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Bonsoir Jibou,
Je confirme que le texte proposé par Elissa est un récit, certes au présent, mais un récit et non un discours.
Je joins également un article de Wikipedia qui rappelle quelques notions utiles.
Énoncé ancré dans la situation d'énonciation
Un énoncé ancré dans la situation d'énonciation (on dit aussi un « plan embrayé ») comporte au moins un indice (ou embrayeur) permettant de repérer celle-ci. Il s'agit souvent du discours oral :
(3) Lundi 10 janvier 2005, au pied de la tour Eiffel, Solange Martin a dit à Charles Dupuis : « Demain, je t'attendrai ici. »
L'énoncé « Demain, je t'attendrai ici » est produit par la même situation d'énonciation que celle des deux énoncés ci-dessus, mais contrairement à ce qui se passe pour les deux premiers, ce troisième énoncé contient un certain nombre d'embrayeurs permettant de mettre celui-ci en relation avec sa propre situation d'énonciation.
- L'adverbe « demain » est un embrayeur temporel, signifiant précisément le « mardi 11 janvier 2005 ».
- Le pronom personnel « je » est un embrayeur de la première personne désignant l'énonciateur, soit « Solange Martin ».
- Le verbe « attendrai » — plus précisément, sa terminaison (« ai » : futur de l'indicatif, première personne du singulier) — est également un embrayeur de la première personne désignant l'énonciateur, soit « Solange Martin ».
- Le pronom personnel « t' » est un embrayeur de la deuxième personne renvoyant au destinataire, soit « Charles Dupuis ».
- Enfin, l'adverbe « ici » est un embrayeur spatial, signifiant précisément « au pied de la tour Eiffel ».
Ce troisième énoncé est donc « ancré dans la situation d'énonciation ». Cet énoncé est un discours.
Quel est donc l'embrayeur ou déictique qui ferait passer ce récit au statut de discours ?
Bonjour Jean-Luc,
en réalité la distinction entre récit et discours dans ce texte n'est pas si simple... ce qui n'a rien d'anormal, puisqu'on considère que la présence d'un récit pur ou d'un discours pur dans un texte littéraire est extrêmement rare.
Il faut noter que dans la distinction proposée par Benveniste, le système des temps joue un rôle central: le récit (ou histoire) correspond aux temps du passé simple, de l'imparfait et du plus-que-parfait, tandis que le discours va employer le présent, le passé composé et le futur. En effet, l'usage de ces temps fait de l'énonciation le repère temporel de l'énoncé. Encore une fois je crois que cette distinction est très facile à comprendre si l'on fait l'exercice que j'ai proposé.
Par ailleurs le jeu entre discours et récit se poursuit sur la modalisation, à travers toutes les formules telles que "qui n'a pas désobéi", "on ne peut s'empêcher", "personne ne doute que", par lesquelles le narrateur s'inclut implicitement dans un jugement général. Or la modalisation est une des caractéristiques du discours. On peut également noter des formulations orales qui relèvent entièrement du discours " A remarquer que Brian..."
Enfin, on peut considérer "encore" comme un déictique temporel dans la mesure où le repère est le moment de l'énonciation, et non un élément de l'énoncé.
Bien sûr il y a un flottement, dans la mesure où le texte est à la troisième personne et qu'il n'y a aucun embrayeur (si on exclut "encore"). Ce flottement est d'ailleurs tout à fait évident dans l'emploi du pronom hybride "on".
Le présent de narration est marqué par cette indécision, puisque, comme son nom l'indique, il participe à la fois du récit et du discours, mais l'indécision est ici renforcée par la modalisation.
Je confirme donc ma réponse, et je pense que le texte figure dans ce chapitre du livre pour réfléchir justement sur le présent et sur ses ambiguïtés.
Bonjour Jibou,
J’entends bien ces arguments.
Mais cet exemple est mal choisi pour deux raisons :
- L’absence de tout embrayeur explicite, car le on peut avoir une valeur de nous. Si le nous avait été utilisé il n’y aurait point eu d’ambiguïté. Les deux premiers « on » représentent plutôt les gens en général. Je ne suis pas persuadé que le narrateur se place dans les admirateurs de la beauté passée avec ce « personne » qui peut signifier "personne dans ce village". Quant au « encore », il peut faire référence à « ce moment-là du récit ».
- L’usage du présent ne suffit pas à fonder le discours. En effet il convient de ne pas confondre le présent d’énonciation du présent historique ou de narration qui évoque un procès complètement situé dans le passé (et de plus dans le contexte, autant qu’on puisse en juger, dans un passé indéterminé par rapport au moment de l’énonciation).
En conclusion, je maintiens que ce texte ne peut être clairement et indubitablement rattaché à un énoncé ancré et que la grammaire Nathan eût été avisée de ne point le retenir pour de jeunes élèves.
Bonjour Jibou,
Merci pour ta reponse.
En fait si ta reponse est sure et certaine, cela regle le probleme, et semble aller dans le sens de cette lecon, qui emploi le present pour ancrer l'enonce ds la situation d'enonciation.
Je copie ici la conclusion dans la rubrique " RETENONS" a la fin de cette lecon diabolique , page 39 (grammaire 5eme Nathan):
[i]1- Pour situer des faits en les rattachant au moment de l'enonciation, l'emetteur peut utiliser des groupes nominaux et des adverbes (ici, maintenant) et des formes verbales:
- pour le moment de l'enonciation: le present d'enonciation , le present de duree, le present de generalite;
- pour les faits anterieurs au moment de l'enonciation: le passe compose, le passe proche;
- pour les faits posterieurs au moment de l'enonciation: le futur simple , le futur proche.
2- Ce systeme s'utilise quand l'emetteur signale qu'il relie les faits au moment de l'enonciation, c'est a dire que les faits le concernent, ou ont encore une consequence au moment ou il s'exprime.[/i]
S'il ya des professeurs ici, pourriez vous s'il vous plait apportez votre aide?
Mille merci a vous tous.
les profs sont certainement en vacances a cette periode la 
bonne vacances 
Elissa a écrit :
A vrai dire je ne comprends pas trop ce qu'est une modalisation , mais il me semble que c'est quand le lecteur montre son avis dans le texte.
En entrant 'modalisation' dans le moteur de recherche de ce site (la fenêtre en haut à gauche) le premier de plusieurs liens est ceci.
J'espère c'est le bon. 
jibou a écrit :
Il faut noter que dans la distinction proposée par Benveniste, le système des temps joue un rôle central: le récit (ou histoire) correspond aux temps du passé simple, de l'imparfait et du plus-que-parfait, tandis que le discours va employer le présent, le passé composé et le futur. En effet, l'usage de ces temps fait de l'énonciation le repère temporel de l'énoncé.
Par ailleurs le jeu entre discours et récit se poursuit sur la modalisation, à travers toutes les formules telles que "qui n'a pas désobéi", "on ne peut s'empêcher", "personne ne doute que", par lesquelles le narrateur s'inclut implicitement dans un jugement général. Or la modalisation est une des caractéristiques du discours. On peut également noter des formulations orales qui relèvent entièrement du discours " A remarquer que Brian..."
Enfin, on peut considérer "encore" comme un déictique temporel dans la mesure où le repère est le moment de l'énonciation, et non un élément de l'énoncé.
........ mais l'indécision est ici renforcée par la modalisation.
Je confirme donc ma réponse, et je pense que le texte figure dans ce chapitre du livre pour réfléchir justement sur le présent et sur ses ambiguïtés.
Bonjour Jibou,
Pour moi c'est ce que je comprends de cette lecon et de mes lectures sur le temps verbal , en l'occurence le present.
Si ce que tu mentionne est confirme , ca me parait clair.
Salut Jean Luc,
Tu n'es donc pas d'accord que les modalisations que mentionne Jibou, font du texte "enonce ancre" ? :
Dans les chapitres modalisation, notament cette lecon
http://www.daskoo.org/75-la-modalisatio … vite.cours il me semble comprendre que ces modalisations qu'emploi Jibou ancrent l'enonce dans la situation, meme s'il est a la 3eme personne.
Es tu d'accord sur ce point?
_ Dans le cas de ce texte , et pour repondre a la question :
Qui parle a qui?
Peut on dire que c'est le narrateur qui interpelle le lecteur??
A vrai dire ce n'est quand meme pas un exemple a mettre pour des 5eme!!!!
JSC a écrit :
Elissa a écrit :
A vrai dire je ne comprends pas trop ce qu'est une modalisation , mais il me semble que c'est quand le lecteur montre son avis dans le texte.
En entrant 'modalisation' dans le moteur de recherche de ce site (la fenêtre en haut à gauche) le premier de plusieurs liens est ceci.
J'espère c'est le bon.
Bonjour JSC,
Priere de m'excuser et de rectifier dans ma citation le mot lecteur, je voulais dire narrateur bien evidement .
Par ailleurs, je t'assure que je ne fais que chercher sur le net et dans des livres tels Maingueneau, Fontanier et Genette.
Mais apres il me faut une verification si ce que j'ai compris est correct et des reponses simples par un OUI ou un NON sur mes conclusions.
Merci pour le site que tu mentionnes.
Dernière modification par Elissa (27/07/2008 18:42)
Bonjour Elissa,
Ton désir de clarifier est louable.
Pour répondre à tes dernières questions, tu peux effectivement affirmer que c’est bien le narrateur qui interpelle le lecteur, mais tu ne peux en déduire que c’est un énoncé ancré. En effet dans tout récit, un narrateur s’adresse à un lecteur.
De même la modalisation, si elle constitue un indice d’ancrage de l’énoncé ne suffit pas à elle toute seule pour décider si l’on a affaire à un discours. Un auteur peut écrire un récit et le parsemer de commentaires comme « Et qui n'a pas désobéi ou menti une fois dans sa vie? » sans pour autant avoir un rattachement clair au moment de l’énonciation.
Juste un petit exemple : si je transforme, comme le propose Jibou, le texte en le mettant au passé pour faire cesser l’illusion possible de transformation du récit en quasi-discours,
Elle VIVAIT dans un monde imaginaire, souveraine et fière, et on ne POUVAIT s'empêcher , malgré son accoutrement , de la trouver belle comme une reine dans ses haillons et ses godillots d'homme. Personne ne DOUTAIT que , dans sa jeunesse , elle AVAIT pu être une flamboyante rousse aux yeux d'onyx. Elle en IMPOSAIT encore, même au père Browne qui, un jour, AVAIT voulu la visiter, sans doute pour tenter de la ramener au village . Elle AVAIT refusé de lui ouvrir la porte.
indubitablement, tu as là un récit et pourtant tu as encore les signes de modalisation « on ne POUVAIT s'empêcher », « Elle en IMPOSAIT encore », « Personne ne DOUTAIT » sur lesquels Jibou s’appuyait pour défendre un énoncé ancré.
En conclusion, je ne prétends pas que Jibou a tort. Je maintiens seulement qu’en l’absence d’embrayeur ou de modalisation claire par un "je" ou un "nous", on ne peut assurer que cet extrait est ancré.
Jean-Luc a écrit :
Je maintiens seulement qu’en l’absence d’embrayeur ou de modalisation claire par un "je" ou un "nous", on ne peut assurer que cet extrait est ancré.
Bonjour Jean Luc,
Bon il ne reste plus que cette phrase a confirmer.
Je viens de finir les 4 premiers chapitre de Maingueneau.
Mais bon ca m'a embrouille encore plus.
Vous avez bien lu " RETENONS" , que j'ai cite plus haut, qu'est ce que vous en comprenez de cela?
Dans la lecon est ecrit cela :
le present utilise ici situe les faits au moment de l'enonciation
Y a t il une difference de sens entre cette phrase au dessus
et cette phrase la au dessous?????
Le present utilise ici ancre l'enonce dans la situation d'enonciation??????
Extrait de la page 38:
Lecon:
1- Situer les faits dans le present
Le present de l'indicatif situe le fait au moment de l'enonciation, meme si ce moment passe tres vite. On l'appelle alors le present d'enonciation.
Sur son passage on tire les rideaux.
moi, ici, maintenant
moment de l'enonciation
--------------------------------*------------------------------------------>
sur son passage on tire les rideaux
Autre chose:
Y a t il un lien entre :
presence de narrateur = ancre dans la situation
absence de narrateur = coupe de l'enonciation
Je vous remercie beaucoup pour votre patience.
Dernière modification par Elissa (27/07/2008 20:49)
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