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Voici le poème:
Ecrire son poème, est-ce une trahison,
comme devant la mise à mort d'un innocent
on détourne les yeux ? Aligner quelques mots
qui lâchent le réel pour un gramme d'azur,
est-ce dresser un paravent contre le monde
affolé dans son bain, parmi l'écume noire ?
Traiter sa fable favorite en libellule
par-dessus la rivière, est-ce oublier le pain
qui manque à l'homme ? Remplacer le vrai printemps
par un printemps verbal aux toucans invisibles
qui sont peut-être un peu de feu, est-ce insulter
notre nature ? Aimer une voyelle blanche
comme on aime sa fille, est-ce être dédaigneux
de notre amour universel, qui nous saccage ?
"Défense du poète" Alain Bosquet
Je voudrais savoir si cette "voyelle blanche" (v12) désigne vraiment le "E" comme indiqué dans le poème "Voyelles" de Rimbaud..
Voyelles
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silence traversés des Mondes et des Anges :
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
Je n'ai pas compris d'ailleurs: quel peut être le lien entre le E et la fille...
Le E représente-t-il les mots en générale? Aimer ler mots, l'écriture, la poésie?
Merci d'avance^^
Dernière modification par jumpywhale (05/08/2008 14:06)
Selon moi, la voyelle blanche représente n'importe quelle voyelle ; donc oui les mots en général, une sorte d'universalité
Comme on aime sa fille : avec passion,d e tout son cœur, être prêt à tout pour elle.
D'abord merci de me faire connaître ce sonnet d'Alain Bosquet que je ne connaissais pas et que je trouve intéressant.
Comprendre n'est pas traduire. Surtout en poésie où il s'agit moins de ce que l'on dit que de la manière de le dire.
Dans "Aimer une voyelle blanche comme on aime sa fille", c'est le verbe aimer qu'il s'agit de définir. Il est mis en évidence en qualité de verbe parmi d'autres verbes également mis en évidence. La manière d'aimer "comme on aime sa fille", indique une manière pudique d'aimer. La voyelle est blanche, comme sa fille est vierge. Elle n'a pas encore de destin défini. Elle est là, dans l'espace poétique, comme une note dans l'espace musical, pas encore liée.
Jumpywhale, éloigne-toi du poème de Rimbaud ; tu risques des faux-sens ; Rimbaud a donné cette couler blanche au E, pourquoi pas ; mais ça n'a pas de relation avec les mots en général. Ce qu'on peut dire cependant, c'est que ces deux poètes aiment les lettres et les mots, mais c'est une caractéristique de tous les poètes !
Putkali, merci de ces compléments éclairants. Le blanc fait aussi penser à la page sur laquelle rien n'est encore écrit, et où tout reste possible. Je le rapprocherais volontiers de l'écume noire du bain, qui serait l'endroit où on se lave de tout, pour avoir de nouveau le corps et l'esprit vierges, prêts à accueillir la création possible. L'azur représente le poème écrit.
Bonjour,
Je serais très intéressée de savoir si Jumpywhale a fait le rapprochement "voyelle blanche" (de Bosquet) / "E blanc" (de Rimbaud) d'elle ou de lui-même ? Ou si c'est à partir d'un corpus ou d'une question ?
D'autre part, si on compare voyelle blanche à écume noire, et si l'on considère qu'écume noire est un oxymore (l'écume étant blanche) : on peut penser que voyelle blanche serait un autre oxymore. C'est-à-dire que le sens de blanche serait le même que dans l'expression "une voix blanche" (= sans timbre), ce qui serait pour le moins curieux de la part d'une voyelle et renforcerait l'idée qu'il y ait un oxymore.
On pourrait trouver un sens à cela en le comparant avec "toucans invisibles". L'écriture poétique serait du domaine de l'invisible, du silence, de l'irréel...
Ce qui pourrait justifier l'analyse de Putakli.
Muriel
Dernière modification par Muriel H. (01/08/2008 14:09)
jumpywhale a écrit :
Ecrire son poème, est-ce une trahison,
comme devant la mise à mort d'un innocent
on détourne les yeux ? Aligner quelques mots
qui lâchent le réel pour un gramme d'azur,
est-ce dresser un paravent contre le monde
affolé dans son bain, parmi l'écume noire ?
Traiter sa fable favorite en libellule
par-dessus la rivière, est-ce oublier le pain
qui manque à l'homme ? Remplacer le vrai printemps
par un printemps verbal aux toucans invisibles
qui sont peut-être un peu de feu, est-ce insulter
notre nature ? Aimer une voyelle blanche
comme on aime sa fille, est-ce être dédaigneux
de notre amour universel, qui nous saccage ?
"Défense du poète" Alain Bosquet
Je voudrais savoir si cette "voyelle blanche" (v12) désigne vraiment le "E" comme indiqué dans le poème "Voyelles" de Rimbaud.
1. Pourquoi le poète a-t-il besoin de défense? Car il n'est pas suffisamment engagé pour parler des problèmes sociétaux? Est-ce sa fonction principale?
2. E est la plus commune des voyelles dans beaucoup de langues occidentales.
3. Pour un Anglais, beaucoup de mots de genre féminin se terminent par un E
Fille, Madame, torture, terre, année (bien que ce ne soit pas une régle).
4. Blanc = toutes les couleurs combinées. L'absence du noir. Pureté. Sainteté. Virginité.
Dernière modification par JSC (01/08/2008 15:19)
Muriel H. a écrit :
Je serais très intéressée de savoir si Jumpywhale a fait le rapprochement "voyelle blanche" (de Bosquet) / "E blanc" (de Rimbaud) d'elle ou de lui-même ? Ou si c'est à partir d'un corpus ou d'une question ?
J'ai lu ce rapprochement sur un site, mais il n'y a pas d'autres détails qui l'expliquent...
Dernière modification par jumpywhale (01/08/2008 16:29)
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