Bonjour,
habitant depuis de nombreuses années à l´étranger, je garde le contact avec la langue française principalement grâce à la radio. C´est ainsi que j´observe - à distance - l´évolution de la langue, en particulier l´apparition de nouvelles expressions, comme par exemple l´horripilant"J´ai/avais envie de (vous) dire" (spécialité des journalistes et des hommes politiques). Ma question est alors la suivante : que pensez-vous de l´emploi actuel du mot "souci" ?
Le ministre a eu un souci avec les syndicats
Veuillez excuser ce souci technique
Ah mais il n´y a pas de souci, je vous envoie ça tout de suite
Un jeune Maghrébin a eu un souci avec un policier
J´aimerais avoir votre avis. Merci.
Le mot "souci" est de plus en plus employé dans la langue Française, tes exemples ci-dessus le prouve justement.
Je pense que le mot "souci", "difficulté", "complication", "ennui" ou encore "affaire" peuvent très bien remplacé le mot PROBLEME !!
L'emploie banal de "souci" te dérange-t-il?
Bonjour, Fantômette.
Le mot "souci", comme les mot ennui, embêtement, tracas, et davantage que les mots problème, affaire, complication met l'accent sur ce que ressent la personne concernée par ledit problème. Selon les cas: simple contrariété, inquiétude, trouble pouvant aller jusqu'à la souffrance morale...
Le souci peut désigner aussi bien l'inquétude ressentie par la personne, que l'être ou la chose qui l'inquiète.
Donc, pas trop de souci à te faire donc pour les exemples que tu as cités...
Avec une petite réserve toutefois pour "souci technique"...
J'aurais plutôt dit "incident technique".
Dernière modification par Jehan (06/07/2008 13:38)
Merci pour vos réponses, même si je ne suis pas vraiment convaincue. C´est à mon avis surtout une question de mode. Les mots "soucis" et "problèmes" ne doivent pas être interchangeables.
L'emploi banal de "souci" te dérange-t-il?
Oui, car il n´est pas justifié dans de nombreux cas, en particulier dans les 4 exemples cités précédemment. C´est un tic de langage qui a atteint grand nombre de nos concitoyens. Comme si "problème" était devenu indésirable.
Soyez un peu attentifs dans les prochains jours, vous verrez que notre "problème" est en danger !
Un autre exemple me vient à l´esprit, beaucoup plus ancien celui-ci, à savoir le mot "évident". Il est généralement employé à la place de "facile", sans doute pour faire plus élégant, alors que notre grand ami Robert le définit bien comme signifiant "apparent, certain, clair, notoire, public, etc.
Quel intérêt ? Les gens confondent souci et problème, et alors ? Les énoncés sont en permanence approximatifs. Ils le sont parce que la langue le permet. Et même parce que l'on ne peut pas faire autrement. Toi-même, d'ailleurs, tu le fais : tu parles d'un "tic de langage"... Stricto sensu, il faudrait dire : "tic de langue", ou mieux "tic de parole". Et alors ? Tout le monde te comprend, n'est-ce pas là l'essentiel ?
Sur l'évidence, alors là ... Lorsque Descartes - pas suspect d'être séduit par la dernière mode du franglais ou du phrasé banlieusard ! - emploie le terme, il veut dire : ce qui s'impose comme vrai à l'esprit, sans que le détour par la réflexion soit requis. On est alors au moins aussi proche du sens "facile" que des sens relevés par notre gros Robert.
Dernière modification par ENS (06/07/2008 16:12)
Bonjour Fantômette,
Je crois qu'il ne faut pas trop s'inquiéter, ce sont des modes passagères et surtout des tics de langage. [Édit avant de poster et à cause de ENS... : tics de langue
.]
Je me souviens d'un ami de mes parents qui avait un tic de même sorte ; il disait toujours : « À partir du moment où [bla bla], il est évident que [bla bla], moyennant quoi [bla bla]... » On y avait le droit à toutes les sauces... Cela nous faisait rire !
Muriel
Il me semblait à moi que le mot qui fut employé le premier, depuis des siècles, était "souci", qui remplissait parfaitement son office. Et que ces dernières années, ç'avait été au contraire le mot savant "problème" qu'on mettait à toutes les sauces.
Si l'on en croit le Robert historique, jusqu'au XVIIe siècle, le mot "problème" ne s'employa qu'en philosophie et en théologie. Puis Descartes l'utilisa en physique et en mathématiques.
Vers la fin du XVIIIe siècle, il désigna enfin "une difficulté d'ordre pratique". Et ce n'est que dans la seconde moitié du XXe siècle qu'il concurrença sérieusement le vieux "souci" en s'étendant sans vergogne aux difficultés affectives, personnelles, psychologiques et professionnelles de quelqu'un. ('J'ai un problème... Je crois bien que je t'aime...) Et les expressions "Pas de problème !" (calquée de l'anglais) et "Sans problème !" sont qualifiés dans ce même dico de "tics de langage". Comme quoi, les tics, ça va ça vient. Tic, tac, tic, tac, tic... 
À propos de "évident"... Notre grand ami le Petit Robert précise aussi :
LOC. FAM. C'est pas évident : c'est difficile, ce n'est pas gagné d'avance, ce n'est pas joué.
Dernière modification par Jehan (06/07/2008 23:36)
Bonjour fantômette
Je suis bien d'accord. Il s'agit d'un problème de mode, mais une fois qu'on a dit cela, on n'est pas très avancé si on ne précise pas ce qu'on entend par là.
Je distingue deux aspects: d'une part le domaine régi par la mode qui peut être plus ou moins étendu selon qu'on est plus ou moins attentif à dire ce qu'on veut dire, et d'autre part ce que signifie la mode elle-même.
Pour le premier point, il s'agit de distinguer le moment du propos qui a peu de signification, où quelqu'un récite une litanie, du moment où il en vient à l'essentiel de ce qu'il veut dire.
Pour le deuxième point la difficulté vient de ce que tout change en même temps, mais qu'on ne peut saisir quelquechose de ce changement qu'en créant artificiellement un point fixe. Est-ce que c'est la langue ou la mentalité qui évoluent? Un usage très répandu est de dire que c'est la langue, et ce parti pris contient une erreur systématique. Mais on ne s'en sort pas en prenant des mots isolés. Ce sont des groupes de mots qui résonent les uns avec les autres. Souci et problème ne sont certes pas des mots interchangeables, mais c'est juste un point de repère. Du côté des soucis, il y a la compassion, la résignation, la passivité, une tendance au désespoir. Du côté des problèmes, c'est au contraire l'action, l'énergie, etc... C'est ce réseau de résonances qui est régi par l'usage, et, dans le cas de Paris surtout, par la mode. On peut dire que c'est superficiel, mais être superficiel n'est pas bénin.
Seulement, c'est comme cela depuis très longtemps, et je me souviens d'en avoir été particulièrement saisi un jour qu'après avoir vécu surtout à l'étranger, dans l'avion qui me ramenait en France l'hôtesse de l'air m'avait tendu le Figaro. Le gros titre de ce jour-là était "Le voyage de Mr Pompidou à Moscou est un pas dans l'amitié entre deux peuples". En lisant cela au lieu de lire quelquechose comme "Mr Pompidou, au moment de prendre l'avion, portait un manteau à carreaux et avait l'air enrhumé", j'étais abasourdi et j'avais l'impression d'arriver dans un pays de fous: que sont les pas de l'amitié ? qu'est-ce que l'amitié entre les peuples avait à voir avec une affaire de gazoducs? Comment parler de l'amitié entre les peuples sans parler des romans russes ?
Mais quand on baigne dans cet étourdissement verbeux, on s'adapte, on s'habitue, et même on arrive à y déchiffrer quelquechose.
Toutefois je ne suis pas d'avis de prendre cela à la légère. Quand les gens parlent sans rien dire, pour ne rien dire et pour ne rien entendre dire, c'est comme s'ils n'existaient pas.
Pour le premier point, il s'agit de distinguer le moment du propos qui a peu de signification, où quelqu'un récite une litanie, du moment où il en vient à l'essentiel de ce qu'il veut dire.
Quand les gens parlent sans rien dire, pour ne rien dire et pour ne rien entendre dire, c'est comme s'ils n'existaient pas.
Sans vouloir vous vexer, Putakli, c'est votre style à vous que je trouve parfois diffus, verbeux, ambigu, émaillé de digressions et de circonlocutions. Et vous donnez trop souvent l'impression de vous sentir le seul à dire réellement quelque chose, tout le reste n'étant que bavardage insignifiant au sens propre du terme. Bien entendu, ce n'est qu'une impression personnelle...
Votre interprétation des termes souci / problème est un peu tendancieuse.
Le souci n'a pas forcément une connotation de résignation et de passivité (le souci du détail, le souci de rentabilité, le souci du bien-être d'autrui...)
Le problème n'a pas forcément une connotation d'activité et d'énergie. Il postule certes une solution. Mais se sentir obligé de trouver une issue et n'y point parvenir peut être terriblement angoissant !
"Le voyage de Mr Pompidou à Moscou est un pas dans l'amitié entre deux peuples".
Ce titre de journal vous a carrément abasourdi.
Si l'on avait écrit : "Le voyage de Mr Pompidou à Moscou est un pas sur le chemin de l'amitié entre deux peuples". j'espère que vous auriez été plus indulgent sur la forme. Quant au fond... D'accord, il y a un peu beaucoup d'hypocrisie diplomatique là-dedans. Mais si vous n'étiez pas content du Figaro, vous n'aviez qu'à demander le Canard enchaîné ! 
Dernière modification par Jehan (07/07/2008 20:23)
ENS a écrit :
Quel intérêt ? Les gens confondent souci et problème, et alors ? Tout le monde te comprend, n'est-ce pas là l'essentiel ?
Attention ENS! Il y a des jeunes lecteurs qui risquent de prendre tes paroles come l'autorisation d'écrire n'importe quoi n'importe comment tant que ça reste compréhensible! 
Se soucier de sa langue (maternelle) est de soigner une partie de son identité.
Instinctivement je ressens 'souci' comme moins grave sur l'échelle de difficulté grave que 'problème'.
il serait intéressant de classer d'autres mots (ennui, contrariété, tracas, désagrément, tourment, embarras, embêtement, emmerdement, ....
par degré de gravité sur l'échelle. Serion-nous tous d'accord?