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#1 16/08/2008 10:07

arcadia
2 message(s)
Langues vivantes Besoin de votre avis sur une version d’un poème en prose de Kostas Kariotakis

Bonjour,

Je suis une étudiante grecque en traduction et j’aimerais que vous lisiez un peu le texte suivant. Il s’agit d’une version que j’ai fait à partir d’un poème en prose du poète grec Kostas Kariotakis. Je compte l’ incorporer dans mon mémoire, donc je vous prie de faire des remarques sur ce texte, me dire si vous le trouvez suffisament «français» (en ce qui concerne la langue) et, bien  évidemment, si vous le trouvez suffisament «littéraire». Si vous parlez le grec, merci de m’en avertir, je vous enverrai, si vous voulez, le texte original. Bonne lecture.     

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Évasion

I.
Je ressens la réalité telle une douleur physique. Tout autour, il n’y a plus d’air; il n’y a que des murailles qui se resserrent, des eaux stagnantes dans lesquelles je sombre sans cesse. Je me rebelle, d’abord, par mes sens.
        Le moindre effort se montre un exploit. Pour formuler une phrase ordinaire, je dois méditer longtemps sur sa longueur, son point historique, ses causes, ses résultats. Mes pas forment des équations algébriques.
   
II.
    Je suis Phédon jeté dans la boue, un livre extraordinaire dont les principes ne le sauveront point du vent, de la pluie, des éléments, des foules.

III.
    Lors de ce vil carnaval, j’ai porté une réelle pourpre royale, une couronne en or pur massif, j’ai haussé un sceptre au dessus de la masse et me suis avancé en suivant ma voix intérieure. Je perdais conscience, en marche, funambule, en suivant ma voix intérieure. Les fous se précipitaient devant moi, dansaient autour de moi, comme des démoniaques. Ils criaient, ils frappaient. Mais moi, regard dans les cieux, j’allais en avant, en suivant ma voix intérieure. Je m’avançais fort difficilement. J’ouvrais ma voie avec les coudes, en laissant derrière moi des morts-vivants. Épuisé, couvert de sang, je me suis arrêté quelque part. Au loin, les ricanements des autres se brisaient contre le soleil. Et j’étais nu. En m’inclinant profondément, comme un arbre rompu, j’ai entendu, pour la dernière fois, ma voix intérieure.

IV.
    Et maintenant j’ai perdu la paix. Où laisser le poids de mon moi? Me reconcilier avec les jardins m’est impossible. Et je fais honte à la montagne fière. Pour alimenter ma réflexion, je prends la grande route. Je ne verrai pas la même chose deux fois. Les paysans qui restent perplexes ont l’ignorance et la santé. Leurs foyers sont des palais de contes de fées. Leurs chèvres ne ruminent pas d’idées. Je tape du pied, je m’en vais ; je marche pendant de jours. Où vais-je? Si je détourne la tête, je sais que je verrai le spectre de moi-même.   
       
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#2 17/08/2008 20:41

Deliquescence
33 message(s)
Langues vivantes Besoin de votre avis sur une version d’un poème en prose de Kostas Kariotakis

Bonjour Arcadia, bienvenue ici.

Tout d'abord, félicitations pour ton niveau de langue, il y a vraiment peu de choses à dire sur ton texte. C'est du très bon français. Je note juste une ou deux erreurs infimes d'orthographe et de ponctuation, le reste des améliorations a éventuellement apporter serait uniquement d'ordre stylistique.


arcadia a écrit :

Évasion

I.
Je ressens la réalité telle une douleur physique. Tout autour, il n’y a plus d’air; il n’y a que des murailles qui se resserrent, des eaux stagnantes dans lesquelles je sombre sans cesse. Je me rebelle, d’abord, par mes sens.
        Le moindre effort se montre un exploit. Pour formuler une phrase ordinaire, je dois méditer longtemps sur sa longueur, son point historique, ses causes, ses résultats. Mes pas forment des équations algébriques.
   
II.
    Je suis Phédon jeté dans la boue, un livre extraordinaire dont les principes ne le sauveront point du vent, de la pluie, des éléments, des foules.

III.
    Lors de ce vil carnaval, j’ai porté une réelle pourpre royale, une couronne en or pur massif, j’ai haussé un sceptre au dessus de la masse et me suis avancé en suivant ma voix intérieure. Je perdais conscience, en marche, funambule, en suivant ma voix intérieure. Les fous se précipitaient devant moi, dansaient autour de moi, comme des démoniaques. Ils criaient, ils frappaient. Mais moi, regard dans les cieux, j’allais en avant, en suivant ma voix intérieure. Je m’avançais fort difficilement. J’ouvrais ma voie avec les coudes, en laissant derrière moi des morts-vivants. Épuisé, couvert de sang, je me suis arrêté quelque part. Au loin, les ricanements des autres se brisaient contre le soleil. Et j’étais nu. En m’inclinant profondément, comme un arbre rompu, j’ai entendu, pour la dernière fois, ma voix intérieure.

IV.
    Et maintenant j’ai perdu la paix. Où laisser le poids de mon moi? Me reconcilier avec les jardins m’est impossible. Et je fais honte à la montagne fière. Pour alimenter ma réflexion, je prends la grande route. Je ne verrai pas la même chose deux fois. Les paysans qui restent perplexes ont l’ignorance et la santé. Leurs foyers sont des palais de contes de fées. Leurs chèvres ne ruminent pas d’idées. Je tape du pied, je m’en vais ; je marche pendant de jours. Où vais-je? Si je détourne la tête, je sais que je verrai le spectre de moi-même.   
       
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Attention à la ponctuation. Les signes doubles de ponctuation exigent en français une double espace : une avant, une après. Voir entre autre ici (j'aurais aimé trouvé un lien plus "officiel").

"Point historique" : veux-tu parler de point final ? J'imagine que oui et peut être est-ce une traduction littérale. Reste à voir si cet usage est aussi inhabituel en grec qu'en français. Pour ma part je n'ai jamais rencontré cette expression avec ce sens là. Quelqu'un voudra bien également donner son avis. Cela est très proche de "poids historique", qui dénoterait l'importance des propos.

"or pur massif" : cette expression me parait redondante. On utilise les expressions "or pur" ou "or massif" mais jamais ces deux adjectifs ensemble. Si tu veux les conserver tous les deux une astuce serait de les séparer par une virgule.

"haussé" : ce n'est pas une faute que d'utiliser ce verbe là, c'est juste qu'on ne l'utilise pas vraiment dans cet emploi. On parle plutôt de "hausser le ton", "hausser la tête/les épaules", ou autres expressions ayant bien rapport à une augmentation ou une élévation. Dans ce cas là, on peut préférer l'utilisation du verbe "brandir", mais cela change légèrement le sens. "Brandir" suggère une action menaçante, ou un geste fier (cf "brandir un drapeau"). S'il s'agit juste de l'action d'élever le sceptre on peut aussi bien utiliser "élever", "lever", "soulever", "porter"...

"je m'avançais" : on utilise plutôt la construction pronominale se + verbe dans un sens de progression dans un travail (ex: "je me suis avancé dans mes devoirs"). "J'avançais" me parait plus indiqué.

"reconcilier" : attention à l'accent, réconcilier.

Pour le reste, c'est uniquement question de subjectivité en terme de style. Par exemple, dans ta dernière phrase "je sais que je verrai le spectre de moi-même" j'aurais préféré dire "je sais que je verrai mon propre spectre". Mais tout cela est une question de stylistique, il faut voir également ce qui colle le mieux au style de l'auteur.

N'hésite pas à repasser ici pour demander quoi que ce soit. ;-)

Dernière modification par Deliquescence (17/08/2008 20:45)

#3 17/08/2008 21:10

cerisia
210 message(s)
Langues vivantes Besoin de votre avis sur une version d’un poème en prose de Kostas Kariotakis

arcadia a écrit :

Évasion

I.
Je ressens la réalité telle une douleur physique. Tout autour, il n’y a plus d’air; il n’y a que des murailles qui se resserrent, des eaux stagnantes dans lesquelles je sombre sans cesse. Je me rebelle, d’abord, par mes sens.
        Le moindre effort se montre un exploit. Pour formuler une phrase ordinaire, je dois méditer longtemps sur sa longueur, son point historique, ses causes, ses résultats. Mes pas forment des équations algébriques.
   
II.
    Je suis Phédon jeté dans la boue, un livre extraordinaire dont les principes ne le sauveront point du vent, de la pluie, des éléments, des foules.

III.
    Lors de ce vil carnaval, j’ai porté uneréelle pourpre royale, une couronne en or pur massif, j’ai haussé un sceptre au dessus de la masse et me suis avancé en suivant ma voix intérieure. Je perdais conscience, en marche, funambule, en suivant ma voix intérieure. Les fous se précipitaient devant moi, dansaient autour de moi, comme des démoniaques. Ils criaient, ils frappaient. Mais moi, regard dans les cieux, j’allais en avant, en suivant ma voix intérieure. Je m’avançais fort difficilement. J’ouvrais ma voie avec les coudes, en laissant derrière moi des morts-vivants. Épuisé, couvert de sang, je me suis arrêté quelque part. Au loin, les ricanements des autres se brisaient contre le soleil. Et j’étais nu. En m’inclinant profondément, comme un arbre rompu, j’ai entendu, pour la dernière fois, ma voix intérieure.

IV.
    Et maintenant j’ai perdu la paix. Où laisser le poids de mon moi? Me réconcilier avec les jardins m’est impossible. Et je fais honte à la montagne fière. Pour alimenter ma réflexion, je prends la grande route. Je ne verrai pas la même chose deux fois. Les paysans qui restent perplexes ont l’ignorance et la santé. Leurs foyers sont des palais de contes de fées. Leurs chèvres ne ruminent pas d’idées. Je tape du pied, je m’en vais ; je marche pendant de jours. Où vais-je? Si je détourne la tête, je sais que je verrai le spectre de moi-même.

Bonjour arcardia,
Comme l'a relevé Deliquescence, ton niveau de langue est excellent et ta traduction agréable à lire, d'autant plus que la traduction de poèmes est un exercice périlleux.
Je suis d'accord avec ses remarques. J'aimerais en ajouter de nouvelles et me permettre quelques propositions pour alléger certaines formes et les rendre plus "françaises" ; plus conformes à ce que nous écririons dans un poème français (ce qui est fort hasardeux et présomptueux de ma part, étant donné que je n'ai pas le texte original sous les yeux, mais essayons.) 
     *"Le moindre effort se montre un exploit">> Le "se montre" me gêne. Je pense spontanément à "se révèle". "Se montrer" se dira plus facilement, me semble-t-il, d'un être animé.

     *"son point historique">> Cela me paraît un peu lourd, mais je ne vois pas vraiment ce que tu veux dire...

     *"ses résultats">> Puisque tu parles juste avant de causes, on aura tendance à associer la cause à l'effet, non au résultat.
     
     *"une réelle pourpre royale">> C'est le "réelle" qui me dérange. Écrire "une vraie pourpre royale" me semblerait plus approprié. Là encore, j'avance en terrain inconnu, ne sachant pas exactement ce que dit l'auteur.

     *"en or pur massif">> Même remarque que Deliquescence. Je te propose d'écrire : "une couronne d'or pur".

     *"des démoniaques">> Drôle d'adjectif, rarement substantivé en français. Il est artificiel pour une oreille habituée au français.
Tu peux choisir "des démons", mais sur une autre racine de mots, je te suggère "des possédés". A mon avis, il passerait bien dans ta phrase.

     *"alimenter ma réflexion">> Cela se dit. Mais dans un poème, je préfèrerais "nourrir ma réflexion".

     *"de jours" >> Des jours ? Deux jours ? Erreur de frappe ?
     

Bon courage à toi !

Dernière modification par cerisia (17/08/2008 21:12)


Hypokhâgne A/L

#4 17/08/2008 23:17

Deliquescence
33 message(s)
Langues vivantes Besoin de votre avis sur une version d’un poème en prose de Kostas Kariotakis

Je m'étais fait la même réflexion pour "démoniaques". Je l'ai trouvé sous forme substantivée dans l'évangile deMatthieu. "Possédés" serait un bon choix.

#5 20/08/2008 11:11

arcadia
2 message(s)
Langues vivantes Besoin de votre avis sur une version d’un poème en prose de Kostas Kariotakis

Merci beaucoup pour vos réponses.

#6 20/08/2008 11:43

cerisia
210 message(s)
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Si ta traduction change, pourras-tu nous en faire part et nous expliquer tes choix ?
Merci !

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