Le sens de l'existence

Mansfield a écrit :

Leihe, tu sembles faire des sous entendus sur ce que ces réponses et ces questions révèlent, mais tu n'es pas vraiment explicite à ce propos. Pourrais tu expliciter cette idée :

c'est le lot d'impensé, de creusement, de non-dit qui s'y cache.

Il me semble que le problème que pose philosophiquement la question du sens de l'existence, est moins ontologique que méthodologique, moins existentiel que mythologique. Autrement dit, je crois - modestement - que le risque de cette question est de la pensée comme une des plus fondamentales, comme une interrogation de base à partir de laquelle pourrait découler toute les autres, alors qu'elle ramène avec elle et en elle de nombreux implicites et sous-entendus très riches en eux-même, mais cachés. Il me semble que cette question du sens de l'existence n'est pas très intéressante en soi - non pas qu'elle se pose, non pas qu'elle soit inopérante en soi - si on n'enchaîne pas directement sur le "pourquoi" de cette question.

Pourquoi doit-on penser le sens ?

Mais, à cette réponse, il me semble qu'il faut moins une réponse ontologique ou existentielle ; faisant appel à une attaque philosophique débouchant forcément sur une position tranchée (pour ceci, pour cela, pour rien), que de réfléchir aux implicites qui s'y voile encore. Autrement dit, je pense que l'intérêt de ces grandes questions de philosophique classique ; celles qui lancent le sujet dans une réflexion métaphysique ou existentiel, celles qui le troublent et provoquent un vertige, demande quelque chose comme une "microphysique" - comme pourrait dire Foucault -, comme une anthropologie philosophique.

Mais, j'ai peur de ne pas être très clair dans mon raisonnement.

Si je prend un exemple ; il me semble que les enjeux de l'absurde en philosophie - celui de Camus, mais celui, en creux de Kafka, Dagerman, Barjavel, Sartre peut-être - ne doit pas être envisagé simplement dans ce qu'il implique comme positionnement existentiel. Sisyphe n'est pas simplement une figure, un type, un étendard philosophique lancé à la face du monde. C'est aussi une image. Une image politique, une image sociale, une image historique. Si le mythe est repris ; c'est, je crois, justement parce qu'il fonctionne comme une image ; c'est à dire comme une instance sombre mettant en jeu, à la fois, un objet et un sujet et où se noue une relation d'altérité et d'altération. L'intérêt de la pensée de l'absurde se montre pleinement, je crois, lorsqu'on y concentre tout ce qu'elle peut évoquer comme image d'un certain moment historique et politique. Comment la menace de l'atome et la ruine allemande sont présent dans l'absurde ? Comment la question que pose Sisyphe, est moins universelle et générale que circonscrite et typique. Cela n’entraine pas une relativisation générale et historique des questions de philosophie ; mais permet, je crois, de donner une perspective autrement plus vertigineuse à ce qu'engage une réponse.

C'est dans ce sens que je dis qu'il faudrait faire remonter le lot des impensés. Faire remonter le fait que questionner le sens de l'existence et y répondre, cela est un engagement historique et politique qui dit quelque chose sur ce qui se joue en ce moment, en creux des mots. Le problème de ce genre de débat, c'est qu'ils semblent désincarnés ; de tel manière que quelqu'un passant peut justement se demander "à quoi bon". L'intérêt du creusement que je propose modestement, c'est qu'il permettrait de faire voir que ce "à quoi bon" est un manque de vu ; et que, même si la question n'appelle pas de réponse - et elle n'en appelle pas -, et bien elle implique quelque chose du point de vu du sujet qui la pose ; elle le pose dans une certaine position par rapport à son temps et à l'histoire, par rapport aux mythes de sa contemporanéité. Elle l'engage.

Voir pourquoi "Pourquoi j'existe" engage, plutôt que se demander comment y répondre. Peut-être en se demandant comment elle m'engage aujourd'hui, j'y répondrais sans faire attention...

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Le sens de l'existence

Bonjour,

Il est évident que la philosophie doit nous aider à vivre ici et maintenant sinon elle est vaine.
Les questions ne peuvent manquer de surgir dans l'épreuve.
La première d'entre elles, et qui ne se l'est pas posée un jour, est d'estimer si la vie est une malédiction, un fardeau ou un cadeau vertigineux...

Le sens de l'existence

On devrait donc juger une philosophie à sa valeur d'usage ? C'est assez troublant comme idée... Le souci, c'est qu'on tombe de marche en marche, pour finir au même palier d'indécision.

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Le sens de l'existence

Bonsoir,

Mais oui, sinon elle est pure spéculation, elle ne prend pas en compte la réalité.
Je ne comprends pas pourquoi une telle appropriation de la philosophie nous ferait dégringoler les escaliers.
Quant à l'indécision, au fameux doute, s'ils sont des préalables, ils ne peuvent durer quand il faut agir.
Suivant la valeur que j'accorde à ma propre vie, je ne poserai pas les mêmes actes...

Le sens de l'existence

La réalité se limiterait donc à une valeur d'usage ?
On tombe les escaliers toujours de la même manière, parce que dire que la philosophe "doit" nous aider à vivre l'ici et le maintenant, n'apporte pas grand chose d'autre et ne dit rien "positivement" parlant.
Votre dernière phrase est assez paradoxale si on la creuse ; c'est intéressant.

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Le sens de l'existence

Alexis12 a écrit :

Bonjour à tous !
je voudrais pas paraitre rabat joie en disant ce qui va suivre , mais je trouve que certaines questions comme pourquoi j'existe ? à quoi bon vivre ? etc sont vaines . Pas de quiproqo , je suis un vif defenseur de la maxime : c'est en se posant des questions que l'on devient intelligent ! mais pour moi , il y'a certains phénomènes auxquels on ne peut rien tel que l'existence , les big bang etc ... Donc rien ne sert de se torturer avec ça : si on existe , c'est pour vivre . La domaine de la vie est immense voir infini , à chacun de trouver son bonheur en vivant à sa façon !  cool

Bonsoir !

Question d'âge peut-être ?  smile

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Le sens de l'existence

Jean-Luc a écrit :

Les questions ne peuvent manquer de surgir dans l'épreuve.

Jean-Luc a tout dit en un seul mot : le sens de l'existence c'est l'épreuve mais encore faut-il réfléchir sur le sens de l'épreuve et comment à elle seul elle constitue une catégorie de l'existence à part entière par notre promptitude à nous y soumettre continuellement.
Et surtout il faut comprendre que cette épreuve n'est jamais finie : il nous faudra la repasser continuellement. On avance dans la contestation, la lutte et quelque chose de positif : quelque chose qui nous révèle à notre propre existence en sort. En survivant à l'épreuve de l'existence la plus dure on a besoin de compensation : parce que l'esprit libre finit par généraliser son cas,  comme s'il pouvait donner une coupure et de prendre une décision ainsi il pense que ce qui lui est arrivé à lui peut arriver à tout le monde. Il se dit "il faut que ce qui m'est arrivé arrive à tout homme en qui une mission veut prendre corps et venir a monde".

Se reporter au très bon bouquin intitulée Test Drive de celle qui est devenue mon amie la plus chère (et a bouleversé en cela mon existence) Avital Ronell.

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Le sens de l'existence

" Comment interpréter le sens de la vie/l'existence ?"
Vit-on par simple hasard, comme la nature qui nous a fait naitre ( contenu chromosomique etc...) ou bien par réel intérêt ?


Je me suis toujours demandé à quoi aurait ressemblé le monde si on avait trouvé LE (on en cherche toujours un comme une vérité absolue et immobile) sens de l'existence...

J'ai posé la question à ma voisine elle m'a dit ceci: "Dieu! Il me protège, j'irais au paradis!" ( j'ai fait une syncope)
J'ai posé la question à mon chat et il m'a dit : "miaou.."
J'ai posé la question à Vesper au levé du jour, elle m'a dit : "L'avènement de la lumière!"
J'ai posé la question à un jeune garçon qui jouait seul dans une cours, il m'a dit: "Chépa, chirac?"

    Nous pouvons par conséquent en déduire que "Chépa,chirac?", "dieu", "lumière", et "miaou" sont des réponses identiques pour ce qu'elles ne sont pas démontrables, et constituent essentiellement une croyance. Nous sommes donc voué à croire quant au sens de l'existence. Oui, me concernant je réponds que je suis troublé, apeuré même, et aussi fasciné de ne rien pouvoir savoir et demeurer impuissant face à ce phénomène inqualifiable : l'existence.


Rêvons ensemble.

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Le sens de l'existence

Bonjour Lux fero,

Je prends cette réponse comme une boutade et qu'aurais-tu dit si ton minet avait répondu : "chat alors !" ?
Plus sérieusement tu as le mérite d'avouer ta peur face au sens de l'existence, ce n'est pas si fréquent.
Car tu reconnais que la vie a un sens, avant d'avoir une signification.
Montaigne écrivait : "La mort est bien le bout, non le but, de la vie".
La destination de tout être est son anéantissement, c'est donc la mort (la perspective de la nôtre ou la mort d'un être cher) qui nous pousse à donner une signification à la vie. Cette interrogation sur l'au-delà de la mort est caractéristique de l'espèce humaine. Les rites funéraires sont apparus très tôt dans la préhistoire... La réponse forcément personnelle à cette question universelle (même si certains font semblant de ne pas se la poser) va donc engager ma vie (sauf à me montrer inconséquent).

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Le sens de l'existence

Bonjour Jean-Luc,

Je prends cette réponse comme une boutade et qu'aurais-tu dit si ton minet avait répondu : "chat alors !" ?

hihihihi Je n'y suis pas insensible, elle est superbe. (sourires)

C'est sans doute vrai que la mort nous pousse a donner un sens à la vie, je ne le conteste pas, car elle suscite les questionnements d'ordre métaphysique de par son imminence brutale. Cependant, je trouve étrange/fascinant, le fait que chaque être humain soit en mesure de se rendre compte de l'organe des sens; de sous-tendre vers la faculté de sentir (le sens) ce qui d'une part existe/rait tout en n'étant point immédiatement appréhendable par les sujets (nous), et d'une autre son accomplissement ostensible comme étant une acquisition indiscutable et affirmée.
  "Je" me dis en conclusion que le sens donné à ce que l'on nomme l'existence est selon ces proposition une contrainte,une issue atteinte sans opposition à ce dont nous sommes supposés être ci-bas, le résultat d'une impossibilité naturelle au genre auquel nous appartenons. Même ça je ne peux en être sûr..