#1 04/05/2008 18:00

jack
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Langue française Réflexion sur l'emploi relatif des temps subordonnés à un plus-que-parfait

Bonjour.

Les cours de français portant sur le plus-que-parfait indiquent la plupart du temps que ce temps est utilisé pour décrire une action passée accomplie, antérieure à une autre action passée, décrite, elle, par un imparfait ou un passé simple.

Exemples :
- je me rappelais ce livre que j’avais lu dix ans auparavant (« j’avais lu » est nettement antérieur à « je me rappelais »)
- je compris alors qu’il avait dissimulé le trésor (« il avait dissimulé » est antérieur à « je compris »)

Il existe cependant un autre usage de l’imparfait, qui jouera alors le rôle d’un temps « contemporain » du plus-que-parfait, alors même qu’un autre imparfait dans la même phrase jouera le rôle d’un passé postérieur au plus-que-parfait :

Exemple :
Il riait quand il relata qu'il avait été dépouillé par un brigand qui mâchait du chewing-gum

« il riait » et « il relata » ont lieu dans la même plage de temps P1, « il avait été dépouillé » est clairement antérieur à cette plage P1, mais « il mâchait » a lieu dans la même plage de temps P2 que « il avait dépouillé ». J’observe que « il mâchait » et « il riait », tous deux à l’imparfait, font référence à des plages de temps bien distinctes dans la même phrase.

Cela me semble dû à deux facteurs :

a) d'une part, l’usage traditionnel de l’imparfait comme temps de description d’une action « en cours d’accomplissement »,

b) d'autre part, l'absence de temps de transposition de l'imparfait dans le passé par concordance des temps : si l'imparfait est le temps de transposition du présent dans le passé (je dis qu'il vient/j'ai dit qu'il venait), il n'existe en revanche aucun temps de transposition de l'imparfait dans le passé (j'avais dit qu'il venait) .


Ainsi, si c’est une action antérieure plus ponctuelle (et surtout totalement accomplie) qui doit être décrite, la situation n'étant plus celle d'une action en cours d'accomplissement, on utilisera le plus-que-parfait, comme dans les exemples suivants :

-Il riait quand il déclara qu'il avait été dépouillé par un brigand qui avait surgi d’un buisson.
(« il avait surgi » étant antérieur à « il avait été dépouillé », dans la même plage de temps)

-Il riait quand il déclara qu'il avait été dépouillé par un brigand qui l’avait menacé avec un bâton. (« il l’avait menacé » étant antérieur à « il avait été dépouillé », dans la même plage de temps)

-Il riait quand il déclara qu'il avait été dépouillé par un brigand qui avait pris la fuite à toutes jambes. (« il avait pris la fuite » étant postérieur  à « il avait été dépouillé », dans la même plage de temps)

Bien que j’aie fait des recherches, je n’ai pas réussi à trouver de cours qui mentionne ces différentes dispositions quant à l’emploi relatif du plus-que-parfait et de l’imparfait dans ce genre de cas de figure. Je voudrais avant tout savoir si vous connaissez un cours de langue française qui mentionne explicitement et précisément ces cas d’usage.

Je voudrais surtout vous demander si la deuxième de ces phrases peut être considérée comme correcte, et, dans cette hypothèse, laquelle deux sera préférée en français :

- (Il riait quand) il déclara qu'il avait été dépouillé par un brigand qui avait pris la fuite lorsque les villageois étaient arrivés.

- (Il riait quand) il déclara qu'il avait été dépouillé par un brigand qui PRIT la fuite lorsque les villageois ARRIVERENT

Si la deuxième phrase est correcte (ce sur quoi j'aimerais avoir l'avis de votre grand linguiste Edy),  cela voudrait dire que les passés simples « prit » et « arrivèrent » deviennent (dans cet exemple) contemporains de l’action décrite par le plus-que-parfait , et décrivent donc une action nettement antérieure à l’imparfait et au passé simple initiaux « il riait » et « il déclara ». On aurait donc, dans la même phrase, un passé simple (« il prit ») qui ne se situe pas dans la même plage de temps qu’un autre passé simple (« il déclara »).


Après avoir réfléchi un peu plus, je me dis qu’il est tout à fait possible que le même temps utilisé dans une même phrase se réfère à deux plages de temps clairement distinctes. L’exemple suivant, que j’ai imaginé volontairement pour faire figurer deux passés simples qui ne se réfèrent pas à la même plage de temps, me semble correct (s'il ne l'est pas, faites-le-moi savoir) :

Il reçut seulement en 1990 les royalties du livre qu’il écrivit au début des années 1970.

(même si on préférera bien sûr dire : "qu'il avait écrit")

La phrase suivante me semble également correcte en français (c’est un exemple que j’ai créé de toute pièce pour faire figurer deux imparfaits qui se réfèrent à deux plages de temps distinctes) :

Il était à présent alcoolique, alors que dix ans plus tôt il ne buvait pas une goutte d’alcool.

Merci de vos réponses et avis éventuels.