Porte
Cette porte me nargue. Elle est là, accrochée de tout son long au mur. Elle s'étale, elle s'installe dans mon espace. Je suis sur le mur d'en face, la regardant. Parfois je lui tourne le dos, je crois qu'elle se moque. Cette porte me nargue.
La poignée aussi. Elle est là, ronde, lisse, prête à être saisi. Elle n'attend que ça.
Et moi j'attends. J'ai toujours attendu. Je connais les murs de mon espace par coeur, les moindres fêlures, les infimes reliefs, les fosses, les abysses et les monts. Mes murs sont mon monde, mon royaume. Je les caresses, je les contemple. Ils sont rassurant. Ils n'ont pas ce regard qui m'effraye chez la porte. Ils n'ont pas ce mystère.
Je suis là et j'attends.
Parfois je m'endors. Je vois des images qui ne sont pas mes murs. Il y a des bosses, des creux, et d'autres choses que je ne connais pas. Au réveil, je ne pense plus à mes images. Je me lève et vais voir mes murs. Mais un jour, dans mes images j'ai vu quelque chose de différent. C'était quelque chose de nouveau, une image sans sens aucun, absurde, idiote, et pourtant...
Alors maintenant je suis là et j'attends. Je me demande si je vais essayer. J'hésite. Et puis il y a cette poignée, si lisse, si ronde, si prête à être saisi ; attendant de tout son long, avec la porte. Alors j'hésite.
Pourtant...
Dans un sursaut je me lève. Mes pas défilent, s'enfilent, caresse ce sol que j'ai tant foulé. Des ombres passent sur mes murs. Nuit sur mon royaume. Puis mes pieds s'emballent ; je cours. Mon mondes balancent devant moi. Je tend ma main et caresse mes murs, je sens les bosses, les creux, les abysses et les monts.
La porte.
Je n'ai jamais été aussi près.
J'hésite. J'ai peur. Je frissonne. Elle est là, souveraine. Je crois n'être plus le roi.
J'attends. Mon monde est en balance. L'instant d'une éternité ; j'hésite. Des voix dans ma tête hurlent, je ne sais que choisir.
J'attends. Je regarde en arrière. Mes murs sont tristes, leurs ombres s'étalent de tout leurs long sur eux. Un sourire fend mon visage et dans un geste je saisi la poignée. Sans réfléchir, je tourne, je tourne, j'ouvre la porte, je fais un pas, je voyage. Je voyage.