« La peinture peut être poésie. La couleur n'est-elle pas là pour jeter d'un coup toute sa profondeur dans le discours du tableau ? »
A priori je ne vois pas qu'il s'agisse là de trouver de la peinture dans les poèmes. Sans connaître le contexte de cette phrase, je dirais que Bonnefoy fait ici de la poésie quelque chose qui n'est pas le nom d'un genre ou d'une pratique artistique. Elle est quelque chose - une essence ? - qui s'incarne, et, chez Bonnefoy au moins, semble valoir pour elle-même : il la célèbre. Partant de cette définition, un tableau aussi bien qu'un poème peut nous mener à la poésie. Nous pourrions étendre la liste aux autres domaines artistiques, et même à ce qui n'en relève pas : poésie des paysages, poésie des mathématiques ou quoi.
Si au contraire on fait de la poésie le nom d'une pratique spécifique, celle de la création artistique dans le langage, je ne vois ni peinture dans la poésie, ni poésie dans la peinture. Les tableaux qui se déploient éventuellement dans notre tête quand nous lisons - mais tout lecteur est-il sujet aux synesthésies ? - n'appartiennent pas au texte, qui reste un texte, du langage, et qui de ce point de vue vaut d'abord comme ça. Rimbaud, dans "Les Voyelles", il n'est pas certain qu'il veuille montrer, mais il est certain qu'il dit. Sa voyance se réalise discursivement. L'ensemble du poème apparaît comme une glose du premier vers, si bien que les termes rouge, vert, etc., s'en trouvent irréductibles aux couleurs auxquelles ils pourraient faire référence.
Conclusion banale de cela : il faut voir de quelle conception de la poésie on part pour aborder cette question.