n° 1 mardi 11 novembre 2008 à 14 h 40

anathanu
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 Racine, Athalie, acte V, scène 6

Bonjour à tous.
En ce beau mardi férié je me retrouve à rédiger un commentaire sur un passage d'Athalie, plus particulièrement l'acte V scène 6 dans la tirade d'Athalie de: "Dieu des Juifs" à "Jézabel":

ATHALIE
Dieu des Juifs, tu l'emportes !
Oui, c'est Joas ; je cherche en vain à me tromper.
Je reconnais l'endroit où je le fis frapper ;
Je vois d'Okosias et le port et le geste.
Tout me retrace enfin un sang que je déteste.
David, David triomphe : Achab seul est détruit.
Impitoyable Dieu, toi seul as tout conduit.
C'est toi qui, me flattant d'une vengeance aisée,
M'a vingt fois en un jour à moi-même opposée,
Tantôt pour un enfant excitant mes remords,
Tantôt m'éblouissant de tes riches trésors
Que j'ai craint de livrer aux flammes, au pillage.
Qu'il règne donc ce fils, ton soin et ton ouvrage ;
Et que, pour signaler son empire nouveau,
On lui fasse en mon sein enfoncer le couteau !
Voici ce qu'en mourant lui souhaite sa mère :
Que dis-je, souhaiter ! Je me flatte, j'espère
Qu'indocile à ton joug, fatigué de ta loi,
Fidèle au sang d'Achab qu'il a reçu de moi,
Conforme à son aïeul, à son père semblable,
On verra de David l'héritier détestable
Abolir tes honneurs, profaner ton autel,
Et venger Athalie, Achab et Jézabel.

J'ai une idée pour mon principal axe d'étude, et ma problématique
partirait du problème récurant que les auteurs du 17ème ont lorsqu'ils font intervenir une divinité. En introduction, peut-être pourrais-je commencer par citer Boileau dans son art poétique qui explique: "jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable: le vrai peut quelque fois n'être pas vraisemblable."? Mais je ne suis pas sur si cet extrait se rapporte à l'interdiction de nommer "l'innommable". Bref voici mon ébauche de problématique:
Comment Racine arrive-t'il à faire intervenir l'ordre divin par le personnage d'Athalie, vaincue par les puissances invisibles?
Je ne sais pas si Racine a voulu ajouter une part de son point de vue janséniste dans cette fin d'Athalie comme il l'a fait pour Néron dans Cinna: les hommes sont voués au pêché et à un destin tragique, et seul Dieu décide du destin des hommes avec la Grâce. Si c'est le cas, pourrais-je le rajouter à mon commentaire?
Je pourrais ainsi évoquer l'impuissance d'Athalie qui s'est battu tout au long face aux divinités?

Alors, pensez-vous que ce serait un bon départ pour un commentaire? Pouvons-nous en discuter?

Merci d'avance,

Dernière modification par anathanu (mardi 11 novembre 2008 à 14 h 56)

 

n° 2 mardi 11 novembre 2008 à 15 h 54

Jean-Luc
3504 message(s)
 Racine, Athalie, acte V, scène 6

Bonjour Anathanu,

Regarde d'abord cette fiche du site ici.

Je crois que le projecteur est braqué plus sur Athalie que sur le Dieu caché.

La problématique serait plutôt le face-à-face tragique entre Athalie et son Dieu (paradoxal dans un monologue) qui révèle une reine révoltée et impénitente.


Jean-Luc    "Il n'y a jamais nulle part où aller qu'en dedans." Doris Lessing :)
 

n° 3 mardi 11 novembre 2008 à 16 h 24

anathanu
3 message(s)
 Racine, Athalie, acte V, scène 6

Oui c'est vrai vous avez raison, plus j'avance dans l'élaboration de mon plan plus je me rend compte que cette problématique ne répond pas à mes axes d'études. Je me plongerais volontiers dans votre idée, qui répond elle à mon plan (les trois parties se portants sur Athalie et ses rapports avec son Dieu). Mais ils y a quelque chose, une piste que notre professeur nous a donné et que je n'arrive pas à interpréter dans mon introduction:

Il y a une situation récurente, un problème récurent avec la mort des personnages dans les denouements de tragédies classiques, mais dans Athalie, Racine fait différement.

Je suis consciente que les interventions divines décident du destin des personnages, comme dans Dom Juan, ou même touchent certain personnages par la grâce, mais je ne vois pas le "problème récurent" de ces pièces face à cela, et comment dans Athalie Racine a fait differement. C'est en lisant cet article que vous m'avez conseiller que j'ai supposé que dans les tragédies du 17e, il était interdit de nommer l'innommable, l'ordre divin. J'ai cru que c'était cela le problème récurent, mais de voir l'apparition de la Mort dans Dom Juan sur scène, ou même prononcer "Dieu" dans d'autres pièces, ça me fait changer d'avis.

Je me retrouve donc au même point, il ya quelque chose que je discerne mal dans les propos de mon professeur. Avez-vous une idée?

 

n° 4 mardi 11 novembre 2008 à 18 h 00

Jean-Luc
3504 message(s)
 Racine, Athalie, acte V, scène 6

Bonsoir Anathanu,

Il est difficile de deviner la pensée de ton professeur. Peut-être s'agit-il de la tradition antique de l'hybris, de l'orgueil, de la démesure que les dieux punissent par l'aveuglement des héros. Chez Racine, cet aveuglement est traduit par la toute-puissance des passions qui conduisent les personnages tragiques vers leur destin. Athalie se distingue des autres personnages raciniens par une lucidité étonnante avant le dénouement fatal, bien qu'elle persiste dans le mal en dépit des lumières de son intelligence. Ainsi a-t-on pu voir en elle une forme de la damnation.

Dernière modification par Jean-Luc (mardi 11 novembre 2008 à 18 h 03)

 

n° 5 mercredi 12 novembre 2008 à 14 h 06

anathanu
3 message(s)
 Racine, Athalie, acte V, scène 6

Merci bien cela va m'aider. Il y a un vers que je ne comprends pas:

"Je reconnais l'endroit où je le fis frapper."

C'est le "je le fis frapper" qui me gène. Je n'ai pas d'explications qui tienne la route.

Sinon voilà mon plan:

I) La résignation d'Athalie
1)un retournement de situation
2)la fureur de la reine

II)Un face à face tragique avec son Dieu
1)La trahison du Ciel
2) une femme divisée

III)La blasphème d'Athalie
1)montre sa lucidité
2)montre son impénitence.

Voilà
Je tiens à préciser que je ne suis franchement pas inspirée par ce texte, et que je vais galérer pour rédiger quelque chose qui à la base n'est franchement pas brillant.

Et aussi: est ce que le terme de "blasphémation" convient , ou devrais-je utiliser "prophétie" ou un autre terme?

Merci bien,

 

n° 6 mercredi 12 novembre 2008 à 15 h 38

Jean-Luc
3504 message(s)
 Racine, Athalie, acte V, scène 6

Bonjour Anathanu,

"Je reconnais l'endroit où je le fis frapper."
C'est une allusion à la tentative de meurtre sur son petit-fils.

La mort d’Ochozias (887) n’avait laissé que des enfants mineurs, dont la phénicienne Athalie était la tutrice [... Elle] voulait substituer sa propre dynastie à la dynastie de David. Elle fit égorger tous les enfants d’Ochozias, qui étaient ses petits-fils, et elle eut le pouvoir pendant six années (887-881), le dieu Baal ayant supplanté Jéhovah dans le temple de Jérusalem.

Je ne dirais pas "La trahison du Ciel" mais plutôt "la ruse du Ciel".

Seul le terme le blasphème existe et tu peux parler de la prophétie blasphématoire finale.
Note que c'est peut-être une vengeance posthume ou une transmission héréditaire. En tous cas, Athalie est un instrument entre les mains de Dieu tout en conservant son caractère impie et volcanique. La pièce réfléchit sur ce mystère de la Providence et du respect de la liberté individuelle. Malgré les prises de position des individus, les desseins de Dieu s'accomplissent. Dans la pièce (qui reprend un épisode biblique), il faut que la lignée terrestre du Christ (arbre de Jessé et de David) ne soit pas interrompue.

Dernière modification par Jean-Luc (mercredi 12 novembre 2008 à 15 h 51)