Je suis étonnée de ne voir aucun fil à ce sujet, qui a pourtant ouvert pas mal de polémiques sur la toile.
Fin mai, aurait été découvert un texte inédit de Rimbaud nommé le Rêve de Bismarck, publié sous le pseudonyme de Jean Baudry dans "Le progrès des Ardennes" en 1870.
Le texte :
Le rêve de Bismarck
C'est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite ; de son immense pipe s'échappe un filet bleu.
Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de l'ongle, il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg : il passe outre.
A Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées, et s'arrête…
Triomphant, Bismarck a couvert de son index l'Alsace et la Lorraine !
- Oh ! sous son crâne jaune, quels délires d'avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse !
Bismarck médite. Tiens ! un gros point noir semble arrêter l'index frétillant. C'est Paris.
Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, enfin, de s'arrêter… Le doigt reste là, moitié plié, immobile.
Paris ! Paris ! Puis, le bonhomme a tant rêvé l'œil ouvert, que, doucement, la somnolence s'empare de lui : son front se penche vers le papier ; machinalement, le fourneau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s'abat sur le vilain point noir…
Hi ! povero ! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s'est plongé dans le fourneau ardent… Hi ! povero ! va povero ! dans le fourneau incandescent de la pipe…, Hi ! povero ! Son index était sur Paris !… Fini, le rêve glorieux !
Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate !
- Cachez, cachez ce nez !
Eh bien ! mon cher, quand, pour partager la choucroute royale, vous rentrerez au palais avec des cris de dames, dans l'histoire, vous porterez éternellement votre nez carbonisé entre vos yeux stupides.
Voilà ! fallait pas rêvasser !
D'après ce que j'ai compris, la polémique aurait été lancée par Raphaël Zacharie qui prétendait ce texte comme étant faux.. hypothèse démentie par les spécialistes, il me semble. J'ai trouvé ceci à son sujet, où il critique de manière assez virulence l'actuelle renommée de Rimbaud.
Quelques extraits :
J'ose affirmer que le «Bateau ivre» ne serait qu'une grossière mais efficace plaisanterie de Rimbaud. Au plus ces vers ne seraient que des banales élucubrations, des divagations égocentriques, des masturbations d'un auteur en mal de mal-être. Il était à la mode à l'époque de Rimbaud de jouer les poètes maudits et incompris, à la pensée éthérée, hermétique (en un autre temps pas si éloigné de Rimbaud, il était de bon ton pour les marquises et les dames du monde d'avoir des "vapeurs "). Le «Bateau ivre» n'est que le Veau d'Or de la poésie : une incommensurable hérésie.
Il suffit qu'un recueil de baragouinages soit signé "RIMBAUD" pour que d'éminents spécialistes se persuadent de sa très haute valeur littéraire. L'auto-suggestion fonctionne à merveille. N'ayant rien à dire sur le fond, ils rédigent d'élogieuses pirouettes contribuant à donner encore plus de lustre aux "pages immortelles" qui décidément, ne les inspirent pas plus que ça... Au vide rimbaldien ils répondent par le vide de l'exégète. Remarquons que l'auteur Jacques Rivière s'en sort ici assez grossièrement. Il ne dit rien, n'éclaire pas, ne sait rien lui-même sur le texte de Rimbaud. Il se contente de justifier les vers rimbaldiens par des phrases oiseuses qui en disent long sur son habileté à retourner les situations les plus improbables. Ou l'art d'interpréter un texte absurde pour en faire un phénomène littéraire... Admirons ce déploiement de vent au sujet de Rimbaud.
Beaucoup de blogs, de site d'informations ont annoncé la nouvelle, contredite par cette homme, notamment ici Mes recherches n'ont pas été poussées - et l'événement pas assez médiatisé - pour savoir si, réellement, ce texte est de Rimbaud ou non...
Qu'en pensez-vous?
Le moins qu'on puisse dire c'est que cette “découverte” est tombée à pic pour promouvoir je ne sais plsu quel film, dont le metteur en scène “aurait” trouvé cet article du Journal des Ardennes à......... Charleville, dans un grenier !!!!!!!!!!
Quant à Raphaël que j'appelle familièrement Raffy, il maintient tantôt que c'est vrai tantôt que c'est faux, selon les groupes ou forums où il écrit. Il ne faut pas tout-à-fait le prendre au sérieux
Et je croise les doigts pour toi demain, chère Pléo
Envoie-moi tes (excellentes) notes dès que tu peux 
Bonsoir Pleonasme,
Le rêve de Bismarck
C'est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite ; de son immense pipe s'échappe un filet bleu.
Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de l'ongle, il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg : il passe outre.
A Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées, et s'arrête…
Triomphant, Bismarck a couvert de son index l'Alsace et la Lorraine !
- Oh ! sous son crâne jaune, quels délires d'avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse !
Bismarck médite. Tiens ! un gros point noir semble arrêter l'index frétillant. C'est Paris.
Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, enfin, de s'arrêter… Le doigt reste là, moitié plié, immobile.
Paris ! Paris ! Puis, le bonhomme a tant rêvé l'œil ouvert, que, doucement, la somnolence s'empare de lui : son front se penche vers le papier ; machinalement, le fourneau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s'abat sur le vilain point noir…
Hi ! povero ! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s'est plongé dans le fourneau ardent… Hi ! povero ! va povero ! dans le fourneau incandescent de la pipe…, Hi ! povero ! Son index était sur Paris !… Fini, le rêve glorieux !
Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate !
- Cachez, cachez ce nez !
Eh bien ! mon cher, quand, pour partager la choucroute royale, vous rentrerez au palais avec des cris de dames, dans l'histoire, vous porterez éternellement votre nez carbonisé entre vos yeux stupides.
Voilà ! fallait pas rêvasser !
Pour moi, Rimbaud n'aurait jamais écrit cela. Soit il aurait été sérieux, et il n'aurait jamais écrit aussi platement, avec autant de répétitions et de platitudes (que j'ai soulignées). Soit il aurait été ironique (tout à fait concevable !), mais dans ce cas, le style aurait été beaucoup plus flamboyant !
Muriel
Ah je n'ai pas entendu parler du film! Je trouve ce Raphaël assez étrange mais ce qu'il doit est parfois pertinent, même si c'est faux. Léah, avez vous quelques liens de discussions où il défend la véracité de ce texte? Cela m'intéresse !
Muriel, je suis loin d'être à même de reconnaître un texte de Rimbaud à une simple lecture, et encore moins à même de l'analyser.. Mais ce que vous avez mis en gras, retient mon attention. Nos poètes sont-ils si reconnus qu'on ne peut leur attribuer de mauvais textes, répétitifs et peu novateurs, aujourd'hui ?
J'aime beaucoup les poèmes rimbaldiens en général, mais faut-il classifier sa manière d'écrire au point de savoir reconnaître quel texte est de lui ?
[Léah, ne vous inquiétez pas, je vous tiendrai au courant pour mon bac, mais il ne faut pas non plus s'attendre à des merveilles !
]
Dernière modification par Pleonasme (03/07/2008 23:06)
Je ne sais pas... J'ai lu, comme beaucoup, son œuvre, mais j'ai lu aussi tous ses manuscrits publiés récemment, et toute sa correspondance. Il y a un monde entre la qualité littéraire de son œuvre et celle de sa correspondance... mais de là à supporter de lui des phrases comme celle-ci :
Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, enfin, de s'arrêter… Le doigt reste là, moitié plié, immobile.
je n'y crois pas trop... Mais c'est bien sûr personnel...
Quand on a 16 ans, on n'est pas encore maître!
Quel style: Quel contenu!!
Il ne triomphe que plus tard (avant 1877, avec Verlaine)
Ma bouche s'accouple souvent à sa ventouze
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.
C'est l'olive pâmée et la flûte câline
C'est le tube où descend la céleste praline
Chanaan féminin dans les moiteurs éclos.
il paraît que ce soit une parodie de l'Idole d'Albert Mérat.
Muriel.
J'ai écrit mon post en même temps que le tien.
Son ton ironique n'est pas dirigé vers toi!
Sans t'avoir lu, je trouve qu'il correspond assez bien avec
Il y a un monde entre la qualité littéraire de son œuvre et celle de sa correspondance.
En ce qui concerne les tercets, je ne les trouve pas de très haute volée.