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Bonjour! Je suis nouveau ici. Je suis en 3me année de licence pluridisciplinaire et j'ai un commentaire composé à faire sur cet épisode des confessions, et j'ai bien du mal à dégager tous les intérêts du texte:
Épisode du noyer
O vous, lecteurs curieux de la grande histoire du noyer de la terrasse, écoutez-en l'horrible tragédie et vous abstenez de frémir, si vous pouvez.
Il y avait, hors la porte de la cour, une terrasse à gauche en entrant, sur laquelle on allait souvent s'asseoir l'après-midi, mais qui n'avait point d'ombre. Pour lui en donner, M. Lambercier y fit planter un noyer. La plantation de cet arbre se fit avec solennité : les deux pensionnaires en furent les parrains ; et, tandis qu'on comblait le creux, nous tenions l'arbre chacun d'une main avec des chants de triomphe. On fit pour l'arroser une espèce de bassin tout autour du pied. Chaque jour, ardents spectateurs de cet arrosement, nous nous confirmions, mon cousin et moi, dans l'idée très naturelle qu'il était plus beau de planter un arbre sur la terrasse qu'un drapeau sur la brèche, et nous résolûmes de nous procurer cette gloire sans la partager avec qui que ce fût.
Pour cela nous allâmes couper une bouture d'un jeune saule, et nous la plantâmes sur la terrasse, à huit ou dix pieds de l'auguste noyer. Nous n'oubliâmes pas de faire aussi un creux autour de notre arbre : la difficulté était d'avoir de quoi le remplir ; car l'eau venait d'assez loin, et on ne nous laissait pas courir pour en aller prendre. Cependant il en fallait absolument pour notre saule. Nous employâmes toutes sortes de ruses pour lui en fournir durant quelques jours, et cela nous réussit si bien, que nous le vîmes bourgeonner et pousser de petites feuilles dont nous mesurions l'accroissement d'heure en heure, persuadés, quoiqu'il ne fût pas à un pied de terre, qu'il ne tarderait pas à nous ombrager.
Comme notre arbre, nous occupant tout entiers, nous rendait incapables de toute application, de toute étude, que nous étions comme en délire, et que, ne sachant à qui nous en avions, on nous tenait de plus court qu'auparavant, nous vîmes l'instant fatal où l'eau nous allait manquer, et nous nous désolions dans l'attente de voir notre arbre périr de sécheresse. Enfin la nécessité, mère de l'industrie, nous suggéra une invention pour garantir l'arbre et nous d'une mort certaine : ce fut de faire par-dessous terre une rigole qui conduisît secrètement au saule une partie de l'eau dont on arrosait le noyer. Cette entreprise, exécutée avec ardeur, ne réussit pourtant pas d'abord. Nous avions si mal pris la pente, que l'eau ne coulait point; la terre s'éboulait et bouchait la rigole ; l'entrée se remplissait d'ordures ; tout allait de travers. Rien ne nous rebuta : Omnia vincit labor improbus¹. Nous creusâmes davantage et la terre et notre bassin, pour donner à l'eau son écoulement; nous coupâmes des fonds de boîtes en petites planches étroites, dont les unes mises de plat à la file, et d'autres posées en angle des deux côtés sur celles-là, nous firent un canal triangulaire pour notre conduit. Nous plantâmes à l'entrée de petits bouts de bois minces et à claire-voie, qui, faisant une espèce de grillage ou de crapaudine², retenaient le limon et les pierres sans boucher le passage à l'eau. Nous recouvrîmes soigneusement notre ouvrage de terre bien foulée ; et le jour où tout fut fait, nous attendîmes dans des transes d'espérance et de crainte l'heure de l'arrosement. Après des siècles d'attente, cette heure vint enfin ; M. Lambercier vint aussi à son ordinaire assister à l'opération, durant laquelle nous nous tenions tous deux derrière lui pour cacher notre arbre, auquel très heureusement il tournait le dos.
A peine achevait-on de verser le premier seau d'eau que nous commençâmes d'en voir couler dans notre bassin. A cet aspect la prudence nous abandonna; nous nous mîmes à pousser des cris de joie qui firent retourner M. Lambercier, et ce fut dommage, car il prenait grand plaisir à voir comment la terre du noyer était bonne et buvait avidement son eau. Frappé de la voir se partager entre deux bassins, il s'écrie à son tour, regarde, aperçoit la friponnerie se fait brusquement apporter une pioche, donne un coup, fait voler deux ou trois éclats de nos planches, et criant à pleine tête : Un aqueduc! un aqueduc! il frappe de toutes parts des coups impitoyables, dont chacun portait au milieu de nos cœurs. En un moment, les planches, le conduit, le bassin, le saule, tout fut détruit, tout fut labouré, sans qu'il y eût, durant cette expédition terrible, nul autre mot prononcé, sinon l'exclamation qu'il répétait sans cesse. Un aqueduc! s'écriait-il en brisant tout, un aqueduc! un aqueduc!
On croira que l'aventure finit mal pour les petits architectes. On se trompera : tout fut fini. M. Lambercier ne nous dit pas un mot de reproche, ne nous fit pas plus mauvais visage, et ne nous en parla plus ; nous l'entendîmes même un peu après rire auprès de sa sœur à gorge déployée, car le rire de M. Lambercier s'entendait de loin, et ce qu'il y eut de plus étonnant encore, c'est que, passé le premier saisissement, nous ne fûmes pas nous mêmes fort affligés. Nous plantâmes ailleurs un autre arbre, et nous nous rappelions souvent la catastrophe du premier, en répétant entre nous avec emphase : Un aqueduc! un aqueduc! Jusque-là j'avais eu des accès d'orgueil par intervalles quand j'étais Aristide ou Brutus³. Ce fut ici mon premier mouvement de vanité bien marquée. Avoir pu construire un aqueduc de nos mains, avoir mis une bouture en concurrence avec un grand arbre, me paraissait le suprême degré de la gloire. A dix ans j'en jugeais mieux que César à trente.
1. Omnia vincit labor improbus" (citation tirée de Virgile (Géorgiques, I, 145-146) : "un travail acharné a raison de tout".
2. Crapaudine : plaque de plomb posée à l'entrée d'un tuyau de bassin ou de réservoir, pour empêcher les crapauds et les ordures d'y entrer (Dict. Acad., 1762)
3. Aristide ou Brutus : tous deux sont des héros de Plutarque. Le premier incarne la justice, le second le dévouement à la patrie.
J'ai beaucoup de difficultés à dégager plusieurs axes, et trouver des citations/figures pour les justifier.
J'ai trouvé des ébauches de plan mais j'ai peur que ces parties se répètent...
I°) Une "entreprise importante" pour les enfants
Là dedans je pensais parler de leur acharnement pour planter l'arbre, de façon très méthodique etc... Mais je me demande si cette partie est pertinente pour le commentaire?
II°) L'amplification de l'épisode
dans cette partie je pensais évoquer tout ce qui se rapporte au grandissement de cet évènement, la comparaison avec des conquêtes, avec l'empire Romain etc...
III°) Le regard du narrateur
Je pensais évoquer le regard du "vieux Rousseau" sur le "jeune" mais j'ai peur que cette partie soit trop courte...
J'ai l'impression d'avoir oublié quelque chose dans ce texte, un aspect important qui justifierait un nouvel axe? Parce qu'avec mes 3 parties je me demande si ça sera suffisant.
En fait je n'ai pas fait de lettres depuis 1 an et demie, je suis en licence pluri et c'est un peu fait n'importe comment nos enseignements^^.
j'espère que vos réponses pourront m'éclairer, en attendant je retourne décortiquer ce texte et je vous dit si mes recherches avancent
(mais j'en doute, je bloque réellement^^).
Merci d'avance!
Dernière modification par Topique (12/04/2008 17:14)
Bonjour Topique,
Il me semble que tu focalises un peu trop sur la "bouture de saule" (celle que tu appelles "l'arbre"). L'arbre, c'est le noyer.
Tu ne fais pas de parallèle entre arbre/bouture et adulte/enfant.
Tu ne relèves pas l'attitude de M. Lambercier... tu n'en tires aucune conclusion.
Tu ne signales aucun rapport de cette scène avec, par exemple, les principes éducatifs de Rousseau.
Muriel
Merci pour la réponse!
Je pense donc change mon plan, déjà regrouper mes I et II, et faire une IIme partie sur "un épisode éducatif pour Rousseau".
Mais j'ai un peu de mal à le développer et je me demande si je pars dans la bonne direction:
concernant le parallèle avec adulte/enfant, en fait ça serait en quelque sorte "le saule = Jean Jacques" et "le noyer = Mr Lambercier"? Donc les enfants désobéissent à Mr lambercier au même titre que la bouture de saule fait "affront" au noyer?
Mais comment justifier ces remarques?
Dernière modification par Topique (16/04/2008 18:37)
Et concernant l'attitude de Mr Lambercier: il détruit la bouture mais ne réprimande pas les jeunes. Il aurait donc procédé ainsi pour les "forcer" à agir par eux même et non par mimétisme? Est-ce bien ça?
Pour les principes éducatifs de Rousseau, j'ai du mal à les cerner, mais ça découle peut-être de ce que j'ai dit plus haut?
Bonsoir Topique,
Et concernant l'attitude de Mr Lambercier: il détruit la bouture mais ne réprimande pas les jeunes. Il aurait donc procédé ainsi pour les "forcer" à agir par eux même et non par mimétisme? Est-ce bien ça?
Ce qui me semble important, c'est que M. Lambercier (donc un adulte) crie : « Un aqueduc ! un aqueduc ! ». C'est ce que les enfants entendent. Ils n'entendent pas : « Bande d'imbéciles ! déguerpissez ! ».
Même s'ils ont fait une bêtise (parce que "piquer" l'eau du noyer était au détriment de la survie du noyer), leur petite construction artisanale et ingénieuse a été reconnue (avec connivence : M. Lambercier rit avec sa femme, il ne dispute pas les enfants) de même nature qu'un grand ouvrage !
Cet évènement a dû rester profondément en mémoire du Rousseau adulte ; il est peut-être en partie à l'origine de ses principes éducatifs qui prônaient le respect, la tolérance et les vertus de l'expérience (même malhabile).
Muriel
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