#1 22/12/2005 18:12

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Littérature française Jean-Jacques Rousseau

La page Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes a suscité la réaction suivante :

Voici ma question : « Aujourd'hui, lorsque l'homme socialisé vit dans la pauvreté et qu'il se voit ainsi forcé de concentrer tous ses efforts à sa propre conservation, redevient-il un temps soit peu l'homme sauvage dont parle Rousseau ? »

Je crois que oui dans plusieurs cas. D'une part, la pauvreté isole souvent l'individu des autres, à l'instar de l'homme sauvage. D'autre part, on observe souvent que l'homme socialisé en état de pauvreté doit lutter contre sa vanité et son orgueil pour assurer sa survie. Lorsqu'on est pauvre en notre société, la vanité et l'orgueil n'ont pas leur place, disent plusieurs. Il n'en demeure pas moins que cette vanité et cet orgueil causent de sérieux problèmes aux organismes d'entraide. L'une des solutions appliquées consiste à offrir leurs services en paiement d'un prix ridiculement bas. On cherche ici à donner l'impression aux pauvres qu'il est comme tous les hommes nantis qui « paient » pour les services qu'ils reçoivent.

Il est important ici de limiter notre réflexion à une simple observation.
Dans notre monde socialisé, la vanité et l'orgueil sont bel et bien présents et causent tout autant de problèmes aux riches qu'aux pauvres. Certains soutiennent qu'il y a une relation intime entre la vanité et l'orgueil des riches et les problèmes de pauvreté en abordant le partage de la richesse entre les hommes.

Mais, à mon avis, une donnée essentielle est oubliée pour comprendre la lutte que le pauvre doit livrer à sa vanité et à son orgueil pour accepter l'aide d'autrui. On omet de considérer l'idéal d'entraide qui anime plusieurs hommes en notre monde. Cet idéal, nous le savons, n'est pas vécu au quotidien en notre monde. Il demeure latent chez plusieurs. On espère tous qu'en cas de catastrophe, il se trouvera sur notre chemin un bon samaritain. L'idéal d'entraide s'alimente de cet espoir, souvent secret voire inconscient. On ne se confronte pas à cet idéal tant et aussi longtemps qu'aucune catastrophe se pointe, que sa conversation est assurée.
Mais advenant une telle confrontation, forcée, par exemple, par une pauvreté soudaine, on se rend vite compte que cet idéal d'entraide est ce qu'il est : un rêve, un simple fruit de l'imagination. L'espoir même qui lui donnait prise laisse alors place à la déception face aux hommes. On dira même que ces hommes, pourvus des moyens de concrétiser cet idéal d'entraide mais ne passant pas à l'action, sont des « sauvages ».

On se retrouve donc à l'opposé de la pensée de Rousseau en notre temps. C'est l'homme socialisé qui devient le sauvage parce qu'il ne partage pas suffisamment pour assurer la conservation de tous. Et on observera que ce sont les pauvres qui s'entraident le plus entre eux partageant leurs faibles moyens. Ils adoptent le comportement qu'ils espéraient de l'Homme, par instinct de survie. Voilà donc tout un paradoxe. On l'expliquera par le fait que l'homme a besoin de vivre une situation pour agir en connaissance de cause. Le partage ne s'impose pas tant et aussi longtemps que l'on n'est pas en situation de besoin. L'idéaliste espérait que la conscience acquise par l'homme social suffirait pour le motiver à l'action, soit qu'il y soit forcé par une expérience sur terrain. Mais il n'en est rien. On voulait que l'homme apprenne à prévenir plutôt qu'à guérir mais c'était sans compter qu'il se concentrerait avant tout sur lui-même dans l'action, et ce, à la hauteur de son amour-propre. Rares sont ceux qui accumulent pour aider les autres.

Bref, de la parole aux actes, il y a encore toute une marge malgré la conscience acquise par l'homme socialisé au fil des siècles. Pourquoi ? Pour plusieurs, la parole est devenue l'acte ultime. On croit avoir agit suffisamment parce qu'on a parlé. Dire, c'est agir. On l'aura tout au moins dit, ce n'est pas rien. Pour plusieurs, il suffit de dire pour être engagé dans l'action. Si l'homme sauvage de Rousseau n'avait pas la faculté de la parole, on ne peut certes pas lui reprocher son manque d'action. Il n'en demeure pas moins que plusieurs croient que l'idée incite tout même à l'acte. Et il y a des preuves. Mais dès que l'homme socialisé a assuré sa conversation personnelle, l'expérience d'entraide dont il a profitée sur le terrain devient un idéal, non pas une pratique courante. La notion de retour est absente. Plus encore, il devient souvent arrogant. Il affirmera haut et fort « Je ne dois rien à personne » même s'il a profité et profite encore du bien public pour assurer sa conservation personnelle. À l'opposé, pour l'idéaliste, nous devons tout à tout le monde, riches ou pauvres.

Que penserait donc Rousseau de l'homme socialisé d'aujourd'hui ?

Serge-André Guay, éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

(Courriel du 20/12/2005)

#2 22/12/2005 19:35

Le visage de l'ombre
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Littérature française Jean-Jacques Rousseau

Rousseau… Cinq enfants aux Enfants-Trouvés… Monsieur Rousseau vivait à l’opposé de ses idées. Je m’interroge puis je constate que les hommes sont bien différents de la connaissance à l’action. C’est peut-être pour cela que je suis devenu misanthrope. Comme le fut Molière à la fin de sa vie.
La pauvreté, je peux en parler car en dehors de ma profession, j’ai vécu parmi des gens défavorisés. Je n’avais plus de jours de fêtes parmi les miens… alors, comme un huissier de l’affection, j’ai pu constater que les pauvres ne sont pas solidaires entre eux. Bien au contraire. Au lieu de se battre pour le luxe, ils se battent souvent pour une cigarette, un morceau de pain !
L’homme sauvage, c’est le squelette de l’homme. Après, ce n’est que le costume qui change. Au fond de chacun, il y a le bien et son corollaire, le mal. Et c’est la lutte continuelle. Qui va gagner ?
On juge les hommes non sur leurs idées mais sur les actes qui en résultent. Je terminerai sur cette pensée de Platon : à force de regarder dans le noir, on ne voit plus la lumière. Rousseau, c’est beau… et encore… je lui préfère l’abbé Pierre !
J’ai rêvé plus d’une fois à l’homme idéal mais si je dessine un homme sur du papier, contrairement au Golem, il ne marchera jamais…