#1 06/07/2008 11:14

Putakli
158 message(s)
Langue française Je pense donc je suis la conversation

Ce mode de glissement d'un verbe à l'autre se produit très fréquemment quand les gens essayent de trouver quelquechose à dire, et nourrit une part considérable des débats philosophiques ou prétendus tels dans les "cafés-philo", notamment avec le verbe croire et le verbe croitre.
Est-ce que cela porte un nom ? N'en connaissant pas, j'ai appelé cela chiasma.
Une autre tendance, apparemment irrépressible, consiste à substantifier les adjectifs, et après avoir parlé du beau plutôt que de la beauté, du vrai plutôt que de la vérité, du réel plutôt que de la réalité, le parti-pris s'affirme en affirmant que le réel est tout autrechose que la réalité, etc...
Je ne sais pas si les deux erreurs sont liées, mais elles sont concomitantes et paraissent procéder de pratiques psychanalytiques. Mais la question que je pose est plus linguistique que philosophique. Tout cela est de l'ordre du bavardage; on peut dire que ce sont des bavures. Mais comment qualifier plus précisément ce type de bavure ?


Préservez-moi de mes amis; mes ennemis, je m'en charge.

#2 06/07/2008 14:12

Jehan
754 message(s)
Langue française Je pense donc je suis la conversation

Bonjour, Putakli.

Je vois que vous aussi, vous avez trouvé quelque chose à dire.

Le chiasma (ou chiasme) n'a rien à voir avec votre exemple.  Le chiasma ("croisement") consiste à inverser l'ordre syntaxique dans deux groupes de mots successifs, comme par exemple dans cette citation de Gide :
"Je jouais avec Juliette et avec lui; avec Alexia, je causais."

"Je pense, donc je suis la conversation." relève tout simplement du calembour fondé sur l'homophonie. Ce genre de boutade propre à détendre l'atmosphère est un jeu bien innocent.  Sauf évidemment quand le locuteur s'entête par la suite à en faire un argument philosophique pour la suite de son discours.

On dit "substantiver" un adjectif, et non le "substantifier". Je ne pense pas que ces substantivations soient des erreurs ou des bavures. Ce n'est pas "tout autre chose", ce sont simplement des nuances. Le "Beau" exprime le concept dans sa plus grande généralité et dans sa plus grande virtualité. La "Beauté" est en quelque sorte le concept de "Beau" appliqué à l'objet concerné. Pour user d'une métaphore, je dirais que c'est  la différence entre une étiquette non collée (le Beau), et une étiquette collée (la Beauté).

Mon vieux dictionnaire des synonymes Bénac les nuançait déjà en ces termes.
Le beau est absolu et idéal, la beauté est relative, c'est "le beau manifesté dans un objet ou dans un être". Qu'est-ce que les "pratiques psychanalytiques" ont à faire avec ça ? Je serais curieux de le savoir...

Dernière modification par Jehan (07/07/2008 00:07)

#3 09/07/2008 20:49

Putakli
158 message(s)
Langue française Je pense donc je suis la conversation

Votre "vieux dictionnaire" a installé Platon en mettant à côté des qualités, des Idées. On peut recourir à un jargon pour dire qu'on est platonicien. Mais je ne suis pas sûr que les gens qui le font soient toujours conscients de ce que cela implique.

#4 10/07/2008 01:07

Jehan
754 message(s)
Langue française Je pense donc je suis la conversation

Bonsoir.

Un dictionnaire des synonymes, c'est sa fonction, se doit de définir les nuances d'emploi. Il me semble que l'on peut évoquer dans une conversation une idée générale abstraite sans pour autant jargonner et platoniser.  Et vous ne m'avez toujours pas dit ce que la psychanalyse venait faire là-dedans...

#5 10/07/2008 10:07

Putakli
158 message(s)
Langue française Je pense donc je suis la conversation

Bonjour
D'abord, il est clair que la libre association, écartant le contrôle rationnel, donne libre cours à l'homologie et ouvre la voie à une logorrhée de pathos sans logos, renforcée par l'usage de ce que les psychanalystes appellent "le transfert" (le mot n'est pas très heureux et il ne faut pas prendre sa signification au pied de la lettre), qui valorise et souligne des points de résonance de pathos à pathos.
De plus, les psychanalystes sont d'abord des gens qui ont fait une psychanalyse, puis qui rempilent en devenant psychanalystes. A la différence des médecins qui utilisent une science, ils utilisent au premier chef une expérience vécue, conçu et voulue comme dressage et qualifiée de "formation". Et si on compare les rempilés entre eux, par exemple, rempilé de caserne, d'école, de psychanalyse, le risque de déformation professionnelle, que le rempilage comporte dans tous les cas, mais à des degrés divers, a aussi des formes différentes.
Quand les gens sont soumis à une influence qui les contraint et les marque fortement, dans certains cas, ils ne s'en cachent pas, et déclarent simplement qu'ils ne sont pas disponibles parce que telle obligation professionnelle, scolaire, ou de service militaire accapare leur vie. Mais cet accaparement est généralement masqué chez les gens qui fréquentent les psys, ce qui pose le problème de le démasquer. J'ai entendu dire que les lacaniens se reconnaissaient à ce qu'ils plaçaient le complément indirect avant le complément direct. Je n'en suis pas sûr et préfère partir de l'observation en réservant l'explication. C'est pour avoir observé des centaines de fois les glissements que je signale que je me suis demandé ce qui les produisait.



Accessoirement substantifier a été utilisé en matière grammaticale. Le Robert le signale comme une forme ancienne, mais cela me parait plus simple de l'utiliser que de dire substantifier en substantivant, qui m'aurait semblé un peu cuistre.

#6 10/07/2008 11:51

Anne345
259 message(s)
Langue française Je pense donc je suis la conversation

Ouah !
Je n'ai pas compris parce qu'il y a des mots que mon dictionnaire ne connait pas dans ce contexte (homologie...), mais en tout cas, comme on dit "ça en jette" !

#7 10/07/2008 13:19

Portia
147 message(s)
Langue française Je pense donc je suis la conversation

Pour moi

Je pense donc je suis la conversation

est un jeu qui s'inspire des contraintes de l'Oulipo.  Cela ressemble un peu à des amalgames comme l'alexandrin greffé.  Ici on utilise une citation très connue au début et faute de mieux on lui attache une expression banale.  Cela ne vole pas bien haut.

Au mieux avec ce genre de phrases on a un calembour et un sourire entre initiés ; au pire on a des digressions pédantes et parfois une recherche volontaire d'obscurité ce qui déconcerte et met mal-à-l'aise l'interlocuteur.

Dernière modification par Portia (10/07/2008 13:21)

#8 10/07/2008 16:44

Jehan
754 message(s)
Langue française Je pense donc je suis la conversation

Bonjour, Putakli.

Merci de vos explications. Toutefois...

Il est exact que "substantifier", à l'époque de Vaugelas, était en grammaire un synonyme de "substantiver". Son sens moderne et philosophique étant tout autre ("transformer une idée en substance"), je suis étonné qu'un pourfendeur des équivoques langagières tel que vous ait pu prendre le risque de l'employer dans notre discussion. Utiliser le mot non équivoque "substantiver" ne vous obligeait nullement à écrire "substantifier en substantivant". . Justement parce que la substantivation de l'adjectif "beau" ne le transforme nullement en substance, mais en idée. C'est donc tout le contraire.

Tous ceux qui font des jeux de mots et se livrent à la libre association  ne sont pas forcément des psychanalysés ou des psychanalystes, tout de même ! Ce qui produit ces glissements chez l'individu lambda ? C'est tout bêtement la liberté de l'imagination, l'esprit ludique se moquant de l'excès de sérieux. Plus le pontife pontifie, plus il risque de déraper sur les facétieuses peaux de bananes des auteurs de calembours.  Le langage n'a pas qu'une stricte fonction utilitaire. Quant à exiger une illusoire et constante rationalité du discours...  Demandez aux poètes ce qu'ils en pensent.

#9 10/07/2008 16:46

Putakli
158 message(s)
Langue française Je pense donc je suis la conversation

Bonjour Anne 345,
Merci pour le compliment.
Je dis "homologie" pour dire : homonymie déchainée, incontrôlée et illimmitée, comme on dit "démagogie", par exemple.

#10 10/07/2008 17:34

Jehan
754 message(s)
Langue française Je pense donc je suis la conversation

Si je comprends bien...

Tout comme "franglais" (contraction de "français-anglais"), votre mot "homologie" est  ce qu'on appelle un mot-valise, une contraction de "homonymie-démagogie". Difficile donc de deviner son sens à première vue, d'autant plus que le "(a)gogie" est devenu "logie" dans le télescopage. Et par-dessus le marché, il se trouve malencontreusement homonyme d'un terme déjà utilisé en mathématiques. Ces néologismes personnels que vous semblez affectionner ne facilitent pas une communication claire avec le lecteur...
Je croyais pourtant que c'était l'un de vos soucis les plus constants.

Homonymie "déchaînée, incontrôlée et illimitée"... Bigre. Vous ne croyez pas que c'est vous qui lâchez trop la bride à vos adjectifs, en l'occurrence ?

Dernière modification par Jehan (10/07/2008 17:39)