Alors, autre écrivain célèbre, le Grand Meaulnes ? 
Bonsoir !
La discussion est intéressante, mais difficile.
Je n ´ai pas la prétention d´être capable de définir, ni même
de cerner ce qu ´est un écrivain classique.
Il y faudrait de la réflexion, et donc du temps.
Un ami m ´a cité un jour cette phrase de Paul Valéry :
" Un classsique, c ´est un romantique qui a appris son
métier." Je cite de mémoire; je pense que la phrase est exacte
mais n ´en suis pas sûr. Que l ´on me corrige si je me trompe.
Je pense qu´il ne serait pas mauvais d´élargir La discussion dans le
domaine de l ´art et dans celui de la philosophie.
Poussin a écrit : " Mon naturel me contraint à chercher et à aimer
les choses bien ordonnées:"
Ne serait-ce pas une bonne approche du classicisme ?
Pardon si je m exprime mal en français.
Je vis à Berlin et n ai pas souvent l ´occasion de pratiquer
le Francais.
Cordialement.
On touche à l'un des sujets qui m'enthousiasment le plus ^^
Peut-être connaissez-vous un livre de Calvino, Pourquoi lire les classiques (qui se constitue en fait de plusieurs articles qu'il a écrits au cours de sa vie mais dont le premier surtout est intéressant).
En tout cas ce premier article proposé explique point par point ce qu'est un classique à son sens. Je crois qu'il peut vraiment devenir une bonne référence ; et même le parcourir simplement pour avoir le plaisir de constater que l'on sait lire "comme il faut" et pour entendre parler des livres qu'on aime... Enfin quant à moi, qui lisais déjà beaucoup avant de tomber dessus, j'en suis sortie littéralement boulimique de lecture.
Je vais quand même proposer ici ses différents critères, mais je vous conseille vivement de lire l'article en entier, développé c'est mille fois mieux :
- Les classiques sont ces livres dont on entend toujours dire : "je suis en train de le relire..." et jamais : "Je suis en train de le lire..."
- Sont dits classiques les livres qui constituent une richesse pour qui les a lus et aimés ; mais la richesse n'est pas moindre pour qui se réserve le bonheur de les lire une première fois dans les conditions les plus favorables pour les goûter. (pour préciser ici, il explique en fait qu'un livre peut apporter à n'importe quel moment d'une vie, mais à certains plus qu'à d'autres, c'est tout. Il cite notamment la jeunesse, plutôt moins favorable à la lecture de certains classiques que l'âge adulte)
- Les classiques sont des livres qui exercent une influence particulière aussi bien en s'imposant comme inoubliables qu'en se dissimulant dans les replis de la mémoire par assimilation à l'inconscient collectif ou individuel.
- Toute relecture d'un classique est une redécouverte, comme la première lecture.
- Toute première lecture d'un classique est en réalité une relecture
- Un classique est un livre qui n'a jamais fini de dire ce qu'il a à dire
- Les classiques sont des livres qui, quand ils nous parviennent, portent en eux la trace des lectures qu'ils ont laissé dans la ou les cultures qu'ils ont traversés (ou, plus simplement, dans le langage et les moeurs)
- Un classique est une oeuvre qui provoque sans cesse un nuage de discours critiques, dont elle se débarrasse continuellement.
- Les classiques sont des livres que la lecture rend d'autant plus neufs, inattendus, inouïs, qu'on a cru les connaître par ouï-dire
- On appelle classique un livre qui, à l'instar des anciens talismans, se présente comme un équivalent de l'univers.
- Notre classique est celui qui ne peut pas nous être indifférent et qui nous sert à nous définir nous-même par rapport à lui, éventuellement en opposition à lui.
- Un classique est un livre qui vient avant d'autres classiques ; mais quiconque a commencé par lire les autres et lit ensuite celui-là reconnaît aussitôt la place de ce dernier dans la généalogie.
- Est classique ce qui tend à reléguer l'actualité au rang de rumeur de fond, sans pour autant prétendre éteindre cette rumeur.
- Est classique ce qui persiste comme rumeur de fond, là même où l'actualité qui en est la plus éloignée règne en maître.
Alors évidemment, comme tout le monde je ne suis pas d'accord avec absolument tout ce qu'il dit, mais il dit tout de même beaucoup de choses vraies et bien vues.
Bonjour,
je viens de me souvenir d'un rapport de jury du concours d'ULM (session 2007), dans lequel est proposé un corrigé (succint il est vrai) de ce sujet en épreuve de composition française:
Dans une lettre à Jacques Chevalier, Bergson affirme :
« L’oeuvre qui devient classique est celle qui se présente rétrospectivement avec un air de
fatalité : aucun détail n’aurait pu, semble-t-il, être différent de ce qu’il est, parce que le tout
est présent dans chacune des parties. Cette apparence de fatalité donne à l’oeuvre, si
personnelle qu’elle ait été, un aspect impersonnel. »
(Cité dans Henri Bergson, essais et témoignages recueillis par Albert Béguin et Pierre
Thévenaz, Cahiers du Rhône, Hors série, août 1943, p. 91).
Peut-être y a t-il des choses intéressantes à puiser ... (même si le correcteur affirme ne pas traiter cette question, "Qu'est ce qu'un classique", mais plutôt interroge le processus qui confère à l'oeuvre ce statut de classique, après le regard rétrospectif qui lui est porté dans son "évolution créatrice", en rapport avec l'historicité fondamentale qu'introduit toute réception par un public)
http://www.ens.fr/IMG/file/concours/200 … _ecrit.pdf
Sébastien
Édité par Chicoré (mercredi 08 juillet 2009 à 23 h 43)
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