n° 61 mardi 26 décembre 2006 à 07 h 01

_BrainDamage_
46 message(s)
 Poème : qu'en pensez-vous ?

Je suis de l'avis d'Alain. Vous passez à côté de l'essentiel. Je trippe pas sur la poésie et vous me la faites moins aimer. En lisant vos poèmes sans y rien comprendre on a envie de vous dire que vous n'avez rien compris. Je n'ai pas d'exemplaire du Dictionnaire des mots rares et précieux, ni envie de l'acheter simplement pour décoder vos exercices de style. Ça vous flatte?
Mozart et Godwin. Précieux et ridicules, mais... courageux! de poster vos trucs vieillots ; mais lâches aussi, à souhait, de vous réfugier derrière des mots, des formes, et des tropes. Scolaire!
Le Parnasse a 156 balais bordel! Alors oui c'est vieillot! Wake up!
Lâchez la grappe à la forme un peu et vivez vos sens, votre époque, vos histoires et sentiments propres! Sans corrompre votre âme par des apparences qui ne vous appartiennent pas. Écrire ça prend une plume et des couilles, pas des dicos. La plume vous l'avez c'est déjà beaucoup. La virtuosité est là, alors lâchez vos sonnets, oubliez la métaphore, supprimez la ponctuation et jouez-là Jazz un peu. Swingez vos rimes et déconstruisez vos mètres ; trouver un son, voilà le but du musicien. Cherchez le votre. Prenez les mots de votre vie et faites en le plus laid des bouquets. Il sera orginal.
Lisez plus souvent Paroles de Prévert ou un peu de Kundera, commentez Ionesco, analysez Breton et... Welcome to the Twentieth Century!
Si vous parvenez avec tant de talent à imiter ce que vous aimez, et visiblement vous le faites (j'en réfère à l'avis de Kroâ et d'Alain qui l'a bien vu aussi), vous pourriez faire de bons poètes. Je soupçonne que vous cachez vos vrais poèmes, comme des trésors intimes dans vos tiroirs à secrets. Faites-nous en part de grâce! Bravo quand même, nous sommes presque impressionnés, mais pas séduits. Ni envoutés, ivres. Essayez des formes plus libres et rebelles (imitez pleinement vos idoles), sortez de vous pour vous trouver, nous trouver.
En toute sincérité et sans méchanceté.
ps: Mettez vos Lettres capitales à la poubelle! Écrire sous de telle contraintes quand toute l'époque vous ordonne d'être libre est précieusement ridicule.

Dernière modification par _BrainDamage_ (mardi 26 décembre 2006 à 07 h 49)


Seul le présent m'intéresse, le passé c'est pour l'avenir.
 

n° 62 mardi 26 décembre 2006 à 11 h 44

mozart62000
425 message(s)
 Poème : qu'en pensez-vous ?

Salut _braindamage_,

Une fois de plus, l'humaine condition montre ses limites... Lol. Je suis très content de toute critique, et je ne prends mal aucun de vos propos. Je comprends même votre position. Mais, désolé, mais vous n'avez (une fois de plus) rien compris à ce que j'écrivais. Ce qui n'est nullement péjoratif ou insultant. A notre époque (the famous twentieth century !), les gens ne cherchent plus à comprendre... On regarde, on lit trois quatre mots, on voit qu'on ne comprends rien, et on lynche le texte dans l'obscurité de notre ignorance. Les mots ne sont jamais employé au bonheur la chance. Ils sont justes, précis, polysémiques. La poésie n'est pas un acte gratuit. Et que savez-vous de mes sentiments, de mes émotions ? Peut-être est-ce ainsi ma façon de m'extérioriser ? Et puis, citez-moi de grands poètes du XX ou du XXIème siècle ? Vous n'arrêtez pas de me dire que je ne vis pas dans mon époque, mais (je me tâte) j'y vis bel et bien. Ok, je vous l'accorde : nombre de ces textes sont des exercices de style. Mais tout auteur a commencé par là. D'autres sont plus sensibles.

Quelques propos au hasard des réponses :

Précieux et ridicules, mais... courageux! de poster vos trucs vieillots ; mais lâches aussi, à souhait, de vous réfugier derrière des mots, des formes, et des tropes. Scolaire!

Je ne suis en rien scolaire, et si tu me connaissais, tu le reconnaitrais (je ne parle pas pour notre défunt Godwin... ). Allez donc tous voir aussi ce qu'est exactement la préciosité (non celle de Molière) et ce qu'elle a apporté à la littérature. Mes textes, me semblent-ils, ne sont pas si "vieux" : ils ont, au plus, trois ans.  Je me réfugie donc ? Mais depuis quand la littérature a pour fonction et pour but de dévoiler celui qui l'écrit ?...


Le Parnasse a 156 balais bordel! Alors oui c'est vieillot! Wake up!

En attendant, je fais vivre la langue française, non ? Elle a besoin de s'étirer de temps en temps, tant d'esprits stupides, avachis, ignorants de sa richesse et de sa profondeur, l'utilisent gaîment. Au fait, lorsque je disais que "j'étais un parnassien du XXIème siècle", c'était une boutade, de l'ironie.  (encore une démonstration d'une sous-lecture). De toute façon, comme l'a dit La Bruyère au tout début des Caractères : "Tout a été dit (...)", que puis-je donc faire sinon répéter, imiter, brasser ce que l'esprit humain fait depuis des millénaires ? - c'est encore une boutade. 

Lâchez la grappe à la forme un peu et vivez vos sens, votre époque, vos histoires et sentiments propres!

Montre-moi le chemin, cela semble si facile. Fais le au moins pour  :cnoel:.

Écrire ça prend une plume et des couilles, pas des dicos.

Donc, je résume, pour écrire, rien ne sert d'avoir du vocabulaire si tu sais (encore le faut-il) écrire avec tes couilles, donc avec tes tripes, donc avec la profondeur humaine, grasse, suintante, crissante, poisseuse, de la chair ? Ok, je jette mes dicos, d'ailleurs, je dirai la même chose à tous les gens que je rencontrerai, et à tous mes futurs élèves ! Kroâ, à bas les dicos, et vive l'ignorance ! - c'est encore une boutade.

Swingez vos rimes et déconstruisez vos mètres ; trouver un son, voilà le but du musicien. Cherchez le votre. Prenez les mots de votre vie et faites en le plus laid des bouquets. Il sera orginal.

Donc, mes rimes ne swinguent pas assez ? Je dois encore les chambouler ?... Au fait, reprends mes mètres, ils sont très réguliers comme tu le constateras. N'ai-je pas trouver un son ? Le mien ? Puisque, apparemment personne n'a le même. Et puis, pourquoi ne chercherai-je pas à faire avec les mots de ma vie "le plus beau des bouquets" ? Je ne suis pas là pour imiter Baudelaire, je ne suis qu'un parnassien... Et donc, l'original, c'est le laid. Allez donc dire ça à Proust, à Flaubert, à Hugo, à Valéry, etc. Et puis, qu'est-ce que le beau, dis-moi... ?

Lisez plus souvent Paroles de Prévert ou un peu de Kundera, commentez Ionesco, analysez Breton et... Welcome to the Twentieth Century!

Chouette, que des écrivains du XXIème siècle !... - pas la peine de me répéter à chaque fois que je fais une boutade ?...

ps: Mettez vos Lettres capitales à la poubelle! Écrire sous de telle contraintes quand toute l'époque vous ordonne d'être libre est précieusement ridicule.

Qu'est-ce que cela veut dire, please ? Je n'ai pas bien compris. Nous sommes libres, alors ?


L'innocence palmaire implorant les noirs cieux
 

n° 63 mardi 26 décembre 2006 à 20 h 22

_BrainDamage_
46 message(s)
 Poème : qu'en pensez-vous ?

Joyeuses fêtes mozart.
Soit, si c'est des exercices de styles.
C'est calé mais abscons, vertigineux mais dénué de charme. Vous rêvez sans doute de finir votre vie calé dans un fauteuil d'académicien comme Jean d'Ormesson. Mais il a du charme. Le charme est affaire de communication; où un discours doit savoir s'adapter. Question pratique: Combien de gens penses-tu vont acheter ton recueil de sonnets exposé à côté d'un Ronsard? Il faut garder les pieds sur terre et la tête dans son époque. Tâte-toi mieux car tu me semble bien enfoui en habit vert imaginé dans une time machine filant tout droit vers l'adresse de Richelieu, en faisant escale en 1850. Essaye au moins les poètes du Chat noir, t'en serais plus spontané.
Essayez donc des exercices plus contraignants et contemporains: l'Oulipo, l'automatisme, le minimalisme. Connaissez-vous le génie de la simplicité? Tardieu dans Comédie de la comédie ça vous donnerait une idée. Est-ce que vous écrivez avec un dictionnaire de synonymes? Ignominie! Chercheriez-vous à n'être compris que par un public de philologues?
Plus qu'un simulacre de pasticheur tentez l'authentique poète.
Et ces majuscules en début de vers... vous pensiez incarner les nobles héritiers de vos idoles mais demeurez en fait les apôtres d'une pure ringardise.
Personne ne vous a empêché d'écrire et de poster encore. Vous désiriez des opinions, vous voilà comblés.
Détruisez-moi ces capitales, et tuez père et prenez mère, voilà un début... Sacrement!

nb: "twenthieth" adjectif numéral anglais dérivé de twenty, vingt en français. T'en connais toi de la littérature du 21e siècle?

Je vous souhaite une heureuse nouvelle année.

 

n° 64 mercredi 27 décembre 2006 à 11 h 43

mozart62000
425 message(s)
 Poème : qu'en pensez-vous ?

Joyeuses fêtes à toi également,

Comme toujours, je répondrais phrase après phrase :

C'est calé mais abscons, vertigineux mais dénué de charme. Vous rêvez sans doute de finir votre vie calé dans un fauteuil d'académicien comme Jean d'Ormesson.

Ce n'est absolument pas le but de ma vie. 
Relis donc D'Ormesson, tu verras que nos écritures sont bien différentes.
Pour l'instant, pour tout dire, je rêve de ne pas finir ma vie.
ENfin, rien n'est abscons. C'est abscons pour celui qui ne veut pas comprendre, de même que Mallarmé ou Rimbaud. Il faut cesser d'établir une démocratie du sens ; l'écrivain peut tout faire ; il règne sur la page blanche, et il y a autant d'écrivains que d'individus ; laissons donc faire à chacun ce qu'il souhaite faire et ce qu'il juge digne de ce qu'il est capable de faire. Tu juges sans comprendre. Tu juges sans connaître. (Mais au moins tu juges, ce qui est cool, vraiment). COmme un juge d'instruction donnant sa décision sans avoir pris connaissance du dossier.


Question pratique: Combien de gens penses-tu vont acheter ton recueil de sonnets exposé à côté d'un Ronsard?

Ô capitalisme ! Ô serpent à mille têtes !... Je n'ai absolument jamais parlé de vendre quoi que ce soit, n'est-ce pas ? Et je ne veux pas concourir aux côtés de Ronsard : nous ne combattons pas dans la même catégorie. Crois-tu qu'Alain fasse beaucoup de poids face à Flaubert ?


Tâte-toi mieux car tu me semble bien enfoui en habit vert imaginé dans une time machine filant tout droit vers l'adresse de Richelieu, en faisant escale en 1850. Essaye au moins les poètes du Chat noir, t'en serais plus spontané.

C'est du grand n'importe quoi, et je te soupçonne de faire aussi de l'exercice de style dans ce message. Tu ne sais même pas ce qu'est l'Académie française. TU ne sais pas qui je suis. Mais il est vrai que le vert est ma couleur préférée.
Qui sont les poètes du chat-noir ?
Je suis plus que spontané dans mes écrits, c'est d'ailleurs ce que je regrette a posteriori. Je les ai bâclés. Mais tu ne peux pas comprendre, vu que tu ne les comprends pas.


Essayez donc des exercices plus contraignants et contemporains: l'Oulipo, l'automatisme, le minimalisme.

Ouh la la ! Pourquoi faire forcément du contemporain ?
Et là, ce n'est pas pour râler, mais il ne faut pas parler de contraintes et citer l'OULIPO ou encore plus débile l'automatisme ! L'automatisme peut être pratiqué par tous et toutes. Il n'y a aucune contrainte. TU écris et voilà ton texte est fait. Ce que je fais est sans comparaison avec l'automatisme ; la preuve : tu pourrais certainement écrire de l'automatisme, mais tu ne saurais pas réécrire ce que j'ai écrit.
Et là encore, tu te contredis : tu me demandes d'être moi-même, et tu me demandes d'imiter des prédécesseurs. Je n'imite personne, contrairement à ce que vous pouvez penser. Je suis moi-même. Et je ne veux imiter personne, contrairement à ce que tu me proposes.

Est-ce que vous écrivez avec un dictionnaire de synonymes? Ignominie!

Non ! Amoureux de la langue. Je suis toujours triste et complètement atterré lorsque j'entends des discours pareils : aimes-tu ta langue, _braindamage_ ?


Plus qu'un simulacre de pasticheur tentez l'authentique poète.

Je ne répondrai même pas à cette idiotie.

Et ces majuscules en début de vers... vous pensiez incarner les nobles héritiers de vos idoles mais demeurez en fait les apôtres d'une pure ringardise.

C'est toi le pasticheur à vouloir imiter tout ceux qui ont désarticulé la poésie millénaire. Je mets des majuscules en début de vers, et alors, ça change le sens de ce que j'écris ? ça dessert ce que je montre ? ça sonne moins bien avec la musique du mot ? Absurde ! Je mets des majuscules à mes débuts de vers comme tu en mets à tes débuts de phrase, et ça ne change pas la phrase du monde.


Détruisez-moi ces capitales, et tuez père et prenez mère, voilà un début... Sacrement!

Donc, il faut que je tue père et mère et que je sois adopté, c'est cela ? ...

nb: "twenthieth" adjectif numéral anglais dérivé de twenty, vingt en français. T'en connais toi de la littérature du 21e siècle?

Merci pour le cours d'anglais, j'avais jeté, depuis notre dernière discussion via le forum, tous les dictionnaires de ma bibliothèque. En faisant ce geste, je passe de Valéry (tu connais ?) à Queneau qui, c'est bien connu, n'aimait ni les encyclopédies ni les dictionnaires.
Des écrivains du XXIème siècle ? Il y en a dans tous les coins de rue, c'est cela qui est triste aujourd'hui. Moi-même j'en fais partie. Cependant, au lieu de faire de la poésie-réalité je fais de la poésie-poétique. Mais je ne sais pas ce que ce la veut dire...

Bonnes fêtes ! !!  Il faut que Kroâ revienne !....

Dernière modification par mozart62000 (mercredi 27 décembre 2006 à 13 h 13)

 

n° 65 mercredi 27 décembre 2006 à 12 h 40

Léah
9997 message(s)
 Poème : qu'en pensez-vous ?

Les poètes du Chat Noir ? Aristide Bruant était un des plus célèbres.
http://www.lechatnoir.free.fr/chat_noir/page_471.htm

Mozart, continue d'écrire comme l'écriture te vient, à TOI. C'est la seule façon d'écrire de mieux en mieux !

Sans doute la plus connue des chansons de Bruant

Rose Blanche



Alle avait, sous sa toque d'martre,
Sur la butt'Montmartre,
Un p'tit air innocent;
On l'app'lait Rose, alle était belle,
A sentait bon la fleur nouvelle,
Ru' Saint-Vincent.

On n'avait pas connu son père,
A n'avait pus d'mère,
Et depuis mil neuf cent,
A d'meurait chez sa vieille aïeule
Où qu'a s'él'vait, comm' ça, tout' seule,
Ru' Saint-Vincent.

A travaillait, déjà, pour vivre,
Et les soirs de givre,
Sous l'froid noir et glaçant,
Son p'tit fichu sur les épaules,
A rentrait, par la ru' des Saules,
Ru' Saint-Vincent.

A voyait, dans les nuits d'gelée,
La nappe étoilée,
Et la lune en croissant,
Qui brillait, blanche et fatidique
Sur la p'tit' croix d'la basilique,
Ru' Saint-Vincent.L'été, par les chauds crépuscules,
A rencontrait Jules
Qu'était si caressant
Qu'a restait, la soirée entière,
Avec lui, près du vieux cim'tière,
Ru' Saint-Vincent.

Mais le p'tit Jules était d'la tierce
Qui soutient la gerce,
Aussi, l'adolescent
Voyant qu'a marchait pas au pantre,
D'un coup d'surin lui troua l'ventre,
Ru' Saint-Vincent.

Quand ils l'ont couché' sous la planche,
Alle était tout' blanche
Mêm' qu'en l'ensev'lissant,
Les croqu'-morts disaient qu'la pauv'gosse
Etait claqué' l'jour de sa noce,
Ru' Saint-Vincent.

Alle avait, sous sa toque d'martre,
Sur la butte Montmartre,
Un p'tit air innocent;
On l'app'lait Rose, alle était belle,
Alle sentait bon la fleur nouvelle,
Ru' Saint-Vincent.

Dernière modification par Léah (mercredi 27 décembre 2006 à 12 h 42)


Tenir un seul cheveu dans sa main.
Y parvenir.
 

n° 66 mercredi 27 décembre 2006 à 20 h 55

lily hawai
2 message(s)
 Poème : qu'en pensez-vous ?

bonsoir
personnellement, je trouve tes vers avec une bonne sonorité cependant pour moi ce n'est qu'un assemblage de belle phrases qui au bout du compte n'ont pas de destiné finale. Qd je lis ces poeme aucuns thèmes,ni emotions ne me viennent a l'esprit. Et c'est pourtant ce qui est le plus important lorsqu'on lis un poème. Un poème c'est une histoire illustre par des vers et qui prend vie grace à cette sonorité musicale. Je pense et ce n'est qu'un avis parmi tant d'autre mais il manque une ame à tes poèmes.
Cependant ca m'interesserai de connaitre le message ou l'emotion s'il y en a une que tu voulais passez à travers ces poèmes.

 

n° 67 mercredi 27 décembre 2006 à 23 h 05

Léah
9997 message(s)
 Poème : qu'en pensez-vous ?

La poésie ne sert pas à faire passer des messages ! Elle sert à être elle-même, avec ses multiples facettes. L'émotion est autant dans l'esprit du lecteur que dans celui de l'auteur

 

n° 68 mardi 02 janvier 2007 à 11 h 54

Kroâ
82 message(s)
 Poème : qu'en pensez-vous ?

Bonjour à tous, et à Moz en particulier !

Je vais avoir pas mal de choses à te dire, des lectures à te conseiller -- c'est encore un gros fouillis qqpart dans un de mes fichiers, mais j'en viendrai à bout dans la journée, promis !

Qu'est-ce que j'ai pu rire en vous lisant (et en vous relisant !) _Braindamage_ et toi !!
Je t'en parlerai, ça m'a donné des idées de conseils...

(_Braindamage_ , tu as vraiment du style toi aussi... Tu écris ?)

Les deux premiers poèmes du mess. #60 sont très beaux, ils m'ont vraiment émue.
Je les défendrai, bec et crocs (puisque Kroâ/Croâ/Crocs a )

Et ne désespère pas !! (même si... une petite carence de dopamine de temps en temps, pour les artistes...)

A plus tard...

 

n° 69 mardi 02 janvier 2007 à 22 h 34

Kroâ
82 message(s)
 Poème : qu'en pensez-vous ?

Voilà quelques encouragements et quelques conseils, donc :

"Quand mon coeur s'incline..." : j'aime beaucoup ce poème comme je l'ai dit.

§1 :
-   v.1 : "Quand mon coeur s'incline devant l'idole Fatalité"
La métaphore  "s'incliner devant l'idole" est un peu usée; si elle se trouvait dans le corps du poème, cela poserait moins de problèmes; mais en tête de poème, c'est dommage -- c'est là qu'il faut saisir le lecteur. L'anaphore avec le v.2 ne suffit pas. 
-  Même problème avec "coeur" et "âme", comme on te l'a dit. Ce sont devenus des mots passe-partout. Je crois que c'est le fait que les deux co-existent dans une même strophe qui est maladroit : l'un fait trop facilement penser à l'autre, c'est ainsi, l'usage use --

...MAIS je voudrais montrer qu'ici Moz en a tiré de belles choses :

    Le v.2 est beau, peut rester en l'état, par la personnification du coeur et l'habile déviation "cesse de battre" -> "cesse de marcher, de courir" qui rend le mot "coeur" nécessaire.
   
    Idem pour le v.3, magnifique - métaphore de l'astre déclinant, renforcée par l'expression "à même" qui connote l'idée de coucher (à cause de la construction du verbe se coucher : se coucher à même le sol).     
   Et "âme" est ici indispensable : les liquides de la déliquescence, leur douceur, appelle un thème féminin : il serait maladroit de substituer "coeur" à "âme" par exemple.
   Surtout le couple coeur/âme a été légitimé (!) par le fait que Moz joue des genres masculin/féminin pour suggérer des antithèses : le coeur, masculin, principe mobile, est astreint à l'immobilité, (<> errer courir marcher); l'âme, féminine, censée incarner la centralité, l'immobilisme justement, est précipitée dans la chute.

  v.4 : vers un peu faible à cause de "être", qui lui est trop attendu après coeur et âme - et pê aussi à cause de la dislocation du sujet entre "je" et "mon être", dislocation un peu trop typique désormais du désir de mourir.
MAIS Moz a eu l'intuition de saisir ce maniérisme dans une phrase de registre courant (voca et construction); plus brutal - mais il faudrait aller jusqu'au bout de ce relâchement.


§2 :
Rien à dire; c'est très beau à nouveau. Un pléonasme, quand même  : "les pensées de l'esprit"... J'aurais une suggestion : "Et quand la musique même noie les pensées dans l'esprit".

Très beaux "démons mangeurs d'infinitude".


§3 :
   
   Je répète : strophe trois . Sur quatre. Nous sommes ici à la moitié du poème, et Moz y place son acmé - traduite ici par l'isotopie du ciel annoncée par "l'air de la Vie" : "l'ether", "l'océan celeste", "étoile", "les nues". Ce qui est beau ici et pas maniéré du tout, c'est qu'on perçoit que Moz emploie ces mots d'un autre temps en quasi-référence, quasi-ironiquement.
   
    Et ce qui suggère ce décalage, c'est d'abord le prosaïsme de l'expression "ma triste existence": le désenchantement traduit ici empêche de prendre le lexique évoqué plus haut dans sa dimension idéale.
   
   Surtout, enfin, il y a le réel : notre auteur a planté un décor dans les §1 et 2 grâce à :
       - "errer, marcher,courir"=mots communs, certes métaphoriques mais à peine : on devine le jeune homme, les lieux où il erre, marche, court, on sent que cela vient d'une déambulation concrète - la ville ou ailleurs; chacun devrait y mettre ce qu'il veut;
       - "l'été" : on ne peut pas le rater -- parce qu'en plus, déclin et été sont volontiers associés - rien de plus mélancolique pour moi que la fin de l'été; je ne sais pas, je suis tout de suite dedans;
       - "l'aube" : idem; l'aube n'est pas toujours promesse ( ;)Léah); le mourant meurt souvent à l'aurore;
       - "la musique" : bon, nous connaissons tous Mozart et sa passion pour cet art -- mais même sans cette donnée biographique, personnellement, ça me parle, je vois tout de suite la scène, sa contemporanéité - écouter de la musique ne peut être associée à l'aube qu'aujourd'hui -- la radio, la chaîne, le baladeur au réveil... pour se donner du courage
   
   DONC ici Moz n'est pas un candide parnassien attardé : il y a beau y avoir une décharge massive de voca classique, le poète est désabusé, il les abandonne - comme tout le monde le lui a conseillé... - abandon que traduit précisément la structure bancale de la phrase : procédé de détachement ("l'océan... et la terre et les nues tout) pour aboutir sur le v.12 non ponctué où l'on ne sait pas exactement s'il y a 4 ou 2 GN  -- confusion qui atténue la technicité de l'hypallage - lyre/corde mélangé à nudité/voile - où la voile (du navire -de l'épave) connote en plus le voile - qui masque la nudité.


§4 :
   
   Et pour parler musique : préparation de la résolution, de la cadence finale.
   
   L'absence de ponctuation trouve ici sa pleine utilisation : apposition suivie d'accumulation "non marquées". Or il y avait le même effet aux deux derniers vers de la strophe précédente : ce qui accentue l'unité §3-§4 dans le découpage rythmique (2-2) et autour du mouvement de dé-cadence.   
   
   "linceul" peut faire tiquer; mais à ce stade du poème, les mots ne peuvent plus être lus hors contexte, indépendamment de tout ce qui a précédé : ici le mot linceul est légitime, surtout actualisé par "ce" - péjoratif, qui renvoie à l'imprécation orale, et non au floutage de l'absence de déterminant, tel qu'on aurait pu l'attendre, trop typique des appositions métaphoriques (la nuit la morne nuit ° sombre linceul de l'infini ) - péjoratif donc, qui discrédite, désamorce toute joliesse du mot "linceul".
 
   Très belle fin -- avec cette pirouette finale, s'il fallait encore marquer ce semblant de second degré : l'enjambement "épanoui/De l'éclat funeste" où la valeur figurée de "plénitude" traditionnellement associée au mot "épanoui" < espannir "s'ouvrir" est court-circuitée.
   Une simple réserve cependant sur "éclat funeste" - l'expression ne passe pas, car, trop attendue, trop faible pour un vers final.
 
   Mais j'aime beaucoup cette fin sur "bruine" : morosité banale, petite, concrète -- il ne fallait surtout pas de "grand mot", pas de cadence parfaite. "Bruine" prolonge, synthétise la lente dispersion du sujet qu'exprime le poème, sa dissolution solitaire et discrète  --  cadence rompue.

A suivre...

Dernière modification par Kroâ (mercredi 03 janvier 2007 à 13 h 46)

 

n° 70 mercredi 03 janvier 2007 à 03 h 19

Kroâ
82 message(s)
 Poème : qu'en pensez-vous ?

Voilà, j'ai voulu rendre justice à ton travail. Parce que je sais ce que c'est que se chercher une voix.
Ne sacralise pas le premier jet. Pas avant d'avoir créé au moins quelques bonnes choses dont tu sois fier au prix de remaniements.

"J'ai peur d'aller jusqu'au bout d'une pensée," m'avais-tu répondu l'autre jour. Travaille sur cette peur, comme on dit... Qu'as-tu peur de trouver au bout ? Le vide ? L'innommable ? Autrui, justement ?

Opinion personnelle : méfie-toi du lecteur idéal -- il nous ramène souvent à nous-même. C'est la fusée qui se crashe sur sa base de lancement.
C'est le milieu un peu tiède. Il faudrait que tu envisages d'autres destinataires :
- Ecris carrément pour ta pomme  -- mais alors va jusqu'au bout de ton délire, mange-toi jusqu'au trognon, et au-delà.
- Ecris carrément pour des lecteurs très précis, parfaitement identifiés -- comme ici - mais que cela fasse oeuvre et non simple message.

Quitte à ce que ça reste dans tes tiroirs. Progressivement tu harmoniseras ces deux voix.

Ton dialogue avec _Braindamage_  m'a fait rire mais aussi réfléchir, aspirant dramaturge.
Si pour moi la poésie est un noeud que l'on fait avec soi-même - autour de quelque chose, surtout pas dans le vide - si le roman est un complexe jeu de miroirs, je vois l'essence du théâtre - et ce qui en procède comme le cinéma - comme l'affrontement de  paroles bien différenciées, chacune porteuse d'un ethos différent. C'est la recherche d'une dialectique, d'un conflit d'affects, volontiers outré...  J'ai trouvé votre affrontement théâtral -- dramaturgique. C'est-à-dire que vous n'étiez pas dans l'échange compassé et utilitaire ; vous aviez élevé votre propos quelques degrés au-dessus de vous-mêmes, privilégié le choc de vos paroles au respect de vos personnes; et de ce choc a jailli pour moi comme une étincelle de vérité -- une confrontation-type, la cohabitation involontaire de deux paroles qui d'habitude s'évitent.  Serais-tu capable de faire de _Braindamage_ l'un de tes personnages ? De là jaillit la lumière de l'inspiration du dramaturge bien souvent : de cette parole tellement autre, étrangère, intrusive... Tu pourrais t'en saisir - sois le renard, pas le corbeau !

Je crois que c'est Stendhal qui disait que celui qui écrirait un jour devait passer par une  soif de tous les écrits, lire les classiques, mais aussi la presse, les gazettes sans importance, les réclames, les oeuvres plus légères... Corromps-toi donc un peu, compromets-toi en t'infligeant un peu de la superficialité ambiante, à dose plus ou moins vaccinale : si tu peux vraiment écrire, ce sera la révélation par le feu - car alors, tu verras, si ton style est vraiment précieux, tu y reviendras, mais cette fois-ci en connaissance de cause, avec une force renouvelée que tu lui transmettras -- l'alchimie de la transfiguration, le miracle de la descente aux enfers, de la catabase  -- (je vais d'ailleurs aller écrire un petit qqch sur Orphée dans un topic voisin...)

Dans un de mes messages précédents, celui que j'avais reconnu être un peu  , je ne te reprochais pas du tout un quelconque narcissisme; tu l'as dit, nous le sommes tous à des degrés divers. Je pointais justement le fait que l'artiste doit jouer le trouble-fête dans certaines quêtes narcissiques outrées car encouragées par la société pour des raisons diverses (religieuses, économiques, politiques, morales...); il ne peut briser les miroirs complaisants, il ne peut que se planter devant et tenter de dévier les regards; reprendre les mots de l'autre et les réagencer telle Echo appelant Narcisse. Ce qui n'est pas sans risque pour l'artiste s'il ne réussit pas à s'abstraire de ce rôle; il se place pour ainsi dire entre le marteau et l'enclume. On s'expose au lynchage, à l'indifférence méprisante, à la récupération honorifique (ah, les prix et autres "promotions"...).

Bon me revoilà encore à écrire nuitamment... Donc ça s'embrouille.
Je préciserai une dernière chose : je ne dissocie pas le texte d'un auteur de l'auteur lui-même - dans ce que j'ai écrit ici, "le style, c'est l'homme". L'évolution de l'écriture ne se fait pas sans celle de l'auteur.

Quelques conseils de lecture :
-  Marina TSVETAIEVA, poétesse russe également auteure d'essais sur la poésie : Des Poètes, mais aussi Le Poète et le temps et Le Poète et la critique
- une biographie de Friedrich von SCHILLER - tu devrais te reconnaître dans ce passionné qui a lassé ses camarades de jeunesse par la "haute tension lyrique" qu'il imprimait à ses discussions ! Tu verrais aussi par quelles crises d'inspiration il a pu passer... et par quelles remises en cause il a su les surmonter.
- lis BECKETT, KOLTES, NOVARINA; lis sur eux.
- du théâtre à l'opéra... : pour le plaisir ! c'était parmi ce que j'ai offert à Noël... mais j'ai pu y jeter quelques bons coups d'oeil :
         Jean STAROBINSKI, Les Enchanteresses  consacré aux figures de la séduction dans l'opéra... tu imagines que Mozart y a une belle part ! (les 2/3 du livre quasiment, tous ses "grands" opéras s'y trouvent); il est juste dommage qu'il se regarde parfois un peu écrire (les quatre premières pages sont cependant très belles);
         Lectures d'opéra : un grand bonheur, car recueil de beaux textes écrits pour les programmes de l'Opéra de Paris non par des musiciens/musicologues mais par des écrivains, philosophes, journalistes  (Sylvie Germain, Elfriede Jelinek, Michel Onfray, Hector Bianciotti, Julia Kristeva, Martin Walser... )


Voilà, on ferme !

Dernière modification par Kroâ (mercredi 03 janvier 2007 à 13 h 47)