#11 19/06/2008 21:06

Aleksander
6 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Je me suis mal fais comprendre, je voulais dire que Camus nous fais ranger du côté de Meursault. Enfin cela fait beaucoup de coïncidence à mon goût. Ceci dit je n'ai pas vraiment étudier le passage à fond alors je vais me ranger de votre avis, cependant une dernière question me turlupine: Pourquoi avoir tiré quatre fois de plus sur l'arabe, c'est cela que je trouve intriguant et qui me laisse croire que Meursault a l'âme d'un criminel.

Bonne soirée à tous, demain le baccalauréat l'adrénaline monte.

Cordialement Aleksander

#12 19/06/2008 23:38

Alph
129 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Je prends note de cet échange. Ce qui a été avancé à l'encontre de mon hypothèse sur la peine de mort est intéressant et pertinent. Il est vrai que la sentence n'est ici qu'un engrenage absurde parmi tant d'autres.

Le débat sur la culpabilité de Meursaut est lui-même frappé d'une absurdité; ce serait comme d'opposer quelqu'un qui veut à tout prix donner du sens (et donc supposer des motivations) à quelqu'un qui n'en voit aucun. Il est difficile de trancher.


Je suis roi, la raison est mon fou.

#13 20/06/2008 12:23

Laura Palmer
4 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Mais enfin il s'agit quand même d'un Français qui va tuer un Arabe sur la plage en Algérie, un Arabe qui ne l'a absolument pas provoqué...
Allez discuter de ce roman dans les pays d'Afrique du Nord, n'importe qui vous dira que ce roman est raciste, voire colonialiste. Meursault vit dans un monde de Blancs, et au premier Arabe qu'il rencontre, il le tue... ne peut-on pas voir ça comme l'image la plus puissante du racisme inconscient chez l'auteur blanc du 20è ?

#14 20/06/2008 18:24

Titigoth
387 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Laura Palmer a écrit :

un Arabe qui ne l'a absolument pas provoqué...
Meursault vit dans un monde de Blancs, et au premier Arabe qu'il rencontre, il le tue...

Je crois que tu n'a pas bien lu ce que j'ai écrit avant...

Laura Palmer a écrit :

ne peut-on pas voir ça comme l'image la plus puissante du racisme inconscient chez l'auteur blanc du 20è ?

A cette époque, non, ce n'était vu comme cela, désolée. Aujourd'hui, ce serait interprété comme ça, oui.


Aleksander a écrit :

Je me suis mal fais comprendre, je voulais dire que Camus nous fais ranger du côté de Meursault.

Oui oui, j'avais bien compris, ne vous inquiétez pas .

Aleksander a écrit :

cependant une dernière question me turlupine: Pourquoi avoir tiré quatre fois de plus sur l'arabe, c'est cela que je trouve intriguant et qui me laisse croire que Meursault a l'âme d'un criminel.

En effet, cette question est celle que tous les lecteurs "attentionnés" se posent, c'est une question qui reste en suspend, on ne le saura jamais. C'est vrai que c'est intrigant. Mais Meursault n'en est pas pour autant un criminel.


Alph a écrit :

ce serait comme d'opposer quelqu'un qui veut à tout prix donner du sens (et donc supposer des motivations) à quelqu'un qui n'en voit aucun. Il est difficile de trancher.

Que voulez-vous dire ? Je n'ai pas très bien saisi, désolée


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Dernière modification par webmestre (20/06/2008 20:51)


Я тебя люблю гуиллауме

#15 20/06/2008 20:23

Laura Palmer
4 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Titigoth a écrit :

Laura Palmer a écrit :

un Arabe qui ne l'a absolument pas provoqué...
Meursault vit dans un monde de Blancs, et au premier Arabe qu'il rencontre, il le tue...

Je crois que tu n'a pas bien lu ce que j'ai écrit avant...

Euh si, merci. Les explications sur l'Arabe qui a sorti le couteau (quoi de plus naturel quand on voit un Blanc arriver sur la plage et investir ton espace vital - revoyez la notion de proxémique) me semblent tirées par les cheveux, et ce n'est pas faute d'en avoir lu des dizaines. J'ai moi-même lu le roman une bonne dizaine de fois, donc pas la peine de prendre ce ton de donneur de leçons.

Titigoth a écrit :

Laura Palmer a écrit :

ne peut-on pas voir ça comme l'image la plus puissante du racisme inconscient chez l'auteur blanc du 20è ?

A cette époque, non, ce n'était vu comme cela, désolée. Aujourd'hui, ce serait interprété comme ça, oui.

Ah, parce qu'il y a une époque particulière pour le racisme ?! Tuer un Arabe sans raison en 42, c'est pas raciste, mais en 08 ça le serait ?!
Les Maghrébins considèrent ce roman comme raciste depuis sa sortie... tout dépend aussi des valeurs qu'on a dans le crâne. Et malheureusement, force est de constater que la majorité des gens nient complètement une réalité qui pourtant crève les yeux (un Blanc tue un Arabe, de quatre coups de revolver - lorsqu'il s'agit d'un accident, on ne tire qu'une fois -, alors que l'Arabe en question n'avait lui qu'un petit couteau... et tout cela se passe, évidemment, en terre colonisée) simplement parce que Camus est l'image-même de l'intellectuel de gauche, qu'on veut absolument idéaliser.
Ne t'es-tu jamais demandé pourquoi il n'y a jamais de personnages Arabes dans ses romans ? Pas un Arabe dans L'ETRANGER ou LA PESTE, deux romans situés en Algérie...

#16 20/06/2008 22:31

Alph
129 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Titigoth a écrit :

Alph a écrit :

ce serait comme d'opposer quelqu'un qui veut à tout prix donner du sens (et donc supposer des motivations) à quelqu'un qui n'en voit aucun. Il est difficile de trancher.

Que voulez-vous dire ? Je n'ai pas très bien saisi, désolée

Je voulais dire que quand on cherche à responsabiliser un individu, on y parvient toujours. On s'évertue à lui donner des motivations - qu'il n'avait peut-être pas. Ceci est valable pour la vie quotidienne. A l'inverse, dans l'optique de l'absurdité, les mêmes faits et gestes semblent immotivés, ils ne sont pas le produit d'une conscience "engagée", mais d'une simple contingence.

Sinon, la polémique sur le racisme a ceci d'embêtant qu'elle vous renvoie bêtement dos à dos selon le modèle "discours du colonisateur" vs "discours du colonisé". Et je ne suis pas sûr de choisir ici le discours du colonisé: on peut évidemment relever l'indifférence de Meursault à l'égard de l'arabe, mais comme celle-ci frappe indistinctement toute chose et toute vie, elle ne nous renseigne pas davantage sur le racisme éventuel de l'œuvre. Son indifférence n'est pas exclusive, comme l'est le racisme. L'attitude raciste suppose un positionnement très ferme des valeurs (même si elles sont exécrables), or le propre de Meursault est de ne pas en avoir. La raison qui a poussé Camus à prendre pour cadre une Algérie peuplée de blancs et à faire tuer l'arabe par son personnage est à trouver ailleurs. Peut-être a-t-il été tenté de mettre en scène la cruelle indifférence de l'européen face à qui dépend de lui (en l'occurrence une colonie). Peut-être aussi a-t-il simplement représenté le paysage de son enfance (famille blanche en Algérie).

En général, ce genre de discussion finit par l'étalage de la mauvaise foi du colonisateur et, de l'autre coté, par l'épanchement d'une basse idéologie victimaire... Souhaitons que cela ne tourne pas vinaigre;)

Dernière modification par Alph (20/06/2008 23:07)

#17 21/06/2008 09:51

Titigoth
387 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Laura Palmer a écrit :

J'ai moi-même lu le roman une bonne dizaine de fois, donc pas la peine de prendre ce ton de donneur de leçons.

Je le répète, j'ai étudié ce livre cette année, donc si tu penses mieux le connaitre que ma prof de français, c'est ton affaire. En quoi ais-je pris un ton de donneur de leçons ?

Ah, parce qu'il y a une époque particulière pour le racisme ?! Tuer un Arabe sans raison en 42, c'est pas raciste, mais en 08 ça le serait ?!

Bien sûr que non, le racisme a toujours existé, je n'ai pas voulu dire qu'à l'époque, il n'y en avait pas.

Les Maghrébins considèrent ce roman comme raciste depuis sa sortie... tout dépend aussi des valeurs qu'on a dans le crâne.

Des valeurs qu'on a dans le crâne ?? Que veux-tu dire ? Que je suis raciste peut-être ? Si c'est le cas, tu jugent les gens bien vite et bien mal...

Et malheureusement, force est de constater que la majorité des gens nient complètement une réalité qui pourtant crève les yeux (un Blanc tue un Arabe, de quatre coups de revolver - lorsqu'il s'agit d'un accident, on ne tire qu'une fois -, alors que l'Arabe en question n'avait lui qu'un petit couteau... et tout cela se passe, évidemment, en terre colonisée) simplement parce que Camus est l'image-même de l'intellectuel de gauche, qu'on veut absolument idéaliser.
Ne t'es-tu jamais demandé pourquoi il n'y a jamais de personnages Arabes dans ses romans ? Pas un Arabe dans L'ETRANGER ou LA PESTE, deux romans situés en Algérie...

En effet, le fait que Meursault ait tiré quatres fois sur l'Arabe n'a pas d'explication. J'ai déjà expliqué l'histoire du couteau précédemment.
Oui, peut-être que tout le monde cherche à idéaliser Camus, mais penses-tu que, s'il était "raciste", il aurait écrit ce passage ? Cela aurait paru justement "trop raciste". Pourquoi ferait-il de la discrimination alors qu'il a grandi en Algérie (colonisée, j'en conviens, donc peuplée aussi de Blancs) ?
Je n'ai pas de réponse à ta question ("Ne t'es-tu jamais demandé pourquoi il n'y a jamais de personnages Arabes dans ses romans ?"), en effet, je ne me suis moi-même jamais vraiment posé la question (car il me semble évident que Camus n'est en aucun cas "raciste").


Alph a écrit :

Je voulais dire que quand on cherche à responsabiliser un individu, on y parvient toujours. On s'évertue à lui donner des motivations - qu'il n'avait peut-être pas. Ceci est valable pour la vie quotidienne. A l'inverse, dans l'optique de l'absurdité, les mêmes faits et gestes semblent immotivés, ils ne sont pas le produit d'une conscience "engagée", mais d'une simple contingence.

D'accord, je comprends mieux, merci !

on peut évidemment relever l'indifférence de Meursault à l'égard de l'arabe, mais comme celle-ci frappe indistinctement toute chose et toute vie, elle ne nous renseigne pas davantage sur le racisme éventuel de l'œuvre. Son indifférence n'est pas exclusive, comme l'est le racisme. L'attitude raciste suppose un positionnement très ferme des valeurs (même si elles sont exécrables), or le propre de Meursault est de ne pas en avoir.

Tout à fait ! Mais pour Laura Palmer, non, le vilain Camus, reconnu comme grand écrivain de l'absurde et de l'existentialisme, résistant de la Seconde Guerre Mondiale, politiquement engagé, est un raciste !

Souhaitons que cela ne tourne pas vinaigre;)

Je m'arrêterai dans le discussion si cela en arrive là ! Aucun intérêt à débattre dans ces conditions !


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Dernière modification par Muriel H. (21/06/2008 11:57)

#18 22/06/2008 12:18

Zweig
26 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

j'ai pas eu le temps de lire toutes les réponses précédentes, mais dire que Camus est raciste est comment dire .... complètement absurde  ?
Camus est un véritable amoureux de l'Algérie. Il suffit de lire "les Noces" ou il inscrit son amour pour Tipassa dans l'éternité etc. De plus pour ceux qui ont lu le livre, le fait de vivre parmi les blancs dans des villes comme Paris, qu'il considère d'ailleurs comme une cité de tristesse et grise, lexcècre Meursault. On voit ca au moment ou Marie le demande en mariage.
Dans tous les cas, il est très ridicule et infondé de dire que Camus est raciste.

Enfin, je crois qu'à un moment quelqu'un disait que Meursault était candide. Je ne crois pas, au contraire s'il veut monter à l'échafaud sous "des cris de haine", c'est parce-qu'il a accédé à la connaissance. Il méprise à la fin du roman les hommes, car il les trouve plutôt stupide de ne pas savoir que la vie est absurde (au sens philo du terme). Aussi,   le fait de dire que Meursault a commandité le meurtre est un peu déconcertant. Au contraire, comme Meursault est un sensuel (très lié au soleil, aux différents éléments), et que ses sens sont brouillés dans la fin de la 1ere partie, il est victime du soleil, qui pourrait à mon sens symboliser la société. C'est une forme de tragédie...

Voilà, je m'excuse de ma réponse qui n'est pas du tout organisé, mais j'avais envie de dire quelque-chose qui pourrait ammener certains à voir qui est vmt Meursault.

A+

#19 29/06/2008 14:24

Laura Palmer
4 message(s)
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

Titigoth a écrit :

Laura Palmer a écrit :

J'ai moi-même lu le roman une bonne dizaine de fois, donc pas la peine de prendre ce ton de donneur de leçons.

Je le répète, j'ai étudié ce livre cette année, donc si tu penses mieux le connaitre que ma prof de français, c'est ton affaire.

Si tu veux aller par là, c'est un prof de fac de Lettres Modernes, qui m'a donné sa vision de L'ETRANGER en licence. Et qui nous a expliqué que personne ne s'interroge jamais sur le fait qu'un Blanc tue un Arabe, dans un roman où les personnages arabes sont inexistants.
Par ailleurs, je n'ai jamais dit que Camus était méchant, j'ai juste dit qu'il avait dans la tête un schéma de société où les Arabes n'étaient pas des êtres humains au même titre que les autres. Et qu'en ce sens, il a certes planté le décor de ses romans an Algérie car il aime ce pays, mais pour lui, il n'y a que des Français en Algérie, pas d'Algériens.
Faut pas oublier qu'on est 20 ans avant la décolonisation... à l'époque, pour tout le monde, même pour l'engagé de gauche qu'était Camus, l'Algérie était française, point barre.
Je ne nie pas qu'il y a une autre interprétation, sur l'absurde du monde, etc etc. Etant moi-même enseignante (et oui...), j'ai vu LA PESTE avec mes élèves, ai parlé de L'ETRANGER, et je pense les connaître plutôt bien.
Maintenant j'ai juste envie que certains s'interrogent sur ce qu'ils lisent... on ne se pose jamais la question de savoir si les présupposés idéologiques d'un auteur sont les mêmes que les nôtres. Et je n'ai jamais voulu te traiter de raciste, je voulais simplement te montrer que comme on t'a toujours dit que Camus était un intellectuel de gauche, tu ne t'es jamais dit qu'il pouvait éventuellement être raciste. Et comme tu es un Blanc en France, lire un roman où un Blanc tue un Arabe en Algérie ne te choque pas - et ça ne me choquait pas, moi non plus, avant que je connaisse ce prof qui nous a fait découvrir L'ETRANGER sous un autre jour. Alors qu'à l'inverse, un Arabe qui lit Camus voit tout de suite du racisme dans ses écrits...
Bref là-dessus je m'arrête, je vois que vous prenez très mal ce que je dis, ce qui est très dommage. En tout cas la thèse de L'ETRANGER comme roman colonialiste n'est pas de moi, mais existe bel et bien, et est enseignée dans de nombreuses facultés de lettres. A bon entendeur...

#20 30/06/2008 02:49

LucetteVinelande
Littérature française Meursault : victime ou criminel ?

personnellement, je trouve l'analyse de Laura tres intéressante et nouvelle, je ne voyais pas l'Etranger sous ce jour, et c'est aussi a remettre dans un certain contexte

mais j'aimerais tout de meme poser une question: Laura, est ce que tu ne te serais pas trop faîte influencer par ton professeur? parce que tout meme, en depit de cette analyse fort plausible, la façon dont tu la présentes peut rencontrer des points de critique, et la mauvaise compréhension de ta these par les lecteurs est à mon sens justifiée
et même question pour Titigoth, ca vous arrive de vous dire que les profs de lettres ne sont pas la science infuse et que VOUS avez aussi une reflexion propre et personnelle?
ça n'engage que moi, mais beaucoup de ce que j'ai lu sur les analyses de l'etranger en premiere page, notamment le fait que Camus dénonce les gens bercés par les illusions m'a tout l'air d'être un cour recraché


quant au sempiternel débat coupable/innocent, je trouve qu'il est plutôt absurde de vouloir déterminer de quel côté penche la balance. c'est justement cela la force du bouquin: ce dilemme structure le personnage de Meursault
et en ce qui concerne le fait que Camus innocente totalement son personnage, il ne faut pas exagèrer non plus. non mais attendez , imaginez une seconde que vous êtes juge, et que l'accusé vous dit "j'ai tiré parce que j'avais le soleil dans les yeux"' et vous y croyez une seconde?

ce n'est pas pour rien qu'on qualifie la littérature camusienne d'absurde: cet argument est parfaitement absurde (dans les deux sens du terme, c a d , à la fois "discordant" et sans aucun sens, et donc sans poids), tout comme la question posée 'coupable/innocent'

c'est un peu comme si on se demandait si oedipe est coupable ou victime du destin