#1 13/10/2006 03:08

webmestre
1048 message(s)
Littérature française Nerval, El Desdichado

Ce poème est certainement le plus célèbre de Nerval. Il est en tout cas très caractéristique de la manière de l’écrivain francilien par ce mélange de mélancolie, de références ésotériques et de mystère. Il produit le charme des rêves par ses images à forte valeur symbolique (ou archétypale) et sa musique verlainienne avant l’heure. Ce sonnet des Chimères est comme une introduction poétique à Aurélia, il baigne dans le même climat d’imaginaire onirique. Ce sont ces œuvres de la fin qui ont conduit les surréalistes à voir dans Nerval non un romantique secondaire, mais un écrivain majeur qui avait tenté d’explorer les profondeurs de l’inconscient et d’abolir les frontières entre rêve et réalité.
http://www.etudes-litteraires.com/img/bul/m.gif Lire la suite...


Bonjour,

Jean-Luc nous offre une lecture savante (encore une fois !) de ce poème difficile à lire. Merci !
Je vous invite à poster vos commentaires sur ce poème et sur l'analyse de Jean-Luc dans cette discussion.

Bonne journée !

Cyril

#2 16/10/2006 23:54

Ti-Ron
12 message(s)
Littérature française Nerval, El Desdichado

Wow ! Tout simplement génial ! Pour un débutant dans l'univers poétique c'est un flot de purs délices. J'adore ta technique d'analyse très explicative . Mais ne serait-il pas juste d'affirmer que la grande majorité des poètes du 19e siècle (et même la grande majorité des poètes de tous les temps) est inspirée par cette source féminine d'amour et de tourments ? Pas au point de dire que la poésie est seulement le reflet de milliers de coeurs brisés mais que cette teinte traverse les âges et les styles pour coloré le verbe de tous et chacun ?
P.S. Comme je suis nouveau sur le forum j'aimerais savoir s'il est possible de voir d'autres analyses de ce genre si oui, est-ce qu'il y un moyen d'y acceder facilement ?


Ce n’est pas le mot qui fait la poésie, c’est la poésie qui illustre le mot. - Léo Ferré

#3 17/10/2006 01:26

webmestre
1048 message(s)
Littérature française Nerval, El Desdichado

Ti-Ron a écrit :

[...] P.S. Comme je suis nouveau sur le forum j'aimerais savoir s'il est possible de voir d'autres analyses de ce genre si oui, est-ce qu'il y un moyen d'y acceder facilement ?

Bonjour Ti-Ron,

D'abord bienvenue à vous.

Vous pouvez lire les autres analyses de Jean-Luc à partir de cette page :

www.etudes-litteraires.com/.../contributions.html

Bonne lecture !

Cyril

#4 17/10/2006 12:29

Léah
9750 message(s)
Littérature française Nerval, El Desdichado

Excellente analyse cher Jean-Luc
Nerval, ayant perdu sa mère à l'âge de deux ans, élevé par sa famille maternelle dans le Valois (région qui lui restera chère toute sa vie) et dont le père était absent pour cause d'armée, restera (comme tous les enfants sans mère) accompagné sa vie durant par une absente irremplaçable. -On peut aussi penser à Mallarmé, privé de mère et quelques années plus tard de sa sœur aînée- La rupture sentimentale avec Jenny Colon n'a pu qu'ajouter au désarroi du poète. D'où les termes, très forts puisqu'avec majuscule, le Ténébreux le Veuf l'Inconsolé .../... la nuit du Tombeau.
L'enfant, sensible et rêveur, s'est construit une famille imaginaire. Le fait, dans l'enfance, n'est pas rare ; mais Nerval plus âgé est parti sur la piste d'ancêtres, qu'il aura cru trouver dans des familles nobles d'Aquitaine. La connaissance d'initié qu'il avait des arcanes du tarot, se croise ici avec son blason imaginé. D'autre part, la perte d'annoblissement de sa famille, l'attirance pour la caste noble et alors encore quasi intouchable (la figure d'Adrienne dans Sylvie en est un exemple) l'ont certainement incité à s'imaginer issu de famille princière. Et il a recherché cette ascendance jusque dans la famille des Lusignan, alliée à des reines (Sibylle, reine de Jérusalem ; le prénom de cette Reine ne pouvait laisser Nerval indifférent, les sibylles étant des prophètesses)

L'ensemble du recueil des Chimères est une recherche d'un syncrétisme religieux, au-travers de pistes poètiques et ésotériques.


Tenir un seul cheveu dans sa main.
Y parvenir.

#5 17/10/2006 14:46

Jean-Luc
2919 message(s)
Littérature française Nerval, El Desdichado

Bonjour Léah,

Je suis heureux de te retrouver sur ce forum.
Merci pour les compliments. Merci aussi pour ce développement sur la fêlure affective de Nerval et sur la reconstruction par le rêve de sa vie insatisfaisante.

J'y reconnais les vibrations de ta sensibilité toute féminine parfaitement assumée - il ferait beau voir de se contredire ici - ! Il faut bien deux parents aimant (ou leurs substituts) pour permettre à un enfant d'accéder à sa maturité...

Tu as parlé de Mallarmé, j'évoquerais aussi les recherches mystiques de Baudelaire qui curieusement a connu un traumatisme semblable aux deux autres poètes : celui d'avoir perdu sa mère... par remariage avec Aupick (une trahison plus destructrice encore puisque la dure réalité ne permet plus l'évasion par le rêve...)

Avec toute mon amitié à une lectrice si attentive et si exigeante !


Jean-Luc    "Il n'y a jamais nulle part où aller qu'en dedans." Doris Lessing :)

#6 18/10/2006 13:48

Léah
9750 message(s)
Littérature française Nerval, El Desdichado

C'est un plaisir que d'avoir essayé d'ajouter quelques menues connaissances à ton commentaire ; qu'on ne peut que recommander aux étudiants en mal de copie, à la fois pour le contenu et pour la présentation. Ces connaissances n'étant d'ailleurs pas sorties du néant, il faut remercier l'édition de Nerval en Livre de poche ; ainsi que je ne sais qui dans je ne sais plus quel livre (hélas !) ; exégèse de Nerval qui apportait beaucoup d'éclaircissements sur les significations de Artémis
La Treizième revient... C'est encor la première
Cette "Treizième" serait non seulement l'arcane 13 du Tarot (la Mort, renouvellement du cycle) mais aussi le passage de l'ère des Poissons à l'ère du Verseau, cycle de la roue du Temps de l'Univers qui au bout des 12 ères (symbolisées par les signes du Zodiaque) revient au même point. La treizième heure, heure de la mort, est également le départ de l'âme pour un cycle de réincarnations (les croyances de Nerval pour la métempsychose se sont développées lors de son Voyage en Orient

Se contredire ici sur la féminité, tu dis cela à cause des chromosomes ? ou ferais-tu allusion à d'autres discuss sur la Micronésie ? (dont j'ignorerais alors que tu y participes !)
D'ailleurs, où puis-je faire une annonce pour que les personnes qui s'interessent à la poèsie découvrent la Micronésie poètique ? Merci !

#7 18/10/2006 21:21

Jean-Luc
2919 message(s)
Littérature française Nerval, El Desdichado

Bonsoir Léah,

Je faisais un mauvais jeu de mots avec ce il fait "beau voir"...

#8 20/10/2006 23:58

Kroâ
82 message(s)
Littérature française Nerval, El Desdichado

Bonsoir...
Je ne voudrais surtout pas casser l'ambiance, mais... je ne peux m'empêcher de vous indiquer ce petit lien vers des réécritures de ce célèbre poème : il y a quelques temps déjà, j'avais acheté ce livre que je reprends les jours de cafard... pas l'original, bien sûr, mais les 101 avatars de Nerval "commis" , comme on dit plaisamment, par Camille Abaclar - pseudo derrière lequel se cachent une poignée d'Oulipiens   
Lisez bien les petites notes explicatives en bas de page indiquant la contrainte que s'est imposé le pasticheur (même si les titres valent à eux seuls le détour, parfois...)

Voilà ...  et pardon Gérard!

avatars oulipiens du Desdichado

Dernière modification par Kroâ (02/12/2006 18:24)

#9 21/10/2006 00:05

Léah
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Littérature française Nerval, El Desdichado

Au contraire, c'est très interessant et ça ne casse rien. C'est très bien de ne pas sacraliser la chose écrite, et de se la réapproprier.Et travailler avec contraintes est aussi une des traditions de notre littérature, les Baroques et les Précieux en attestent

#10 21/10/2006 00:26

Jean-Luc
2919 message(s)
Littérature française Nerval, El Desdichado

Merci Kroa,

C'est parfois habile, parfois emprunté, parfois insupportable.
Il y a toujours un risque à enfiler les mots comme des perles au détriment du sens.
Au bout du compte, c'est bien Gérard que je préfère, parce que j'ai rare poète qui nerfs vale hors oulipienne trituration...