"J’entreprends d’écrire l’histoire de ma vie jour par jour. Je ne sais si j’aurai la force de remplir ce projet, déjà commencé à Paris. Voilà déjà une faute de français ; il y en aura beaucoup, parce que je prends pour principe de ne pas me gêner et de n’effacer jamais." (Stendhal)
Quelqu'un sait-il quelle est la "faute de français" évoquée par Stendhal ?
Merci.
Dernière modification par Isabo (02/11/2006 09:49)
"si j'aurai" ou "si j'aurais" ? Expliquez moi pourquoi le futur et non le conditionnel ici ?... Pourtant, cette entreprise inachevée est encore potentiellement virtuelle ?

Effectivement, on ne remplit pas un projet : on l'exécute, on le réalise.
Pour le surplus :
* Je ne sais si j’aurai la force de remplir ce projet.
C'est une interrogation INDIRECTE, correspondant à :
* Aurai-je la force de remplir ce projet ?
Plus précisément, une interrogation indirecte GLOBALE (à laquelle on répond par oui ou par non).
Cette interrogation indirecte doit donc être introduite par SI. Non pas le si conditionnel, mais le si interrogatif.
Le futur simple convient très bien, en raison de la part d'incertitude qu'il comporte. Incertitude : Je ne sais...
Le conditionnel aurait pu convenir aussi, puisqu'il surenchérit quant à l'incertitude de l'avenir.
Autres exemples :
* Il reste à savoir SI le mariage est un des sept sacrements ou un des sept péchés capitaux. (Dryden)
* On n'est vraiment guéri d'une femme que lorsqu'on n'est même plus curieux de savoir AVEC QUI elle vous oublie. (Paul Bourget)(Interrogation indirecte PARTIELLE)
* Je ne sais plus COMMENT on fait l'amour ; j'aurais dû le noter. (André Jolivet) (Idem)
Merci pour ces réponses (je ne vois moi même rien d'autre, serait-ce une coquetterie d'auteur ?).
Le TLF donne cependant cette citation (même si "remplir un projet" paraît étrange) :
"C'est pourquoi les notions dont nous usons, telles que motivation, remplissement d'un projet, situation, etc., sont les index d'une expérience vive qui nous baigne" (RICŒUR, Philos. volonté, 1949, p. 20).
J'ai recherché (TLFI et Petit Robert) les différents sens de remplir.
J'ai trouvé : exécuter, accomplir.
Notamment : remplir une mission, une promesse.
Bien que ce ne soit pas courant, on pourrait donc remplir un projet.
Mais alors, où est la faute... ou la coquetterie, comme vous dites ?
Bonsoir, Léah !
Pour la signification "exercer, accomplir effectivement" du verbe remplir, le Petit Robert indique la date de 1515. (Tiens ! voilà encore Marignan...)
Par contre, "remplir un projet" semble un exemple forgé : il n'est pas spécialement daté.
Le Dictionnaire historique Le Robert :
"Remplir (1130) élimine peu à peu emplir dans ses différents emplois, au propre et au figuré : "accomplir, exécuter" et "rendre plein" (fin XIIe siècle)."
Le Dictionnaire étymologique Larousse :
"Remplir un but. 1761. Année littéraire."
Merci Edy ! mais où pêchez-vous tout ça ?
Oui j'entends bien remplir dans le sens de "remplir une fonction" (l'assumer) mais pas dans le sens de "accomplir" là j'ai vraiment du mal. Je vais essayer de m'y faire ;-)
Par contre, je ne vois pas d'autre faute possible dans la phrase de notre auteur ?
Dans ces matières, Léah, j'aime à fouiner, dans le bon sens du terme.
Et je cite souvent mes sources pour accréditer ce que j'écris.
Moi non plus, je ne vois rien d'autre à propos de Stendhal.
Ceci me rappelle l'histoire de deux élèves qui ont eu zéro à l'examen. A la question posée, l'un avait répondu par écrit : "Je ne sais pas." Et le second, naïvement, avait écrit de son côté : "MOI NON PLUS."
Si non è vero, bene trovato ! (Italien approximatif !)
Cordialement,
Edy