Le fait que Camus dénonce les illusions humaines est ma pensée, ce n'est pas du cours bêtement appris.
Si vous lisez le texte avec une grande attention, notamment le passage du meurtre de l'Arabe, vous pourrez penser comme je pense, car grâce à tout ce que j'ai déjà bien expliqué avant, je pense sincèrement que Meursault n'est pas coupable (et cela bien avant les explications de ma prof
).
Laura Palmer a écrit :
Si tu veux aller par là, c'est un prof de fac de Lettres Modernes, qui m'a donné sa vision de L'ETRANGER en licence. Et qui nous a expliqué que personne ne s'interroge jamais sur le fait qu'un Blanc tue un Arabe, dans un roman où les personnages arabes sont inexistants.
J'ai dit que je l'avais étudié, notre prof nous en a parlé, mais c'est ma pensée que j'exprime ici depuis le début, pas celle d'une prof. Mais c'est vrai que je n'ai pas vu le problème de cette manière pendant mes lectures de L'Etranger.
Par ailleurs, je n'ai jamais dit que Camus était méchant, j'ai juste dit qu'il avait dans la tête un schéma de société où les Arabes n'étaient pas des êtres humains au même titre que les autres. Et qu'en ce sens, il a certes planté le décor de ses romans an Algérie car il aime ce pays, mais pour lui, il n'y a que des Français en Algérie, pas d'Algériens.
Faut pas oublier qu'on est 20 ans avant la décolonisation... à l'époque, pour tout le monde, même pour l'engagé de gauche qu'était Camus, l'Algérie était française, point barre.
Pour moi, il était impensable que Camus ait écrit cette œuvre avec une pensée "raciste" (je ne pense pas que ce soit le mot qui convienne). Mais tu as peut-être mis le doigt sur qqch d'important : le fait qu'il pensait peut-être qu'en Algérie, à cette époque, il n'y avait que des Français. Mais peut-on le juger comme "raciste" pour cela ? Il ne considérait peut-être pas les Algériens comme des êtres humains "à part", et j'aimerai savoir pourquoi tu penses cela. Il les considérait comme 'Algériens Français', à une époque où l'Algérie était française. Alors on ne devrait pas considérer les Corses comme des Français ? Je ne sais pas, je ne trouve pas que ça soit une forme de discrimination, au contraire même.
Je ne nie pas qu'il y a une autre interprétation, sur l'absurde du monde, etc etc. Etant moi-même enseignante (et oui...), j'ai vu LA PESTE avec mes élèves, ai parlé de L'ETRANGER, et je pense les connaître plutôt bien.
Je ne remet nullement tes connaissances en cause
.
Maintenant j'ai juste envie que certains s'interrogent sur ce qu'ils lisent... on ne se pose jamais la question de savoir si les présupposés idéologiques d'un auteur sont les mêmes que les nôtres. Et je n'ai jamais voulu te traiter de raciste, je voulais simplement te montrer que comme on t'a toujours dit que Camus était un intellectuel de gauche, tu ne t'es jamais dit qu'il pouvait éventuellement être raciste. Et comme tu es un Blanc en France, lire un roman où un Blanc tue un Arabe en Algérie ne te choque pas - et ça ne me choquait pas, moi non plus, avant que je connaisse ce prof qui nous a fait découvrir L'ETRANGER sous un autre jour. Alors qu'à l'inverse, un Arabe qui lit Camus voit tout de suite du racisme dans ses écrits...
Ce n'est pas parce que je suis Française (et encore, ce terme ne veut pas dire grand chose, puisque très peu d'entre nous peuvent affirmer qu'ils sont "100% Français") que je ne suis pas choquée par ce meurtre (ou par n'importe quelle autre violence), je l'ai été, dès ma première lecture de L'Etranger.
Bref là-dessus je m'arrête, je vois que vous prenez très mal ce que je dis, ce qui est très dommage. En tout cas la thèse de L'ETRANGER comme roman colonialiste n'est pas de moi, mais existe bel et bien, et est enseignée dans de nombreuses facultés de lettres. A bon entendeur...
Je ne prend pas mal ce que tu dis, je lis attentivement et essaie de comprendre votre point de vue (ou celui de votre ancien prof). On peut voir ce roman comme vous le voyez, plusieurs interprétations sont possibles, comme pour tout. Mais sincèrement, je ne pense pas que ce livre soit le résultat d'un profond racisme envers les Arabes de la part de Camus. Cela n'engage donc que moi, c'est un avis personnel.