#1 30/06/2008 13:44

June Mallory
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Entraide scolaire et méthode Diderot, Entretien d'un philosophe avec la maréchale de *** - Thèse de la maréchale

Bonjour,
ce texte se trouve dans mon corpus pour l'oral de l'EAF (de :
Diderot: "Il faudra que je reprenne les choses d'un peu plus haut" à
Diderot : "C'est la chose, si les abus en sont inséparables")
Voici le plan que j'ai fait:
I) Deux personnages, deux thèses opposées
   a)La Maréchale
   b)Diderot
II) Les intérêts du dialogue
   a) Divertir le lecteur
   b) La stratégie argumentative de Diderot ( surtout avec le dialogue socratique)

Pourriez vous me dire ce que vous en pensez, et me donner quelques pistes d'interprétation concernant la thèse de la Maréchale et le divertissement du lecteur?


DIDEROT. - Il faudra que je reprenne les choses d'un peu plus haut.
LA MARÉCHALE. - De si haut que vous voudrez, pourvu que je vous entende.
DIDEROT. - Si vous ne m'entendiez pas, ce serait bien ma faute.
LA MARÉCHALE. - Cela est poli ; mais il faut que vous sachiez que je n'ai jamais lu que mes heures, et que je ne suis guère occupée qu'à pratiquer l'Evangile et à faire des enfants.
DIDEROT. - Ce sont deux devoirs dont vous vous êtes bien acquittée.
LA MARÉCHALE. - Oui, pour les enfants ; vous en avez trouvé six autour de moi, et dans quelques jours vous en pourriez voir un de plus sur mes genoux   ; mais commencez.
DIDEROT. - Madame la maréchale, y a-t-il quelque bien, dans ce monde-ci, qui soit sans inconvénient ?
LA MARÉCHALE. - Aucun.
DIDEROT. - Et quelque mal qui soit sans avantage ?
LA MARÉCHALE. - Aucun.
DIDEROT. - Qu'appelez-vous donc mal ou bien ?
LA MARÉCHALE. - Le mal, ce sera ce qui a le plus d'inconvénients que d'avantages ; et le bien, au contraire, ce qui a plus d'avantages que d'incon¬vénients.
DIDEROT. - Madame la maréchale aura-t-elle la bonté de se souvenir de sa définition du bien et du mal ?
LA MARÉCHALE. - Je m'en souviendrai. Appelez-vous cela une définition ?
DIDEROT. - Oui.
LA MARÉCHALE. - C'est donc de la philosophie ?
DIDEROT. - Excellente.
LA MARÉCHALE. - Et j'ai fait de la philosophie !
DIDEROT. - Ainsi, vous êtes persuadée que la religion a plus d'avantages que d'inconvénients ; et c'est pour cela que vous l'appelez un bien ?
LA MARÉCHALE. - Oui.
DIDEROT. - Pour moi, je ne doute point que votre intendant ne vous vole un peu moins la veille de Pâques que le lendemain des fêtes, et que de temps en temps la religion n'empêche nombre de petits maux et ne produise nombre de petits biens.
LA MARÉCHALE. - Petit à petit, cela fait somme.
DIDEROT. - Mais croyez-vous que les terribles ravages qu'elle a causés dans les temps passés, et qu'elle causera dans les temps à venir, soient suffi¬samment compensés par ces guenilleux avantages-là ? Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue la plus violente antipathie entre les nations. Il n'y a pas un musulman qui n'imaginât faire une action agréable à Dieu et au saint Pro¬phète, en exterminant tous les chrétiens, qui, de leur côté, ne sont guère plus tolérants. Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue, dans la même contrée, des divisions qui se sont rarement éteintes sans effusion de sang. Notre histoire ne nous en offre que de trop récents et de trop funestes exemples. Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue, dans la société entre les citoyens, et dans la famille entre les proches, les haines les plus fortes et les plus constantes. Le Christ a dit qu'il était venu pour séparer l'époux de la femme, la mère de ses enfants, le frère de la sœur, l'ami de l'ami ; et sa prédiction ne s'est que trop fidèlement accomplie.
LA MARÉCHALE. - Voilà bien les abus ; mais ce n'est pas la chose.
DIDEROT. - C'est la chose, si les abus en sont inséparables.

Dernière modification par Muriel H. (30/06/2008 13:48)