#41 26/11/2006 16:04

Kroâ
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Sujets variés Poème : qu'en pensez-vous ?

Cher Mozart,
Je suis allée un peu vite ; je voulais parler de celle-ci :

« La fidélité ! La Fidélité !... La fatalité, oui ! A bat la fidélité ! L'échafaud de l'amour ! L'ordalie des désirs ! L'homme n'est pas fait pour cela. L'homme sauvage est volage... mais la conscience le secoue ! Alors, faut-il aimer ? Où faut-il, sans cesse, recréer l'homme à l'infini, sur toute terre, sur toute mère ? Aimer, vivre ; vivre, aimer : là est l'unique clef de l'écrin du plaisir. Aimer en vivant et consacrer tout un pan de sa vie à une autre personne, la connaître par coeur et du fond du coeur, mais se méconnaître quand même. Ou vivre à aimer, n'ignorant pas les nécessités de son propre corps et l'insatiable soif de beauté de son esprit... Alors ? Aimer ? Vivre ? Moi, mon choix est tout fait. Imaginez-vous donc chercher l'Unique sans toutefois trouver toute sa vie et errer et errer après l'Amour... – Mais errer après l'Amour, c'est tenter de saisir une âme en plein vol, c'est chercher l'âme qui vibre dans le vide des immensités !... Ou chaircher, incessamment, dans les impatientes prémices, parfois se tromper, mais souvent frapper juste et plus qu'au centre... Seul parmi tous ou seul contre tous ?... Quand l'amour est jeune et encore frémissant, qu'il commence à voir poindre sur sa chair les duvets voluptueux du violent frisson, l'homme n'a qu'un coeur faible et puissant, facile à briser, difficile à embraser... Puis le temps le rend de plus en plus sensible à la Beauté, et il pressent les premiers frissons comme des promesses d'insupportables jouissances, mais son unique coeur ne crie plus que pour une âme... Et, finalement, comme toujours, l'amour meurt, et l'ultime triste coeur désormais sensible à mourir à toutes les ineffables magnificences qui fugacent paisiblement ici-bas ne peut plus qu'expirer devant tant d'impossibilité !... Ah ! Saisissons notre coeur dès le berceau de ses états d'âme et exhibons-lui le monde et ses affluentes splendeurs ! Il expirera face à tant de possibilités !... Ne disons plus «  Nous n'en faisons qu'à notre tête ! » ; mais « Nous n'en faisons qu'à notre coeur ! ». Ah ! L'amour, la séduction, si lente et si plaisante, l'ardent désir, l'ardeur désirable même, l'impitoyable despotique jalousie, l'agaçante impatience toute faite d'excitation, de mystère et de soupir, l'omniprégnante obsession, les étranges fantasmes étrangers à notre être, le sublime, l'impérissable, l'expression essentielle de la conscience humaine, l'art même, l'impulsif uranisme profond, le défi de toute existence avant d'engendrer l'infime univers de notre univers : tout cela pour quoi ? D'après vous ? Pour quoi ? – Pour un sexe qui ressemble à tous les autres sexes. Vous ne l'ignorez point, nous tendons tous à la même perle baroque, étrange, humide, parfois fétide, pâle et marine : faudrait-il que nous nous battions pour une coquille de chair, pour une carcasse de pierre sensible, toujours différente toujours similaire ?... Eh bien non, pour moi, la Fidélité est callipyge et légère. Ainsi, si selon votre conscience, la fidélité résonne comme une félicité éternelle, infiniment enrichissante, comme une vie soeur attachée à votre sein par les lèvres du plaisir et de la réciprocité, elle n'exprime en moi que les tièdes pluies lourdes et monocordes pâlement éventées des fins de l'été... Mais que chacun fasse ce qu'il souhaite ! Vive la Liberté !... »

... qui me rappellait beaucoup celle-là!

... d'où la vidéo... (qui n'est pas une parodie, mais... je trouvais la chute rigolote )

... critique à suivre, promis!

DON JUAN :  Et le reste est silence ou plutôt...

The rest is silence... (ça aussi, non ?)

Dernière modification par Kroâ (26/11/2006 16:08)

 

#42 26/11/2006 19:55

mozart62000
425 message(s)
Sujets variés Poème : qu'en pensez-vous ?

DON JUAN :  Et le reste est silence ou plutôt...

C'était plutôt une réponse ironique au vers de Verlaine : "Et tout le reste est littérature"



Mais je tiens à ma critique Kroâ, je compte sur toâ !...



En tout cas, tu as raison, ma chère et tendre Kroâ, cette tirade et notamment ce fragment :

Aimer, vivre ; vivre, aimer : là est l'unique clef de l'écrin du plaisir. Aimer en vivant et consacrer tout un pan de sa vie à une autre personne, la connaître par coeur et du fond du coeur, mais se méconnaître quand même. Ou vivre à aimer, n'ignorant pas les nécessités de son propre corps et l'insatiable soif de beauté de son esprit... Alors ? Aimer ? Vivre ? Moi, mon choix est tout fait. Imaginez-vous donc chercher l'Unique sans toutefois trouver toute sa vie et errer et errer après l'Amour... – Mais errer après l'Amour, c'est tenter de saisir une âme en plein vol, c'est chercher l'âme qui vibre dans le vide des immensités !... Ou chaircher, incessamment, dans les impatientes prémices, parfois se tromper, mais souvent frapper juste et plus qu'au centre... Seul parmi tous ou seul contre tous ?...

ressemble beaucoup à celle de Hamlet... Je trouvais que l'amour n'était pas une raison suffisante de Vivre, d'Etre. D'où la tirade.

Dernière modification par mozart62000 (26/11/2006 20:02)


L'innocence palmaire implorant les noirs cieux
 

#43 27/11/2006 16:06

bouba
3 message(s)
Sujets variés Poème : qu'en pensez-vous ?

Bonjour à vous ! Je viens de rejoindre cette discussion très intéressante.
J'aimerais me prononcer sur différents sujets quant à l'écriture de Godwin et/ou mozart62000 :
En ce qui concerne le premier débat, autour des poèmes, je pense que je me rangerais plutôt à l'avis d'Alain, quoi que je trouve ces verts très agréables au sons. Je ne souhaite pas rentrer dans les détails mais on ne peut qu'aprécier la musicalité des vers. Mais il est vrai que tout le champ lexial de l'âme, de la mort, etc, ça devient un peu lassant. Les thèmes également...
Je suis convaincue que Godwin a un talent certain pour les vers, pour l'écriture, mais qu'il ne s'est pas encore trouvé. Probablement un jeune étudiant sérieux et bien rangé, non ?
Cher Godwin, quel est le but de ces vers ? Simplement de plaire ? N'as-tu aucun message à passer à travers ces vers ? Cela me semble assez pauvre. C'est dommage.
En ce qui concerne les tirages de Mozart62000, on retrouve le même vocabulaire, la même musicalité et ce même manque de maturité.
Le thème de l'amour, ou de la fidélité, est un thème qui a été tiré en long, en large et en travers (bien que ce soit des thèmes inépuisables, j'en conviens) . Ce qui me gêne dans cette tirade à l'aspect plus que poétique ? Je a trouve vide et puérile. Inutile de se faire passer pour un vieux sage. Je doute que tu ais exploré la moitié des sentiments amoureux. A t'écouter, ou plutôt à te lire, j'ai l'impression de voir un préado qui ne sait pas s'il veut aimer ou se pavaner ! Bien sûr, là, je m'écarte du sujet.
Toujours est-il que je suis convaincue que Godwin et Mozart62000 ont du talent, une belle plume comme on dit. Seulement, vous l'utilisez à la seule façon de vouloir faire du beau, à voiloir faire du neuf avec de l'ancien. Mais le beau ne pourrait-il avoir un sens ? J'ai l'impression de lire un auteur classique, ou libertin, au choix, mais le sens en moins. Tout ce que ces écrits ont de moderne, c'est leur manque de sens.
Alors, Godwin et Mozart 62000, j'espère ne pas vous vexer, ce n'est pas mon objectif. Mais si je me permet de vous faire part de mon humble avis, c'est parce que le talent est là, mais il manque encore le plus important.

 

#44 27/11/2006 22:00

mozart62000
425 message(s)
Sujets variés Poème : qu'en pensez-vous ?

Salut Bouba,

Sache tout d'abord que je ne suis absolument pas vexé par tes critiques : je l'avais dit dès le début, je suis ouvert à toutes critiques (même si je ne suis qu'un préado...  ), négatives comme positives. Au contraire, nous (Godwin [où es-tu d'ailleurs ?] ET Moi) sommes contents d'obtenir des réponses, et de faire discuter.

Tu sais, Bouba, la poésie, et la littérature en général, n'existent pas que pour faire passer un message. Heureusement d'ailleurs ! Flaubert ne se réveillait pas le matin en se disant : "Tiens, quel message vais-je faire passer aujourd'hui ?...". Certes, je caricature légèrement, mais il ne faut pas résumer la littérature, et surtout LA POESIE, à un message, à un sens quelconque qu'elle ferait passer au détriment parfois (c'est votre attitude apparemment) de sa beauté, de son esthétique, de sa forme. Moi, je suis un sculpteur. Un musicien. Je ne crois pas qu'un poète soit un guide, un homme qui tient un rôle de sémanticien... Vous vous disez modernes, et cependant, vos affirmations sont hugoliennes.

Je ne peux pas réduire le poète, et l'écrivain, et l'artiste, à porte-parole. A vous écouter, les thèmes essentiels de l'existence sont lassants, et complètement taris. L'âme, c'est finalement l'un des questionnements principaux de l'Homme, non ? La poésie, c'est de l'âme en mot. Et les mots, des chairs de l'âme.

La poésie n'a pas forcément de finalité. Et c'est peut-être quand elle a commencé à exprimer des messages et à supporter des engagements qu'elle s'est peu à peu éteinte.

Je ne suis pas un romantique. Je suis un parnassien du XXIème siècle.    Et je pense que Godwin vous répondra la même chose... C'est vrai que ce qui m'intéresse c'est la musicalité du vers. C'est la fleur de ma poésie (car le théâtre peut être poétique, non ?). C'est ma finalité. Est-ce grave ?

Si vous aviez bien lu la tirade, vous auriez constater qu'elle est loin (mais vraiment loin) d'être "vide et puéril". D'ailleurs, une rectification : il ne faut pas me confondre avec mon personnage ! Je ne suis pas Don Juan. D'accord ?... Celui qui pourrait être puéril, ce n'est pas moi, c'est Don Juan - et c'est peut-être voulu. Mais vous ne pouvez savoir.

La parodie de Shakespeare.

Les jeux de mots :

sur toute mère
chaircher
l'omniprégnante
fins de l'été

Du Sully Prudhomme :

Quand l'amour est jeune et encore frémissant, qu'il commence à voir poindre sur sa chair les duvets voluptueux du violent frisson, l'homme n'a qu'un coeur faible et puissant, facile à briser, difficile à embraser... Puis le temps le rend de plus en plus sensible à la Beauté, et il pressent les premiers frissons comme des promesses d'insupportables jouissances, mais son unique coeur ne crie plus que pour une âme... Et, finalement, comme toujours, l'amour meurt, et l'ultime triste coeur désormais sensible à mourir à toutes les ineffables magnificences qui fugacent paisiblement ici-bas ne peut plus qu'expirer devant tant d'impossibilité !...

Rimbaud...

là est l'unique clef de l'écrin du plaisir.

Mozart, ou plutôt Da Ponte...

Vive la Liberté !...

, etc.

Mais après c'est peut-être ici une affaire de culture aussi.

Et encore nous n'avons pas encore parler de l'autre tirade, qui est une parodie des messes latines. C'est une messe de l'Amour. "Kyrie eleison, Christe eleison, Kyrie eleison. Gloria in excelssis Deo et..." !

Toujours est-il que je suis convaincue que Godwin et Mozart62000 ont du talent, une belle plume comme on dit. Seulement, vous l'utilisez à la seule façon de vouloir faire du beau, à voiloir faire du neuf avec de l'ancien.

Premièrement : merci pour le compliment. Vraiment. (Je parais quelque peu râleur mais c'est juste pour me défendre et susciter des réactions)
Deuxièmement : Faire du beau, n'est-ce pas déjà une réussite ? Sais-tu faire du Beau, Bouba ?... Et de toute façon, qu'est-ce que le Beau ? Là est la prouesse : que chacun aime un même texte. Shakespeare fait l'unanimité. Là est son génie.
Troisièmement : faire du neuf avec de l'ancien : là est l'objectif de toute parodie. Or, mon don Juan est une parodie, pire ! une réécriture. Mais avec des moyens modernes, même si l'écriture parait ancienne. Mais est-ce parce qu'une écriture apparaît ancienne qu'elle ne vaut plus rien ? Faut-il être résolument et absolument moderne ?... Qu'est-ce que la modernité ?


mais il manque encore le plus important.

Quoi donc ? Pour moi le plus important c'est ce que vous avez vu : la Musique !

Prima la musica, poi le parole.

 

#45 27/11/2006 22:52

Léah
10013 message(s)
Sujets variés Poème : qu'en pensez-vous ?

Poésie sans sens
Telle est son essence
Ça ! que je l'encense


Tenir un seul cheveu dans sa main.
Y parvenir.
 

#46 28/11/2006 23:10

mozart62000
425 message(s)
Sujets variés Poème : qu'en pensez-vous ?

Bonsoir à tous,

Lancez-moi donc un défi. Donnez-moi un sens. Et je lui donnerai une forme.

 

#47 28/11/2006 23:34

mozart62000
425 message(s)
Sujets variés Poème : qu'en pensez-vous ?

Sous un saule illuné
A l’orée d’un lac doré
Dort une fleur fanée
La fleur d’un cœur adoré
Qui pleure et
Dort
A jamais.

Je passai par ce saule
Impassible voyageur
Egaré je voyais au le-
-ver de la Lune les pleurs
De la fleur Mon épaule
De peur
Tremblait…

Les feuilles et les branches
Telles mes hanches et mes mains
Frémissaient La blanche
Traînée lunaire en maints
Faisceaux sur mon chemin
Passait.

Et je vis la Fleur
Le Saule et la Lune
Danser devant une
Mer de pleurs en dune
A fleur
De ma peau nue
Etoilée
De cœurs
Fanés.

Dans l’abattement de la chair
Quand, lourde d’exister,
Elle frappe le sol comme une pierre
Et creuse des éternités,

J’erre sans cesse déraciné
Et le rire qu’on me déchire
Est un rire amer et désolé :
Je ne vis que pour mourir.

Que me dites-vous de savourer le Temps alors que c’est lui qui me savoure
A peine un pas est-il fait que l’empreinte indélébile des heures passées le dévore
Que me dites-vous, spectateurs lassés, de caresser chaque seconde chaque minute chaque jour
Lorsque celui que l’on caresse est celui même qui nous recouvre de terre et nous endort… Pour toujours !

Je ne crois plus je ne parle plus je ne pense plus rien car
A quoi peuvent donc servir mes pensées et mes paroles et mes croyances
Si ce n’est peut-être à me rappeler qu’il y a eu un court instant un moment hagard
Où je fus où j’étais et où je n’y suis plus du tout ou alors une épaufrure de faïence…

La chair avec laquelle je joue l’éclat de rire qui me vient aux lèvres
L’air qui trotte dedans mon esprit ou encor la voix du fou qui tente de m’épauler
Et les larmes et les joies et les drames et les draps  et chaque soupir de chaque plèvre
Ah ! Tout n’est plus qu’un néant à l’égard du Temps qui me cloue à jamais !....

Et enfin, un extrait d'une nouvelle épistolaire que j'ai écrite dernièrement :

Journal (nocturne) de Elle

    L’Ignorance me pousse à ouvrir tes pages blanches de nuit, ô journal, ô preuves de mon humaine conscience, ô vertige de mon cœur ! J’ai des haut-le-corps. Je n’ai plus que la chair sur la main car je ne peux, je ne saurais être généreuse pour une main qui recouvre le jour et que je ne désire pas serrer, sinon pour l’étrangler et l’écarter de mon soleil le plus vite possible… Cette nuit incertaine me va droit aux yeux : car l’amour apprend aux âmes à penser, et qu’il n’y ait de pire lieu que la nuit solitaire pour apprendre l’amour, et donc pour penser. J’ai à cœur qu’il m’aime, puisque je suis comme un papillon qui s’en vient brûler incessamment à la prunelle de son cœur. Bridée d’inquiétudes, je suis donc toute rétinée d’amour. Je ne lui veux que du mien – et j’espère qu’il y mettra du sien… J’ai si peur d’être piégée par les rets de ses entrelacs délicats, qu’il passe un coup devant, et me laisse enlacer naïvement mon propre corps comme un rêve-cœur ! J’ai la chair d’âme à douter immensément : je me fends l’âme si facilement que je vais finir par la rendre… Mais j’ai des charmes dans la voix, et des larmes au cœur ; ainsi donc les égards qu’il semble me porter plus que tout au monde ne font qu’accroître innocemment mes égarements. Je ne suis plus que pâlepitations ; mais je ne sais si elles sont d’amour ou d’angoisse, car j’ai la gorge serrée autant que le cœur. Ô journal ! Aureiller de mes craintes, tu n’ignores pas que le feu le plus couvert est aussi le plus ardent ; sache qu’au moment même ou je m’apprête à en découvrir l’âtre, je réalise, vertigineusement, à quel point il n’est de pire amour que l’Impatience… Je cède aux avance des secondes enlassablement délicieuses : je gagne le cœur du jour battant l’aubade de ci, de là, bon gré, mal gré, du cou au cœur, je suis comme sur un orage. Nous ne pouvons ne pas nous aimer ! Nous filons l’amour par cœur !... Lorsque nos yeux font l’amour, l’Amour souffle alentour. Journal, je te le dis : ce n’est pas de l’amour, c’est de l’Orage. Je suis sûre de son âme et bientôt il sera sur la mienne. Faut-il connaître avant d’aimer ? Non, il faut aimer avant que de connaître. Je le connais par cœur à présent : et je bien être pendue au coup de la Nuit éternelle si je ne peux me suspendre à mourir au sien ; pas la peine de toucher la corde sensible pour s’astreindre à l’insensible : funambule amoureuse, je chemine une veine du cœur qui me palpite la route à suivre jusqu’aux rives d’amour. Que le jour se hâte ! Et qu’il fasse halte au zénith de notre rencontre… Et je refuse d’entendre les furies du Doute me susurrer à l’oreille, que mon cœur serait déserté si, par délinquance,  il me désertait ; ou que s’il n’était pas seul, je m’étiolerai et me laisserai pousser l’ivraie à l’orée de ma rousse culture… Non ! Je prends à corps de tordre le cœur de ces vaines furies : je ne manquerai pas de cœur, je serai tout regard, toute lèvre et toute passion… Cette nuit, je ne veux plus vivre d’amour et d’encre à peine fraîche : j’aimerai, journal !, à me rompre l’existence !

Encore des critiques, des critiques ! 

 

#48 03/12/2006 02:10

Kroâ
82 message(s)
Sujets variés Poème : qu'en pensez-vous ?

'tention, gros pavé, Kroâ a encore ouvert son large bec...

Chose due, Mozart62000... [Et, non, je ne suis pas "tendre" ! je vais être critique, je te préviens!]
 
Pour tes textes les plus anciens et ceux de Godwin, j'avoue que je me range du côté d'Alain : vos textes ont leurs qualités, mais se rapprochent de l'exercice de style - et d'ailleurs tu l'avoues toi-même pour tes propres textes... Je sais qu'autrefois, c'était un exercice en soi, l'imitation de tel ou tel auteur... C'est vague, j'ai pas le courage de chercher, mais je me souviens de Vallès maudissant ses maîtres qui lui imposaient des devoirs "à la manière de" -- en latin, en plus, si je ne m'abuse!... Je me demande - encore plus vague - si ça n'avait pas fait aussi hurler Rimbaud à la lune... Et lui aussi fut un Parnassien, mais pour les renier ensuite...

Cela dit, je trouve cette approche de l'écriture tout à fait légitime à la base, car obéissant à une réelle pulsion intérieure de l'artiste novice... voire de tout un chacun, jusque dans le règne animal : l'instinct d'imitation, de fusion avec un modèle... Je suis passée par là aussi !

Pour Godwin, je dirais qu'il tient qqch de bien, c'est le "souffle", la tension de la phrase qui retombe toujours sur ses pieds, même après une structure volontiers clivée : une vraie maîtrise de la parataxe. Mais la thématique et les champs lexicaux de l'antiquité, là... -> out!  (cf. plus bas)
Autre reproche : un maniérisme avec l'abus des consonances/allitérations... Disons que c'est l'éternel problème du procédé, tout est dans le dosage -- une vieille règle de "bon style" voulait que la trouvaille de mots par sons ressemblants soit la plus pauvre... Je pense qu'on peut s'y livrer, mais il faut qu'alors il y ait une justification esthétique profonde : associer des mots par consonance/allitération, c'est jouer avec leur enveloppe, il y a qqch de kabbalistique, et il ne faut pas se contenter de la juxtaposition -- il faut relier ces mots consonants entre eux, faire naître un sens nouveau, une direction nouvelle pour le poème. Sinon l'effet est gratuit, ça fait toc, kitsch : on reste sur la figure de style, et il n'y a rien après, ça n'emporte nulle part. Alors que la littérature, justement, ça doit être un courant,  ça doit poser des liens; et, plus globalement, ça doit être traversé par la langue des autres, ça doit se laisser traverser -- et non bloquer le flux, et non rester figé dans une esthétique ancienne.

  Pour Mozart : je salue ta 2de manière, sauf pour le Journal (nocturne) de Elle, même si j'aime beaucoup ce choix énonciatif. Les autres textes me plaisent davantage : en plus de belles trouvailles métaphoriques, le dépouillement du cadre les tire vers le symbolisme, un ascétisme élégant qui me plaît beaucoup. C'est une voix à laquelle on prête davantage attention, car elle-même semble plus à l'écoute : on y retrouve l'écho de notre propre époque - vocabulaire... et le vocabulaire rare s'y fait plus rare, justement...- et un antidote - les enjambements qui réaccentuent différemment les phrases se réappropriant ainsi l'espace et le temps... Bravo pour ceux-là, sincèrement!

Pour les textes de théâtre... Bon, je vais faire une remarque un peu bête, que m'inspirent aussi les textes de Godwin : j'ai l'impression que c'est le registre lyrique qui pose problème. Chez vous mais partout ailleurs aussi : je crois que le lyrisme est délicat à manier en ces temps de faux individualisme forcené (cf. la télé, et j'insiste : c'est un faux moi qui s'y expose).
   C'est un des défis esthétiques de notre époque : au cinéma, dans la photo, dans l'écriture, trouver un lyrisme approprié. Moi, je le sens comme intimiste, réaliste.
   Ou alors, s'il faut de l'excès, il faut la folie, la vraie folie, le truc dingue, très subversif.
Digression  : Je ne sais pas pourquoi mais je pense à un moment très précis d'un film de Scorsese, mal connu, Bringing out the dead (A Tombeau ouvert en vf), mais qui m'a profondément marquée par son lyrisme, justement : c'est la nuit, et suite à une scène de bagarre, un dealer dandy, haut en couleur, se retrouve suspendu dans le vide, mourant, transpercé par je ne sais plus quoi (il est plus ou moins empalé sur une grille qui menace en plus de se décrocher, je crois  ...);  le héros - un ambulancier - tente de le retenir, mais l'autre refuse de se laisser ramener et se lance dans un discours étrange, en pleine extase mystique (tout le film exploite la symbolique christique - cf le titre), c'est grotesque et sublime à la fois; et il meurt ainsi, cambré, renversé en arrière, les bras en croix, ravi - dans tous les sens du terme, donc - en contemplant les feux d'artifice du nouvel an qui illuminent prosaïquement la nuit de New York... Je me souviens m'être dit alors que le lyrisme (de qualité), pourtant si naturel, si nécessaire, qui m'avait tant comblée dans ce film, était devenu bien rare.

Prolongement  : C'est quoi le lyrisme ? A part ce "registre" au programme du lycée, sa définition, ses caractéristiques formelles ? Je me demande si, pour un auteur, un artiste, être lyrique n'est pas lié à un problème plus profond, en tant qu'expression du moi : quand, comment, pourquoi décider de se balancer à la tête des gens ? Le lyrisme, ce ne serait pas un genre de folie qui n'est permis que dans l'art/la littérature ? (essayez donc d'être lyrique au boulot... j'ai déjà vu des collègues "se lâcher"... ça fait des gorges chaudes chez les autres pendant plusieurs jours... Par contre, épique ou tragique, ça passe tout de suite mieux - qqpart entre le commentaire sportif et les reportages du 20h... Ces tonalités sont beaucoup plus familières, je trouve. Sans parler du comique, de l'ironique...) Je me demande s'il ne faut pas partir du fait que le lyrisme, c'est toujours insultant : "Qu'est-ce qui lui prend de se mettre en avant comme ça ? " Pour le faire "passer", il faut suggérer tout un contexte, tout un univers, par petites touches au moins, qui rendent ce lyrisme nécessaire, inévitable... Il faut que le lecteur ait envie d'y tomber - "Je est un autre" : on n'est jamais aussi autre qu'à la si lyrique 1ère personne, parce que c'est celle qui va devenir la voix du lecteur, la voix de l'autre...

Retour au sujet...  : Un texte littéraire, c'est un cri qui ne doit ni être un ordre ("aimez-moi!"), ni un cri d'intimidation ("allez-vous en!") ; il ne peut pas se contenter de sa petite musique, Mozart ; c'est un cri qui appelle, invite, supplie. Je pense qu'on ne peut invoquer l'esthétique d'une oeuvre qu'une fois que celle-ci a... oeuvré, si je puis dire, si elle a ému, touché, frappé; si elle a réussi à percer la carapace que chacun de nous a dû se forger. Quand qqch contourne ou même traverse, l'air de rien, tout notre attirail affectif et conceptuel, là on se dit : waouh! mais comment cela a-t-il été possible ? Quels mots ? Quelles idées ? Quelles structures ? etc. Et l'écrivain, s'il veut parvenir à ce résultat, devrait commencer par là : éprouver le besoin de passer cette défense - l'amour, la haine, le désespoir, que sais-je ? En tout cas, il ne peut pas tricher. On n'écrira rien de bon si c'est pour faire joli : "l'art pour l'art", je n'y crois pas une seconde. Les Parnassiens eux-même ne tombaient pas du ciel et leur formule doit être replacée dans son contexte : il y avait l'idéalisme, le positivisme de leur époque qui justifiaient cette recherche formelle. Ils avaient qqs comptes à régler avec le romantisme dont ils étaient eux-même issus. En tout cas, le résultat était là :  Leconte de Lisle et sa clique ont écrit comme on n'avait jamais écrit jusqu'alors, ils étaient modernes. Je ne comprends pas votre entêtement, Mozart et Godwin, à vouloir écrire comme eux aujourd'hui. C'était l'air que l'on respirait à leur époque. C'était lui qui désarmait, portait l'espoir et la révolte. Mais aujourd'hui, non. C'est un Paradis perdu -->out(bis)!! (A cet égard, Leah, je crois que tu te contredis : dans un sujet, tu as défendu, si je me souviens bien, l'art contemporain - les musiques sérielles, dodécaphoniques que qqn avait traitées de hideuses- en rappelant les crises du XXe s. qui ont bouleversé notre vision de l'homme et du monde; pourquoi ici dénigrer les "enjeux actuels" dont Alain aurait voulu trouver des échos dans ces poèmes ? Les Romantiques aussi étaient des jeunes gens désespérés, dans une France ballotée entre des valeurs sans cesse changeantes et contradictoires, sans "référents absolus" -- cf le texte d'anthologie de Musset, sur l'origine du "mal du siècle" -- après les crises révolutionnaires et napoléoniennes... Bon, eh bien ils ne se sont pas mis à écrire comme Agrippa d'Aubigné ou Bossuet.)

Voilà, c'est assez brumeux aujourd'hui, je le reconnais, et je n'ai pas décortiqué vers par vers, phrases par phrases, parce que je crois que le problème n'est pas là, c'est tout. Votre langue est belle, les garçons, y a pas de doute; c'est ce que vous recherchiez, donc c'est très bien. Mais il y a un palier à franchir désormais.

Patience. Lisez aussi des poètes modernes, même étrangers. L'un d'entre eux offre sûrement une voix qui vous servira de guide, une voix-soeur, qui semblera vous avoir appelé depuis toujours, celle qui semblera être la vôtre telle que vous n'avez jamais pu l'articuler, ou si maladroitement. Vous vous sentirez alors comme des enfants balbutiant - l'in-fans; vous aurez l'impression de n'avoir jamais parlé vraiment avant que de découvrir cette voix-là. J'ai eu ce choc avec Paul Celan, il y a six ans. Voilà. Je suis fatiguée, là.
  Moi, je voudrais bien avoir des cours pour écrire des messages courts...

Bon dimanche.

P.-S. : J'en remets une couche! Une voix, c'est pour appeler. Pour appeler, il faut à la fois s'identifier et identifier l'autre. Etre en prise avec l'ici et le maintenant. C'est une quête, c'est pas du tout cuit. Et ne me dites pas que vous écrivez pour vous-même ou je ne sais quoi. Si vous les avez postés ici, en demandant un avis, c'est que vos textes sont bel et bien pour le public, et vous avez envie de savoir ce qui pourrait l'intéresser. Et ça, grandir en public, c'est courageux et c'est très instructif.

P.-P.-S. : ... Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute ?

 

#49 09/12/2006 13:30

mozart62000
425 message(s)
Sujets variés Poème : qu'en pensez-vous ?

:cnoel: Allez, encore un quand même...

La Flûte

Le ciel scintillait une lune,
La nuit noire noyait les nues,
Et le silence sur la hune
Murmurait d'amour un chant nu.

Ravissante félicité !
L'écho, sur l'onde palpitante,
Respire, haletant, l'éte -
-Rnité sereine et lancinante.

Et tel une lèvre légère
Dévotement lovée sous la
Nuit, l'horizon ravi, serré
Tout contre le coeur de l'écla-

-Tante Nature, sous nos pas,
S'élève, et s'incline, et se perd,
Sublime soumission impas-
-Sible, solennelle et sévère,

Sur laquelle nous errons, seuls,
Une flûte à la main, l'Espoir
A la bouche, et jetant au ciel :
_ Une plume dans le chant de l'Histoire.

 

#50 14/12/2006 18:51

Matrix22
71 message(s)
Sujets variés Poème : qu'en pensez-vous ?

Je comprends rien du tout en lisant tes poèmes. QUEDAL!