n° 1vendredi 07 novembre 2008 à 21 h 21

Alph
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Un barbare dans la biblio...

"J'ai dit que si chacun se constituait sa petite bibliothèque alexandrine, chacun devait aussi, à un moment donné, être le barbare qui l'incendiait." P. Boulez

Que pensez-vous de ce conseil? Comment l'entendez-vous? Et quel effet vous fait-il personnellement?


Je suis roi, la raison est mon fou.

n° 2vendredi 07 novembre 2008 à 23 h 52

Portia
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Un barbare dans la biblio...

Bonsoir

Quelqu'un qui rêve d'être créateur approfondit le domaine des oeuvres qu'il révère mais l'admiration le paralyse, il se sent tout petit.  Le rêve peut l'occuper longtemps .  Pour passer à l'action il faut à un  moment crucial,  se vouloir barbare,  brûler ce qu'on  a adoré,  délaisser ses maîtres,  les renier même un temps en les reléguant aux oubliettes  pour naître une deuxième fois,  libre de créer sans entraves .

C'est mon interprétation de la phrase de Boulez.   Je dirais que la première phase est sans doute assez classique.  Je me souviens que Virginia Woolf disait que lire Proust la décourageait d'écrire.  A un moment donné elle a surmonté ce sentiment.
L'histoire du barbare me parait un peu excessive, une sorte de métaphore pour marquer l'éblouissement du créateur devant son oeuvre au moment où il amorce une révolution artistique.   En fait  ce n'est pas vraiment un barbare car, à ce stade, le créateur a tellement bien assimilé ce que le passé lui a apporté que  ce passé fait partie de lui.

Édité par Portia (samedi 08 novembre 2008 à 09 h 06)

n° 3samedi 08 novembre 2008 à 12 h 46

Putakli
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Un barbare dans la biblio...

D'abord, il y a forcément du contexte. Ce contexte manque d'autant plus que la phrase semble s'y référer. Elle est présentée non comme une phrase qui dit, mais comme une phrase qui répète.
Est-ce que c'est une répétition d'insistance ou un rappel qui corrige une erreur d'interprétation ? Précédemment, il a du y avoir un interlocuteur qui disait quoi ? Et ensuite un autre interlocuteur qui a cité l'auteur et il reprend cet interlocuteur en complétant sa citation. Et puis enfin il y a un passant qui extrait la phrase de la conversation et l'emporte comme un voleur.
Que voulez-vous que je fasse d'un phrase qui a un tel acte de naissance ? Si je la regarde comme on me la montre, je vois d'abord qu'on pourrait supprimer "petite" et "alexandrine". Mais si la bibliothèque est alexandrine, alors elle n'est pas petite et si elle est petite, elle n'est pas alexandrine. C'est peut-être un biais pour critiquer une culture personnelle qui isolerait.
Mais on peut parler plus simplement.


Préservez-moi de mes amis; mes ennemis, je m'en charge.

n° 4samedi 08 novembre 2008 à 13 h 20

Jehan
5721 message(s)
Un barbare dans la biblio...

Bonjour.

Si on supprime "petite" et "alexandrine", la phrase devient plate.
Je pense que la métaphore ne porte pas tant sur la taille originelle de la bibliothèque d'Alexandrie, mais sur la qualité des ouvrages et sur leur intérêt, et surtout sur le fait qu'elle ait été détruite par incendie . La taille de notre "petite bibliothèque alexandrine" dépend de nos moyens, sa teneur dépend de nos goûts et de nos centres d'intérêt, de ce qui nous passionne, de ce que nous considérons précieux et indispensable. Et l'allusion à l'incendie reprise par l'adjectif "alexandrine", c'est me semble-t-il la capacité de faire table rase (comme le barbare Attila après qui une nouvelle herbe repoussera) de nos goûts antérieurs, de nos intérêts antérieurs, de nos conceptions. Mais peut-être que je me trompe. Je ne suis pas coutumier des exégèses littéraires...

Édité par Jehan (samedi 08 novembre 2008 à 13 h 22)

n° 5samedi 08 novembre 2008 à 14 h 02

Alph
419 message(s)
Un barbare dans la biblio...

Je ne crois pas le contexte nécessaire. Je pense que c'est une posture de prendre les choses au premier degré. Portia et Jehan, sans connaissance du contexte, en ont donné l'interprétation qui semble la plus évidente, parce qu'elle est dans l'air du temps.
Mais tu verras, Putakli, qu'avec le contexte, rien ne change et tout change à la fois, sans qu'on puisse dire avec certitude ce qu'il a voulu dire. Boulez a été invité à constituer lui-même sa propre exposition, composée d'œuvres qui l'ont marqué. Notamment des tableaux. Mais Boulez dit par ailleurs haïr le souvenir. Il pense que si la culture "offre un confort séduisant, il faut savoir s'en délester". Sa démarche est donc ambiguë: il accepte le plaisir de l'exposition dans un musée, mais ajoute qu'il faut pouvoir l'incendier.

Dali demandait à Cocteau ce qu'il sauverait si le Louvre brûlait. Celui a répondu: "le feu". On ne sait pas s'il faut le prendre au sens littéral ou si c'était une boutade. Ce qui importe, c'est ce qu'on en fait, nous.

n° 6samedi 08 novembre 2008 à 23 h 47

Putakli
1207 message(s)
Un barbare dans la biblio...

Boulez,  pris pour un dieu, qui prononcerait des phrases d'autant plus profondes (au sens de creux), qu'elles seraient plus vides, est garanti (SGDG) parce qu'il a une "oreille absolue".

Cela existe à toute époque. Quelquefois, c'est l'oreille absolue Boulez), d'autres, c'est la vérité absolue (le Pape), d'autres fois, c'est le Génie (Hugo), et nous avons toujours la même histoire. Hugo est un "écho sonore"
"Et nous nous regardions tous deux fixement,
Elle qui brille et moi qui souffre"
("Paroles sur la dune", et il s'agit de la lune)

Un violoniste a sa caisse de résonance sur l'épaule, un chef d'orchestre a sa caisse de résonance dans la salle, un orateur a sa caisse de résonance dans son auditoire, homme politique a sa caisse de résonance dans son pays, un religieux a sa caisse de résonance dans ses fidèles, un maître a sa caisse de résonance dans ses esclaves, et un philosophe a sa caisse de résonance dans son imagination individuelle et portative.

Tout ceci relève d'un pseudo-dialogue fermé entre l'auteur et sa caisse de résonance, qu'Alph qualifie très bien: la résonance avec "l'air du temps". Cet "air du temps" résonne tantôt au rugby, tantôt à l'obama dans les médias. Je ne pense pas devoir attendre très longtemps la musique qui fera un "tube" sur trois notes: o-ba-ma, car lorsque quelque chose fait écho, c'est que "l'air du temps" le transmet et le répercute.

Michel Foucault a fait un article de l'idée banale qu'un auteur est quelqu'un qui consulte "l'air du temps", y cueille un bouquet qu'il relance dans "l'air du temps". Les résonances se gonflent mutuellement, s'amplifient, deviennent solennelles, se scandent, et gonflent l'auteur qui se met à resplendir.

C'est effectivement une posture: celle de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf.

Édité par Putakli (samedi 08 novembre 2008 à 23 h 49)

n° 7dimanche 09 novembre 2008 à 00 h 32

Alph
419 message(s)
Un barbare dans la biblio...

Sans le vouloir, tu m'as éclairé sur mes intentions plus que sur les différents sens possibles de cette phrase. Ce pseudo-dialogue fermé, cette caisse de résonance... En vérité, j'ai laissé cette phrase pour consulter l'air du temps... et Boulez dans cette affaire? Un symptôme de l'air du temps.

n° 8dimanche 09 novembre 2008 à 12 h 28

Putakli
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Un barbare dans la biblio...

Alph a écrit:

Dali demandait à Cocteau ce qu'il sauverait si le Louvre brûlait. Celui a répondu: "le feu". On ne sait pas s'il faut le prendre au sens littéral ou si c'était une boutade. Ce qui importe, c'est ce qu'on en fait, nous.

Répondre "le feu", plutôt que "rien", puis la collusion entre le "on" et le "nous", correspond bien à une hypothèse que je cherche à valider ou à invalider. Finalement, ce qui importerait serait, peut-être, ce qu'on fait de nous. D'où deux pistes:
1 - C'est de "nous" qu'il s'agit, plutôt que de la vérité, du bien, de l'action, ou même du droit car j'ai entendu un juge me déclarer en pleine audience: "L'unité de comportement est louable, fut-ce dans l'erreur" à propos de 2 caisses de retraite qui avaient "interprété" la loi, pourtant très claire, de façon différente, celle qui appliquait la loi ayant ensuite révisé son comportement pour l'aligner sur celle qui était dans l'erreur.
Pour tester l'hypothèse, je pense à ce que le président et le vice-président des Etats-Unis ne prennent jamais le même avion pour ne pas périr tous les deux dans un même accident, tandis qu'au contraire pendant le bombardement de Mayenne que j'ai subi enfant (le tiers de la ville détruit en 12 minutes), tandis que l'on sentait la maison osciller, mon père avait regroupé la famille debout sur 1m2, dans l'intention contraire.
2 - Et si cette hypothèse est bien la bonne, la réponse de Cocteau, émise sous forme de boutade, pourrait lui emprunter une partie de sa signification énigmatique masquée, ce qui serait de bonne poésie, et particulièrement de poésie "manière Cocteau" (jeu imagé de masques).
3 - Si cette question m'intrigue, c'est parce qu'elle a de très nombreux prolongements, par exemple:
- le bouc émissaire (pour sauver le "nous"), et je n'ai gagné le procès que j'ai cité que quand il ont pu trouver un fautif extérieur (en dehors du "nous" au tribunal)
- la différence de mentalité entre la doxa d'inspiration religieuse (être d'abord en accord avec Dieu), et la doxa qui pose le principe d'être d'accord d'abord "entre nous" (hic et nunc) et suscitera ensuite des disputes sur le "nous" en question.
- Cela semble même tout à fait central: "Yes we can" ou "Yes we can" ou "Yes we can" où le "nous" peut cesser de fonctionner comme un pronom pour fonctionner comme un verbe auxiliaire ou au contraire être le principe moteur et déterminant comme dans l'expression gaulliste à la fin de la guerre d'Algérie: "Français à part entière" ou "à part, en tiers".

Édité par Putakli (dimanche 09 novembre 2008 à 12 h 31)

n° 9mercredi 19 novembre 2008 à 22 h 02

Vladivostok
3 message(s)
Un barbare dans la biblio...

J'arrive comme une fleur...
mais tout simplement, ne s'agirait-il pas d'être accompagné par les auteurs que nous aimons pour un jour s'en détacher, d'avoir un recul dessus, pouvoir s'en affranchir une fois digérés?
Avoir une relation passionnelle, dialoguer fougueusement avec les oeuvres qui nous tiennent à coeur?

n° 10mercredi 19 novembre 2008 à 23 h 43

Putakli
1207 message(s)
Un barbare dans la biblio...

J'arrive comme une fleur

On arrive comme on peut, mais une fleur est ce qui se fane.

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