J'ai lu pour mon plaisir, Alcools d'Apollinaire et je viens de relire Vitam impendere amori, (un poème suivant le recueil). Mais je ne comprend pas parfaitement ce dernier. Et je me pose beaucoup de questions. Que représente par exemple le Phénix noire de la quatrième strophe ? Je fais donc appelle aux personnes ayant lu et/ou étudié ce poème qui pourraient m'éclairer. Je n'ai pu trouver aucun article internet ou autre (et je n'ai suis qu'au lycée)... 
Merci d'avance ! 
Au passage, si Alcools est l'excellence des vers je dirai alors que Vitam impendere amori en est la perfection... 
Oui c'est envoûtant et ça "boucle" bien. Sympa de rencontrer quelqu'un qui lit de la poésie pour le plaisir !
Dans le passage qui t'intrigue noirE n'est pas épithète de Phénix mais de perfection (Phénix est un mot masculin) Le Phénix est l'oiseau fabuleux qui renaît de ses cendres, donc il commence par brûler, c'est pourquoi il peut être "noir". Pour le Poète il peut être le symbole de l'inspiration qui revient (Éluard a donné ce titre à un poème inspirée par sa nouvelle inspiratrice Dominique) Pour l'origine du symbole on peut penser au Quetzalcoatl ou Serpent à Plumes
Merci de tout coeur !
Je relèverai plus en détails les autres passages m'intriguant.
Il aussi cette strophe :
Tu descendais dans l'eau si claire
Je me noyais dans ton regard
Le soldat passe elle se penche
Se détourne et casse une branche
Qui est ce "elle" ? J'aurai tendance à penser que c'est la branche... mais...
je ne vois pas bien. De plus, Apollinaire n'utilise pas de ponctuations. Ah ! Si ce poète étais encore vivant ! Je pourrai lui poser toutes mes questions !
Savoir son lourd secret (strophe 6 et 7), qui sont celles aux chevelures noires qui racontent des histoires... (Strophe 8). J'aurais bien aimé trouver une étude de ce poème parce qu'il y a beaucoup de choses à dire dessus !
Pour ceux qui seraient intéressés par l'échange, voici le poème (dont le titre signifie Consacrer sa vie à l'amour)
L'amour est mort entre tes bras
Te souviens-tu de sa rencontre
Il est mort tu la referas
Il s'en revient à ta rencontre
Encore un printemps de passé
Je songe à ce qu'il eut de tendre
Adieu saison qui finissez
Vous nous reviendrez aussi tendre
Dans le crépuscule fané
Où plusieurs amours se bousculent
Ton souvenir gît enchaîné
Loin de nos ombres qui reculent
Ô mains qu'enchaîne la mémoire
Et brûlantes comme un bûcher
Où le dernier des phénix noire
Perfection vient se jucher
La chaîne s'use maille à maille
Ton souvenir riant de nous
S'enfuir l'entends-tu qui nous raille
Et je retombe à tes genoux
Tu n'as pas surpris mon secret
Déjà le cortège s'avance
Mais il nous reste le regret
De n'être pas de connivence
La rose flotte au fil de l'eau
Les masques ont passé par bandes
Il tremble en moi comme un grelot
Ce lourd secret que tu quémandes
Le soir tombe et dans le jardin
Elles racontent des histoires
À la nuit qui non sans dédain
Répand leurs chevelures noires
Petits enfants petits enfants
Vos ailes se sont envolées
Mais rose toi qui te défends
Perds tes odeurs inégalées
Car voici l’heure du larcin
De plumes de fleurs et de tresses
Cueillez le jet d’eau du bassin
Dont les roses sont les maîtresses
Tu descendais dans l'eau si claire
Je me noyais dans ton regard
Le soldat passe elle se penche
Se détourne et casse une branche
Tu flottes sur l'onde nocturne
La flamme est mon cœur renversé
Couleur de l'écaille du peigne
Que reflète l'eau qui te baigne
Ô ma jeunesse abandonnée
Comme une guirlande fanée
Voici que s’en vient la saison
Et des dédains et du soupçon
Le paysage est fait de toiles
Il coule un faux fleuve de sang
Et sous l’arbre fleuri d’étoiles
Un clown est l’unique passant
Un froid rayon poudroie et joue
Sur les décors et sur ta joue
Un coup de revolver un cri
Dans l’ombre un portrait a souri
La vitre du cadre est brisée
Un air qu’on ne peut définir
Hésite entre son et pensée
Entre avenir et souvenir
Ô ma jeunesse abandonnée
Comme une guirlande fanée
Voici que s’en vient la saison
Des regrets et de la raison
Bonjour Tulip's,
Pour t'aider dans ta lecture, voici quelques pistes.
Mais d'abord je voudrais t'éviter une déception : tu ne pourras réduire un vrai texte poétique à une explication rationnelle.
La poésie est un jeu d'évocations, d'échos subtils pour faire naître un état de grâce. Il est donc normal que le texte te résiste et que tu sois frustré(e).
Apollinaire a de plus cherché à explorer des voies nouvelles, en particulier avec l'abandon de la ponctuation qui renforce l'ambiguïté de l'expression ou qui, du moins, nécessite une lecture encore plus attentive pour construire le sens.
D'abord, tu fais peut-être une erreur en considérant ces vers comme une seule pièce. Apollinaire a publié Vitam impendere amori, avec la mention poèmes et dessins, Paris, Mercure de France, 1917. Cette plaquette a été illustrée par André Rouveyre. Cette alliance de dessins et de vers semble préparer Calligrammes, qui paraîtra l'année suivante.
Le titre aussi peut te donner une indication
Vitam impendere amori signifie Consacrer sa vie à l'amour. Il s'agit donc de strophes qui peuvent être regroupées ou isolées pour construire des tableaux mais qui toutes ont pour unique objet d'évoquer l'amour souvent sur un ton élégiaque.
Pour ta première question :
O mains qu'enchaine la mémoire
et brulantes comme un bucher
ou le dernier des phenix noire
Perfection vient se jucher
Cette strophe se comprend en référence à la première
L'amour est mort entre tes bras
Te souviens tu de sa rencontre
il est mort tu la referas
Il s'en revient a ta rencontre
Phenix, l'oiseau qui renaît de ses cendres renvoie à "amour" et "mort". Cet amour "revient".
Phénix renvoie aussi au bûcher parce que l'amour-passion est une flamme qui brûle dans le langage précieux. Il faudrait développer aussi l'image des mains, cage qui emprisonne la mémoire et qui brûlent comme un bûcher.
Bref l'amour est comme un phenix, toujours renaissant au moment où il paraît mort. Cette renaissance est la conséquence de la disposition de l'âme à vouloir toujours aimer (vie et amour) mais aussi de l'art du poète qui immortalise ses amours éphémères.
Pour ta deuxième question :
Tu descendais dans l'eau si claire
Je me noyais dans ton regard
Le soldat passe elle se penche
Se détourne et casse une branche
Qui est elle ? d'abord remarque l'alliance de l'amour et de l'eau qui coule. Tu as là une évocation de la belle matineuse, de l'amour qui s'enfuit comme dans le Pont Mirabeau, mais aussi l'assimilation du regard à l'eau comme dans l'Invitation au voyage de Baudelaire... Tout cela pour t'indiquer qu'Elle renvoie plutôt à l'eau ou à la femme, image de l'eau enveloppante. Ainsi pourrait-on y percevoir un soupçon de jalousie envers le beau soldat qui passe, sollicitant le regard de la femme contemplée...
D'ailleurs la strophe suivante peut être lue comme une continuation de la précédente ou comme une unité autonome. Au choix, selon Apollinaire qui cultive l'ambiguïté.
Tu flottes sur l'onde nocturne
La flamme est mon coeur renversé
Couleur de l'écaille du peigne
Que reflete l'eau qui te baigne
L'image du cœur flamme renveersée est chère à Apollinaire ; on la retrouve dans le calligramme dont voici le texte "à plat"
Mon cœur pareil à une flamme renversée
Les rois qui meurent tour à tour renaissent au cœur des poètes.
Dans ce miroir je suis enclos vivant et vrai comme on imagine les anges et non comme sont les reflets.
On peut penser comme source de l'image au Sacré-Cœur de Jésus représenté comme un cœur couronné de flammes
http://www.laporterie.com/acatalog/arrete-le-coeur-de-jesus-est-la-tissu.jpg
Bonsoir Léah,
Je pense que le coeur "flamme renversée" est à prendre à la lettre dans un premier temps. Si je retourne le coeur, il prend la forme d'une flamme. Mais il est vrai qu'Apollinaire est aussi un catholique moderniste, il suffit de voir Zone
Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin
Bonsoir !
En fait je n'ai pas pensé à un aspect catho de cette image, c'est sur le plan visuel que je faisais le rapprochement. Mais bien sûr comme toujours en poésie plusieurs "lectures" sont possibles, c'est ça qui fait la densité du poème ; c'est l'auberge espagnole chacun trouve ce qu'il cherche et ce qu'il amène
Merci énormément pour vos réponses !
Je sens que je vais vraiment aimer ce forum
(je ne l'ai découvert que très récemment)
Il est vrai qu'il ne faut pas à tous prix réchercher toutes les explications rationnelles d'un poème mais je trouve quand même interessant de comprendre les "références" du poème, que d'un point de vu de lectrice occasionnelle, je ne perçois pas facilement... Merci donc beaucoup de m'avoir donné de si complètes reponses 
J'ai pu en tant que ex-prof m'inscrire sur weblettres pour recevoir les commentaires de profs ; en particulier sur Alcools où l'on retrouve le Phénix et d'autres choses; Je vais essayer d'en faire une synthèse que j'enverrai (sans doute semaine prochaine) C'est très interessant !