi de plan, je souhaite d'abord que mes idées soient claires, précises, dans le sujet. Si ce n'est pas suffisant, auriez vous d'autres pistes à me soumettre, ainsi que des références littéraires ?

Faut-il que je parle du roman de l'absurde, où il y a une absence de vraissemblance et où l'auteur ne présente aucun souci de vérité ni de vraissemblance ?

Les règles bienséances et de vraissemblance de l'Académie Francaise ont-elles été crées pour redorer l'image du genre romanesque ?

Encore une fois merci de votre aide !

 

#10 20/11/2006 20:28

Jean-Luc
3322 message(s)
Entraide scolaire et méthode Dissertation : le romancier doit-il avoir le souci de la vérité ?

Bonsoir Eva,

Beaucoup de bonnes choses intelligentes.

Quelques remarques : la relation entre vérité et non-oubli à partir de l'étymologie grecque pour intéressante qu'elle soit t'éloigne quand même du sujet dans des acrobaties intellectuelles.

Les règles de bienséance ont servi au théâtre et non au roman qui à l'époque était plutôt un genre mineur.

Tu peux parler du roman de l'absurde mais à quelle oeuvre penses-tu car l'Etranger de Camus ou la Peste ont un souci de vérité.

Tout cela pour en arriver à la question centrale : qu'est-ce que la vérité artistique ? je ne crois pas que tu puisses la réduire à un enjolivement. Elle est au contraire choix signifiant en fonction d'un résultat à obtenir.

Pour que tu puisses appréhender cette notion difficile, je te convie à lire cette page :
ici surtout ce qui concerne le réalisme personnel
et ce corrigé de dissertation que je t'offre compte tenu de la qualité de ton travail.

Sujet : Baudelaire affirmait en 1859 : " Je crois que l'Art est et ne peut être que la reproduction exacte de la nature." Au contraire, un critique de la Revue des Deux Mondes déclarait quelques années plus tard : "L'Art est dans le choix, dans l'interprétation des éléments qui lui sont offerts, nullement dans la copie littérale de tel ou tel détail indifférent ou repoussant". Quel est de ces points de vue celui qui vous paraît le plus juste ?

Introduction: Un impérieux désir de beauté habite le cœur de l'homme. Que cette beauté nous apparaisse comme une promesse de bonheur ou comme une simple valeur d'ordre sen­sible, peu importe ! Nous en subissons l'attrait et en éprouvons l'intime exigence. C'est pourquoi la plupart des artistes et des critiques d'art se sont demandé quel est le sens des formes artistiques, pourquoi elles naissent et meurent, comment elles évoluent. Avec Diderot, Mme de Staël, Stendhal, Hugo, Gautier, Flaubert, Mallarmé, Malraux, les théories se sont succédé en matière de représentation (art figuratif ou abstrait) d'expression (art formel ou informel) et de signification. Pour sa part en 1859, Baudelaire affirmait : "Je crois que l'Art est et ne peut être que la reproduction exacte de la nature". Au contraire, un critique de la Revue des Deux Mondes déclarait quelques années plus tard : "L'Art est dans le choix, dans l'interprétation des éléments qui lui sont offerts, nullement dans la copie littérale de tel ou tel détail indifférent ou repoussant". Ces deux points de vue antagonistes méritent tout d'abord une définition très précise des termes "Art" et "Nature". Alors seulement nous pourrons indiquer laquelle de ces deux conceptions esthétiques nous parait la plus satisfaisante.
I) Définition des termes.
A l'origine le mot latin "Ars" désigne le savoir-faire matériel, il correspondait au mot actuel ''technique" Art désigne ensuite toute activité avisée, toute manière appropriée de fabriquer quelque objet ou d'agir utilement. L'objet peut être matériel : meuble ou procédure thérapeutique comme la saignée, ou intellectuel : un discours ou art oratoire, guerre ou art militaire. Ce mot peut aussi désigner la création artistique. Ainsi désignant toute activité intelligente et réfléchie, il s'oppose au mot nature. Ce n'est pas cependant dans ce sens qu'il est utilisé dans les citations qui nous intéressent.
Il ne faut pas plus rechercher sa signification dans un synonyme d'artifice, c'est-à-dire de technique, de procédé qui déforme la nature ou tout du moins ruse avec elle.
Pour Baudelaire, l'Art, écrit avec une majuscule, a sans conteste une valeur religieuse, voire quasi-mystique. C'est un instrument de connaissance, un sacerdoce auquel doit se consacrer le poète exilé, chassé d'un paradis perdu à une époque antérieure, s'il veut retrouver le "vert paradis", ce monde surnaturel dont le monde réel n'est que l'image affadie et même désespérante, en tout cas insatis­faisante. En même temps qu'il investit l'Art de cette ambition métaphysique, le poète lui attribue une finalité technique : être le moyen sublime de recréer l'unité perdue, de produire l'ivresse sacrée par sa "sorcellerie évocatoire", "sa magie incantatoire". Par sa souplesse à traduire les "correspondances", le langage poétique peut nous ouvrir "les portes de corne et d'airain", nous guider "à travers des forêts de symboles", c'est-à-dire au travers du monde visible, vers le monde invisible, vers une surnature plus réelle que la nature elle-même.
Ici cependant, la citation proposée, qui est sortie de son contexte, réduit le rôle de l'Art à n'être que le reflet le plus exact possible de la réalité qui nous entoure. Ainsi est évacuée la quête mystique, l'invitation au voyage sacré.
Le mot nature, quant à lui, a autant d'acceptions que le mot art. Il ne s'agit pas ici de l'essence d'un être, de sa finalité, mais plutôt de la totalité de l'univers, avec son dynamisme et son mystère ou peut-être plus spécialement le monde visible, surtout matériel et végétal en tant qu'il n'est pas altéré par l'intervention humaine. Ainsi le mot nature conduit à l'opposition entre inconscience et conscience, nature et homme, inertie et activité, répétition et invention, matière et esprit, déterminisme et liberté. C'est une distinction qui remonte à Platon, à la nature, on oppose l'artifice et la culture.
Ainsi les deux jugements qui nous sont proposés, posent la question de la création ou de l'imitation. L'art est-il une reproduction servile ou une invention ? un choix, un style, l'interprétation du réel, la reconstruction d'un univers personnel ?

2) L'Art peut-il se borner à n'être qu'une photographie de la nature ?

Si l'Art est une copie, alors la plus belle oeuvre est la photographie.
Certes il existe une beauté naturelle incontestable: beauté des paysages, des  visages, des fleurs. Mais à supposer que l'artiste se borne à reproduire ce qu'il voit, il peut mutiler la réalité en ne reprenant qu'une partie seulement de ce qu'il contemple. Il peut aussi fausser la nature en l'embellissant ou en la caricaturant à son insu.
En fait la beauté intrinsèque d'un spectacle naturel n'est pas suffisante: un bel objet ne garantit pas la réussite d'un tableau. Inversement la laideur a pu constituer un sujet artistique. Prenons-en pour exemple certaines scènes atroces de Salammbô de Flaubert, comme l'extermination des mercenaires dans le défilé de la Hache, ou Germinal de Zola, comme la révolte des femmes de mineurs qui brandissent les horribles restes de l'épicier qu'elles viennent d'émasculer par vengeance et en signe de libération. Ce divorce entre les deux ordres de beauté s'est accentué avec la peinture abstraite ou non-figurative. Un tel tableau se satisfait à lui-même, ne se réfère plus à aucun objet naturel et s'affranchit ainsi de toute imi­tation possible.
L'art ne saurait dont être une simple photographie de la réalité. "Le soleil, disait Cézanne, cela se représente, mais ne se reproduit pas." La représentation du réel ne peut être qu'une reconstruction ou une transposition. En effet l'artiste utilise des équivalences : mots pour la littérature, gestes pour la danse, notes pour la musique. Il doit les façonner par une technique. Comme disait Kant : "Une beauté naturelle est une chose belle, la beauté artistique est belle représentation d'une chose''. L'art ne saurait être qu'une transposition, une équivalence plastique du monde sensible.
Allons plus loin, l'Art par sa magie, l'homme par son initiative créatrice fait venir au monde des objets qui n'existent pas dans la réalité. C'est un monde arti­ficiel, humain qui vient se surajouter à la nature.    Baudelaire, nous l'avons déjà dit, affirmait que le monde réel n'est apparence ; il faut aller au-delà : "C'est cet admirable, cet immortel instinct du Beau qui nous fait considérer la Terre et ses spectacles comme un aperçu, comme une correspondance du Ciel. La Soif insatiable de tout ce qui est au-delà, et que révèle la vie, est la preuve la plus vivante de notre immortalité. C'est à la fois par la poésie et à travers la poésie, par et à travers la musique, que l'âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau... " (L'Art romantique)

3) L'Art n'est-il que choix ?
Si l'art n'est le plus souvent qu'une recomposition d'éléments pris dans la nature, on comprend que chaque écrivain voit la réalité au travers de sa personnalité. Selon les mots de Zola, "une oeuvre d'art est un coin de la création vu à travers un tem­pérament". Ainsi la Provence de Mistral n'est pas celle d'un Daudet, à plus forte raison d'un Giono ou d'un Bosco.         
En fait le réel est souvent absurde et sans beauté. L'art lui donne un sens, le reconstruit comme la tragédie qui transforme un fait divers en une question essentiellement humaine, dégagée de toute contingence, auréolée de son éternité. Ainsi le roman historique nous révèle le sens de l'aventure humaine au travers de la trame si dense des événements. Quatre vingt treize d'Hugo simplifie la Révolution française en une épopée où se heurtent avec fracas des protagonistes symboliques : le marquis de Lantenac qui incarne l'ancien régime, Gauvain, son neveu, représentant l'idéalisme généreux de la République, Cimourdain, prêtre défroqué et séide de l'abso­lutisme révolutionnaire. Hugo juge le passé et nous enseigne aussi les principes qui doivent, à ses yeux, constituer la foi du monde.
La stylisation de l'artiste rend donc le réel plus beau et plus vrai. Il s'agit bien alors d'invention, de génie, c'est-à-dire de recomposition, de nouvelle synthèse, de la combinaison nouvelle de moyens en vue d'une fin. C'est affaire d'imagination, de sens des formes et des rythmes, d'association d'idées.
L'art ne peut être un simple choix parmi des éléments réels. Il doit être invention de formes nouvelles si nécessaire. Alors est dépassée la contradiction entre nature et art. L'artiste peut choisir, mais ce qui importe, c'est l'unité, la pensée créatrice qui allie aussi bien éléments réels qu'imaginaires en une oeuvre unique, composée, signifiante, répondant aux desseins de son créateur. L'artiste est alors démiurge, « le hasard et l'incompréhensible étaient ses deux grands ennemis » disait Baudelaire de Poe, il ajoutait : « S'il est une chose évidente c'est qu'un plan quelconque, digne du nom de plan, doit avoir été soigneusement élaboré en vue du dénouement, avant que la plume attaque le papier. Ce n'est qu'en ayant sans cesse la pensée du dénouement devant les yeux que nous pouvons donner à un plan son indispen­sable physionomie de logique et de causalité, - en faisant que tous les incidents, et particulièrement le ton général, tendant vers le développement de l'intention. (...) Pour moi, la première de toutes les considérations, c'est celle d'un effet à produire. » (...) (Préambule au Poème du Corbeau d'Edgar Poe).

Conclusion:  Ainsi nous préférerons la seconde formule. Certes nous reconnaissons toute la beauté du monde qui nous entoure, sa valeur éducative, le ravissement qui nous saisit lors de sa contemplation, sans doute parce qu'il est déjà l’œuvre d'un créateur intelligent qui nous parle, au travers de sa création. Chateaubriand l'avait senti dans le Génie du Christianisme où le chant des oiseaux devient un hymne à l'Éternel, où l'âme se plaît à s'enfoncer dans un océan de forêts, à planer sur le gouffre des cataractes, à méditer aux bords des lacs et des fleuves et, pour ainsi dire, à se trouver seule devant Dieu. Mais nous préférerons retrouver dans l'Art cette intelligence humaine, ces belles constructions de l'esprit, de l'imagination et du génie. L'art témoigne alors avec éclat de la dignité de l'homme, comme l'écrivait Baudelaire :
"Car, c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge
Et vient mourir  au bord de votre Éternité".
A moins que l'art ne soit une volonté de parfaire la création. "Le plus grand mystère, écrit Malraux, n'est pas que nous soyons jetés au hasard entre la profusion de la matière et celle des astres, c'est que dans cette prison nous tirions de nous-mêmes des images assez puissantes pour nier notre néant''. C'est peut-être tout simplement, la pathétique tentative d'échapper au temps, de parler aux hommes au-delà de la tragique destruction de la mort, en quelque sorte un désir d'éternité.


Ajout du webmestre — Ce document est également disponible à cette adresse (avec une autre mise en page) : http://www.etudes-litteraires.com/disse … nature.php.

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