n° 1lundi 17 novembre 2008 à 18 h 34

JiMorrison
20 message(s)
Un poème doit-il être décortiqué ou doit-il nous permettre de plonger dans le monde des émotions ?

Un poème est-il fait pour être décortiqué ou tout simplement nous permettre de plonger dans le monde intensément subjectif des émotions?

Il n'y pas une interprétation à chaque mot comme certains veulent le montrer ... Ainsi les commentaires fournis ne sont-il pas parfois exagérés ? Un poème n'est-il pas fait pour être déguster plutôt que commenter en détails qui deviennent à la fin surabondant et parfois faux ..

n° 2lundi 17 novembre 2008 à 22 h 07

Josephaydn
3 message(s)
Un poème doit-il être décortiqué ou doit-il nous permettre de plonger dans le monde des émotions ?

Bonsoir,

à cette question, il est préférable de savoir de quel poète et de quelle poésie vous voulez parlez.

Si nous lisons de la poésie savante, il semble nécessaire d'en donner une analyse afin de la comprendre.

Quant au problème de l'émotion, c'est comme en musique, on est certainement pas des bêtes analytiques, on peut donc très bien analyser Mozart après s'en être laissé débordé, sans réfléchir à ses partitions, mais en analysant ses partitions justement, on apprends à le connaître un peu mieux. La chose est semblable en poésie me semble t-il.

Bien à vous.

n° 3dimanche 30 novembre 2008 à 14 h 35

poudre_de_perlimpinpin
74 message(s)
Un poème doit-il être décortiqué ou doit-il nous permettre de plonger dans le monde des émotions ?

Je suis d'accord avec JiMorrison, la poésie devrait rester dans une sorte de flou artistique... Le propre d'un grand poète, pour moi, ce n'est pas d'accumuler les oxymores (n'est-ce pas, mon cher Pétrarque?), mais plutôt de rendre des impressions, des sensations.
A propos, JiMorrison, as-tu lu les poèmes de ... Jim Morrison?


Montjoie! Sainte Geneviève!

n° 4dimanche 30 novembre 2008 à 14 h 50

76man
1237 message(s)
Un poème doit-il être décortiqué ou doit-il nous permettre de plonger dans le monde des émotions ?

Je ne pense pas que l'on puisse comprendre la poésie sans l'analyser. On ressent la poésie quand elle n'est pas analysée, on la comprend quand elle l'est. Prenons l'exemple de la poésie bucolique du XVIe : bien malin celui qui la comprend sans l'analyser; le mouvement parnassien, qui accorde la suprématie à la forme; la poésie moderne de Baudelaire... Les exemples sont nombreux et édifiants; la poésie est avant tout une expression lyrique au moyen d'un travail formel considérable. Ne pas s'occuper de la forme serait une bêtise. Et puis l'analyse expose ce que le poète veut faire ressentir.

Édité par 76man (dimanche 30 novembre 2008 à 14 h 50)


"Nul n'a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l'enfer." Antonin Artaud

n° 5jeudi 29 janvier 2009 à 18 h 18

Le Sphinx
124 message(s)
Un poème doit-il être décortiqué ou doit-il nous permettre de plonger dans le monde des émotions ?

Bonjour,

Je ne pense pas que l'on puisse comprendre la poésie sans l'analyser.

Tout ce raisonnement, qui n'est pas seulement le tiens mais aussi celui d'une large part de la critique, pose pourtant problème parce qu'il postule, sans le dire, que le poème est un objet imparfait, qui nécessite, pour être compris – d'une certaine façon – une prothèse : un discours secondaire, qui vienne se coller au discours premier du poème afin d'en évacuer l'obscurité.

Or on peut aussi considérer, comme une partie plus faible, mais non moins existante et productive de la critique, que le poème, comme n'importe quelle oeuvre littéraire ou oeuvre d'art, est une forme parfaite, achevée, et qu'il dit quelque chose qui ne peut être dit autrement – et là, pour le coup, on oublie pas la forme, puisqu'on considère qu'on ne peut redire la chose sans la déformer.
Un poème n'est pas un message codé, un jeu pour intellectuels qui vont s'amuser à décomposer et à reformer tout ça pour voir ce que ça dit. Un poème a son système propre de signifiance. L'analyser, dans le sens de vouloir redire d'une façon différente – compréhensible – ce qu'il dit – mal, sans doute, puisqu'il faut redire – c'est forcément opérer une sélection, et donc briser ce système. Et souvent, il s'agira de trouver un sens caché, qu'on tirera en considérant qu'il est indépendant d'autres modes de signifiance dont on se passe, et notamment du rythme.

Une position anti-décorticage ne refuse pas la critique. Je ne réponds donc pas : "nous permettre de plonger dans le monde des émotions", comme si refuser de décortiquer ne permettait plus que ça, comme si l'émotion était antinomique de la réflexion. Simplement, parler d'un poème, se laisser habiter par un poème, élaborer une réflexion à partir de lui, ce n'est pas forcément l'analyser – le redire, le refaire, lui créer une prothèse, comme on apprend au lycée et encore dans beaucoup de cours du supérieur. La critique peut aussi s'attacher à montrer ce qui s'engage avec l'oeuvre, à mettre en évidence son système, à explorer les processus infinis de signifiance qui s'élabore en-elle.


la poésie est avant tout une expression lyrique au moyen d'un travail formel considérable.

Toute poésie n'est pas lyrique. Il y a même des poètes contre le lyrisme.
Aussi, "au moyen de" indique une distinction entre forme et contenu tout à fait contestable. Avec Rimbaud, par exemple, c'est la forme qui dit et non le dire qui se coule dans la forme : il s'agissait pour lui "d'inventer l'inconnu" au moyen de "formes nouvelles". Tout est dit...

Édité par Le Sphinx (jeudi 29 janvier 2009 à 18 h 25)

n° 6jeudi 29 janvier 2009 à 18 h 35

Trialph
519 message(s)
Un poème doit-il être décortiqué ou doit-il nous permettre de plonger dans le monde des émotions ?

Bonjour,

magnifique réponse que celle du Sphinx, et à laquelle j'adhère complètement. L'analyse ne fait pour moi qu'expliciter et décomposer ce qui est ressenti dans sa globalité à la lecture du poème. Raison pour laquelle d'ailleurs une bonne analyse ne commence pas par une recherche frénétique de figures de style, mais par l'interrogation de ses propres impressions de lecteur.
Quand, pour diverses raisons (objectives, comme l'historicité ou l'exotisme, ou subjectives —on n'aime pas tous les écrivains, tout comme on n'aime pas tous les gens qu'on rencontre), on reste insensible à un texte, l'analyse peut être une voie pour parvenir à l'apprécier : la compréhension rationnelle peut conduire à la compréhension intuitive.

Pour répondre aux premiers messages, aucun poète ne se pose devant sa page blanche en se disant "oh tiens, dis donc, je vais utiliser des oxymores!". Le poète cherche bien à faire ressentir des impressions, que lui-même sans doute ne saurait exactement formuler. Et comme il maîtrise parfaitement la langue, son outil de travail, il génère ces procédés rhétoriques qui permettent de donner cette impression. De la même façon, un musicien qui improvise ne se dit pas "je vais mettre cette note après celle-ci, ça fera tel effet", il le fait naturellement en sentant que l'effet sera le bon.

Une question au Sphinx :
Je ne vois pas trop en quoi "La critique [qui] peut aussi s'attacher à montrer ce qui s'engage avec l'oeuvre, à mettre en évidence son système, à explorer les processus infinis de signifiance qui s'élabore en-elle." se différencie de celle qui analyse l'œuvre. Toute critique, quelle qu'elle soit, reste un discours secondaire qui vient se greffer sur l'œuvre. Les critiques ne sont que des commentateurs. À quelle sorte de critique pensez-vous donc?

n° 7jeudi 02 avril 2009 à 21 h 43

Mistinguette17
13 message(s)
Un poème doit-il être décortiqué ou doit-il nous permettre de plonger dans le monde des émotions ?

En ce qui me concerne, je trouve que JiMorrison n'a pas tort.

Moi qui a-dore la poésie, et plus particulièrement la poésie romantique et surréaliste, je suis assez frustrée de voir un poème qui continue de vous faire vibrer d'émotion toute la journée, soit par sa beauté, soit par son expression, sa forme, son style, soit encore par son contenu, décortiqué comme un haricot. Quand on étudie en classe la poésie, on analyse toujours chaque consonne, chaque virgule, chaque accent circonflexe dans la certitude vaniteuse de trouver une petite note extravagante et sublime à laquelle le poète lui-même n'aurait certainement jamais songé - quoiqu'en dise nos chers professeurs. C'est vrai que c'est tellement tiré par les cheveux parfois que l'on en vient presque à en être écœuré. Et bien que loin de moi l'idée de ne plus vouloir étudier la poésie à l'école, je pense quand même qu'il faudrait toutefois veiller à ne pas en faire trop et donner le tourni aux élèves plutôt que l'envie de lire pour leur propre plaisir.


"Chaque atome de silence est la chance d'un fruit mûr" - Paul Valéry

n° 8samedi 04 avril 2009 à 09 h 48

Marisia
7 message(s)
Un poème doit-il être décortiqué ou doit-il nous permettre de plonger dans le monde des émotions ?

Difficile de comprendre certains poèmes sans analyses !Cela va de soi.!!!!!!!!!!!!!!!!!!!j'ensuis convaincue.

n° 9samedi 04 avril 2009 à 10 h 37

76man
1237 message(s)
Un poème doit-il être décortiqué ou doit-il nous permettre de plonger dans le monde des émotions ?

Marisia a écrit :

Difficile de comprendre certains poèmes sans analyses !Cela va de soi.!!!!!!!!!!!!!!!!!!!j'en suis convaincue.

Merci. C'est ce que je disais dans mon message précédent. Certains poèmes sont incompréhensibles sans analyse ou sans connaissance extérieure. Qui peut comprendre "Le Saule" de Musset sans savoir qu'il fait allusion à la "Romance du Saule" dans Otello de Rossini? Et comme je le disais, certains poèmes de la veine bucolique du XVIe sont aujourd'hui incompréhensibles (les jeux de sonorité sur les rets renvoyant à la Maréchale de Retz dans un poème d'Isaac Habert). Alors un poème peut être parfois un absolu, mais pas toujours.

n° 10vendredi 10 avril 2009 à 12 h 11

MeggySue
Un poème doit-il être décortiqué ou doit-il nous permettre de plonger dans le monde des émotions ?

Quel dommage de vouloir à tout prix "comprendre" la poésie, alors que celle ci justement s'adresse à notre sensibilité, au rêve, à la création d'images.
je pense que lorsqu'on lit un poème, il faut se laisser emporter par les mots, la musique, les métaphores, les sonorités.
j'ai beau être en filière littéraire, l'analyse de poèmes me laisse souvent bien froide. j'avoue que vouloir déceler un sens pour tout et n'importe quoi a franchement tendance à m'agacer en poésie, d'autant plus que c'est suovent en poésie qu'on trouve des interprétations vraiment tordues. les pires étant à mon avis celles des critiques qui au final me gâchent le plaisir de la lecture. d'ailleurs, c'est drôle, de manière générale, j'ai l'impression que la pédanterie est l'apanage des critiques français qui se plaisent à employer d'atroces néologismes à tort et à travers, ce que, étrangement, je ne trouve pas chez les critiques anglais.

un exemple: une normalienne (donc a priori quelqu'un avec un semblant d'intelligence) que j'ai vue en conférence et qui parle d'oxymorisation, de métaphorisation, de fil qui s'effiloche à propos des Chimères de Nerval. mais enfin, ces mots ne sont même pas dans le dictionnaire!!

cela dit, la poésie est selon moi particulièrement apte à susciter le rêve. pourquoi donc lui attribuer une essence fixe et immuable? après, je reconnais qu'il y a des poètes qui me laissent totalement hermétique, parce que ça ne me touche pas  comme Larkin ou Mallarmé. mais parfois un déclic s'opère, ça a été le cas avec Roubaud que j'ai apprécié après l'avoir entendu lire un de ses poèmes avec une émotion que je n'avais jamais entendue jusqu'alors.

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