Voltaire, L'Ingénu, chapitre 20, la lettre de Vadbled - Ironie violente à l'égard du pouvoir politique

Bonjour! Le chapitre 20 de l'ingénu et précisément le passage de la lettre de Vadbled est dans ma liste des textes pour le bac. A partir d'une question que j'ai trouvé sur internet et qui est : "Montrer que dans ce passage Voltaire fait preuve d’une ironie violente à l’égard du pouvoir politique."
j'ai tenté d'en faire l'explication en vue de mon oral. J'ai donc imaginé ce que je dirai à l'oral mais en l'écrivant. J'ai eu pas mal de difficultés. Notemment sur le plan dont je ne suis pas certaine et sur ma deuxième partie où j'ai le sentiment de faire de la paraphrase sans rien dégager au final.. Pouvez vous me dire ce que vous en pensez?
Merci beaucoup !

Je vous mets le passage :

Au milieu de tant de larmes et de craintes, pendant que le danger de cette fille si chère remplissait tous les cœurs, que tout était consterné, on annonce un courrier de la cour. Un courrier! et de qui? et pourquoi? C'était de la part du confesseur du roi pour le prieur de la Montagne; ce n'était pas le père de La Chaise qui écrivait, c'était le frère Vadbled, son valet de chambre, homme très important dans ce temps-là, lui qui mandait aux archevêques les volontés du révérend père, lui qui donnait audience, lui qui promettait des bénéfices, lui qui faisait quelquefois expédier des lettres de cachet. Il écrivait à l'abbé de la Montagne que "Sa Révérence était informée des aventures de son neveu, que sa prison n'était qu'une méprise que ces petites disgrâces arrivaient fréquemment, qu'il ne fallait pas y faire attention, et qu'enfin il convenait que lui prieur vînt lui présenter son neveu le lendemain, qu'il devait amener avec lui le bonhomme Gordon, que lui frère Vadbled les introduirait chez Sa Révérence et chez mons de Louvois, lequel leur dirait un mot dans son antichambre."
Il ajoutait que l'histoire de l'Ingénu et son combat contre les Anglais avaient été contés au roi, que sûrement le roi daignerait le remarquer quand il passerait dans la galerie, et peut-être même lui ferait un signe de tête. La lettre finissait par l'espérance dont on le flattait, que toutes les dames de la cour s'empresseraient de faire venir son neveu à leur toilette, que plusieurs d'entre elles lui diraient: "Bonjour, monsieur l'Ingénu"; et qu'assurément il serait question de lui au souper du roi. La lettre était signée: "Votre affectionné Vadbled, frère jésuite."
Le prieur ayant lu la lettre tout haut, son neveu furieux, et commandant un moment à sa colère, ne dit rien au porteur; mais se tournant vers le compagnon de ses infortunes, il lui demanda ce qu'il pensait de ce style. Gordon lui répondit: "C'est donc ainsi qu'on traite les hommes comme des singes! On les bat et on les fait danser."

Et voici mon explication :

L’Ingénu  a été écrit en 1767 par Voltaire, écrivain français du XVIIIème siècle, le siècle des Lumières. Voltaire fut un ardent défenseur de la tolérance, des droits de l’Homme, de la liberté d’expression.. En somme des idées des Lumières. 
L’action dans l’Ingénu se passe en 1689 en France et au chapitre XX et dernier de L’Ingénu, nous sommes à Versailles. Mlle de Saint-Yves est alors torturée par le remords puisqu’elle a cédé aux avances de Mr de Saint-Pouange qui en échange de ces faveurs lui avait promit de libérer l’Ingénu qui s’était fait emprisonné à la bastille pour s’être indigné du sort réservé aux protestants suite à la révocation de l’Edit de Nantes. ( chapitre 8 : l’halte à Saumur ). On assiste alors à une scène pathétique puisque Mlle de Saint-Yves est sur le point de mourir lorsque tout à coup un élément vient perturber cette scène : cet élément est la lettre de Vadbled. Vadbled qui est en quelque sorte le secrétaire du Père de la Chaise, qui était jésuite et le confesseur du Roi Louis XIV. Et c’est à travers cette lettre que Voltaire va dénoncer, non sans ironie, le pouvoir.

------------------LECTURE DU PASSAGE--------------------

Pour montrer que Voltaire fait preuve d’une ironie violente à l’égard du pouvoir politique dans ce passage, nous pouvons  l’étudier selon deux perspectives : la première étant comment Voltaire révèle l’oppression qu’exercent les hommes politiques sur leurs sujets et la deuxième étant comment Voltaire dévoile de quelles manières ils tentent d’amadouer ou du moins de récompenser l’Ingénu.

L’oppression des hommes politiques, ici, s’exprime au travers du valet Vadbled. Immédiatement après l’avoir nommé, Voltaire se moque de lui avec l’opposition : «  son valet de chambre, homme très important ». On a alors à faire à une antiphrase. En plus de se moquer, Voltaire fait une critique des jésuites et ici du confesseur du Roi, le père de La Chaise qui délègue ses tâches à son valet.
De même, l’énumération de propositions relatives avec l’anaphore « lui qui, lui qui » renforce l’importance de ce valet qui a le pouvoir du cardinal et on apprend même qu’il peut envoyer des lettres de cachet. Sa domination est telle qu’il peut expédier des hommes en prison sans même les faire juger et c’est donc en plus d’être un abus de pouvoir une confusion politique et religieuse.
En outre, Voltaire montre que les hommes politiques n’ont aucun scrupule puisqu’ils se moquent des souffrances de leurs sujets comme le montre la minimisation des malheurs qu’a subi l’Ingénu lors de son emprisonnement à la Bastille à l’aide d’euphémismes tel que «  ces petites disgrâces » et on a même un surplus d’ironie lorsque Vadbled écrit qu’elles « arrivaient svt ».
Enfin, à la fin de sa lettre, le ton est particulièrement autoritaire puisque ce sont des ordres qui sont lancés au Prieur de la Montagne, à l’Ingénu et à Gordon. On leur ordonne de se rendre chez le père de La Chaise comme le montre les verbes «  convenir » et « devoir ». En conclusion, on voit bien dans la première partie de ce passage que les hommes au pouvoir ont une toute puissance inégale et leurs méprises des sujets continuent dans la deuxième partie du passage où on flatte l’Ingénu et lui promet une « récompense » dérisoire.

En effet, d’une part, la lettre arrive trop tard et est comme une injure pour l’Ingénu puisque Mlle de St-Yves est sur le point de mourir. Et d’autre part, la récompense est parfaitement dérisoire. On promet à l’Ingénu d’être reçu dans l’antichambre de Mons de Louvois et on lui laisse espérer que le Roi le regardera comme s’il s’agissait d’un honneur supérieur à n’importe quelle récompense imaginable. De même, on lui laisse penser que les femmes de la cour l’inviteront lors de leurs toilettes. Cette récompense en plus d’être inutile, est incertaine  puisqu’on lui parle explicitement d’ « espérance » et on lui dit clairement qu’elle est là pour le flatter.

En conclusion, l’ironie dans ce passage est mise en évidence par Voltaire par des antiphrases, des oppositions, des euphémismes et par la récompense elle-même offerte à l’ingénu qui ne peut que nous paraître insignifiante par rapport à ce qu’il a subi. Cette ironie concourt à nous révolter sur le sort réservé aux sujets qui sont méprisés par ce pouvoir politico-religieux où quelques-uns ont tous les droits. A cette critique des fondements du pouvoir, Voltaire, dans l’Ingénu, ajouta une condamnation de la révocation de l’Edit de Nantes, une critique aussi bien des jansénistes que des jésuites, comme du pouvoir du pape, des médecins etc.. Il fut d’ailleurs lui-même victime à du pouvoir puisqu’il fut emprisonné à la bastille suite à des pamphlets et dut s’exiler à plusieurs reprises. En outre, l’ironie est manifeste de son époque, le XVIIIème siècle, où la contestation des philosophes jouait sur tous les registres propres à convaincre, qu’il s’agisse de toucher la raison et le cœur.

Voilà! smile