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Voici Léah et Jean Luc, ma première partie: Qu'en pensez-vous?
I-La passion comme folie amoureuse
Dans nos trois œuvres la passion est présentée comme une irrationalité profonde qui dérive vers une fureur insondable et mortuaire. Elle atteint aussi bien des figures féminines que masculines et nous montre les métamorphoses d’êtres pris dans « les rets » de l’amour fou.
Tout d’abord, elle se caractérise par un dérèglement des sens :La princesse de Montpensier lors de la rencontre fortuite avec le Duc de Guise apparaît sous le charme envoûtant par ce dernier car « sa vue lui apporta un trouble qui la fit rougir et qui la fit paraître aux yeux de ces princes dans une beauté qu’ils crurent surnaturelle » ; le Comte de Chabannes « fort sage et fort doux », ami fidèle du prince de Montpensier, échoue à réfréner l’amour qu’il éprouve pour la femme de ce dernier. Il adore la princesse puisqu’il en « devint passionnément amoureux et, quelque honte qu’il trouvât à se laisser surmonter, il fallut céder et l’aimer de la plus violente et de la plus sincère passion qui fut jamais ».Le Roi de Navarre dans la 1ère nouvelle des Désordres de L’amour « devint plus amoureux de Madame de Sauve qu’il ne l’avait été de Mademoiselle de Châteauneuf ».D’ailleurs le vocable « rets » cité à la fois dans cette nouvelle et dans celle de la Princesse de Montpensier souligne bien le caractère emprisonnant et saisissant de l’amour. Il s’agrippe avec « violence » et entrave toute issue. L’amour est alors un « piège » , une « feinte » , « une dissimulation » maquillée et masquée qui soumet adroitement les cœurs. La Marquise de Terme dans la 2nde nouvelle parle d’une « violente inclination » et Madame de Maugiron dans la 3ème nouvelle « plus a Givry et ne fut pas insensible aux charmes de ce jeune seigneur ». Dès lors, la passion amoureuse naît d’une inclination qui submerge et emplit les cœurs d’un désir palpable et envoûtant car (comme pour Michael Richardson dans Le Ravissement de Lol V. Stein) elle devient « subite et « si envahissante » qu’elle défigure, transperce et atteint de sa flèche empoisonnée, le cœur d’un être qui n’a su protéger une forteresse qui paraissait, au premier abord, inexpugnable.
Ce dérèglement des sens est accompagné de trouble. Troubles de l’imagination qui font percevoir l’apparition d’une obsession du passionné .Devenu monomane, le passionné est pris dans le rouage « d’un sortilège » comme disait Mademoiselle d’Elbeuf lorsqu’elle caractérisait le charme de Madame de Sauve. En effet , Lol V Stein apparaît comme obsédé par le « ravissement » de Michael Richardson par Anne Marie Stretter, puisque, la scène dite du Bal ,constitue un « leitmotiv » tout au long de l’œuvre : Il « tremblait au loin, ancien, seule épave d’un océan maintenant tranquille ».Ce fut le cas également, pour le Duc lorsqu’il confesse à la princesse qu’il a « toujours conservé cette passion » pour cette dernière, voire Madame de Maugiron qui voit Givry partout car, en effet, « elle ne pouvait plus voir que lui avec plaisir ».Ainsi, la passion non seulement affaiblit l’âme de l’être, mais se concentre, se déploie avec toujours plus de force et de vigueur, au point même de créer des luttes d’amour.
Elles peuvent ,d’une part, se manifester par la présence d’une jalousie insatiable comme « la princesse de Montpensier (qui) ne pouvant plus souffrir qu’un homme toute la cour croyait amoureux de Madame osât lui dire qu’il l’était d’elle et se sentant elle offensée et quasi affligée de s’être trompée elle-même(…)lui dit d’un ton qui marquait sa colère » et ,d’autre part, par le conflit entre « deux rivales (qui) rougirent de fureur et de confusion » et « regardèrent avec des yeux de rivaux », comme c’est le cas dans la 1ère nouvelle des Désordres de l’amour entre le Roi de Navarre et le Duc Guise.
Mais , l’amour entraîne, surtout, un affaiblissement de la raison. Face au pouvoir démiurgique de la passion amoureuse, la raison ploie sous les coups de la pétulance de la passion, car toutes bonnes résolutions s’annihilent lors de la rencontre avec l’être aimé(e) :C’est le cas pour La Princesse de Montpensier qui « malgré toutes les résolutions qu’elle avait faites à Champigny, elle commença à être persuadé de sa passion et à sentir dans le fond de son cœur quelque chose de ce qui avait été autrefois », de la marquise de termes qui « n’était pas encore parvenue au degré d’amour qui détruit entièrement la raison » .Cet engloutissement de la raison est joliment décrit lorsque Jacques Hold « enchantée » par Lol V. Stein sent « une faiblesse montée dans (son) corps, un niveau s’élève, le sang noyé, le cœur est de vase, mou, il s’encrasse, il va s’endormir ».Que « l’on est bien faible quand on est amoureux » et ,de ce fait, la passion peut-être perçue comme une sorte de « folie » , de drogue funeste qui s’insinue pour troubler son vis à vis.
Ces troubles ou « transports » sont toujours définis par des termes guerriers : « violente inclination », « violemment amoureux », , « défendre l’entrée de son cœur » , « se défendre de tant de charmes » , « de sa folie, détruite, rasée, rien ne paraissait subsister, aucun vestige ». L ‘amour désigne ainsi une affection involontairement subie, un entraînement violent et incontrôlable, une dépossession de soi. L’amour n’est alors pas un choix, mais bien une fatalité .Ce destin souvent tragique peut se manifester soit par la mort du passionné comme c’est le cas pour Madame de Montpensier qui subit « un coup mortel » , pour Givry qui « chercha tant d’occasion de s’y faire tuer, qu’il réussit dans son dessein », pour Madame de Maugiron qui « tomba dans une langueur qui ne finit qu’avec sa vie », pour Lol qui « fait la morte » ; soit par un amour qui prend la forme d’une bile noire :l’ « amour-passion » devient un « amour-haine » où complots, trahisons, infidélités et félonies sont les aboutissants d’une passion fuyante et impossible. Chabannes, ami du prince de Montpensier, sera le chef d’orchestre de la rencontre entre le Duc de Guise rival de ce dernier, et La princesse ; Lol V. Stein ravira insidieusement l’amant de Tatiana Karl, Jacques Hold ;Le Roi fidèle ami de Givry le trompa en tombant amoureux de Mademoiselle de Guise. Dès lors, la passion est diabolique, c’est à dire qu’elle est ce qui divise les âmes pour mieux régner. Possessive, destructrice, elle devient maladie pour Lol V. Stein car « On devait ne jamais guérir tout à fait de la passion » ,elle est ce qui « nous conduit jusques au désespoir » dans la 2nde nouvelle des Désordres de l ‘amour et donne cette envie de possession inextinguible. Par conséquence, elle se vit comme constamment comme une « hybris » qui noie comme « une épave » le passionné dans une marée de solitude accablante.
Cependant la passion est ce qui réveille, fait naître et transfigure l’existence plate, monotone de la vie des hommes.
la marquise de termes
N'est-ce-pas la marquise de Tende ?
la passion peut-être perçue comme une sorte de « folie » , de drogue funeste qui s’insinue pour troubler son vis à vis.
vis-à-vis n'est pas le bon terme. sa victime ?
nous conduit jusques au désespoir peut-être cela pourrait être développé en deuxième partie ; état "négatif" au premier abord le désespoir ne peut-il pas être conçu comme un dépassement (perte de l'espoir et des illusions) ; état à partir duquel se manifeste une prise de conscience et qui peut devenir un moteur de créativité (repenser aux vers de Musset
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots)
Tu la trouves bonne ou pas ou je dois encore la travailler?. Mon professeur est sevère et j'espère bien avoir montré l'intitulé de ma partie, et celui de mon sujet initial.
Merci de ses remarques je vais les intégrer!
Dernière modification par benjamin (samedi 18 novembre 2006 à 16 h 30)
Pour moi c'est très bon, mais je ne suis pas prof !
Voici la seconde partie:
II-La passion comme révélation d’un nouveau désir
La passion n’est pas seulement ce qui conduit à la honte et à la mort des cœurs, elle est aussi ce qui fait naître un levain d’existence. Elle permet à l’âme émaillée d’un amour rationnel de s’exhausser vers un amour passionnel et vivifiant.
Dans toutes nos œuvres, l’amour par raison est ce qui va précipiter nos amants dans l’adultère. En effet, Mme de Montpensier n’est pas mandée pour donner l’avis de son cœur et est contrainte ,dès l’incipit, à se livrer à un homme qu’elle n’aime pas : « L’on travailla beaucoup à cette affaire avec tant de succès que les parents, contre les paroles qu’ils avaient données au Cardinal de Guise se résolurent de donner leur nièce au Prince de Montpensier ».Elle n’est ainsi perçue que comme un objet de négoce utile pour les avantages financiers de sa famille. « Elle épousa donc le jeune prince de Montpensier qui, peu de temps après, l’emmena à Champigny, séjour ordinaire des princes de sa maison, pour l’ôter de Paris ».Comme une fatalité pour cette jeune princesse, le mariage par raison s’impose plus par conventions sociales que par véritable désir amoureux. C’est également le cas, dans la Seconde Nouvelle des Désordres de L’amour ou La Marquise de Termes et la Princesse de Clèves subissent les mêmes affres de douleurs en apprenant qu’elle épousera un homme qu’elle ne souhaite guère car « il (le Marquis de Termes ) épousa par raison plutôt que par choix, une fille de Guyenne(….) qu’il n’avait jamais vu (..) lorsqu’il la fiança ».Le mariage est alors un rapt où le rang, la fortune et les places déterminent la destinée de cette femme. On pourrait aussi en dire de même chez Lol V. Stein qui se marie avec Jean Bedford plus par dépit que par envie car elle « fut mariée sans l’avoir voulu, de la façon qui lui convenait, sans passer par la sauvagerie d’un choix » De plus, ces rapts sont toujours suivit de « froideur » ,d’ « insensibilité » , de « fièvre ».Ce qui prédomine alors c’est surtout l’ennui et l’inexistence d’une vie subie, plutôt que choisie. D’ailleurs, elles se retrouvent souvent seules après leurs mariages. Jean Bedford travaille dans une usine d’avion , et Lol se retrouve chaque jour à déambuler dans les rues ; le Prince de Montpensier et le Maréchal de Bellegarde se trouvent presque continuellement à la cour pour des motifs politiques et militaires. Et de ce fait, la princesse de Montpensier se retrouve seul avec Chabannes qui doit lui fournir les enseignements de la vertu. Détachées continuellement de leurs maris, elles doivent combler la vacuité d’une existence non-voulue. Ainsi, nous voyons que le mariage d’ « amour » n’est pas une réciprocité entre deux êtres qui se désirent, s’aiment, et veulent partager des moments bienheureux. Au contraire, il est vécu de manière passive sans aucune possibilité de choisir celui que l’on aime. De plus, il est aussi ce qui « enlève » ces femmes du giron de leur famille et de leur origine. La princesse de Montpensier est emmenée à Champigny chez son mari, le prince de Montpensier ; Lol V. Stein « quitta S. Tahla, sa ville natale, pendant dix ans » pour U.Bridge avec Jean Bedford. En cela, le mariage par amour n’existe pas et l’on en vient à se demander si ,comme disait La Rochefoucault dans ses Maximes, il « peut exister dans ses attachements éternels un amour véritable et durable ? »
Il semblerait que toutes nos passions naissent d’un désir de retrouver une vie pleine d’émotions et de « praxis ».Il y a donc naissance d’une révélation amoureuse qui passe essentiellement par la lumière et le regard :Michael Richardson perçoit cette « Eve marine que la lumière devait enlaidir » dont les « yeux s’étaient éclaircies » à la vue d’Anne Marie Stretter ; « Sa vue lui apporta un trouble qui la fit rougir et qui la fit paraître aux yeux de ces princes » traduit l’expression que dégageait Mme de Montpensier ; La Marquise de Termes « rougit à (la) vue » du Baron de Bellegarde ; le Duc de Guise « brûlait d’impatience qu’il fut l’heure qu’il avait prise avec Madame de Sauve pour la voir » ; Lors d'un tournoi, Nemours est blessé. Le regard que lui adresse alors Mme de Clèves est la preuve d'une ardente passion. Contemplée, divinisée, la passion amoureuse est alors ce qui bouleverse l’ataraxie monotone et fait jaillir une beauté contemplative. En effet, c’est à cette beauté que nos passionnés semblent être épris puisque Le Duc d’Anjou et le Duc de Guise observent « une beauté qu’ils crurent surnaturelle » ; La Marquise de Termes parle d’ »une violente inclination » pour le Baron de Bellegarde ; et Le Duc de Guise et Bellegarde « ne parlèrent que de la beauté et des charmes de Mademoiselle de Guise ».Or, pour qu’il y ait passion amoureuse il faut qu’il y ait la présence d’interdits. Ces derniers recouvrent un caractère éminemment sexuel car l’amour est éprouvé comme révélation de valeur. Il n’est irrésistible que dans la mesure où son objet lui semble irrécusable. On ne peut alors aimer qu’un être dans lequel l’union physique est envisageable. En effet, La scène du bal entre Michael Richardson et Anne Marie Stretter a un caractère de désir de l’autre car « Lui, les yeux baissés sur l’endroit nu de son épaule » désirait sa beauté ; LoL V. Stein aimait à regarder les ébats amoureux entre Tatiana Karl et Jacques Hold. De plus, elle est animée d’un fantasme triangulaire car le profond désir de Lol comme l’écrit Lacan c’est « être à trois ».Dans les œuvres du XVIIe siècle, le désir sexuel s’exprime de manière plus imagée. On peut dire que la pénétration du Duc de Guise dans la chambre de Madame de Montpensier et de celle de Madame de Sauve est la volonté d’une union des corps. Ainsi, la passion s’exprime par la mise à nue, par le dévoilement de ce qui se trouve là devant nous comme simple décors. Derrière, il y a les coulisses et leurs mystères. De plus, chaque passion avouée s’exprime dans un cadre merveilleux et féerique. La nuit est prédominante, le temps semble s’arrêter, les amants se retrouvent seuls à l’abri des regards. C’est le cas pour le bal de T. Beach entre Michael Richardson et Anne Marie Stretter , ou la scène d’amour entre Jacques Hold et Lol V. Stein , à l’excipit du roman, dans la chambre d’Hôtel : « Nous ne pourrons pas éviter de passer une nuit à T. Beach » ; ou encore entre le Duc de Guise et Madame de Montpensier.
L’amour est donc une découverte de nouvelles sensations, de plaisirs latents, et est le refus du conformisme social. Tous nos personnages passionnés ont une fonction sociale importante, et pourtant il n’en reste pas moins qu’il refuse de se marier avec des êtres du même sang bleu. Ce qui prédomine, c’est davantage l’exogamie que l’endogamie, pour ainsi dire, puisque La Princesse de Montpensier aime un Duc , Lol V. Stein qui appartient à la bourgeoise aime un homme occupant une simple fonction dans un hôpital. Dès lors, contrairement à l’amour par raison , la passion amoureuse ne s’attache à aucun prestige social et préfère l’amour vrai et envoûtant. De ce fait, l’existence prend alors un sens, un but. Lol V. Stein décide de revoir Tatiana Karl pour mieux séduire Jacques Hold , le Duc d’Anjou et le Duc de Guise vont vivre une « aventure ( qui leur ) donna une nouvelle joie » en apercevant sur une barque au milieu de l’eau Madame de Montpensier. Le non-conformisme s’exprime avant tout par la forte présence de l’adultère dans toutes nos œuvres. Pour « vivre heureux vivons cachés ».Cet adage est la mise en application de l’adultère : Lettres secrètes, rendez-vous galants discrets , paroles et regards insidieux sont les marques d’une passion qui ne veut s’avouer au public, pour mieux conserver toute sa force et sa vigueur. Peut-être est-ce pour cela que Lol. V. Stein refuse que Jacques Hold dévoile leur liaison à Tatiana Karl ? Il faut alors cultiver son jardin dans la plus grande intimité, source du bonheur de nos amants. Lol V. Stein dit ainsi à Tatiana Karl qu’ elle a « fait une rencontre ces jours-ci » et que le « bonheur vient de cette rencontre ».
En cela, la passion amoureuse est une prégnance qui n’atteint que les âmes amoureuses. L’amour n’est pas donc pas seulement tyrannique, il est aussi ce qui donne du sel à la vie. Mais, les aspects transgressifs, aliénants, infantiles, déséquilibrés de la passion ne tardent pas à refaire surface et ne peuvent satisfaire l’adulte qui veut se construire en plénitude et dans une paix et un équilibre heureux.
Bonsoir Benjamin,
C'est bon !
Je t'ai indiqué quelques corrections entre parenthèses.
II-La passion comme révélation d’un nouveau désir
La passion n’est pas seulement ce qui conduit à la honte et à la mort des cœurs, elle est aussi ce qui fait naître un levain d’existence. Elle permet à l’âme émaillée d’un amour rationnel (raisonnable) de s’exhausser vers un amour passionnel et vivifiant.
Dans toutes nos œuvres, l’amour par raison est ce qui va précipiter nos amants dans l’adultère. En effet, Mme de Montpensier n’est pas mandée pour donner l’avis de son cœur et est contrainte ,dès l’incipit, à se livrer à un homme qu’elle n’aime pas : « L’on travailla beaucoup à cette affaire avec tant de succès que les parents, contre les paroles qu’ils avaient données au Cardinal de Guise se résolurent de donner leur nièce au Prince de Montpensier ».Elle n’est ainsi perçue que comme un objet de négoce utile pour les avantages financiers de sa famille. « Elle épousa donc le jeune prince de Montpensier qui, peu de temps après, l’emmena à Champigny, séjour ordinaire des princes de sa maison, pour l’ôter de Paris ».Comme une fatalité pour cette jeune princesse, le mariage par raison s’impose plus par conventions sociales que par véritable désir amoureux. C’est également le cas, dans la Seconde Nouvelle des Désordres de L’amour ou La Marquise de Termes et (comme) la Princesse de Clèves subi(ssen)t les mêmes affres de douleurs en apprenant qu’elle épousera un homme qu’elle ne souhaite guère car « il (le Marquis de Termes ) épousa par raison plutôt que par choix, une fille de Guyenne(….) qu’il n’avait jamais vu (..) lorsqu’il la fiança ».Le mariage est alors un rapt où le rang, la fortune et les places déterminent la destinée de cette femme. On pourrait aussi en dire de même chez Lol V. Stein qui se marie avec Jean Bedford plus par dépit que par envie car elle « fut mariée sans l’avoir voulu, de la façon qui lui convenait, sans passer par la sauvagerie d’un choix » De plus, ces rapts sont toujours suivit de « froideur » ,d’ « insensibilité » , de « fièvre ».Ce qui prédomine alors c’est surtout l’ennui et l’inexistence d’une vie subie, plutôt que choisie. D’ailleurs, elles se retrouvent souvent seules après leurs mariages. Jean Bedford travaille dans une usine d’avion , et Lol se retrouve chaque jour à déambuler dans les rues ; le Prince de Montpensier et le Maréchal de Bellegarde se trouvent presque continuellement à la cour pour des motifs politiques et militaires. Et de ce fait, la princesse de Montpensier se retrouve seul(e) avec Chabannes qui doit lui fournir les enseignements de la vertu. Détachées continuellement de leurs maris, elles doivent combler la vacuité d’une existence non-voulue. Ainsi, nous voyons que le mariage d’ « amour » n’est pas une réciprocité entre deux êtres qui se désirent, s’aiment, et veulent partager des moments bienheureux. Au contraire, il est vécu de manière passive sans aucune possibilité de choisir celui que l’on aime. De plus, il est aussi ce qui « enlève » ces femmes du giron de leur famille et de leur origine. La princesse de Montpensier est emmenée à Champigny chez son mari, le prince de Montpensier ; Lol V. Stein « quitta S. Tahla, sa ville natale, pendant dix ans » pour U.Bridge avec Jean Bedford. En cela, le mariage par amour n’existe pas et l’on en vient à se demander si ,comme disait La Rochefoucault dans ses Maximes, il « peut exister dans ses attachements éternels un amour véritable et durable ? »
Il semblerait que toutes nos passions naissent d’un désir de retrouver une vie pleine d’émotions et de « praxis ».Il y a donc naissance d’une révélation amoureuse qui passe essentiellement par la lumière et le regard :Michael Richardson perçoit cette « Eve marine que la lumière devait enlaidir » dont les « yeux s’étaient éclaircies » à la vue d’Anne Marie Stretter ; « Sa vue lui apporta un trouble qui la fit rougir et qui la fit paraître aux yeux de ces princes » traduit l’expression que dégageait Mme de Montpensier ; La Marquise de Termes « rougit à (la) vue » du Baron de Bellegarde ; le Duc de Guise « brûlait d’impatience qu’il fut l’heure qu’il avait prise avec Madame de Sauve pour la voir » ; Lors d'un tournoi, Nemours est blessé. Le regard que lui adresse alors Mme de Clèves est la preuve d'une ardente passion. Contemplée, divinisée, la passion amoureuse est alors ce qui bouleverse l’ataraxie monotone et fait jaillir une beauté contemplative. En effet, c’est à (de) cette beauté que nos passionnés semblent être épris puisque Le Duc d’Anjou et le Duc de Guise observent « une beauté qu’ils crurent surnaturelle » ; La Marquise de Termes parle d’ »une violente inclination » pour le Baron de Bellegarde ; et Le Duc de Guise et Bellegarde « ne parlèrent que de la beauté et des charmes de Mademoiselle de Guise ».Or, pour qu’il y ait passion amoureuse il faut qu’il y ait la présence d’interdits (hum ! à mon sens, l'interdit lui donne seulement plus d'attrait). Ces derniers recouvrent un caractère éminemment sexuel car l’amour est éprouvé comme révélation de valeur. Il n’est irrésistible que dans la mesure où son objet lui semble irrécusable. On ne peut alors aimer qu’un être dans lequel l’union physique est envisageable. En effet, La scène du bal entre Michael Richardson et Anne Marie Stretter a un caractère de désir de l’autre car « Lui, les yeux baissés sur l’endroit nu de son épaule » désirait sa beauté ; LoL V. Stein aimait à regarder les ébats amoureux entre Tatiana Karl et Jacques Hold. De plus, elle est animée d’un fantasme triangulaire car le profond désir de Lol comme l’écrit Lacan c’est « être à trois ».Dans les œuvres du XVIIe siècle, le désir sexuel s’exprime de manière plus imagée. On peut dire que la pénétration du Duc de Guise dans la chambre de Madame de Montpensier et de celle de Madame de Sauve est la volonté d’une union des corps. Ainsi, la passion s’exprime par la mise à nu(e), par le dévoilement de ce qui se trouve là devant nous comme simple décor(s). Derrière, il y a les coulisses et leurs mystères. De plus, chaque passion avouée s’exprime dans un cadre merveilleux et féerique. La nuit est prédominante, le temps semble s’arrêter, les amants se retrouvent seuls à l’abri des regards. C’est le cas pour le bal de T. Beach entre Michael Richardson et Anne Marie Stretter , ou la scène d’amour entre Jacques Hold et Lol V. Stein , à l’excipit du roman, dans la chambre d’Hôtel : « Nous ne pourrons pas éviter de passer une nuit à T. Beach » ; ou encore entre le Duc de Guise et Madame de Montpensier.
L’amour est donc une découverte de nouvelles sensations, de plaisirs latents, il (et pour éviter le hiatus) est le refus du conformisme social. Tous nos personnages passionnés ont une fonction sociale importante, et pourtant il n’en reste pas moins qu’il(s) refuse(nt) de se marier avec des êtres du même sang bleu. Ce qui prédomine, c’est davantage l’exogamie que l’endogamie, pour ainsi dire, puisque La Princesse de Montpensier aime un Duc , Lol V. Stein qui appartient à la bourgeoise aime un homme occupant une simple fonction dans un hôpital. Dès lors, contrairement à l’amour par raison , la passion amoureuse ne s’attache à aucun prestige social et préfère l’amour vrai et envoûtant. De ce fait, l’existence prend alors un sens, un but. Lol V. Stein décide de revoir Tatiana Karl pour mieux séduire Jacques Hold , le Duc d’Anjou et le Duc de Guise vont vivre une « aventure ( qui leur ) donna une nouvelle joie » en apercevant sur une barque au milieu de l’eau Madame de Montpensier. Le non-conformisme s’exprime avant tout par la forte présence de l’adultère dans toutes nos œuvres. Pour « vivre heureux vivons cachés ».Cet adage est la mise en application de l’adultère : Lettres secrètes, rendez-vous galants discrets , paroles et regards insidieux sont les marques d’une passion qui ne veut s’avouer dans la sphère public, pour mieux conserver toute sa force et sa vigueur dans la sphère privée. Peut-être est-ce pour cela que Lol. V. Stein refuse que Jacques Hold dévoile leur liaison à Tatiana Karl ? Il faut alors cultiver son jardin dans la plus grande intimité, source du bonheur de nos amants. Lol V. Stein dit ainsi à Tatiana Karl qu’ elle a « fait une rencontre ces jours-ci » et que le « bonheur vient de cette rencontre ».
En cela, la passion amoureuse est une prégnance qui n’atteint que les âmes amoureuses. L’amour n’est pas donc pas seulement tyrannique, il est aussi ce qui donne du sel à la vie. Mais, les aspects transgressifs, aliénants, infantiles, déséquilibrés de la passion ne tardent pas à refaire surface et ne peuvent satisfaire l’adulte qui veut se construire en plénitude et dans une paix et un équilibre heureux.
Merci beaucoup Jean-Luc.Sans toi et Léah , je ne serais pas arriver à ton "c'est bon" ! Vraiment merci.ALLEZ ENCORE UNE PARTIE COMME CELLE LA ET ON BOUCLE TOUT ! Du courage !!!!!
Ps/ j'avais également rajouté ceci à la fin.
Un bonheur qui ne se veut dicter par aucune normes, mais qui s’exerce selon les lois du cœurs. Le fait que Chabannes entretiennent la correspondance entre la Princesse de Montpensier et le Duc de Guise, alors qu’il est un ami fidèle du Prince de Montpensier ; ou alors que le Marquise de Termes refuse toutes les bienveillances délicates de son mari ,et finit par lui avouer son amour pour Bellegarde est bien le signe que « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas » comme disait Pascal. L’amour véritable est donc la seule boussole qui peut apporter le bonheur à nos passionnés.
Dernière modification par benjamin (lundi 20 novembre 2006 à 22 h 27)
Benjamin,
Cet addendum est bon.
Attention à l'orthographe un peu maltraitée dans la précipitation.
Au lieu de norme, je parlerai de règle sociale. Nous avons alors une ouverture vers le romantisme qui privilégie l'individu au détriment du groupe au besoin par le biais de la révolte. Alors qu'au grand siècle, l'honnête homme doit faire passer les droits du corps social avant ceux du domaine privé, d'où le succès du libertinage.
Merci encore à vous deux.Vous avez été ma lanterne !
Benjamin, c'est un plaisir que d'éclairer un chemin que tu balises et signalises si bien 
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