1
Connectez-vous pour écrire une réponse
Bonjour,
je dois faire un commentaire de texte, sur un extrait de "La nouvelle Héloïse" (partie V, lettre 7) [texte ci-dessous] et un plan m'a été donné :
I importance de la fiction et effet de réel
II tableau d'une société unie et heureuse
III une réflexion sur la société.
Et dans le grand I par exemple, je dois introduire des notions comme :
discours narratif-descriptif + discours rapporté.
Comme sous partie du grand I, je pensais mettre :
a. La fiction
b. Le réel
Pour l'histoire des discours, je sais déjà où mettre le discours rapporté. Il se classe dans le b avec son impression d'authenticité --> effet de réel (bien sûr je developperai plus).
Mais pour le discours narratif je ne sais pas si je dois le mettre dans la fiction ou le réel. Dans le texte le discours narratif raconte la chronologie des journées à Saint Preux... mais quel rapport y-a t-il avec le romanesque ? Où peut être y a-t-il un rapport avec l'effet de réel ? 
Je dois aussi parler de la sensibilité (caractéristique du mouvement des lumières). Mais en quoi cela produit un effet de réel ?
Merci (je suis perdue !)
Ayako
Texte:
Vous ne sauriez concevoir avec quel zele, avec quelle gaieté tout cela se fait. On chante, on rit toute la journée & le travail n'en va que mieux. Tout vit dans la plus grande familiarité; tout le monde est égal & personne ne s'oublie. Les [306] Dames sont sans airs , les paysannes sont décentes, les hommes badins & non grossiers. C'est à qui trouvera les meilleures chansons , à qui fera les meilleurs contes, à qui dira les meilleurs traits. L'union même engendre les folâtres querelles; & l'on ne s'agace mutuellement que pour montrer combien on est sûr les uns des autres. On ne revient point ensuite faire chez soi les messieurs; on passe aux vignes toute la journée: Julie y a fait une loge où l'on va se chauffer quand on a froid & dans laquelle on se réfugie en cas de pluie. On dîne avec les paysans & à leur heure , aussi bien qu'on travaille avec eux. On mange avec appétit leur soupe un peu grossiere, mais bonne, saine & chargée d'excellens légumes. On ne ricane point orgueilleusement de leur air gauche & de leurs complimens rustauds; pour les mettre à leur aise, on s'y prête sans affectation. Ces complaisances ne leur échappent pas, ils y sont sensibles; & voyant qu'on veut bien sortir pour eux de sa place, ils s'en tiennent d'autant plus volontiers dans la leur. A dîner, on amene les enfans & ils passent le reste de la journée à la vigne. Avec quelle joie ces bons villageois les voyent arriver! O bienheureux enfans! disent-ils en les pressant dans leurs bras robustes, que le bon Dieu prolonge vos jours aux dépens des nôtres! Ressemblez à vos pere & meres & soyez comme eux la bénédiction du pays! Souvent en songeant que la plupart de ces hommes ont porté les armes & savent manier l'épée & le mousquet aussi bien que la serpette & la houe, en voyant Julie au milieu d'eux si charmante & si respectée recevoir, elle & ses enfans, leurs touchantes acclamations, [307] je me rappelle l'illustre & vertueuse Agrippine montrant son fils aux troupes de Germanicus . Julie! femme incomparable! vous exercez dans la simplicité de la vie privée le despotique empire de la sagesse & des bienfaits: vous êtes pour tout le pays un dépôt cher & sacré que chacun voudroit défendre & conserver au prix de son sang; & vous vivez plus surement, plus honorablement au milieu d'un peuple entier qui vous aime, que les rois entourés de tous leurs soldats.
Le soir, on revient gaiement tous ensemble. On nourrit & loge les ouvriers tout le tems de la vendange; & même le dimanche, après le prêche du soir, on se rassemble avec eux & l'on danse jusqu'au souper. Les autres jours on ne se sépare point non plus en rentrant au logis, hors le baron qui ne soupe jamais & se couche de fort bonne heure & Julie qui monte avec ses enfans chez lui jusqu'à ce qu'il s'aille coucher. A cela pres, depuis le moment qu'on prend le métier de vendangeur jusqu'à celui qu'on le quitte, on ne mêle plus la vie citadine à la vie rustique. Ces saturnales sont bien plus agréables & plus sages que celles des Romains. Le renversement qu'ils affectoient étoit trop vain pour instruire le maître ni l'esclave; mais la douce égalité qui regne ici rétablit l'ordre de la nature, forme une instruction pour les uns, une consolation pour les autres & un lien d'amitié pour tous
Dernière modification par ayako (18/10/2006 18:29)
Bonjour Ayako,
Rousseau décrit une société idéale (égalitaire, respectueuse, vertueuse...) : voilà la fiction ! C'est son abbaye de Thélème, son utopie sociale.
Tout son art va donc consister à nous faire croire à son existence d'où le recours aux effets de réel.
Tous les procédés que tu cites concourent à l'effet de réel.
La fiction est sans doute dans l'égalité et la répétition, donc la permanence de ce bonheur, dans l'absence de conflits, dans la conversion de ces anciens soldats en paysans, dans les exclamations du début, dans les références historiques toutes laudatives, le discours moralisateur (un peu) convenu des pères... En un mot, c'est trop beau pour être vrai.
D'où les effets de réel pour rendre ce tableau idyllique vraisemblable.
La sensibilité, ici comme fondement du comportement moral et social, prend la forme de la délicatesse, de la noblesse vertueuse. Elle appartient par sa valeur hautement civilisatrice (opposée à la violence guerrière fruste) au monde de la fiction.
Re bonjour et merci de m'avoir répondu.
Sur la copie "d'aide" que notre professeur nous a donné, la sensibilité est présentée comme une chose qui contribue à l'effet de réalisme (donc à mettre dans mon grand I)
J'ai trouvé comme idée que: Cette sensibilité crée un effet de réel car les sentiments sont humains. (puis faire références au texte avec le passage qui parle de Julie)
Mais bon je trouve ça un peu superficiel. Peut être quelque chose m'aurait échappé..
Ensuite dans mon grand II "Le tableau d'une société unie et heureuse",
je pensais d'une part mettre l'égalité et l'atténuation des hiérarchies sociales. En fait en a: une société unie ( le "on" que St Preux désigne pour parler de lui et des autres, les expressions qui exprime cette société égalitaire"douce égalité" ...)
et en petite b. tout simplement "Une société heureuse".
Et dans cette sous - partie je releverai tout ce qui montre la festivité et l'atmosphère joyeuse de cette communauté (champ lexical de la gaïeté...).
Par contre pour le grand III "Une réflexion sur la société" je pensais parler du but de l'utopie: faire passer un message sociale.
Mais...Quoi d'autre? Parce-que je n'aimerais pas me répeter en disant "c'est une utopie car Rousseau présente une société idylique".
Merci.
Bonsoir Ayako,
Il n'est pas étonnant que tu aies du mal à rattacher la sensibilité aux effets de réel, je t'en ai touché un mot dans ma réponse précédente.
Mais ce que professeur veut !... Tu peux toujours exposer ton propre avis si ton argumentation est étayée
On peut voir une sensibilité tournée vers l'expression d'une réalité dans le passage suivant :
"On mange avec appétit leur soupe un peu grossière, mais bonne, saine & chargée d'excellens légumes. On ne ricane point orgueilleusement de leur air gauche & de leurs complimens rustauds; pour les mettre à leur aise, on s'y prête sans affectation. Ces complaisances ne leur échappent pas, ils y sont sensibles; & voyant qu'on veut bien sortir pour eux de sa place, ils s'en tiennent d'autant plus volontiers dans la leur".
Cette sensibilité prend ici la forme du jugement nuancé et de l'acuité psychologique, le narrateur a conscience de sa différence, mais s'efforce à l'empathie, les paysans y sont "sensibles". Tous font preuve de finesse par la justesse de leur appréciation, cette finesse appuyée sur la sensibilité transcende les conditions sociales.
Réflexion sur la société :
Appuie-toi sur la fin du texte :
¢ La valeur civilisatrice de la vie campagnarde, les anciens soldats devenus paysans, le passage de la force brutale à l'affection pour les enfants, allusion peut-être à Isaïe 2:4 dans la Bible "Il jugera entre les nations, il sera l'arbitre de peuples nombreux. Ils briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes. On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, on n'apprendra plus à faire la guerre".
¢ l'allusion à la vertu romaine, les comportements sont en continuité, mais la modernité dépasse l'Antiquité…
¢ l'autorité mieux fondée sur l'affection que sur l'exercice du pouvoir
¢ enfin ce communisme (ou cet échange des rôles sociaux) qui s'inspire des Saturnales romaines (ancêtre de nos carnavals) mais va bien au-delà
¢ la dernière phrase dans son rythme ternaire est sentencieuse
"...mais la douce égalité qui règne ici rétablit l'ordre de la nature, forme une instruction pour les uns, une consolation pour les autres & un lien d'amitié pour tous".
Cette sensibilité à l'œuvre devient le moteur de la société, un retour aux temps édéniques (avant la chute), un contrat social (cette expression doit te faire penser à quelque chose). Avec Rousseau, la sensibilité devient la qualité à la mode et remplace la raison des Lumières. Nous vivons la transition vers les effusions romantiques.
Bonjour,
J'ai a étudier le texte de Rousseau La nouvelle Heloïse, lettre 7-partie 5
mon plan est le suivant:
I) Une communauté en fête
a) La notion de fête
b) La joie de vivre
c) Un texte lui-même joyeux
II) Une micro-société exemplaire
a) Atténuation des classes sociales
b) Respect mutuel des différences
c) Une simplicité naturelle
III) Un caractère exemplaire à nuancer
a) Un état provisoire
b) Une idée d'inégalité présente
Mon problème est le suivant, je ne sais pas dans quelle partie placé le système énonciatif du texte
Pouvez-vous m'aider svp?
merci d'avance
Vous ne sauriez concevoir avec quel zele, avec quelle gaieté tout cela se fait. On chante, on rit toute la journée & le travail n'en va que mieux. Tout vit dans la plus grande familiarité; tout le monde est égal & personne ne s'oublie. Les [306] Dames sont sans airs , les paysannes sont décentes, les hommes badins & non grossiers. C'est à qui trouvera les meilleures chansons , à qui fera les meilleurs contes, à qui dira les meilleurs traits. L'union même engendre les folâtres querelles; & l'on ne s'agace mutuellement que pour montrer combien on est sûr les uns des autres. On ne revient point ensuite faire chez soi les messieurs; on passe aux vignes toute la journée: Julie y a fait une loge où l'on va se chauffer quand on a froid & dans laquelle on se réfugie en cas de pluie. On dîne avec les paysans & à leur heure , aussi bien qu'on travaille avec eux. On mange avec appétit leur soupe un peu grossiere, mais bonne, saine & chargée d'excellens légumes. On ne ricane point orgueilleusement de leur air gauche & de leurs complimens rustauds; pour les mettre à leur aise, on s'y prête sans affectation. Ces complaisances ne leur échappent pas, ils y sont sensibles; & voyant qu'on veut bien sortir pour eux de sa place, ils s'en tiennent d'autant plus volontiers dans la leur. A dîner, on amene les enfans & ils passent le reste de la journée à la vigne. Avec quelle joie ces bons villageois les voyent arriver! O bienheureux enfans! disent-ils en les pressant dans leurs bras robustes, que le bon Dieu prolonge vos jours aux dépens des nôtres! Ressemblez à vos pere & meres & soyez comme eux la bénédiction du pays! Souvent en songeant que la plupart de ces hommes ont porté les armes & savent manier l'épée & le mousquet aussi bien que la serpette & la houe, en voyant Julie au milieu d'eux si charmante & si respectée recevoir, elle & ses enfans, leurs touchantes acclamations, [307] je me rappelle l'illustre & vertueuse Agrippine montrant son fils aux troupes de Germanicus . Julie! femme incomparable! vous exercez dans la simplicité de la vie privée le despotique empire de la sagesse & des bienfaits: vous êtes pour tout le pays un dépôt cher & sacré que chacun voudroit défendre & conserver au prix de son sang; & vous vivez plus surement, plus honorablement au milieu d'un peuple entier qui vous aime, que les rois entourés de tous leurs soldats.
Bonjour,
Veuillez utiliser la fonction RECHERCHER du forum avant d’envoyer votre message. Si le sujet de votre message a déjà été évoqué, ne lancez pas une nouvelle discussion, mais cliquez sur « Écrire une réponse » dans la discussion appropriée.
Dernière modification par webmestre (02/04/2008 13:46)
Connectez-vous pour écrire une réponse
1