#21 29/06/2008 13:34

JSC
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Littérature française Jules Barbey d'Aurevilly

Quels sont les auteurs, ses contemporains, qui partage ce premier plan? Et au deuxième plan, vous reléguez qui?

quels sont les critères objectifs de jugement critique qui permet à un auteur d'accéder "au premier plan"?

Le Rideau Crimoisé.
Pensées ad hoc, largement à partir de ma culture générale:
7 cordes de ma lyre: Orphée est réputé d'avoir porté la lyre de 5 à 7 cordes. Il est musicien et....poète. S'attribuer ces 7 cordes est aussi s'attribuer des dons de poète.
Ce niais de Goethe. Ce n'est pas en vilipendiant un autre auteur que l'on gagne en distinction soi-même.
Imiter le Maréchal de Saxe. Hors sa prouesse militaire, il avait innombrables maîtresses.
Mes plaisirs de mauvais sujet: un de ses innombrables euphémismes.
Pour qui est obligé comme je l'étais alors, d'y demeurer. C'était certainement la pire garnison où le hasard - que je crois le diable toujours, à ce moment-là ministre de la guerre - pût m'envoyer pour mon début. Tonnerre de Dieu! quelle platitude! Je ne me souviens pas d'avoir fait nulle part, depuis, de plus maussade et de plus ennuyeux séjour. Snobisme parisien.
Uniforme/ville/appartement/ennui : que des longueurs.
Lovelace de fatuité: référence à un personnage de "Les Mémoires du Diable" de Frédéric Soulié, 1838. (L'action du Rideau a lieu aux alentours de 1815+35 =1850. JBd'A écrit en 1874.
Tous ces hyperboles pour la main d'Albertine (Alberte). Qu'est-ce que peut générer une bise?
Infante Espagneule de Velasquez. Portraits..
Parquet point d'Hongrie. http://www.parquet-beaudry.be/pages/g/ag1.htm
Elle n'avait rien de ces peurs vulgaires et osées: expression libertine et euphamistique pour 'conforme aux coutumes de la bonne société'!
Alberte se livre au Vicomte: rien de femme sur piédestal dans cela.
enlevée par les lèvres qui pénétraient les siennes en contradiction avec Et moi qui essayais d'être aussi impénétrable qu'elle,  ?
Sept Dormants -7-
Fuir tout Chamboran. Phrase reprise en Un Dinêr chez les Athées.
Hussard.
Quand elle venait ainsi, ma première caresse, mon premier mouvement d'amour était pour ses pieds. Féthischiste?
On ne pouvait pas cacher la mort; mais le déshonneur, prouvé par le cadavre chez moi, n'y avait-il pas moyen de le cacher?... Question hyper morale.
et on est toujours sentimental à dix-sept ans. Est-ce une raison pour laquelle les garçons de 17ans apprécient cette histoire?

Les interruptions du narrateur dans le conte me semble assez irritantes. Le récit du Vicomte n'avait guère besoin d'un encadrement assez lourd de légerté!

Récit assez gothique d'ailleurs. Mais ma réaction hésite entre l'amusement et le dédain.

Dernière modification par JSC (29/06/2008 16:39)


La moralité moderne veut que l'on accepte les normes de son époque. Qu'un homme cultivé puisse les accepter me semble la pire des immoralités. (O. Wilde)

#22 29/06/2008 14:56

Jérémy
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Littérature française Jules Barbey d'Aurevilly

JSC a écrit :

Quels sont les auteurs, ses contemporains, qui partage ce premier plan? Et au deuxième plan, vous reléguez qui?

quels sont les critères objectifs de jugement critique qui permet à un auteur d'accéder "au premier plan"?

Les auteurs de l'époque qui trouvent que Barbey est un auteur de premier plan sont ni plus ni moins Baudelaire, Huysmans, Péladan, Bloy, Verlaine, Rémy de Goncourt, lorrain, Maupassant, Proust...

Ceux qui le mettent en second plan sont Hugo, Flaubert, Zola. Mais leurs critères renferment souvent une contre-critique souvent mal fondée et en dehors du texte (Zola critique que Barbey ait retiré son oeuvre, Les Diaboliques, pour satisfaire la censure ; Flaubert voit en lui un concurrent et un ennemi de "pays", Hugo n'a pas apprécié les critiques de ce dernier à son égard et répond viscéralement par le sobriquet : "Barbey d'or vieilli"...)

Pour répondre à la dernière question, je donne deux définitions à l'écrivain.

Il y a celui qui écrit comme il lit : il se met dans la tête du lecteur.

Il y a celui qui écrit en ayant ce recul : il se moque de l'esthétique de la réception. Jusqu'au bout.

A partir de là, j'ai noté que la seconde posture nourrissait la définition du grand écrivain : celui dont les oeuvres offrent plusieurs lectures. Barbey répond non seulement à cette posture mais il répond aussi à la définition balzacienne du grand écrivain : celui qui mêle l'image à l'idée et l'idée dans l'image, et la "seconde vue" qui permet de "voir" avant les autres.
Enfin, peut-être le grand écrivain est celui dont l'oeuvre peut se lire à voix haute. Poésie signifie création, après tout ; Et de style oral, il n'y a peu dans ses récits toujours appliqués.


J'ai fait de l'encre mon sang.

#23 29/06/2008 15:32

JSC
6115 message(s)
Littérature française Jules Barbey d'Aurevilly

Péladan, Bloy, Verlaine, Rémy de Goncourt, Lorrain

, sont-ils aussi de premier plan??? Que vaut leur jugement?

Par contre Zola, Hugo, Flaubert.... On a vu beaucoup d'avances et modernité grâce à leurs écrits.

Pour information (car j'ai vu utiliser le mot trois fois récemment dans des contextes divers) Péladan, Bloy, Verlaine, Rémy de Goncourt, lorrain]
VISCÉRALEMENT.
{VISCERE}


(Un lien édité.)

Dernière modification par webmestre (29/06/2008 15:37)

#24 29/06/2008 15:46

Jérémy
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Littérature française Jules Barbey d'Aurevilly

On peut aussi discuter des oeuvres de Hugo ou de Zola (deux écrivains que je trouve surestimés ; Flaubert par exemple ne trouvait rien de génial dans Les Misérables : a-t-il la légitimité nécessaire pour en parler cette fois ? Est-il de premier plan pour pouvoir critiquer qu'une telle oeuvre ne mérite pas d'être au premier plan ?)

Un écrivain n'est pas un critique littéraire.
Un critique littéraire n'est pas un écrivain.

Pour les critères littéraires, je crois avoir dit ce que j'en pensais au-dessus.

Merci pour la remarque avec Viscéralement qui est un joli mot

#25 29/06/2008 16:08

JSC
6115 message(s)
Littérature française Jules Barbey d'Aurevilly

Jérémy a écrit :

Un écrivain n'est pas un critique littéraire.
Un critique littéraire n'est pas un écrivain.

Très juste. 
N'empêche que beaucoup d'écrivains au XIXème furent aussi journalistes, voire critiques artistiques.
Baudelaire.
Zola 1866.
Puis JBd'A!! 26 vols de critique littéraire. donc peut-être pas écrivain?

#26 29/06/2008 16:17

Muriel H.
2461 message(s)
Littérature française Jules Barbey d'Aurevilly

Bonjour à tous,

Trouvé dans Littérature française, Larousse (oui, ça date... (1949...)), tome second, page 352 :

[...]
Alors on aima ses romans, [de Barbey] « où les évènements, disait-il lui-même, sont aussi étonnants que les personnes » : des aventures inouïes, des histoires « diaboliques », des voluptés « torréfiantes », des passions « électriques », subites comme l'éclair, et plus fortes toujours que la mort ; des voluptés effroyables, d'extraordinaires prouesses physiques ; des conspirations gigantesques, des duels effarants, des funérailles inouïes, — des fous sublimes, des réprouvés formidables, des femmes qui sont des démons sensuels ou des anges de pureté, des prêtres apostats, de sombres athées, des mendiants tragiques, des sorcières..., tout un cortège de visions « frénétiques » et de « gueulades lyriques », dont, dès le lendemain de 1830, une partie du public français s'était lassé. C'est sur ce ton, et avec ce style que Flaubert [c'est moi qui souligne] débuta ; ses essais de jeunesse ont bien de la ressemblance avec les œuvres de la maturité de Barbey d'Aurevilly. [...]

Recopié avec mon index, comme ça, juste pour lecture...

Muriel

#27 29/06/2008 16:31

JSC
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Littérature française Jules Barbey d'Aurevilly

Muriel H. a écrit :

C'est sur ce ton, et avec ce style que Flaubert [c'est moi qui souligne] débuta ; ses essais de jeunesse ont bien de la ressemblance avec les œuvres de la maturité de Barbey d'Aurevilly. [...]

Merci pour cet aperçu, Muriel. Heureusement, flaubert a su progresser!

Pour ce qui concerne Octave Mirbeau sur les deux auteurs1882.
Je dois maintenant lire Une Histoire sans Nom.

#28 29/06/2008 16:35

Jérémy
588 message(s)
Littérature française Jules Barbey d'Aurevilly

JSC a écrit :

Jérémy a écrit :

Un écrivain n'est pas un critique littéraire.
Un critique littéraire n'est pas un écrivain.

Très juste. 
N'empêche que beaucoup d'écrivains au XIXème furent aussi journalistes, voire critiques artistiques.
Baudelaire.
Zola 1866.
Puis JBd'A!! 26 vols de critique littéraire. donc peut-être pas écrivain?

J'aime bien débattre avec toi !

Il existe des critiques littéraires qui ont été écrivains bien sûr : Huysmans, Baudelaire, ce qui les rend d'autant plus "forts" car cela demande un recul par rapport à la réception et au support artistique.
Reste à savoir si lorsqu'ils critiquent ces oeuvres, ces écrivains le font avec leur regard de critique, ou avec leur regard artistique. Je considère comme Baudelaire qu'un artiste remplit tjrs une dualité.

JSC a écrit :

Par contre Zola, Hugo, Flaubert.... On a vu beaucoup d'avances et modernité grâce à leurs écrits.

Depuis quand la modernité serait-elle un critère artistique de premier plan ?

Dernière modification par Jérémy (29/06/2008 16:40)

#29 29/06/2008 17:29

Alph
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Littérature française Jules Barbey d'Aurevilly

Le dédain pour répondre à celui de l'auteur... Si cela ne tient pas de la pose...

Je ne vois pas en quoi les jugements de Flaubert, Zola et Hugo, dont je ne remets pas en cause le talent, mais dont la prééminence s'est peut-être décidée sur un consensus démocratique, selon l'orientation idéologique et les postulations littéraires des intellectuels, comme c'est souvent le cas, prévaudraient sur ceux de Rémy de Gourmont, Bloy ou Huysmans. Si ces noms laissent sceptiques, il y a certes Proust et Baudelaire. Mais quel besoin de ces grands noms? Qui ne voit pas qu'il existe un courant sous-terrain de la littérature, refusant le matérialisme (et donc le naturalisme), un courant volontiers chrétien et fort peu humaniste (ajoutons Villiers de L'Isle Adam pour brosser le panorama de l'époque)? Il était fatal que des gens comme Zola ou Hugo n'apprécient pas et tentent de lui faire rentrer la tête dans les épaules. ça ne tient pas qu'à une question de qualité littéraire. A partir de là, les opinions des uns et des autres...

En revanche, il est parfaitement concevable que le mépris et l'affectation permanente de Barbey d'Aurevilly puissent agacer. La littérature véhicule parfois des poses - tu as eu raison JSC d'écrire qu'elles ne confirment pas le génie -, celle de Barbey d'Aurevilly manque à cet égard de discrétion. Oui, la pique adressée à Goethe n'est pas justifiée et elle est d'un goût brutal, mais pourquoi en tenir grief à l'auteur? Céline s'est moqué de Goethe aussi... et alors? Le narrateur est un personnage de l'histoire, on n'est pas obligé d'être d'accord avec ses jugements péremptoires d'ancien soldat - ni même de les relever. Quel intérêt d'ailleurs? Ce n'est pas la critique de Goethe qui rend Barbey d'Aurevilly si précieux. Par contre, ce genre d'éléments indiquent une ambiance, un milieu social, participent d'un portrait moral.

Je ne suis pas un inconditionnel, mais le rideau cramoisi m'a troublé, et je n'ai pas 17 ans. La femme est mise sur un piédestal à cause de son audace (la main sous la table): c'est elle qui domine le jeu de séduction. Elle décide, il suit. La virilité lui appartient. Son silence obstiné est censé frapper les esprits. Elle cache tout, ne dévoile rien. Il n'y a pas eu de dialogues préalables dans cet amour à la dérobée. Elle est muette. Il n'y a pas d'explication décisive au terme de la nouvelle. Le lecteur reste sur sa faim mais s'en trouve paradoxalement satisfait: la nature humaine n'est pas mise à nu, elle est évoquée sans excès de psychologie, sans tenter de donner un sens à tout, de tout expliquer. Le monde reste plein de mystères, d'énigmes. Voilà en quoi il s'oppose au naturalisme.

Dernière modification par Alph (29/06/2008 17:45)


Je suis roi, la raison est mon fou.

#30 29/06/2008 17:38

JSC
6115 message(s)
Littérature française Jules Barbey d'Aurevilly

Jérémy a écrit :

Depuis quand la modernité serait-elle un critère artistique de premier plan ?

Philosophiquement parlant, la modernité est avant tout le projet d’imposer la raison comme norme transcendantale à la société.
Baudelaire a affirmé : "La modernité, c'est le fugitif, le transitoire, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable."  Le Peintre de la vie moderne,
Sans modernisme, tout stagne.
Il me semble aller de soi que l'on ne peu guère évaluer l'art contemporain sans prendre en compte....la modernité!


Alph a écrit :

Le dédain pour répondre à celui de l'auteur... Si cela ne tient pas de la pose...

Le mot est peut-être maladroit. Je ne trouvais pas la bonne expression pour exprimer ma réaction "bof" après lecture de ce charmant récit. "Charmant"? P^robalement dans l'absolu, mais moi, je ne fut pas charmé. Élégant? Oui; comme les conversations souvent creuses de la "bonne société" à la fin du siècle, où tous les empires furent en train de se dissoudre, tout en parlant élégamment dans les salons de bonnes femmes.

Céline s'est moqué de Goethe aussi... et alors?

C'est censé à me faire aimer davantage cet esprit noir?

Le narrateur est un personnage de l'histoire,

Dans les deux cas (Voyage de Céline et le Rideau de JBd'A, le personnage est aussi l'auteur. Quand Hitchcock se met en scène, c'est d'une très grande discrétion.

..... ce genre d'éléments indiquent une ambiance, un milieu social, participent d'un portrait moral.

Peux-tu approfondir?

Je ne suis pas un inconditionnel, mais le rideau cramoisi m'a troublé, et je n'ai pas 17 ans. La femme est mise sur un piédestal à cause de son audace (la main sous la table): c'est elle qui domine le jeu de séduction. Elle décide, il suit.

Je ne crois pas que nous avons la même compréhension du concept piédéstalistique. La femme dans un certain genre de littérature, surtout du XIXème (Pré-raphaelite, par exemple) est considérée comme un objet de désir, non pas un corps à prendre. On l'admire de loin, comme on admirait une statue...sur piédéstal. Son hauteur lui donne une ascendance sur le mâle, son irreprochabilité une source de frustration. (Voir Vénus en fourures). Quand les deux se rencontrent, les étreintes amoureuses dans les règles de l'Art ne seraien pas à exposer dans les romans 'corrects'.
L'indécence de JBd'A est presque pornographique (et en effet attira l'ire du censeur de l'époque.)

Son silence obstiné est censé frapper les esprits. Elle cache tout, ne dévoile rien. Il n'y a pas eu de dialogues préalables dans cet amour à la dérobée. Elle est muette.

Un soldat, même cultivé, ne sait pas forcément s'exprimer, ni een parlant, ni en écrivant (voir par exemple lma lettre du Colonel).
Albertine ne peut pas parler devant ses parents. "Les enfants sont à regarder non pas à entendre parler".
{Alberte, féminisation d'Albert, est d'ailleurs une façon pour l'auteur de suggérer un désir homosexuel.}
Il me semble pas juste de parler d'amour quand il s'agit plutôt pour le Vicomte d'une première attraction. Il dit lui-même qu'il a connu l'amour par la suite, mais ne traite nullement ALberte comme "aimée".

En terminant, je voulais féliciter la qualité de ton post.