Bonjour Muriel,
Votre interprétation est recevable au titre de la psychanalyse freudienne. Nerval pourrait effectivement n'avoir pas réglé son oedipe.
Sa mère lui a manqué et il a lui-même connu des troubles psychologiquess puis névrotiques.
Pour ma part, je préfère m'en tenir à l'ambivalence de la relation amoureuse en général sans aller jusqu'à une explication trop sacrilège. Il est cependant certain que l'ombre de la mère absente a plané sur toute la vie du pauvre Gérard.
Bonjour JeanLuc,
Je ne pensais pas à une explication freudienne, encore moins au fameux complexe...
Je pensais plutôt à une quête des origines, une immense interrogation sur ce qu'il (Nerval) représente en tant qu'être humain. Est-il fils d'Amour? ou de Lusignan? En d'autres termes, est-il l'incarnation de l'alliance (alchimique) des principes mâle et femelle, masculin et féminin, dans l'union d'Amour ? ou n'est-il qu'un produit de la descendance génétique ?
J'ai l'impression que la disparition physique de sa mère a généré en lui (et pour le reste de sa vie) l'impossibilité chronique de se "métamorphoser" en "Fleur"...Il n'est qu'un "prince d'Aquitaine"...
Son père était assez froid et distant.
Ce qui peut être supportable pour le commun des mortels ne peut pas l'être pour Nerval qui ne peut pas ramener à son essence profonde ce qu'il a appris en pratiquant l'alchimie spirituelle.
C'est sans doute le drame de sa vie.
Sa quête le conduit à une régression vers sa propre conception, d'où la double et inverse traversée de l' "Acheron"... : la première fois sous forme de spermatozoïde, la seconde sous forme "achevée" et en "devenir"... ( et, effectivement, comme vous le dites, "il n'a pas pu en "ramener" sa mère"...).
Vie et mort mêlées... Indissociables pour le restant de ses jours.
Il bute, il ne peut pas aller au delà de sa propre conception physique, il ne sait pas de "quoi" il est "fait"...
Il ne peut pas appréhender l'Eternité, "la mer (mère ?) allée avec le soleil (père ?)" de Rimbaud...
Il ne peut pas "vivre" son savoir ésotérique.
Ce sont les élucubrations murièlesques...
(j'en pense autant pour "Artémis"...)
Muriel
Bonjour Muriel,
Ces élucubrations n'en sont point.
Nerval a eu un culte pour Isis, la déesse-mère.
Est-ce l'absence de la mère qui ne lui a pas permis d'accéder à l'âge adulte ? Pourquoi a-t-il régressé vers les origines tout en y voyant un avenir syncrétique donc fusionnel ?
Pour les garçons, c'est plutôt l'absence du père qui ne permet pas la maturation. C'est le père qui doit couper symboliquement le cordon ombilical entre l'adolescent et la mère. Or ce père s'est montré distant. Nerval n'aurait pas eu de plateforme identificatoire...
Je ne suis pas un spécialiste de la psychologie des profondeurs, mais je n'oublie pas que Nerval a souffert d'impuissance, l'origine (ou la manifestation ?) de tous ces tourments.
Sa traversée régressive de l'Achéron peut être aussi liée à une naissance difficile, nous découvrons qu'il existe une vie intra-utérine et que le foetus connaît une véritable communication avec sa mère et avec le monde extérieur par le truchement de sa maman... Alors vos intuitions ont une part de vraisemblance !
Amicalement.
Jean Luc,
Je crois que ce qui lui a terriblement manqué, peut-être encore plus que la mère "physique", c'est la "Tour"... l'Athanor" dans lequel on "finit" de se construire... Le ventre extérieur, quand la Mère est Là... Et elle n'était plus là... Je crois que les pères ne sont jamais des Athanors...
Nerval était un initié ; à quels arcanes exactement c'est assez difficile à savoir. Peut-être lui a-t-il manqué un véritable guide sur une voie spirituelle (alchimie ou tarots)? Dès lors un "fatras" entre catholicisme et syncrétisme, un mélange de mythes qui se ressent très esthétiquement dans ses poèmes, mais qui n'a pu qu'accentuer un déséquilibre et une fêlure personnelle
Jean Luc,
Je crois que les pères, c'est pour l'Homme ; les mères sont pour l'Enfant. Et pas d'Homme sans Enfant... C'est la mère qui "construit" le pré-Homme, et uniquement elle. C'est le père qui met debout. Encore faut-il que l'enfant soit "debouïfiable"... Le père n'est rien sans la mère... (comme peut-être l'homme n'est rien sans la femme). L'inverse est peut-être moins vrai. (et je ne dis pas cela parce que je suis mère et femme...).
Amicalement moi aussi,
Muriel