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Bonjour, je suis actuellement en hypokhâgne et j'ai un devoir à rendre pour mercredi... Seulement , je galère pas mal là jdois avouer. Si parmi l'assistance se trouve un "aficionado" de Chateaubriand, peut être que ...
Voilà la citation à partir de laquelle jdois composer mon devoir (Citation de Gracq)
"Si l'essentiel pour un homme consiste à reduire au minimum sa part de comédie, convenons que Chateaubriand est loin du compte. Une demi-douzaine d'emplois variés donnent à plus d'un endroit au soliloque des "Mémoires" un aspect de numéro à transformation dont la vivacité, le rendu allègre, le clin d'oeil inimitable au spectateur sont presque ceux de la comédie italienne"
Votre lecture des Memoires d'outre tombe vous conduit elle à partager ce jugement de Julien Gracq ?
A vrai dire, jgalère surtout pour débuter mon intro, l'aspect "comédie italienne" des Mémoires m'échappe 
D'un point de vue purement subjectif et sans pousser l'analyse, ce livre m' est apparu comme assez sinistre... bien loin de sa supposé "vivacité et allegresse". Si quelqun pouvait me mettre sur la voie, ou au moins m'indiquer les pistes à envisager et à exploiter ... Je lui en serait reconaissant 
Bonsoir Battosai,
Je ne suis pas un aficionado du grand homme dont les prétentions et la propension à s'élever un monument de son vivant m'irritent parfois.
De fait l'affirmation de Gracq est injuste qui réduirait Chateaubriand à un histrion.
Pourquoi Gracq fait-il allusion à "un aspect de numéro à transformation dont la vivacité, le rendu allègre, le clin d'oeil inimitable au spectateur sont presque ceux de la comédie italienne" ? Il veut dénoncer les personnages typés de la commedia dell'arte dont Chateaubriand s'empresserait (à sa manière et traduits pour la mode de son siècle) de revêtir les oripeaux : le jeune premier beau et ténébreux, le donneur de leçon sentencieux, le vieillard confit en dévotions… La "vivacité" n'est pas dans le sujet, mais dans l'aptitude à prendre la pose suggérée par le canevas. Tu as bien vu l'aspect parfois sinistre et funèbre annoncé par le titre : Chateaubriand se place virtuellement au-delà de la mort pour écrire son autobiographie et juger son époque. Ce point de vue original est censé manifester un détachement chrétien à l'égard de l'existence en même temps qu'une position de juge.
Il est donc entendu que Chateaubriand prend souvent la pose du génie, ce que ses adversaires se sont empressés de dénoncer, à commencer par ses contemporains.
Mais ce serait faire peu de cas du philosophe, de l'historien. Il faudrait citer aussi le poète, le moraliste, le conteur, le penseur chrétien et surtout l'écrivain qui manifeste une grande et subtile maîtrise de la langue… Chateaubriand reste l'inventeur d'une prose poétique et de cette fameuse période à nulle autre pareille. C'est un enchanteur, comme le Merlin de sa terre natale.
François Mauriac écrivait à ce sujet dans Commencements d'une vie (1932) :
« Est-ce à dire que les souvenirs d'un auteur nous égarent toujours sur son compte ? Bien loin de là : le tout est de savoir les lire. C'est ce qui y transparaît de lui-même malgré lui qui nous éclaire sur un écrivain. Les véritables visages de Rousseau, de Chateaubriand, de Gide se dessinent peu à peu dans le filigrane de leurs confessions et histoires. »
Ah... En effet, j'avais pas perçu les choses comme ça.
Mais que veut dire Gracq ?
L' Allegresse et la "comédie" dont parle Gracq ferait reference aux multiples "costumes" que revêt Chateaubriand à travers son récit ou plutôt à sa "prose poétique" originale ?
Je commence juste à appréhender la citation, mais elle reste encore obscure en bien des points, j'ai encore du mal à la mettre en relation avec les Mémoires...
Merci en tout cas ... Et si tu pouvais encore m'apporter quelques petites précisions, ça m'arrangerait bien 
Bonjour Battosai,
Il me semble qu'allégresse et comédie sont liées par le contexte à "part de comédie". Ce à quoi Gracq pense, ce sont les compromissions avec le théâtre du monde. Tout homme pour des raisons diverses (essentiellement pour se faire accepter) cache un peu ou beaucoup sa véritable nature derrière des masques sociaux, il se comporte comme l'attendent les groupes auxquels il appartient. En ce domaine, Chateaubriand a fait preuve de gourmandise. Voilà ce que pense Gracq qui met en doute la sincérité du propos mais qui, en même temps, admire l'art protéiforme du grand homme. Il va même plus loin en prétendant que Chateaubriand solliciterait le lecteur intelligent, jouant avec lui un duo d'initiés. Nous sommes donc invités à ne pas être dupes des rôles joués par Chateaubriand pour entrer en complicité avec ce maître d'illusion.
Je continue à penser que Gracq fait partie de ceux que les poses du grand homme rebutent. Cependant il cherche à justifier la fascination que le maître exerce sur lui. Il en voit l'origine dans cet art de Chateaubriand à couler sa prose dans des personnalités différentes sans être dupe lui-même de ces rôles conventionnels.
Pour nous résumer, Chateaubriand aurait sacrifié la sincérité sur l'autel de l'art, choisissant souvent le beau à produire, l'effet, au détriment de la vérité, sans qu'on puisse l'accuser de mensonge puisqu'il cherche la connivence du lecteur éclairé.
Cette problématique est beaucoup plus défendable.
J'avais plutôt penser à une problématique ,plus simpliste, évoquant le contraste entre le projet de Mémoires de Chateaubriand et la perception qu'en fait Gracq...
Mais c'est vrai que la tienne me semble plus pertinente... Merci
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