JSC a écrit : À première vue, "reconnaissance" pourrait nous induire à penser que la subjectivité joue dans ce jugement de valeur.Pourtant, le respect n'est pas seulement ce que l'on porte seul et isolé; il est le résultat assez souvent de l'opinion d'un grand nombre de personnes.
Cette constatation n'infirme pas le rôle de la subjectivité, bien au contraire. Les foules et les collectivités ont souvent des opinions, des attitudes et des comportements irrationnels, à mille lieues de l'objectivité. Le grégarisme au contraire a tendance à accentuer la subjectivité, à la renforcer de manière souvent incontrôlable. Un individu pris isolément a des chances de pouvoir prendre plus facilement du recul que s'il "hurle avec les loups". Un groupe se cimente et se fortifie autour de valeurs communes, certes. C'est très rassurant, cette similitude identitaire. Ce n'est pas pour autant une garantie d'objectivité de jugement ! Comme disait Coluche : "C'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison." Et comme le chantait l'ami Brassens : "Le pluriel ne vaut rien à l'homme, et sitôt qu'on /Est plus de quatre, on est une bande de cons..." Simples boutades ? Pas si sûr...
Dernière modification par Jehan (31/08/2008 14:00)
La question de la nature du respect est distincte de celle de son inspiration. C'est pourquoi je ne dirai pas que le respect est de l'ordre de l'humilité, ni de l'admiration, ni de la crainte, mais de l'effacement. Même si l'on s'en va ou s'efface par indifférence, ou si on s'éloigne par dégoût, on peut toujours invoquer le respect pour expliquer sa démarche, sans y mettre aucun jugement de valeur.
Si on veut lier le respect à la valeur on ne peut arriver à en donner une définition objective qu'en tirant le sens du côté de la crainte, comme quand on parle de tenir en respect ou de se faire respecter. Mais si on veut parler de la crainte, il suffit de le faire. Le respect, stricto sensu, c'est tout simplement "Je m'incline, je m'efface".
Alors, pourquoi ne pas dire cela plutôt que de parler de respect ? Parce qu'on n'est pas dans le moment de l'acte, mais un peu au delà, dans un moment de réflexion sur l'acte, en face de la question "pourquoi ?" à laquelle on ne trouve pas de réponse. On se fie à des présomptions, considère qu'on n'est pas à sa place et fait place aux autres. C'est donné pour une explication sans en être une. Cela coupe court à toute recherche. Mais surtout cela fonctionne à la troisième personne. Dans le face à face, s'il est question de respect, la situation est abominable, et le pire du pire est d'être soi-même respecté. Quelle solitude !.
Putakli a écrit :
Le respect, stricto sensu, c'est tout simplement "Je m'incline, je m'efface".
Bonjour, Putakli.
Je perçois dans ce post une étincelle de culture orientale. C'est aussi agréable de voir une véritable pensée de (café) philo au lieu de café de commerce. 
Pourtant s'effacer, n'est-il pas aussi de perdre face? Ce n'est pas une
valeur 100% positive, dirais-je.
Si tout le monde se respectait (sans doute la grande majorité de gens le souhaitent), tout le monde s'inclinerait devant l'autre, personne ne prendrait une décision, personne n'exprimerait une opinion par "crainte" de sembler trop imposant!
Un monde sans décision ne serait pas idéal à 100%, non plus. 
Putakli a écrit :
Même si l'on s'en va ou s'efface par indifférence, ou si on s'éloigne par dégoût, on peut toujours invoquer le respect pour expliquer sa démarche, sans y mettre aucun jugement de valeur.
Une telle invocation du "respect" relève tout de même d'une certaine hypocrisie sociale, laquelle est fonction des valeurs normatives inculquées par une société dans laquelle il n'est pas de bon ton de dire franchement : "Vous me dégoûtez" ou "Vous ne m'intéressez pas du tout".
En outre, il est des respects actifs n'impliquant pas l'éloignement ou l'effacement. Si le respect n'était qu'effacement ou éloignement, respecter l'orthographe serait forcément ne pas écrire, respecter un handicapé serait forcément s'abstenir de lui venir en aide... Et je suis bien d'accord ici avec ce qu'a écrit JSC :
Si tout le monde se respectait (sans doute la grande majorité de gens le souhaitent), tout le monde s'inclinerait devant l'autre, personne ne prendrait une décision, personne n'exprimerait une opinion par "crainte" de sembler trop imposant! Un monde sans décision ne serait pas idéal à 100%, non plus.
Dernière modification par Jehan (05/09/2008 00:10)
Jehan a écrit:
Si le respect n'était qu'effacement ou éloignement, respecter l'orthographe serait forcément ne pas écrire,
C'est pourquoi il me parait incongru d'utiliser le mot respect à propos de l'orthographe. On l'appliqiue, on l'observe, on s'y conforme, mais on ne le respecte pas. C'est l'exemple type de l'effacement. Du moment que l'orthographe ne me gène pas, et qu'il m'est indifférent, je l'applique; s'l me gène, et m'empêche de dire ce que je pense, je le transgresse. J'avais l'habitude d'écrire quelque chose en deux mots. Et puis je me suis aperçu que j'avais fait des émules. Des lecteurs m'ont dit qu'ils trouvaient cela très bien et qu'ils se mettaient à écrire après moi quelque chose en deux mots. Depuis, je fais attention, parce que la nuance a moins d'importance que les ennuis que je pourrais faire encourir à ceux qui m'imitent. Si le respect a quelque chose à voir ici, ce n'est pas avec l'orthographe.
Si Montaigne ou Pascal avaient du se soumettre à l'orthographe je me demande s'ils auraient écrit, car l'invention de l'orthographe a été une chose abominable et a rendu la langue française si malade qu'il y a des gens qui se mettent à apprendre l'anglais sans que ce soit pour le traduire.
Quant à l'infirme, il ne faut pas confondre l'amour-propre qu'on lui attribue avec du respect alors que c'est du mépris. Respecter quelqu'un n'est pas se projeter sur lui ni l'imaginer d'après soi-même, mais le considérer pour ce qu'il est réellement, écouter ce qu'il dit, s'enquérir de ce qu'il veut et ne pas empiéter, donc s'effacer quand c'est juste (au sens de justesse, bien sûr)