Quelle pertinence pour l'enseignement scolaire de la littérature ?

Bonjour, bonsoir !

Je sais, c'est un gros pâté de texte, mais maintenant que vous avez cliqué sur cette page, je vous interdit de cliquer sur "Précédent" ou la petite croix rouge. Huhuhu.

Loin de moi l'opiniâtre idée de "cracher" sur le système. Simplement, je voudrais des éclaircissements divers et variés !

Remontons le temps...
Au début, il y a la primaire, endroit cloîtré où on vous apprend à déchiffrer des petits symboles rigolos assemblés tout aussi rigolottement. En même temps, on vous initie à ces Rigolotteries = exercices intensifs sur la formation des lettres sur des gros gros gros carreaux (peut-être parce qu'on a des petits yeux quand on est au CP).
Quelques années plus tard mais pas trop, c'est le collège : la floraison des figures de style, synonymes de sales notes au contrôle (j'ai toujours les nerfs contre un foutu contrôle dont la consigne était "Soulignez toutes les figures de style et indiquez leur nom : mesdames, messieurs, j'ai entouré). Personnification, oxymore, anacoluthe... ect. On lit quelques livres dont tout le monde s'en branle. C'est cher woah ! j'aurais préféré acheter des jeux vidéos à la place.
Finalement, il y a le lycée. Le lycée, pour ceux à qui ça remonte, c'est un lieu fabuleux où un prof de français plus ou moins intéressant peut vous faire cours de français, mais il prétend qu'on fait de la littérature. Certes, certes. Et ma disert ? Bah, quand c'est André Breton, c'est du surréalisme, mais quand c'est moi, c'est de la me*** (il manque "rde"). La prochaine fois j'écrirai quelque chose qui signifie quelque chose.

Alors, je me posais, moi chétive, la plus grande des problématiques :
"Quelle pertinence a l'enseignement scolaire de la littérature ?"

Dit comme ça, c'est pas très sexy, j'vous l'accorde.

Peut-être trouvez vous les figures de styles, les classifications des mouvements littéraires, les registres et tout le reste trop... limités ? limiteurs ? Parce que trop codifiés ? Parce que l'art est libre et ne peut être codifié ?
C'est qu'on apprend souvent, dans nos années scolaires :
• chiasme : accentue les éléments BB
• métaphore : comparaison sans outil de comparaison
• litote : consiste à dire le moins pour faire entendre plus. Exemple : "Va, je ne te hais point." est [censé être] plus fort que "Je t'aime !" ---> Je préfère qu'on me dise la deuxième phrase perso.
Tels mots assemblés de telle manière = ça.
Le registre pathétique s'identifie de telle manière. Le dramatique, comme ça... ect.
Va-t-on dans un sens de simplification du processus de Littérature par des procédés littéraires réglementés ? Est-il pertinent d'apprendre ses leçons à la lettre pour être un "littéraire" ?

Pensez-vous qu'un professeur (que je respecterais !) soit profondément apte à parler d'une œuvre qu'il ne comprend à peine ? Je sais bien qu'il y en a des plus passionnés que d'autres, mais c'est pourtant souvent des profs qui rabâchent un Zola parfaitement banal mais qui ne parlent presque jamais de Mallarmé parce que c'est un Très-Rigolo.

Pensez-vous qu'il faille changer la manière de former les produits de l'Éducation nationale pour mieux assimiler la littérature ? Enfin, d'après vous, une manière différente d'enseigner ferait-elle automatiquement adhérer tous les élèves à la littérature, à la philosophie, à la culture, à la critique ?

Attention, c'est un sujet glissant.

J'ai une opinion (que vous avez en partie cerné), mais je serais davantage intéressé par votre avis personnel. Surtout, vous n'êtes pas obligés de répondre à mes questions, tant que vous me dites des choses intéressantes.

Bien cordialement,
Nephtys

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Quelle pertinence pour l'enseignement scolaire de la littérature ?

Bonjour,

Alors je manque de temps - et peut-être aussi de recul! - pour élaborer la réponse sophistiquée que tu serais en droit d'attendre. Mais je trouve dommage que ton post demeure sans suite.

Pour ma part, il me semble, comme tu l'as dit, que l'attrait que peuvent avoir les élèves pour la littérature dépend principalement de la passion qu'est capable de transmettre le prof. Pour les élèves que je vois autour de moi, c'est à ce niveau que se fait souvent le déclic.

Après, un autre grand souci que rencontre aujourd'hui l'enseignement de la littérature tient beaucoup je crois de l'évolution de notre société. La dévalorisation de la littérature, un attrait nouveau pour les écrans en tout genre qui se fait souvent aux dépens des plaisirs littéraires traditionnels, etc... On en entend assez parler pour que je ne sente pas le besoin de m'épancher davantage là-dessus!

Après, je n'ai pas de solution à proposer, mais je ne pense pas - pour répondre à ta question - que l'enseignement scolaire de la littérature soir une idée non pertinente, mais simplement que tout dépend de ce que les profs sont capables de transmettre aux élèves.

Voilà, j'espère avoir un peu répondu à ta question smile

Quelle pertinence pour l'enseignement scolaire de la littérature ?

L'un des problèmes me semble être le décalage entre les lectures proposées par les enseignants et la réalité des élèves qui sont face à eux. C'est une question sensible parce qu'elle induit souvent des réactions épidermiques ; toute remise en question du corpus proposé (imposé plutôt) aux élèves étant vécu comme l'acceptation d'une dégradation dans l'état général de la littérature aujourd'hui. Il me semble pourtant qu'il faudrait véritablement réfléchir à cette dimension, autant qu'à la question de la méthode de l'enseignement en elle-même...

Je ne parle même pas des livres choisis pour initier les collégiens à la littérature qui sont la plupart du temps des niaiseries chiantes à lire, indigeste et faussement facile à lire. Je crois que les choses changent à ce niveau et qu'il y a des efforts de réalisés dans le bon sens. Néanmoins, l'ensemble me paraît assez désespérant.

Pour l'enseignement de la littérature au lycée, et indépendamment des problématiques sociologiques qui pourraient "expliquer" certaines difficultés, je pense qu'il y a là d'énormes problèmes et toute une économie de l'enseignement à revoir. Une forme de décalage, aujourd'hui monstrueux, est institué par l'école entre la littérature et l'élève. Tout semble fait pour que la littérature soit appréhendé comme une instance sacrée, indépassable, figée de toute éternité dans les sphères des maîtres anciens du mot. Le problème est à ce niveau assez proche de celui résidant dans l'enseignement de la philosophie. C'est une forme de sclérose assez incompréhensible et totalement contre-productive qui tend à se donner dans les cours de littératures comme un carcan terriblement étouffant.

La position pourra paraître radicale, mais c'est un mensonge de croire, selon moi, qu'il est possible de donner à lire, à un élève qui n'a jamais lu aucun livre et qui n'a aucun intérêt particulier pour la littérature, du Flaubert ou du Balzac. Du moins, il est impossible de le donner comme on le donne aujourd'hui : comme une entité textuelle (le livre) dont on devrait déchiffrer par elle et pour elle le message, comme un monolithe respectable. On fait des "classiques" des croutons. On thématise, on décortique, on analyse, on fait des listes de figures de styles, on explose le fond, le sens, la sensibilité, le vertige de la lecture au profit d'un vécu-catalogue du lire qui tue la possibilité d'un rapport intime entre l'élève et le texte. J'ai bien conscience que derrière mes mots il y a un idéal impossible à réaliser complétement. Mais, pour avoir donné quelques cours de philosophie, la chose est possible dans une certaine mesure. Il est possible de donner à sentir ce qu'il y a de fort dans un texte, de puissant dans une phrase. Il faut désacraliser l'auteur, désacraliser la littérature ou la philosophie, pour faire sentir ce qui en elles est merveilleux et déroutants.

Après, un autre grand souci que rencontre aujourd'hui l'enseignement de la littérature tient beaucoup je crois de l'évolution de notre société. La dévalorisation de la littérature, un attrait nouveau pour les écrans en tout genre qui se fait souvent aux dépens des plaisirs littéraires traditionnels, etc... On en entend assez parler pour que je ne sente pas le besoin de m'épancher davantage là-dessus!

La notion de "plaisirs littéraires traditionnels" est justement celle qu'il faut bannir. Toute référence à la tradition est néfaste parce que totalement en décalage. Que veut dire la tradition lorsqu'on parle de lecture ? La littérature n'est pas dévalorisée par l'écran : il serait à la limite possible d'envisager qu'elle est plus facilement méconnue. Mais, l'écran n'empêche en rien la fascination pour un texte et la plongée dans les mots.

Quelle pertinence pour l'enseignement scolaire de la littérature ?

je ne pense pas - pour répondre à ta question - que l'enseignement scolaire de la littérature soir une idée non pertinente, mais simplement que tout dépend de ce que les profs sont capables de transmettre aux élèves.

Effectivement, l'idée de cet enseignement est pertinent. Je dirais même plus : il est vital — et on sait tous pourquoi. Cependant, comme l'a expliqué Leihe, les moyens qui y sont déployés ne sont pas forcément les meilleurs.

Au fond, ce n'est pas uniquement l'enseignement littéraire qui est, lui seul, à remettre en question, mais toutes les fondations d'un système actuellement industrio-éducatif. Une avancée prométhéenne est à faire de ce côté. Moins utopiquement, il faudrait commencer par stopper ce gavage brut du cocktail grammaire-romans-dissert qui ferait même tuer Victor Hugo une seconde fois d'une overdose.
Il n'en demeure pas moins qu'il existe des professeurs exceptionnels, véritables personnalités, capables de changer un élève. Le professeur de français a entre ses mains un formidable pouvoir et n'en fait pas bon usage.

Merci de m'avoir partagé votre opinion. C'est sans doute plus efficace qu'un cours de français, à vrai dire ! L'échange et la curiosité personnelle sont sans doute les remèdes à l'enseignement sclolaire !

Quelle pertinence pour l'enseignement scolaire de la littérature ?

La critique est aisée  : du ""professeur qui ne comprend pas grand chose"  (dire qu'il  a passé plusieurs années à être jugé sur ses connaissances à l'université) aux élèves à qui on "impose des niaiseries"  (ils ont déjà tout compris intuitivement) ou qui "sociologiquement" sont à traiter différemment vu leur niveau (les pauvres !).   La solution miracle serait qu'un gourou passionné enflamme son auditoire à la manière d'un acteur faisant son show. 

Dire que seul un enseignant fait la pluie et le beau temps suggère une passivité intense de ceux qui recoivent un enseignement.  Il est bon de se méfier des gourous qui changent une personne. 
Dire qu'il faut tout remettre à plat veut dire que les classiques sont à mettre au panier sans dire par quoi on va bien pouvoir les remplacer.    J'adore les films et j'aime bien voir les différentes versions d'un roman mais il faut un metteur en scène de haute volée pour ne pas réduire un roman à la structure de son scénario avec quelques dialogues. Je ne vois pas non plus pourquoi Mallarmé serait mieux que Zola.
   
La littérature que  l'on enseigne à l'école, c'est le "canon", ce qui a bien réussi et traversé les siècles.   Il y a ce qui facilite l'approche et la compréhension des oeuvres comme les courants etc... car faut connaitre les codes de l'époque concernée pour comprendre ce qui nous semble étranger.   Apprendre à reconnaitre des techniques littéraires est peut-être ennuyeux mais ces techniques ont permis de créer quelque chose de "puissant dans une phrase"  pour reprendre les mots de Leihe, de créer des effets spéciaux en quelque sorte.

Si l'on considère d'autres arts, les apprentis imitent et reproduisent les oeuvres du passé pendant un certain temps.  Il est nécessaire de subir des contraintes pour pouvoir s'en libérer.    L'école ne peut enseigner à écrire avec talent mais elle peut initier à  la littérature et développer des capacités à comprendre et rédiger.

Quelle pertinence pour l'enseignement scolaire de la littérature ?

Le problème n'est pas le fond de l'enseignement, mais la forme. Apprendre les figures de styles par liste ne me semble pas être une bonne façon d'appréhender la puissance qui peut se révéler dans leur usage. De la même façon, fragmenter du Crébillon pour en donner à manger, par morceau, à des élèves qui n'ont jamais lu un livre de leur vie, ne fera rien d'autre que dégouter ces mêmes élèves de la lecture.

La critique est peut-être aisée, mais n'est pas illégitime. La compréhension du public présent et l'adaptation du discours et des objets du discours à ce public n'a rien à voir avec une espèce de condescendance douteuse ("les pauvres !"), c'est selon moi la base de la pédagogie. C'est parce qu'on les programmes de l'enseignement tendent à nier ce fait que l'on se retrouve maintenant avec une plus grande part d'élèves dégoutés par la littérature que d'élève l'appréciant.

Il y a une assez grande différence entre un gourou et un homme passionné capable de faire sentir la profondeur et l'intérêt d'une lecture. Il est assez étrange que de porter la question tout de suite du côté du gourou : comme si un professeur réussissant, par son charisme et sa passion, à "enflammer" son auditoire et à l'intéresser à ce dont on parle, était forcément louche. De la même façon, la réduction de ce qui a été dit ici comme un "on va mettre au panier les classiques", c'est ne pas avoir bien lu ce qui s'écrivait. C'est au contraire, justement, l'enseignement tel qu'il est fait aujourd'hui qui met au panier les classiques ! C'est l'enseignement tel qu'il s'impose dans les programmes qui tue Flaubert, Balzac, Zola et les autres. C'est cette apprentissage du "canon", cette grande messe de la lecture ou l'on tisse le paradoxe profond de l'enseignement de la littérature : entre une sacralisation du texte et une déconstruction totale de ce qui peut lui donner sa force ("on retrouvera vers 5 une métaphore..., vers 6 et 7 une anaphore..., vers 25 une répétition...., etc.), c'est tout cela qui empêche pour la majorité des élèves de sentir ce qu'il y a d'intéressant et de puissant dans ces livres.

Donc oui, apprendre les techniques littéraires est ennuyeux et contre-productif. Qu'un lecteur me dise que sa lecture est plus forte parce qu'il sait que ceci est une métaphore, et je réviserais mon jugement. Mais la lecture c'est autre chose que cela et sa découverte doit précéder l'apprentissage technique des figures de style ou de tout autre chose. L'on monte la machine à l'envers, en quelque sorte : voulant donner à voir ce qui fait le texte, ce qui le construit, avant de donner à sentir sa force. Mallarmé n'est pas mieux que Zola et Zola pas mieux que Balzac ; mais tous deviennent arides lorsqu'on les décortiques en un organigramme de figure et de note stylistique.

Si l'on considère d'autres arts, les apprentis imitent et reproduisent les œuvres du passé pendant un certain temps.  Il est nécessaire de subir des contraintes pour pouvoir s'en libérer. L'école ne peut enseigner à écrire avec talent mais elle peut initier à  la littérature et développer des capacités à comprendre et rédiger.

On ne fait sentir que les contraintes. Les élèves n'ont pas, pour la majorité d'entre eux le goût pour la lecture. Un artiste imitant une oeuvre choisi son labeur et envisage son imitation, son travail, dans une perspective qui le légitime. Ici, nous n'avons rien de cela puisque l'enseignement de la littérature n'est pas une option - heureusement d'ailleurs - et qu'elle est donné à tous. L'école n'initie pas à la littérature, justement, elle envisage la littérature comme un donné de base des élèves sur lequel on pourra travailler. Or, de fait, il y a un impondérable sociologique que l'on doit prendre en compte si l'on ne veut pas faire tourner l'enseignement sur lui-même : les élèves n'ont pas ce bagage, n'arrivent pas à l'école avec cette culture de base nécessaire pour saisir l'intérêt de la lecture. L'initiation ne passe donc pas par la douleur et l'ennui ; elle passe d'abord par la richesse et la force. Il faut enflammer la chose avant de s'arrêter plus profondément sur elle.

C'est pour cela que les classiques sont légitimes dans l'enseignement, à un certain niveau, que s'ils sont enseignés de tel manière que l'on voit ce qu'ils nous disent, que si l'on y sent la force et la profondeur. Quel est l'intérêt pour quelqu'un qui ne lit pas, qui n'aime pas lire, qui ne s'intéresse pas à la littérature, de savoir que tel ou tel oeuvre est romantique, surréaliste ou autre ? D'abord faire comprendre pourquoi Balzac peut me parler, avant de voir comment il parle à l'Histoire. C'est pour cela qu'une littérature plus contemporaine me semble plus à même de toucher les élèves. Je vis seulement, concrètement, dans les cours que je donne. L'éditorial de Camus sur la bombe atomique, étrangement, intrigue plus celui qui ne lit pas autrement, qu'une page de Crébillon. Cela peut paraître triste à certain, l'on pourra faire de grands discours sur la déliquescence de l'esprit français, sur la mort de la culture, mais c'est un fait qu'il faut prendre en compte et sur lequel on peut jouer. L'idée étant de motiver le plus possible la lecture et par là l'accès futur à ces classiques qui, en traversant le temps, nous montre aussi ce qu'est la littérature.

Quelle pertinence pour l'enseignement scolaire de la littérature ?

Plus je lis Leihe et plus je suis d'accord, et heureux de ne pas être seul à me poser certaines questions concernant l'enseignement et la pertinence de l'organisation de notre système éducatif. La grosse différence, c'est que je suis bien loin de toutes ces choses et que n'étant même pas "littéraire", je ne peux pas avoir de vision "de terrain" autre que ma propre expérience d'élève.

Mais je voulais simplement proposer une piste de réflexion générale sur ce point :

Portia a écrit :

La littérature que  l'on enseigne à l'école, c'est le "canon", ce qui a bien réussi et traversé les siècles.

Il serait intéressant de considérer dans quelle mesure l'inverse peut être vrai : n'est-ce pas aussi un peu parce qu'on l'enseigne que le canon devient canon et qu'il traverse les siècles ? smile

Quelle pertinence pour l'enseignement scolaire de la littérature ?

Sfdd a écrit :

Mais je voulais simplement proposer une piste de réflexion générale sur ce point :

Portia a écrit :

La littérature que  l'on enseigne à l'école, c'est le "canon", ce qui a bien réussi et traversé les siècles.

Il serait intéressant de considérer dans quelle mesure l'inverse peut être vrai : n'est-ce pas aussi un peu parce qu'on l'enseigne que le canon devient canon et qu'il traverse les siècles ? smile

    La répétition d'une chose permet la mémorisation, et cette mémorisation permet la transmission du savoir. C'est justement ce dernier qui est le rôle du professeur. Néanmoins, je ne dis pas que le prof doit être un simple répéteur. Un élève dispose de tous les moyens pour trouver une info par lui-même, qu'il peut consulter, lire et relire autant de fois qu'il le souhaite (comportement qui serait certainement très bizarre, et en vérité je n'ai jamais vu personne lire 40 fois la page Wiki de Victor Hugo). En tant qu’élève, je ne veux pas d’un rabâcheur acharné. Si on garde un prof, humain qui mange et qui respire, c'est justement pour ne pas s'étouffer par une connaissance purement spéculative et morte d'une réalité bel et bien vivante. On dit que l'enseignement est une arme face à la réalité, qu'il permet de comprendre le monde ; alors n'est-il pas logique et nécessaire de rendre cet enseignement plus vivant et plus probant grâce à la voix vibrante d'un professeur, lui qui a vécu des expériences, eu le temps de réfléchir, d'acquérir du savoir – au contraire d'un élève, encore jeune et en plein apprentissage ?

Que faire d’un prof de maths qui balance tous les algorithmes difformes –limite métaphysiques– en guise de cours ? Que faire d’un prof de français qui vous donne des livres écœurants avec un contrôle à la clé ? On attend autre chose que l’Ultra–théorique. En fait, si on garde un prof, c’est pour qu’il transmette une passion, et non pas seulement le savoir cru d’une encyclopédie occulte. En toute sincérité, je préfère un gourou haut en couleur qu’une page de Wiki incolore – voyez ces procédés stylistiques : ils me servent aujourd’hui.

Porta a écrit :

Je ne vois pas non plus pourquoi Mallarmé serait mieux que Zola.

    Demandons à un élève de citer une personnalité littéraire ; il vous répondra plus souvent Zola que Mallarmé. Demandons-lui ensuite s’il connait Mallarmé. La plupart du temps, il vous dira non. S’il n’est pas trop mauvais, il vous dira que c’était un mauvais soldat. S’il est bon, il vous dira que c’est un poète. S’il est excellent, il vous citera le nom d’un de ses poèmes. Émile Zola, sans problème, l’élève vous dira soit que c’est un mec chiant, soit que l'Assommoir porte bien son nom, soit qu’il se passe rien dans Thérèse Raquin, car il aura probablement lu l’un d’entre eux de force.

Littérairement parlant, il n’y a aucun sens à dire que Mallarmé est meilleur que Zola. C’est une question de goût personnel. Mais ce qui est reprochable, c’est qu’on parle beaucoup plus de Zola que de Mallarmé, et même proportionnellement aux œuvres fabriqués par chacun de ces auteurs, le partage du prestige scolaire reste trop inéquitable. En gros, on a l’impression que c’est parce que Mallarmé est bizarre qu’il est moins « canon ».

C’est ce que j’ai voulu exprimer par ma formule un peu étrange (j’ai eu de bons profs, soyez en rassurés):

Nephtys a écrit :

c'est pourtant souvent des profs qui rabâchent un Zola parfaitement banal mais qui ne parlent presque jamais de Mallarmé parce que c'est un Très-Rigolo.

Le réalisme, c’est un gros pan du programme au lycée, ça parle du banal (dixit l’élève) et l’étude en devient banale elle aussi. Le symbolisme, on en parle moins, beaucoup moins, d’abord parce qu’il y a eu moins d’œuvres qui en parlent. Exactement le phénomène énoncé dans votre principe « canonique » :

Porta a écrit :

La littérature que  l'on enseigne à l'école, c'est le "canon", ce qui a bien réussi et traversé les siècles.

Enfin, voici ma dernière intervention du message :

Porta a écrit :

L'école ne peut enseigner à écrire avec talent mais elle peut initier à  la littérature et développer des capacités à comprendre et rédiger.

    L’Éducation nationale n’est pas là pour nous assister, mais pour nous donner des moyens. De mon point de vue, ce serait des moyens de résister à l’ignorance, et donc à beaucoup de chose en conséquence. L’enseignement littéraire y est pour beaucoup, car nous savons tous l’utilité du langage et le pouvoir de la communication, les possibilités et la force acquise par la culture. À mon avis, les listes de figures de styles n’y sont pas pour grand-chose. Je crois qu’on a tous saisi le « moi président » sans forcément connaître le terme d’anaphore.


    La critique est aisée. Elle l’a toujours été. Tant mieux, car elle pousse à la réflexion, quelque soit notre position personnelle. Donc la réflexion, en conséquence, est aussi aisée.

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Quelle pertinence pour l'enseignement scolaire de la littérature ?

Bonjour à tous,

Je m'intègre à la discussion entamée par Nephtys et je suis aussi ravie de voir que ce genre de problématique touche d'autres individus soucieux sans doute à la fois de l'avenir de l'école et de l'avenir de la littérature à l'école.

Globalement je me rangerais du côté de Leihe. Les figures de style sont profondément insipides et n'apportent rien au plaisir que l'on peut éprouver à lire un poème, un roman, une pièce de théâtre. Bien que je respecte profondément G. Genette et Roland Barthes, et bien que certains de leurs ouvrages m'ont parfois vraiment intéressée, leur approche microstructurale de l'objet texte me fait horreur dans la transmission de la Littérature. Je me plie aux exigences des programmes avec question d'analyse à la clé, cependant je ne peux m'empêcher d'empoigner un livre de me transformer en "conteuse".
Le livre de Mikaël Ollivier,Celui qui n'aimait pas lire et celui de Pennac Comme un roman, ainsi que quelques expériences cuisantes d'échecs pédagogiques m'ont amenée à cette approche pour le moins anti-académique de la littérature. La lecture orale, avec le ton s'il vous plaît, a changé certains adolescents que je peux avoir en face de moi. Claude Gueuxa reçu un vif et fébrile accueil entrainant ainsi une discussion autour d'un sujet encore très contemporain : la peine de mort. Là j'ai pu placer le sens critique, l'analyse d'une situation, l'argumentation....
Tristan et Iseult a soulevé des réactions bien réelles...et pourtant l'oeuvre est complexe.

L'épreuve du réel n'a jamais été aussi déterminante pour moi que depuis ce moment où j'ai effectivement décidé de ce qui a été évoqué plus haut : désacraliser la littérature, en faire un objet d'échange, de plaisir mais aussi de déplaisir. Quand je dis aux jeunes qu'ils ont le droit de ne pas aimer une oeuvre littéraire et quand je leur parle des romans que je n'ai pas aimés ils se sentent moins complexés de me dire qu'ils n'aiment pas tel ou tel texte et qu'ils en préfèrent un autre.
La littérature n'est pas morte mais le structuralisme abusivement enseigné au collège et au lycée a tendance à ronger la corde qui la tient.
Que demandons-nous aux élèves? De savoir bien analyser un poème de Saint-John Perse dont ou un texte de Crébillon ou bien de savoir aiguiser leurs goûts. Un enfant né dans des conditions sociales difficiles, où la littérature et la lecture n'ont pas trouvé sa place car le temps et l'argent manquent ne doit pas se voir rejeté par un monde qui pourrait lui être accessible : l'enchantement de la Lecture et les plaisirs de l'imaginaire est un droit pour tout le monde.

Ouhla...je m'emporte un peu dans des arguments hugoliens...

Je termine enfin sur la disparition des programmes de la Littérature de Jeunesse. Au collège elle n'est plus mentionnée et l'on doit par ailleurs faire lire un W. Golding  philosophique. A cela je préférerais faire étudier des passages enchanteurs de J. Verne. On ne peut pas dire que la Littérature de Jeunesse n'a pas sa place au collège et je pense qu'au contraire, plus on valorisera ce type de littérature plus on donnera aux enfants l'habitude de lire.
Mais manger la même chose durant des années n'est pas source d'équilibre non plus, il s'agit alors de trouver un juste milieu : proposer, faire découvrir, attiser la curiosité et surtout faire vivre oralement les textes sont pour moi des préceptes primordiaux pour réussir à transmettre la Littérature....

Bien à vous

Salammbô

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Quelle pertinence pour l'enseignement scolaire de la littérature ?

Vous croyez qu'il a des chances pour que ça change ? Pour qu'on trouve un autre moyen d'enseigner ?