1 2
Littérature et esthétique générale
La plume plus puissante que l'épée ? Écrivains engagés.True, This! —
Beneath the rule of men entirely great,
The pen is mightier than the sword. Behold
The arch-enchanters wand! — itself a nothing! —
But taking sorcery from the master-hand
To paralyse the Cæsars, and to strike
The loud earth breathless! — Take away the sword —
States can be saved without it!
Ce qui est véritable:-
Sous le règne d'hommes d'une ineffable grandeur,
La plume est plus puissante que l'épée. Voici
La bâton magique de l'archi-ensorcelleur - en soi un rien -
Mais afin d'enlever la magie de la main des maîtres
Et paralyser les Césars, de rendre
Sans souffle les bruissements de la terre: confisquer l'épée!
Les États peuvent être secourus sans elle!
(1839 Edward Bulwer Lytton dans sa pièce "Richelieu, ou la conspiration" Acte II SC. 2).
Des échos de ce maxime peuvent être discernés dans des œuvres de Euridipe et Shakespeare ou plus récemment Napoléon! paraphrase "Il vaudrait mieux craindre 4 journaux hostiles que mille baionnettes".
Certains écrivains ont le courage de leurs convictions et "prennent l'épée" (Malraux, Lorca, Owen....) quittes à mourir pour une cause.
Leur crédibilité, en est-elle plus valorisée que celle de ceux qui écrivent du confort de leur fauteuil ou bureau de rédaction?
Les écrivains engagés doivent, à mon avis, bénéficier de circonstances favorables pour qu'il en soit ainsi:
conditions sociales, mouvements sociaux, état de la société dans laquelle ils vivent.
Cependant, s'il arrive que la plume soit plus puissante que l'épée, il y faut du temps: je n'ai jamais entendu dire qu'un écrivain ait obtenu à lui seul la chute d'un régime "contraignant".
Il y faut un réseau d'influence, une organisation, une réceptivité des lecteurs, et j'en passe....
Bref, c'est un travail de persuasion qu'il s'agit de faire, et lorque cela fonctionne, oui, cet écrivain gardera une place particulière dans le coeur et l'esprit de ceux qui sauront son histoire. Peut-être même s'il ne réussit pas, d'ailleurs: Voltaire garde une grande aura auprès des esprits libres...
Tu abordes ici deux conceptions opposées de la littérature : écrire pour le plaisir, et écrire pour changer les choses, avec un but utilitaire. Ces deux visions de la littérature ont de tout temps été en débat. L'une comme l'autre ont donné des oeuvres superbes, mais la littérature engagée permet parfois autre chose. Ceci dit, les auteurs engagés ont souvent d'autres combats. Ils ne comptent pas que sur l'écriture pour changer les choses, celle-ci n'est qu'un petit plus. Ils manient à la fois l'épée et lé plume si tu préfères! Ainsi Hugo, l'un des premiers auteurs engagés, était aussi un homme politique, ce qui lui permettait de tenter de mettre en pratique ses idées. De même Malraux participait activement à la résistance.
nadja21 a écrit :
Tu abordes ici deux conceptions opposées de la littérature : écrire pour le plaisir*, et écrire pour changer les choses, avec un but utilitaire. Ceci dit, les auteurs engagés ont souvent d'autres combats.** Ils ne comptent pas que sur l'écriture pour changer les choses, celle-ci n'est qu'un petit plus. Ils manient à la fois l'épée et lé plume si tu préfères! Ainsi Hugo, l'un des premiers auteurs engagés, était aussi un homme politique, ce qui lui permettait de tenter de mettre en pratique ses idées. De même Malraux participait activement*** à la résistance.
* où ça, plaisir?
** si tu prennais Dickens, Senghor, Césaire, et deux autres, pouvais-tu me dire en quoi leur engagement ailleurs renforce leur engagement littéraire? Être Maire pendant 60 ans de la Capitale de la Martinique est très bien pour son image et son pouvoir personnel, mais en quoi sert-il la négritude?
***participer passivement me semble bizarre comme concept. Je parlais du Malraux des années 30 en Espagne.
Je trouve ta contribution très bien raisonnée et écrite, d'ailleurs, nadja. 
Les épées rouillent, les dictatures sombrent mais les écrits traversent les siècles. L'épée croit en la victoire immédiate et définitive et ne néglige pas les plumes asservies pour asseoir sa domination dans le temps. L'écrit joue sur les émotions, l'intelligence et le jugement ; le temps peut travailler en sa faveur mais il a souvent besoin du soutien d'une épée. Les écrivains n'ont parfois pas le choix de s'engager ou non mais s'ils s'engagent cela ne peut que renforcer l'impact de leurs idées puisqu'ils sont prêts à s'engager totalement. Toutefois on peut supposer qu'il y a un temps pour l'action et un temps pour travailler l'écriture.
Édité par Portia (vendredi 29 février 2008 à 18 h 57)
Une épée sert à tuer. Mais un écrit, ça permet de s'attaquer à des gens "hauts-placés", qu'on pourrait presque qualifiés "d'intouchables", sans se mettre trop en danger (écrits anonymes à l'époque des Lumières pour échapper à la censure et à l'embastillement). De plus, on sait très bien que la douleur psychologique est souvent bien plus difficile à soigner et à supporter que la douleur physique. En ce sens, les mots à visée critique semblent faire plus de mal qu'un coup d'épée ou qu'un coup de fusil... .
Charmed-girl a écrit :
Mais un écrit, ça permet de s'attaquer à des gens "hauts-placés", qu'on pourrait presque qualifiés "d'intouchables", sans se mettre trop en danger .
La liberté d'expression n'existe pas partout. Certains risquent beaucoup en écrivant.
Leur crédibilité, en est-elle plus valorisée que celle de ceux qui écrivent du confort de leur fauteuil ou bureau de rédaction?
En mon sens, l'utilisation de l'épée est une conséquence de l'utilisation de la plume. Les plus grands changements se sont faits par l'épée, mais en ayant précedemment arboré les valeurs transportées par la plume. La révolution française, portée par les idées des Lumières en est un exemple.
Ainsi on ne peut pas réellement hierachiser ces deux moyens, car leurs influences sont de natures différentes. J'entends par là que la plume vise à faire changer les mentalités, que se produise chez les individus une certaine prise de conscience, tandis que l'épée concrétise ce changement, et donne le pouvoir au peuple de déconstruire les institutions, et de les reformer de manière plus adapté à leur époque.
La plume est l'outil de l'intellectuel, tandis que l'épée est l'outil du peuple (je vous renvoit à la pensée de Sartre sur la place de l'intellectuel dans l'histoire )
« L’écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi. Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu’ils n’ont pas écrit une ligne pour l’empêcher. Ce n’était pas leur affaire, dira-t-on. Mais le procès de Calas, était-ce l’affaire de Voltaire ? La condamnation de Dreyfus, était-ce l’affaire de Zola ? L’administration du Congo, était-ce l’affaire de Gide ? Chacun de ces auteurs, en une circonstance particulière de sa vie, a mesuré sa responsabilité d’écrivain. »
Revue : Les temps modernes n°1, Octobre 1945
JSC a écrit :
nadja21 a écrit :
Tu abordes ici deux conceptions opposées de la littérature : écrire pour le plaisir*, et écrire pour changer les choses, avec un but utilitaire. Ceci dit, les auteurs engagés ont souvent d'autres combats.** Ils ne comptent pas que sur l'écriture pour changer les choses, celle-ci n'est qu'un petit plus. Ils manient à la fois l'épée et lé plume si tu préfères! Ainsi Hugo, l'un des premiers auteurs engagés, était aussi un homme politique, ce qui lui permettait de tenter de mettre en pratique ses idées. De même Malraux participait activement*** à la résistance.
* où ça, plaisir?
** si tu prennais Dickens, Senghor, Césaire, et deux autres, pouvais-tu me dire en quoi leur engagement ailleurs renforce leur engagement littéraire? Être Maire pendant 60 ans de la Capitale de la Martinique est très bien pour son image et son pouvoir personnel, mais en quoi sert-il la négritude?
***participer passivement me semble bizarre comme concept. Je parlais du Malraux des années 30 en Espagne.
Je trouve ta contribution très bien raisonnée et écrite, d'ailleurs, nadja.
Merci pour le compliment JSC, en espérant que ce n'était pas ironique. 
Quelques explications, pour répondre à tes remarques:
"Ecrire pour le plaisir", c'est-à-dire pour le plaisir des lecteurs. Car la lecture est souvent envisagée comme une simple distraction. De plus en plus aujourd'hui d'ailleurs.
Quant aux combats des auteurs engagés, je ne parlais ni de Dickens, ni de Senghor, ni de Césaire, car je connais mal l'engagement de ses auteurs.
Enfin, je parlais du Malraux français, entré dans la Résistance en 44, et commandant de la brigade Alsace-Lorraine qui a participé à la libération de Strasbourg.
Pour finir, une petite définition : la résistance passive, c'était par exemple continuer à aller dans un commerce juif. C'était refuser de manger dans le même restaurant que des allemands. Bref c'était refuser l'occupation et le nazisme, sans pour autant se battre.
Assez d'accord avec JSC,
Malraux , OK mais ce que l'on voit souvent aujourd'hui est un fonctionnement inverse : des tas de personnes se trouvent une cause pour laquelle écrire; des lettres de noblesse en quelque sorte.
D'autres sont engagés sans avoir besoin de le dire et certains comme Malraux, prolongent leur engagement par l'écriture.
J'ai développé cette reflexion sur la page suivante :
http://www.liremoi.com/Reflexions-sur-l … ature.html
En prolongement, Oui, la plume prépare l'action. L'action n'est possible que si elle est dirigée par une idée qui rassemble suffisamment de personnes. Et c'est la plume qui va rassembler. CQFD.
1 2
Littérature et esthétique générale
La plume plus puissante que l'épée ? Écrivains engagés.Contacter l’administrateur du forum | Signaler un abus | Forum propulsé par Fluxbb