n° 11 jeudi 16 novembre 2006 à 14 h 54

benjamin
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 Dissertation lettres : la passion chez Marguerite Duras...

Voilà l'introduction:

        "J'ai conçu pour mon crime une juste terreur/J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur" dit Phèdre à l'Acte IV, scène 5.En effet, "A la recherche d'un objet improbable et fuyant, la passion( chez Marguerite Duras) se vit toujours comme une tragédie.L'enjeu de la passion dans l'oeuvre est, semble t-il, de montrer cette mort dans une vie en cours qui devient l'ombre même du passionné".La passion du latin "pathos" renvoie à l'affection de l'âme, à la transformation brutale de la vie et du comportement.En effet, le "pathos" est ce mouvement violent et impétueux de l'être vers ce qu'il désire.
         Dès lors, l' "objet" est ce dont le désir est toujours en quête,c'est à dire qu'il est toujours "placé devant"; cause et non objet de la quête.Le passionné ne sait alors pas ce qu'il aime, cherche en vain une bonheur qui le fuit, une plénitude impossible.Ainsi, l'expression "tu n'es que l'ombre de toi-même" souligne bien cet ensevelissement, ce "ravissement" de la vie, et le surgissement de "cette mort dans une vie en cours". Or, "semble t-il" la passion n'admet pas seulement une fatalité "tragique"; elle est aussi ce qui peut raviver, enflammer et rendre lumineux le trefonds d'un être:"Si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m'augmentes" disait Saint Exupéry à ce propos.
En cela, ne peut-on pas considérer l'Amour que comme une passion dévastatrice?

Toi, O grand Jean-Luc aurais-tu également une ou plusieurs idées?

Dernière modification par benjamin (jeudi 16 novembre 2006 à 21 h 19)

 

n° 12 vendredi 17 novembre 2006 à 11 h 48

Léah
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 Dissertation lettres : la passion chez Marguerite Duras...

OK pour l'intro, sauf la phrase de St-Ex qui me semble ici prématurée : ce n'était pas à propos de la passion qu'il l'a écrite, mais de l'amitié ; elle peut servir dans l'argumentation soit du "oui...mais" soit dans la dernière partie. Mais la présenter habilement, par ex : cette phrase  Si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m'augmentes  que St-Ex a écrite à propos de l'amitié peut s'appliquer à la passion ; en effet que cherche le passionné dans sa quête de "l'inaccessible Etoile" c'est de devenir un autre lui-même, de se métamorphoser ; ainsi non seulement il "s'augmente" mais même davantage il est ravi à lui-même et peut accèder à des "lui-mêmes" totalement ignorés.
Pour ta phrase d'intro où tu situes la possibilité d'une passion constructive, peut-être citer Polyeucte mais je n'ai pas d'idées en tête (hélas dis-je en aparté car quel oubli !)
Pour la dernière partie j'ai pensé aussi à Baudelaire, don Juan aux Enfers, je pense au calme héros .../... regardait le sillage et ne daignait rien voir sa Quête est finalement de se retrouver face à lui-même, calme
Très bien pour l'objet "placé devant"
Je reformulerais
En cela, ne peut-on pas considérer l'Amour que comme une passion dévastatrice? -où l'on s'embrouille dans les "ne...pas...que..." ainsi
En cela, peut-on considérer l'Amour uniquement comme passion dévastatrice ?

Benjamin, non, cette dissert ne te résistera pas ;-)


Tenir un seul cheveu dans sa main.
Y parvenir.
 

n° 13 vendredi 17 novembre 2006 à 12 h 34

benjamin
329 message(s)
 Dissertation lettres : la passion chez Marguerite Duras...

Etant donné que mon plan doit être dialectique, comment puis-je réussir à intégrer mes oeuvres dans un tel plan.
j'ai l'impression que je vais me répéter.

 

n° 14 vendredi 17 novembre 2006 à 13 h 07

Léah
9997 message(s)
 Dissertation lettres : la passion chez Marguerite Duras...

Benjamin, désolée mais je n'ai pas fait de dissert depuis la fin de mes études -en 68 ;-)  (si peut-être quelques-uns pour mon fils en prépa maths, je me rappelle entre autres d'un schèma qu'il a précieusement gardé car je le lui avais "pondu" en 3/4 d'heure et il a eu une des meilleures notes ;-) c'était sur Entretien sur la pluralité des mondes) alors pour bâtir le plan je ne peux pas beaucoup t'aider ; de plus je n'ai jamais fait de plans à l'avance en fait j'écrivais et le plan se dégageait de lui-même ; donc sur ce ...plan je ne peux pas trop t'aider mais je suis sûre que Jean-Luc s'il passe par là saura quoi faire !
PS qu'est-ce au juste un plan dialectique ?

 

n° 15 vendredi 17 novembre 2006 à 14 h 30

Jean-Luc
3504 message(s)
 Dissertation lettres : la passion chez Marguerite Duras...

Bonjour Benjamin et Léah,

L'appel au secours de Benjamin flatte mon ego mais tombe assez mal.
Je n'ai lu aucune des oeuvres de Duras figurant au corpus et n'ai pas gardé grande estime de ce que j'ai pu lire. Duras, qui a été une égérie du socialisme français et qui a appartenu au cercle restreint des amis intellectuels de François Mitterand, ne m'a jamais séduit comme écrivain. L'effet de mode passé, elle devrait retrouver sa place naturelle... donc je suis a priori disqualifié pour donner un quelconque avis sur ce sujet.

Tout au plus, puis-je vous aider à réfléchir sur la passion en général et à une ébauche de plan, mais sans garantie de pertinence applicative.

"À la recherche d'un objet improbable et fuyant, la passion (chez Marguerite Duras) se vit toujours comme une tragédie (...) L'enjeu de la passion dans l'œuvre et, semble t-il, de montrer cette mort dans une vie en cours qui devient l'ombre même du passionné"
(M. Duras, L'harmattan, 2003)

Le sujet invite en effet à une réflexion sur la passion. Comme toujours, il faut partir des définitions et du rapport entre les mots.

Que dit le TLFI ?

PASSION, subst. fém.
A. [Avec une idée de durée de la souffrance ou de succession de souffrances] Action de souffrir; résultat de cette action.
1. HIST. RELIG. CHRÉT.
a) Au sing. [Gén. avec une majuscule] Souffrances, supplices qui précédèrent et accompagnèrent la mort de Jésus-Christ
Loc. fig., fam. Souffrir mort et passion. Éprouver de très vives souffrances, être torturé par quelque chose.
B. Vx. [P. oppos. à action volontaire]
1. HIST. PHILOS., PHYSIOL.
a) ,,Chez Aristote, celle des dix catégories (gr. pathos) qui désigne l'accident consistant à subir une action``
b) ,,Chez les cartésiens, elliptiqt (pour: passions de l'âme): tous les états de l'âme résultant des impressions produites par les esprits animaux; ou même (Descartes) tous ceux qui ne se rattachent pas à la volonté
SYNT. Passion aveugle, déchaînée, dévorante, effrénée, égoïste, exclusive, fébrile, furieuse, généreuse, impétueuse, véhémente, violente; passions humaines; passions mauvaises; folle, grande, noble, vive passion; ardeur, assaut, asservissement, choc, conflit, entraînement, fièvre, fureur, ravage, tumulte, violence de la/des passion(s); la passion aveugle, naît, s'assoupit, se calme, se réveille; assouvir, calmer, contenir, dominer, faire taire, maîtriser, modérer, réfréner, réprimer, retenir, satisfaire, suivre, vaincre sa/ses passion(s); commander, être exposé, imposer silence, lâcher la bride/les rênes, obéir, résister, se laisser aller à ses passions/aux passions; assouvir, dominer, éprouver, éveiller une/des passions; lutter contre une/des passion(s); être l'esclave de ses passions.
[Le plus souvent avec un compl. déterminatif] Passion de + subst. ou verbe à l'inf. Passion du bien, de la justice, de la liberté, de la vérité. Des hommes intrépides, guidés par (...) la passion des découvertes, avaient reculé pour l'Europe les bornes de l'univers (CONDORCET, Esq. tabl. hist., 1794, p.121). La passion de savoir qui anime un autodidacte, dans son travail solitaire (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1948, p.88).
(Faire qqc.) avec passion. (Faire quelque chose) avec une extrême ardeur, avec exaltation (généralement avec idée de persistance). Ah! si tu lis dans mon coeur, tu sais combien il désire la vérité; tu sais qu'il la recherche avec passion (VOLNEY, Ruines, 1791, p.24).
2. En partic., domaine des sentiments
a) Amour violent et exclusif inspiré par une personne et dégénérant parfois en obsession. Synon. adoration, ardeur (poét.), feu (poét.), flamme (poét.), idolâtrie. Ô mon Dieu! (...) tu retireras de mon coeur le trouble et l'orage de la passion qui me tourmente, comme tu retires d'un mot la tempête qui a soulevé la mer (KRÜDENER, Valérie, 1803, p.175). Sévères jusqu'à la cruauté pour les jeunes filles qui ont succombé à la passion, nous sommes d'une indulgence plus que plénière pour les jeunes garçons qui font la même chose (LE DANTEC, Savoir! 1920, p.71). V. amour ex. 116, 129, exalter ex. 3:
SYNT. Passion éteinte, refroidie, morte; aveuglement, bouillonnement, brasier, embrasement, feu, orage, ouragan de la/des passion(s); la passion brûle, consume, couve, dévore; allumer, attiser, éteindre la/les passion(s); rallumer sa/ses passion(s). V. aussi supra syntagmes C 1.
L'amour-passion. Variété la plus intense de l'amour. [M. de Meilhan] a dit encore en parlant des femmes et de l'amour-passion (car l'expression est de lui), et en convenant qu'il ne l'avait jamais éprouvé: «En France, les grandes passions sont aussi rares que les grands hommes» (SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t.10, 1854, p.106). V. amour ex. 126.
Locutions
Aimer (qqn) de passion (vx), à la passion, avec passion. Aimer (quelqu'un) intensément, violemment, de façon exclusive. Trop fière pour confier son malheur à personne et trop honnête pour tromper aucun homme, elle a rompu avec M. de La Marche, qu'elle aimait à la passion, et qui l'aimait de même (SAND, Mauprat, 1837, p.329). Non, elle [Mme Récamier] n'a jamais aimé, aimé de passion et de flamme (SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t.1, 1849, p.125).
Faire une passion. Inspirer un grand amour. Je fais une passion à mon tour (...) et j'épouse (DUMAS père, Demois. St-Cyr, 1843, I, 2, p.96).
P. méton. Objet de la passion amoureuse:
b) Absol. Tendance naturelle à éprouver des sentiments d'une intensité peu commune; affectivité, émotion, sentimentalité, sensibilité.
c) Domaine de l'expression
) Domaine du comportement physique ou psychique. Expression intense des émotions, des sentiments. Synon. ardeur, chaleur, élan, exaltation, feu, fièvre, transport; anton. calme, détachement, froideur. Parler avec passion. [Outougamiz] saisit la chaîne d'or, la regarde avec passion, la veut jeter dans le torrent, puis la presse contre son coeur et la suspend de nouveau sur sa poitrine (CHATEAUBR., Natchez, 1826, p.388). Les baisers remplis de passion, et tels que jamais elle n'en avait reçu de pareils, lui firent tout à coup oublier que peut-être il aimait une autre femme (STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p.66).
) Domaine des arts (litt., mus., peint.). Expression intense des émotions de l'artiste ou de ses personnages. Synon. chaleur, feu, flamme, lyrisme, pathétique, sensibilité. Chanter, danser avec passion; oeuvre, page pleine de passion. Le Conservatoire est graduellement arrivé à une interprétation sans vie et sans passion, froide comme une leçon bien apprise, officielle comme un texte de loi (P. LALO, Mus., 1899, p.346). Les deux préfaces pleines de vie et de passion composées par Lefranc pour le Gargantua et le Pantagruel de la grande édition Champion des OEuvres de Rabelais (L. FEBVRE, Sur Rabelais, [1931] ds Combats, 1953, p.248). Ce mélange unique de talents et de facultés contraires, de passion et de sécheresse, de force créatrice et de pouvoir destructeur, expliquent assez le prestige extraordinaire qui l'entoure [Picasso] (GILLET, Art fr., 1938, p.177).
d) Vieilli. Vif désir, volonté de. Je me souviens de la passion avec laquelle vous désiriez de rentrer dans votre jolie maison de Greenock, et je comprends tout ce que cette espérance frustrée a dû vous laisser de chagrins (NODIER, Fée Miettes, 1831, p.93).
Passion de + subst. ou verbe à l'inf. J'ai une terrible passion de ton retour (STAËL, Lettres div., 1794, p.553). Je suis plus calme aujourd'hui parce qu'elle n'oppose pas un obstacle positif à ma passion de la voir (CONSTANT, Journaux, 1815, p.431).
3. Fam., domaine du corps ou de l'esprit. Asservissement, dépendance à quelque chose; manie tyrannique. La passion de l'alcool, du tabac, des courses:

8. ... si l'amour naît de la communion des personnes, la passion ne jaillit au contraire que du contact des choses: tout devient nature, force, animalité. Rien ne marque mieux cette aliénation réciproque que la passion du jeu, en laquelle s'achève toute passion. Nul succès ne dépend plus de moi; je dois tout à la fatalité et à la roulette. J'obéis.
J. VUILLEMIN, Essai signif. mort, 1949, p.215.

D. P. ext. [Sens affaibli] Très vive attirance, goût extrême, penchant très vif et persistant pour quelque chose ou quelqu'un, pour un type d'activité, un domaine de la recherche, de l'art, etc. Synon. amour, emballement, engouement, enthousiasme, folie, marotte (fam.); anton. aversion, haine, horreur, indifférence.
Aimer à la passion (qqc.). Aimer extrêmement, à la folie.
P. méton. Objet de ce goût extrême, de ce penchant. E. Péjoratif
1. Domaine du comportement intellectuel, pol., idéol. [La passion en tant qu'état affectif est caractérisée par l'impulsivité, la non-maîtrise de soi, la violence] Jugement irraisonné qui manque d'objectivité et peut conduire au fanatisme; emportement polémique dû à l'affectivité qui perturbe le jugement et la conduite.
SYNT. Passion confessionnelle, partisane, religieuse, nationale; la passion égare, ne raisonne pas; céder aux passions; discuter, juger, parler avec/sans passion; se dépouiller de toute passion; se laisser aveugler, égarer par la passion; jugements de passion.

Essayons d’en tirer quelques enseignements :
L’origine du mot est dans sa racine latine qui veut dire supporter, souffrir…
Le mot passion peut avoir un sens positif au sens d’enthousiasme, de désir idéalisé…
Il a le plus souvent un sens négatif comme maladie de la volonté, addiction… c’est le philtre d’amour de Tristan et Yseut, « C’est Vénus tout entière à sa proie attachée » de Phèdre
Au sens absolu, il signifie la passion amoureuse.

Dans le sujet, la passion représente ce dernier sens.
Quel lien avec « objet improbable et fuyant » ?  avec « tragédie » ? avec « mort dans une vie en cours qui devient l'ombre même du passionné » ?

Je crois que 1) se rattache à la « cristallisation » stendhalienne, 2) repris par mort ensuite aux aspects mortifères de la passion, 3) à la dépossession de soi chez le passionné qui ainsi se détruit de l’intérieur…

Mon expérience personnelle de la relation amoureuse confirmée par des lectures littéraires ou savantes montre un parcours toujours identique : une phase initiale d’idéalisation (j’attends tout de l’autre pour combler mes propres besoins, l’autre est à mon service, subordonné à mes attentes), suivie plus ou moins rapidement d’une phase de déception, de désillusion (l’autre n’est plus ce que je croyais, je suis en conflit avec lui dans son légitime désir d’autonomie), il faut alors rompre (et recommencer indéfiniment une nouvelle fois cette aventure inachevée) ou tenter une relation adulte (faite de respect, de réalisme, de choix réducteurs…). Mais alors nous sortons du sujet.

Duras semble porter une appréciation littéraire plus que personnelle sur la passion amoureuse. Elle se situe dans la tradition occidentale inspirée par Tristan et Yseut et développée par Denis de Rougemont dans l’Amour et l'occident. C’est l’image outrancière et destructrice de l’amour-possession. Cette passion est imposée, transgressive, aliénante, porte ouverte sur la damnation (connotation morale et religieuse)… c’est la fin de la paix intérieure que recherche avant tout Madame de Clèves…

Quant au plan dialectique qui pourrait en résulter : penses-tu que cette description est juste (littérairement parlant, cela s’entend) ? Si oui, tu dois commencer par une partie qui défendra cette thèse. L’antithèse consistera à montrer que la passion est parfois positive : plaisir, intensité, révélation d’un monde nouveau, désir de bonheur absolu… pense aux romantiques qui ne pouvaient vivre sans passion sous peine de trouver la vie fade ou aux chevaliers qui transposaient leur gloire du combat guerrier à la soumission amoureuse totale à la dame. Le plus délicat est le dépassement de la troisième partie, puisqu’il faut revenir aux aspects destructeurs et mortifères de la passion. Ce pourrait être en montrant que les aspects transgressifs, aliénants, infantiles, déséquilibrés de la passion ne tardent pas à refaire surface et ne peuvent satisfaire l’adulte qui veut se construire en plénitude et dans une paix et un équilibre  heureux… Les moralistes du grand siècle l’avaient bien compris…


Jean-Luc    "Il n'y a jamais nulle part où aller qu'en dedans." Doris Lessing :)
 

n° 16 vendredi 17 novembre 2006 à 15 h 01

Léah
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 Dissertation lettres : la passion chez Marguerite Duras...

Aïe tu replonges Benjamin dans le passé, si glorieux soit celui-ci j'aimerais tant que notre jeune ami voit aussi que dans notre siècle à venir il y a des promesses !
tiens à propos du XIXème ce soir émission sur Malraux Le XIXème siècle sera spirituel ou ne sera pas
Et puis l'équilibre toujours l'équilibre... Mais la passion peut aussi être plénitude et dépasser ses côtés infantiles et aliénants (là je pense au choix délibéré de Polyeucte ou autres Fous de Dieu Polyeucte n'est-il pas parfaitement en paix avec lui-même, en pleine plénitude ?
Toutefois sur les arguments à développer il semble qu'un certain accord se dégage
Benjamin, à toi de jouer ;-)

 

n° 17 vendredi 17 novembre 2006 à 15 h 46

Jean-Luc
3504 message(s)
 Dissertation lettres : la passion chez Marguerite Duras...

Bonjour Léah,

Justement chez Corneille, l'idéal est atteint lorsque la passion est ordonnée au service de la volonté raisonnable. Si Polyeucte dégage une impression de plénitude, c'est parce que comme Auguste il peut prétendre "être maître de [lui] comme de l'univers".

Chez Racine au contraire, les personnages sont tirés hors d'eux-mêmes par la passion au point de devenir des malades de la volonté et de se détruire dans les souffrances de l'écartèlement.

Aujourd'hui encore, l'actualité nous montre que ces personnes soumises à l'irrationnalité d'une idéologie fanatique se détruisent en détruisant autrui. Pour être positive, une passion doit se muer en enthousiasme porté par une volonté sans défaillance au service d'une cause juste et raisonnable.

L'éros possessif et tumultueux ne répond malheureusement pas à cette voie de perfection tant qu'il n'a pas cherché à s'épurer et à s'équilibrer dans un agapè plus altruiste. L'amour humain ne peut réussir que s'il débouche sur une communauté de désirs libres, égaux et respectueux. C'est en ce sens qu'Alexandre Jardin pouvait écrire dans Fanfan

" Je voulais désespérément croire en l'éternité des mouvements du coeur, au triomphe de l'amour sur les atteintes du temps. Il y avait en moi un jeune homme romantique qui aurait souhaité n'éprouver que des sentiments inusables, un jeune homme qui vomissait les moeurs de ses parents".

Mais après la longue tirade finale de M. Ty, il condamne la conduite adolescente d'Alexandre :

« La passion à perpétuité, c'est une idée d'adolescent.
La passion n'a pas grand chose à voir avec l'amour.»

 

n° 18 vendredi 17 novembre 2006 à 18 h 55

Léah
9997 message(s)
 Dissertation lettres : la passion chez Marguerite Duras...

En fait, n'ayant jamais été "ravagée" que par ma passion pour la Poésie et les mots je ne peux considérer la passion comme destructrice (ce qui ne m'empêche pas d'être une grande amoureuse !;-)

 

n° 19 samedi 18 novembre 2006 à 11 h 37

benjamin
329 message(s)
 Dissertation lettres : la passion chez Marguerite Duras...

J'ai commencé ma première partie, et j'aimerais savoir si la méthode semble conforme?






Dans nos trois œuvres la passion est présentée comme une irrationalité profonde qui dérive vers une fureur insondable et mortuaire. Elle atteint aussi bien des figures féminines que masculines et nous montre les métamorphoses d’êtres pris dans « les rets » de l’amour fou.
Tout d’abord, elle se caractérise par un dérèglement des sens :La princesse de Montpensier lors de la rencontre fortuite avec le Duc de Guise apparaît sous le charme envoûtant par ce dernier car « sa vue lui apporta un trouble qui la fit rougir et qui la fit paraître aux yeux de ces princes dans une beauté qu’ils crurent surnaturelle » ; le Comte de Chabannes « fort sage et fort doux », ami fidèle du prince de Montpensier, échoue à réfréner l’amour qu’il éprouve pour la femme de ce dernier. Il adore la princesse puisqu’il en « devint passionnément amoureux et, quelque honte qu’il trouvât à se laisser surmonter, il fallut céder et l’aimer de la plus violente et de la plus sincère passion qui fut jamais ».Le Roi de Navarre dans la 1ère nouvelle des Désordres de L’amour « devint plus amoureux de Madame de Sauve qu’il ne l’avait été de Mademoiselle de Châteauneuf ».D’ailleurs le vocable « rets » cité à la fois dans cette nouvelle et dans celle de la Princesse de Montpensier souligne bien le caractère emprisonnant et saisissant de l’amour. Il s’agrippe avec « violence » et entrave toute issue. L’amour est alors un « piège » , une « feinte » , « une dissimulation » maquillée et masquée qui soumet adroitement les cœurs. La Marquise de Terme dans la 2nde nouvelle parle d’une « violente inclination » et Madame de Maugiron dans la 3ème nouvelle « plus a Givry et ne fut pas insensible aux charmes de ce jeune seigneur ».Dès lors, la passion amoureuse naît d’une inclination qui submerge et emplit les cœurs d’un désir palpable et envoûtant car  comme Michael Richardson dans Le Ravissement de Lol V. Stein elle devient « subite et « si envahissante » qu’elle défigure, transperce et atteint de sa flèche empoisonné, le cœur d’un être qui n’a su protégé une forteresse qui paraissait, au premier abord, inexpugnable.
Ce dérèglement des sens est accompagné de trouble. Troubles de l’imagination qui font percevoir l’apparition d’une obsession du passionné .Devenu monomane, le passionné est pris dans le rouage « d’un sortilège » comme disait Mademoiselle d’Elbeuf lorsqu’elle caractérisait  le charme de Madame de Sauve. En effet , Lol V Stein apparaît comme obsédé par le « ravissement » de Michael Richardson par Anne Marie Stretter, puisque ,la scène dite du Bal ,constituera une litanie voire un leitmotiv tout au long de l’œuvre : Il « tremblait au loin, ancien, seule épave d’un océan maintenant tranquille ».Ce fut le cas également, pour le Duc lorsqu’il confesse à la princesse qu’il a « toujours conservé cette passion » pour cette dernière. Ainsi, la passion non seulement affaiblit l’âme de l’être mais se déploie avec toujours plus de force et de vigueur au point de créer des luttes d’amour. Elle peut d’une part se manifester par la présence d’une jalousie insatiable comme « la princesse de Montpensier (qui) ne pouvant plus souffrir qu’un homme toute la cour croyait amoureux de Madame osât lui dire qu’il l’était d’elle et se sentant elle offensée et quasi affligée de s’être trompée elle-même(…)lui dit d’un ton qui marquait sa colère » ; celle

 

n° 20 samedi 18 novembre 2006 à 14 h 04

Léah
9997 message(s)
 Dissertation lettres : la passion chez Marguerite Duras...

Oui les citations sont bien choisies.
Il me semble que cette phrase est mal construite
Dès lors, .../...inexpugnable.
j'écrirais
Dès lors, la passion amoureuse naît d’une inclination qui submerge et emplit les cœurs d’un désir palpable et envoûtant car  (comme pour Michael Richardson dans Le Ravissement de Lol V. Stein) elle devient « subite et « si envahissante » qu’elle défigure, transperce et atteint de sa flèche empoisonnéE, le cœur d’un être qui n’a su protégER une forteresse qui paraissait, au premier abord, inexpugnable.

La citation de Duras  tremblait au loin, ancien, seule épave d’un océan maintenant tranquille mériterait un éloge pour son style ; éloignement dans le temps et dans l'espace (au loin, ancien) et ce "seule épave" tu peux en tirer parti d'après le contexte q'est-ce qu'elle signifie ? que le passionné se retrouve solitaire ? pourquoi épave, ça fait penser à un naufrage, est-ce le naufrage de son être ?