#1 21/09/2006 22:30

webmestre
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Littérature française Rimbaud, « Barbare », un poème énigmatique

Ce poème de Rimbaud est déroutant. Son abord est difficile parce qu’il est ardu de trouver une structure logique à laquelle accrocher son analyse. Ce texte se révèle au final comme une énigme dont les clés sont disséminées par l’auteur dans le texte. Il faut en effet plusieurs lectures attentives pour découvrir que Rimbaud a créé une sorte de défi intellectuel qui unifie ses jeux esthétiques et qui leur donne tout leur sens. (...)
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#2 24/09/2006 16:12

lebeau
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Littérature française Rimbaud, « Barbare », un poème énigmatique

Vision de soir de guerre en hiver après la bataille?

Vertige schizophrène entre séduction par beauté d'horreur et séduction par beauté de pureté,éternel déchirement entre bien et  mal?

Mais aussi regard  d'écorché vif sur les deux aspects de la mère: la bonne et la mauvaise, l'une voix sépulchrale menant aux enfers, l'autre voix cristalline menant au ciel: sinistre combat à l'intérieur d'un fils?

Le lien entre tout cela? Si c'est bien un soir de guerre et de bataille, tout un chacun sait que presque tous les agonisants sur les champs de bataille appellent leur mère.

Sombre parallèle confondant 'la terre ma mère' et 'la femme ma mère', vision désespérée des tréfonds de l'âme humaine?

Dernière modification par lebeau (24/09/2006 16:32)

#3 24/09/2006 20:52

Léah
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Littérature française Rimbaud, « Barbare », un poème énigmatique

Je lirais différement les pavillons du début et celui de la fin
Le Barbare c'est lui-même parce qu'il refuse et se révolte. Il ne veut pas être comme les autres qui saluent le drapeau. (...mais les bonnes gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux) Il veut quitter ce monde de patriotes (remis des vieilles fanfares d'héroïsme -qui nous attaquent encore le cœur et la tête / Loin des vieilles retraites et des vieilles flammes, qu'on entend, qu'on sent) il veut aller dans un autre monde
Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays
et  aller bien après loin, loin,  ;
Et là
la voix féminine arrivée au fond des volcans et des grottes arctiques.
Le pavillon...

Le pavillon, celui-là, n'est-ce-pas le sexe féminin, qui donne à l'homme accès à un autre univers ?


Tenir un seul cheveu dans sa main.
Y parvenir.

#4 24/09/2006 21:01

Léah
9758 message(s)
Littérature française Rimbaud, « Barbare », un poème énigmatique

Le pavillon n'est plus alors un endroit clos comme le pavillon Baltard ou une tente militaire, ni un drapeau ; mais une ouverture, comme celle du pavillon de l'oreille, d'un instrument de musique à vent ; ou chez la femme celui du sexe et plus précisément en un endroit qui ferait penser aux avant naissance celui de la trompe de Fallope (mais Rimbaud avait-il cette connaissance anatomique ?)
la voix féminine arrivée au fond des volcans et des grottes arctiques.
le pavillon...

on peut aussi là penser aux réceptions acoustiques d'une voix qui réconcilie, réunifie le brûlant et le glacial.

Dernière modification par Léah (24/09/2006 21:02)

#5 24/09/2006 22:08

Jean-Luc
2919 message(s)
Littérature française Rimbaud, « Barbare », un poème énigmatique

Bonsoir Léah,

Ces interprétations sont tout à fait recevables et pertinentes.
Certains critiques ont appuyé sur le caractère sexuel sous-jacent du poème.
Si la grotte, les larmes brûlantes... ont des connotations sexuelles marquées, pavillon me paraît plus difficile à rattacher à ce champ sémantique sous-entendu (mais je ne suis pas un spécialiste de l’érographie)... De plus ce type d'interprétation affaiblirait le caractère cyclique affirmé du poème et le désespoir émergent de la fin. En effet le mot pavillon joue le rôle d’un relanceur dans le délire, de plus s’il y avait progrès et extase, les points de suspension finals seraient plus difficiles à justifier. Ils me paraissent être un abandon, une fuite…
Quant à tes réflexions sur la révolte du barbare, elles me paraissent justes. Rimbaud se rattache aux insoumis et accuse l’Etat boucher. Il existe aussi une autre révolte : celle du poète voyant qui récuse les formes poétiques traditionnelles (un sens possible pour les « vieilles fanfares d'héroïsme »).


Jean-Luc    "Il n'y a jamais nulle part où aller qu'en dedans." Doris Lessing :)

#6 25/09/2006 11:06

Léah
9758 message(s)
Littérature française Rimbaud, « Barbare », un poème énigmatique

Ce serait donc, un échec ? il veut fuir l'horreur des guerres et la stupidité patriotique devant le drapeau et il y retomberait à la fin ? devant l"énorme révolte de Rimbaud, j'ai du mal à admettre cette lecture.
Le pavillon de la fin, venant après la voix féminine, n'est-ce-pas celui de l'oreille, qui chez le poète accueille les mots, tous les mots ?

#7 25/09/2006 11:30

Jean-Luc
2919 message(s)
Littérature française Rimbaud, « Barbare », un poème énigmatique

Bonjour Léah,

Quand je parle d'échec, d'abandon, ce n'est pas la contestation radicale rimbaldienne qui est visée, mais, comme pour Baudelaire en quelque sorte, l'incapacité finale à rendre compte, avec des mots, d'une expérience poétique extrême.
C'est pourquoi Rimbaud renoncera à son aventure poétique. Dans sa fuite il y a sans doute aussi le reflexe vital de l'homme qui se sent en danger dans ce voyage initiatique et prométhéen.

#8 25/09/2006 11:46

Léah
9758 message(s)
Littérature française Rimbaud, « Barbare », un poème énigmatique

Ah ! enfin quelqu'un qui a compris pourquoi Rimbaud s'est arrêté d'écrire et pourquoi le lecteur ressent sans cesse que les promesses ne sont pas tenues !
Ce qui a "sauvé" Baudelaire, c'est qu'il était encore attaché à la perfection formelle. Dont Rimbaud se souciait comme d'une baudruche. Mais dont il a encore de beaux restes. Que dis-je, des restes ! des arènes des amphithéâtres des cathédrales ...

#9 28/09/2006 09:34

Krystyna
113 message(s)
Littérature française Rimbaud, « Barbare », un poème énigmatique

Voici ce que disait Verlaine dans Poètes maudits de l'abandon de la poésie par Rimbaud :

Qu’Arthur Rimbaud sache bien que nous ne jugeons pas les mobiles des hommes et soit assuré de notre complète approbation (de notre tristesse noire, aussi) en face de son abandon de la poésie, pourvu, comme nous n’en doutons pas, que cet abandon soit, pour lui, logique, honnête et nécessaire.

Et il termine ainsi :

Après quelque séjour à Paris, puis diverses pérégrinations plus ou moins effrayantes, Rimbaud vira de bord et travailla (lui!) dans le naïf, le très et l'exprès trop simple, n'usant plus que d'assonances, de mots
vagues, de phrases enfantines ou populaires. Il accomplit ainsi des prodiges de ténuité, de flou vrai, de charmant presque inappréciable à force d'être grêle et fluet.

Elle est retrouvée!

Quoi ? l'éternité.

C'est la mer allée

Avec les soleils.




   Mais le poète disparaissait. - Nous entendons parler du poète correct  dans le sens un peu spécial du mot.

   Un prosateur étonnant s'ensuivit. Un manuscrit dont le titre nous échappe et qui contenait d'étranges mysticités et les plus aigus aperçus psychologiques tomba dans des mains qui l'égarèrent sans bien savoir
ce qu'elles faisaient.

   Une saison en Enfer, parue à Bruxelles, 1873, chez Poot et C'°, 37, rue aux Choux, sombra corps et biens dans un oubli monstrueux, l'auteur ne l'ayant pas "lancée" du tout . Il avait bien autre chose à faire.

   Il courut tous les Continents, tous les Océans, pauvrement, fièrement (riche d'ailleurs, s'il l'eût voulu, de famille et de position), après avoir écrit, en prose encore, une série de superbes fragments, les Illuminations, à tout jamais perdus, nous le craignons bien .

   Il disait dans sa Saison en Enfer  " Ma journée est faite. Je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes poumons, les climats perdus me tanneront. "

   Tout cela est très bien et l'homme a tenu parole. L'homme en Rimbaud est libre, cela est trop clair et nous le lui avons concédé en commençant avec une réserve bien légitime que nous allons accentuer pour conclure. Mais n'avons-nous pas eu raison, nous, fou du poète, de le prendre, cet aigle,et de le tenir dans cette cage-ci, sous cette étiquette-ci, et ne pourrions-nous point par surcroît et surérogation (si la Littérature devait voir se consommer une telle perte) nous écrier avec Corbière, son frère aîné, non pas son grand frère - ironiquement ? non, mélancoliquement ? o oui ! furieusement ? ah qu'oui ! - :


                                                  Elle est éteinte

                                          Cette huile sainte,

                                          Il est éteint

                                          Le sacristain !...

Dernière modification par Krystyna (28/09/2006 09:37)

#10 25/11/2007 14:46

JSC
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Littérature française Rimbaud, « Barbare », un poème énigmatique

Bonjour.
Je viens de découvrir cet excellent texte de Jean-Luc.

Un aspect que je trouve cependant un peu absent  concerne les deux longs séjours à Londres qu'a effectué AR pendant la période de gestation de son œuvre "Illuminations".

Bien que Charleville, sa ville natale, se situe dans les Ardennes, je ne trouve pas (malgré le magnifique Dormeur du Val) une preuve qu'il fuyait l'occupation allemande en 1870. Il fugua comme font les jeunes à la fois pour échapper à lui-même et pour trouver son soi-même. Brillant élève, il a fait fuite plusieurs fois vers ses 16 ans, notamment à Paris, où il fut un temps hébergé par Paul Verlaine, admirateur de sa poésie et de sa personne. C'est avec lui qu'il se trouva une première fois à Londres septembre-décembre 1872. Pendant une dispute, PV tira une balle et blesse AR. PV purgea une peine de prison et ne fut plus disponible pour accompagner son ami dans ses pérégrinations en Belgique, Allemagne (!) et....en Angleterre. Il y séjourna une deuxième fois en compagnie de Germain Nouveau en mars 1874 et y resta jusqu'en novembre. Il y reçut la visite de sa mère et sa sœur. C'est dans le journal de cette dernière qu'on peut se rendre compte du haut degré de connaissance que AR avait pour la ville qui l'hébergea.

Le tricolore français n'est pas l'unique drapeau au monde qui utilise les trois couleurs rouge, blanc et bleu. En outre je veux signaler....l'Union Jack britannique.

L'influence des deux séjours ne devrait pas été minimalisée, dirais-je. Il y connut les foyers de l'industrie, le Métro tiré par des locomotives à vapeur, des très modestes chambres, le monde révolutionnaire Marxiste aux alentours de Leicester Square, le Crystal Palace, énorme salle d'exposition ( 'pavillon' ) faite de fer et de verre, des représentations théâtrales et...des feux d'artifice. Dans ces endroits la barbarie du monde des travailleurs, majoritaires, se confrontait à la culture des bourgeois, minoritaires. Dans ces endroits, les trois couleurs ne manquaient point (reflet du ciel dans le verre, vapeur, fer forgé, feu des locomotives, feux, éclairage au théâtre et les petits réverbères dans la rue.....)

Je remarque aussi que PV, dans une notice écrite pour la publication d'Illuminations dans La Vogue 1886 ne parle pas de 'Poèmes' mais de 'courtes pièces' qu'il qualifie de "prose exquise" et de "vers délicieusement faux exprès". Il ajoute que le titre, comme AR avait expliqué dans son manuscrit en sous-titre, "est anglais et veut dire gravures coloriées, - colored plates". Par la suite "D'idée principale il n'y en a ou du moins nous n'y en trouvons pas. De la joie évidente d'être un grand poète, tels paysages féeriques, d'adorables vagues amours esquissées et la plus haute ambition (arrivée) de style: tel est le résumé que nous croyons pouvoir oser donner de l'ouvrage ci-après."

De "Barbe-Bleu" de la première "courte pièce" Après le Déluge au "Barbare" de la seconde est un petit pas, tout comme des "draps" au "pavillon". Ou bien de pièce en pièce des trois premières, je crois pouvoir tracer le développement glace-glacier (grottes arctiques)-acier. Les voix féminines se font rares dans la tapisserie des Illuminations. Dans Barbare, elle est bien loin du monde réel dans lequel évolua AR et ses amours.

Enfin, peut-être est-ce le musicien qui parle, je remarque vers la fin de cette pièce un pas plus haletant, un rythme plus haché : une expression de plus en plus sèche. Les plus longs syntagmes recommencent en Mystique, la troisième Illumination, qui parle en blanc, gris, vert, or, argent et bleu; en cinq lignes seulement! Un miracle de concision et de mouvement, cette écriture.

Dernière modification par JSC (25/11/2007 18:53)


La moralité moderne veut que l'on accepte les normes de son époque. Qu'un homme cultivé puisse les accepter me semble le pire des immoralités. (O. Wilde)