Bonsoir, les amoureux du français !
C’est le participe passé qui nous donne du fil à retordre.
En effet, aux TEMPS SIMPLES, l’analyse n’est pas si compliquée :
* Ma voiture FAIT vieille. → SEMBLE vieille. (Attribut du sujet)
* Ma voiture SE FAIT vieille. → DEVIENT vieille. (Attribut du sujet)
* Ma fille SE FAIT belle.
1 soit → DEVIENT belle. (Attribut du sujet)
2 soit → SE FAIT une beauté. (Attribut du COD)
Ce dernier énoncé verra son ambiguïté levée :
1 par le contexte ;
2 en fonction de la classe sémantique du sujet : si le sens « devenir » peut être donné à tout sujet quelconque, par contre celui de « se rendre » - attribut du COD – suppose que le sujet soit capable de volonté. En effet, il n’est pas possible que ma voiture se fasse une beauté. Je n’imagine d’ailleurs pas non plus qu’elle puisse devenir belle, à moins qu’une bonne pluie l’ait remise en son état premier…
Que dire maintenant des TEMPS COMPOSÉS ?
Je reproduis les deux exemples du Petit Robert :
* Elles SE SONT FAITES très conciliantes.
* Elles SE SONT FAIT belles.
Je rappelle que le dictionnaire les a écrits à propos du sens « devenir volontairement, se rendre ».
Revenons en arrière : Ma voiture fait / se fait vieille.
1 « Ma voiture A FAIT vieille » est un énoncé qui ne serait acceptable qu’à la fin d’une exposition de voitures, par exemple ; bien entendu, le participe passé (avec avoir) serait invariable.
2 « Ma voiture S’EST FAITE vieille » est un énoncé improbable ; nous dirions plus naturellement « Ma voiture EST DEVENUE vieille ». Improbable sans doute, mais pas impossible. Dès lors, comment échapper à l’accord du participe passé avec le sujet ? Nous arriverions au même résultat dans le cadre d’un attribut du COD, mais le caractère inanimé de ma voiture s’oppose à cette analyse.
Reste le cas où le sujet est un être animé capable de volonté et capable d’exercer cette volonté sur lui-même.
1 * Elles SE SONT FAITES très conciliantes.
Cet énoncé ne soulève aucune difficulté : accord du pp avec le COD « se », dont le représenté est « elles », un féminin pluriel.
2 * Elles SE SONT FAIT belles. → Elles SE FONT belles.
L’analyse de cet énoncé devrait aboutir à la même conclusion : Elles SE SONT FAITES belles.
Écartons l’hypothèse d’une erreur de typographie.
Que trouvons-nous dans les grammaires ?
* Je M'ÉTAIS FAITE belle. (Giono)
Le Robert des Difficultés du français explique : « le pp s’accorde, bien entendu, s’il est suivi d’un adjectif attribut du COD ».
Grevisse abonde dans le même sens :
* Je ME SUIS CRUE morte. (Bernanos)
* Elle S’ÉTAIT RENDUE intéressante. (J.-J. Gautier)
* Les horreurs dont les hommes SE SONT RENDUS coupables. (Siegfried)
* Les Goncourt SE SONT FAITS l’écho… (Billy)
en précisant cependant qu’il y a une certaine HÉSITATION dans l’usage :
* La littérature S’EST VOULU cela. (Barthes)
* Est-ce que tu M'A FAIT bien belle ce soir ? (Claudel)
* Ces sons du cor que je n’AI jamais TROUVÉ tristes. (Mauriac)
* Une vie qu’on AURAIT VOULU belle. (Maurois)
* Qui les EÛT CRU si pleins de sang ? (Montherlant)
* Ces petits fruits qu’on AURAIT VOULU plus sucrés. (Gide)
* J’assistais à des événements que mon grand-père EÛT certainement JUGÉ invraisemblables. (Sartre)
Grevisse ajoute que c’est un des cas où l’invariabilité du pp était recommandée par les grammairiens du XVIIe siècle. (Comme quoi rien n’est absolu dans la vie, même pas ce que je viens de vous dire…)
Les nuances que vous sentez selon qu’on accorde le pp ou pas sont intéressantes, mais je crains qu’elle ne trouvent pas place dans les cadres et schémas ACTUELS de la grammaire.
Personnellement, je ne vois pas le moyen de justifier la grammaticalité de « Ma fille S’EST FAIT belle » :
1 pronominal réfléchi, COD : accord ;
2 l’accord se fait aussi dans l’équivalent « Ma fille EST DEVENUE belle ».
On m’objectera les exemples précités d’invariabilité. Bien sûr ! Mais aucun de ces exemples ne peut s’expliquer par un « fait de nature ».
Voilà ! Je ne vois pas ce que je peux encore ajouter, quel que soit mon désir de vous plaire.