#1 25/05/2008 19:04

Gibran
2 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Je viens de terminer la lecture de l'Étranger de Camus (Oui, je commence seulement à m'intéresser à la littérature française).
Malgré les opinions négatives envers Meursault, personnellement, je trouve qu'il est quand même victime dans ce livre, vous ne trouvez pas ?
Par exemple, ce n'est pas parce qu'il ne pleure pas à l'enterrement de sa mère qu'il est forcément sans coeur ou insensible.
Mais d'un côté, cette histoire du soleil qui lui tape sur le visage et qu'il la obligé a tirer sur l'Arabe ne me pas convaincue !

Bref, je voudrais savoir si vous pensiez comme moi ou pas. Si vous étiez présents à son procès, vous auriez défendu ou accusé Meursault ?

#2 25/05/2008 20:03

babylone
87 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

ça fait longtemps que j'ai lu l'étranger, et je vais laisser d'autres répondre plus précisément ; mais face à ton post, j'avais envie de réagir. Je pense qu'il ne faut pas forcément réfléchir à l'histoire sur ce degré-là : ce n'est pas une enquête policière, et l'histoire du soleil qui tape ne sert pas juste à légitimer son geste ; c'est aussi un moyen de créer une image forte, poétique, symbolique.
Camus a aussi écrit Le mythe de Sysiphe, que je connais mieux : le mythe de Sisyphe raconte l'histoire de cet homme qui est condamné à rouler un rocher jusqu'en haut d'une colline. Arrivé en haut, le rocher dévale la colline de l'autre côté, et Sisyphe doit recommencer. L'absurdité du monde ; l'homme déterminé par sa condition d'être humain...
je me trompe peut-être, mais je crois qu'il faut porter un regard plus général sur le roman, et chercher à voir ce que l'auteur a voulu dire sur la condition humaine.

#3 25/05/2008 21:04

LiKH
12 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Il est vrai qu'à travers L'Etranger, Camus a cherché à montrer l'absurde. Meursault ne trouve aucun sens à la vie, mais doit-on trouver un sens à la vie pour pouvoir l'apprécier? En voyant Meursault subvenir aux besoins de son corps (lorsqu'il se trouve dans la salle d'audience et qu'il ne pense qu'à la chaleur étouffante, ou avec le soleil), je me suis dit qu'il était assez spécial, il ne prend pas assez (ou trop?) de recul par rapport aux situations et surtout celles où son physique souffre.
Je pense que si j'étais à son procès j'aurais une vision neutre de lui, il ne m'inspire ni haine ni compassion. Je le comprends dans le sens où il souhaite trouver un sens à sa vie mais en même temps, je pense que le but de l'homme est de découvrir les gens, de nouvelles choses, de s'ouvrir au monde et de partager. J'ai l'impression que toutes ces choses passent à côté de Meursault (ou l'inverse^^) et c'est cela que je trouve dommage même si je suis tout à fait d'accord dans le fait que Camus a fait le personnage de cette façon pour transmettre un message.

#4 08/06/2008 22:22

pierreas
12 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

J'ai étudié ce livre cette année avec le roman et j'ai 5textes sur lui pour l'oral de français.
Comme beaucoup, lors de ma première lecture, je me suis clairement dis: "c'est quoi ce type !"
Puis les analyses en cours m'ont incroyablement aidé (normal ) et j'ai franchement été convaincu.
J'ai notamment comme texte a l'oral le passage où Meursault "tue" l'arabe.
Notre professeur nous a très bien expliqués que Meursault est victime lors de cette scène, relis le passage, tu verras bien qu'il ne tue pas, mais il subit tout au long de scène.
Par exemple il ne tire pas mais Camus utilise "la gâchette a cédé".
L'importance du soleil est aussi fondamental, il subit ce soleil parallèlement au début du roman lorsqu'il assiste à l'enterrement de sa propre mère.
Meursault ne veut pas tuer l'arabe, il est entraîné.
Quand au but de l'Homme comme tu dis, Meursault lui reste lui même et ne se conforme pas aux autres, il ne "joue" pas, il est d'une incroyable logique.
Logique, c'est je crois un caractère fondamental du personnage, logique à l'extrême même.
Il ne se conforme point au système des hommes, et reste absurde, c'est à dire que la vie de l'homme n'a pas de but précis.
Meursault est opposé a la société des hommes, il est à part, il ne fait pas comme eux, il ne fait pas semblant et reste logique: cela est manifesté par les mots, toujours juste et jamais utilisé à torts et à travers.
Il est simple, il aime la nature (la plage, les étoiles ds le dernier texte, camus parle de la "terre" au sens propre).
Il se fie à des composantes élementaires, obejectives et incontestable (la nature, la terre, les émotions) opposés aux valeurs de l'homme,corrompues, fausses et totalement subjective où l'on est obligé de "jouer" (la religion, le mariage, le tribunall)et de perdre une certaine logique chère au personnage.

Bon je me suis un peu enflammé mais c'est pour le bac de français

#5 18/06/2008 11:39

Aleksander
6 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Meursault est selon mon point de vue un criminel, le style de Camus nous laisse croire le contraire mais il ne faut pas s'y méprendre. Meursault est tout de même bien conscient de ces faits et gestes, et il ne vas pas voir l'arabe innocemment, c'est prémédité..
Bien entendu cela reste un point de vue strictement personnel.

#6 18/06/2008 12:39

Titigoth
354 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Meursault est un éternel innocent, naïf et candide. Il est gouverné par ses sens, il a un rapport sensuel aux choses. C'est pour cela qu'il a tué, il a tué car le soleil, la chaleur l'attaquaient. Il n'est pas coupable.
De plus, il refuse tous les codes sociaux, le théâtre social, les illusions du monde absurde. C'est pourquoi au début de la deuxième partie, il refuse d'entrer dans l'univers du mensonge de la justice partiale. Il refusera toujours de jouer un rôle social.


Я тебя люблю гуиллауме

#7 18/06/2008 13:05

Alph
116 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Aleksander a écrit :

Meursault est selon mon point de vue un criminel, le style de Camus nous laisse croire le contraire mais il ne faut pas s'y méprendre. Meursault est tout de même bien conscient de ces faits et gestes, et il ne vas pas voir l'arabe innocemment, c'est prémédité..

Qu'est-ce qui permet de dire ça? C'est un livre, le personnage n'existe pas en dehors de ce que l'auteur nous en montre. Si Camus ne lui prête pas d'intentions criminelles, alors c'est qu'il n'en a pas.

Sinon, personne n'a songé que, par le biais de l'absurde, Camus se livrait à un réquisitoire contre la peine de mort?


Je suis roi, la raison est mon fou.

#8 18/06/2008 14:07

Titigoth
354 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Alph a écrit :

Sinon, personne n'a songé que, par le biais de l'absurde, Camus se livrait à un réquisitoire contre la peine de mort?

Je ne suis pas convaincue que l'on puisse dire cela de Camus et de son œuvre L'Etranger. Camus tente d'expliquer à travers ce "roman" que le monde est absurde, les gens se laissent bercer par leurs illusions. Pour lui, rien n'a plus d'importance que quelque chose d'autre, rien n'a plus de valeur. Camus tente d'expliquer que tous les hommes sont condamnés à mort, donc toutes les vies se valent, la vie n'a aucun sens, l'existence est dérisoire. Donc je ne pense pas que Camus critique ici la peine de mort. Il critique les sociétés (conventions sociales et morales, rôles  théâtraux...), la justice (mensonge, injustice...), l'institution judiciaire (comédie, jeu de rôles...) mais il n'est, à mon avis, pas question d'accuser la peine de mort : tout le monde est condamné à la peine de mort.


Aleksander a écrit :

Meursault est tout de même bien conscient de ces faits et gestes, et il ne vas pas voir l'arabe innocemment, c'est prémédité..

C'est faux, Aleksander. Rien n'était prémédité dans ce "meutre". Le seul adversaire de Meursault est le soleil. Ce héros absurde agit instinctivement, tel un animal. Il se sent agressé par son ennemi et se défend. Bien sûr, il se rend vite compte qu'il a tué un homme, mais il est innocent, ce n'était pas l'Arabe contre qui il tentait de se défendre.

Le meurtre de l'Arabe est le résultat d'un "malentendu". Camus nous fait passer le message que parfois, l'existence humaine bascule dans la tragédie à cause de malentendus insignifiants : la vie est fragile, rien n'est acquis.


Fusion de vos messages : lorsque vous envoyez plusieurs messages consécutivement alors qu’il n’y a pas eu de réponses, vos messages sont regroupés. Plutôt que d’envoyer plusieurs messages à la suite, modifiez votre premier message en cliquant sur « Modifier ».

Dernière modification par webmestre (18/06/2008 14:22)

#9 19/06/2008 15:00

Aleksander
6 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Je maintiens ma position, alors pourriez vous m'expliquer pourquoi Meursault emprunte un revolver, et va à l'encontre de l'arabe tout juste après son altercation avec celui-ci ?
Je suis d'accord que Meursault ne correspond a aucun critère sociale, aucun archétype et qu'il est gouverné par ses sens.
Cependant on ne peut nier sa préméditation. Vous m'excuserez de mon entêtement mais je persiste à croire qu'il est bel et bien coupable.
N'avez vous jamais envisagé que c'est le style camussien qui nous range du côté de Meursault et qui altère notre jugement ?

Cordialement Aleksander

#10 19/06/2008 16:00

Titigoth
354 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

J'ai étudié cette œuvre au cours de l'année, Aleksander. Je vous parle en connaissance de cause. Meursault n'a pas "emprunté"  un revolver, il a pris celui de Raymond, comme pour éviter que ce dernier ait un problème. De plus, il ne va pas en l'encontre de l'Arabe, il se promenait sur la plage, le soleil et la chaleur sont devenus menaçants (toutes les métaphores concernant la douleur, les sensations, le combat le prouvent), et c'était une lutte contre ces éléments, un combat épique donc qu'il menait. Il voyait la source au loin, et désirait s'y reposer, pour échapper au soleil. S'en approchant, il fit un pas en avant, qui fut (mal) interprété par l'Arabe comme une offensive. Ce dernier sortit son couteau de sa poche, le soleil s'y reflétait et atteignit le front douloureux de Meursault tel une arme le blessant : il en conclu que l'Arabe était du côté ennemi, du soleil. Instinctivement, son doigt se pressa sur la gâchette du revolver de Raymond. Quatre coups (il y a d'ailleurs une métaphore très bien faite à la fin de ce chapitre comparant ces quatre coups tirés aux quatre coups sur la porte du malheur). J'ai écrit ce court résumé pour vous dire que Meursault n'est pas coupable (bien sûr, il a tué un homme et il en conscient), le meurtre de l'Arabe n'était en aucun cas prémédité.

En quoi le style de Camus nous forcerait-il à nous ranger du côté de Meursault ? Son écriture, pour ce livre, est extrêmement dépouillée, dénuée de sentiments, objective en tout point. Pourquoi donc serions-nous poussés à compatir et à innocenter Meursault ?

Je pense que Camus nous montre un héros absurde qui bascule dans la tragédie à cause d'un malentendu insignifiant.