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Incompréhension d'un tercet de Sponde

Bonsoir à tous,

je voudrais expliquer un sonnet de Sponde, or le sens du dernier tercet m'échappe (par exemple, je ne sais absolument pas à qui renvoient les pronoms etc).

Je souhaiterais, si possible, qu'on me le reformule.


"Je contemplais un jour le dormant de ce fleuve"

Je contemplais un jour le dormant de ce fleuve
Qui traîne lentement les ondes dans la mer,
Sans que les Aquilons le fassent écumer
Ni bondir, ravageur, sur les bords qu'il abreuve.

Et contemplant le cours de ces maux que j'épreuve,
Ce fleuve, dis-je alors, ne sait que c'est d'aimer ;
Si quelque flamme eût pu ses glaces allumer,
Il trouverait l'amour ainsi que je le treuve.

S'il le sentait si bien, il aurait plus de flots,
L'Amour est de la peine et non point du repos,
Mais cette peine enfin est du repos suivie,

Si son esprit constant la défend du trépas ;
Mais qui meurt en la peine il ne mérite pas
Que le repos jamais lui redonne la vie.

Incompréhension d'un tercet de Sponde

Bonsoir Forever,

Voilà ce que je comprends, sous toute réserve (mes remarques entre crochets) :

Mais cette peine enfin est du repos suivie,

Si son [à la peine] esprit constant la [= la peine] défend du trépas ;
Mais qui [= n'importe qui] meurt en la peine il ne mérite pas
Que le repos jamais lui [(à) n'importe qui] redonne la vie.

Muriel

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Incompréhension d'un tercet de Sponde

Bonsoir !

Merci beaucoup Muriel.

interrogations me viennent alors : 

-Comment une peine peut avoir un esprit constant?

-Le sens des 2 derniers vers, malgré votre intervention, m'échappe toujours... sad

Incompréhension d'un tercet de Sponde

Si son esprit constant [une peine dure, perdure, est éternelle, est omniprésente, etc.) la défend du trépas [de l'oubli définitif, donc de son anéantissement] ;
Mais qui meurt en la peine [de chagrin] il ne mérite pas
Que le repos [la sérénité, le temps qui passe sur les blessures les plus profondes] jamais lui redonne la vie [le pouvoir de continuer, de surmonter les peines, les souffrances].

J'ai l'impression (mais ce n'est qu'une impression) que ce paysage « état d'âme » est à mouvement inverse. C'est-à-dire que le poète, après avoir souffert de ses « passions » (assimilées aux mouvements tumultueux de la mer), trouve le repos sur les rives d'un fleuve au débit calme, régulier et rassurant ; ressourçant. Alors que dans la nature, c'est l'inverse ; d'abord le fleuve (l'amont), puis la mer (l'aval).

Il est possible que la "leçon" soit d'apprendre à ne pas se laisser emporter par les grands mouvements/passions, mais savoir aussi revenir "en arrière", savoir remonter le fleuve (de la vie) à un état plus serein. Ce qui n'est évidemment plus permis à celui qui succombe à sa/ses "passion/souffrances".

Interprétation à mes risques et périls...  big_smile

Muriel

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Incompréhension d'un tercet de Sponde

Bonsoir à tous deux,

Sponde, poète baroque redécouvert il y a seulement un demi-siècle, est amateur de formes compliquées pour exprimer une thématique simple.

Ici il s'agit d'une rhétorique organisée en antithèses autour de thèmes chers au baroque : changement et permanence, illusion et vérité, vie et mort...

Je crois comprendre que Sponde fait l'éloge de la constance en amour. C'est un éloge paradoxal de la souffrance dans et par la passion. Sponde procède par une série de retournements (transformations) très caractéristiques de l'époque.
S'il persiste dans son amour, malgré l'absence de retour de l'être aimé, il reste dans la peine (la souffrance) ce qui maintient paradoxalement l'amour vivant.
Toute vie s'achève dans le repos de la mort.
Si par aventure, celui qui a fait le choix de rester constant à sa flamme venait à mourir dans cet état, il serait bien mal récompensé de trouver le repos dans la mort. En effet la souffrance de l'amour est hautement préférable à une vie terne sans passion.

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Incompréhension d'un tercet de Sponde

Bonsoir,

merci d'avoir pris de votre temps pour me répondre.
Vous m'avez permis d'y voir un peu plus clair !

Toutefois, quelques remarques :
*Jean-Luc, je comprends votre réflexion mais ne parvient pas du tout à la rattacher directement, concrètement au poème (ne vois pas à quel vers telle explication renvoie...).

*"Mais cette peine enfin est du repos suivie,
Si son esprit constant la défend du trépas"
=> Je ne peux expliquer ce repos obtenu après votre explication...

*"Mais qui meurt en la peine il ne mérite pas
Que le repos jamais lui redonne la vie
"
=> Quelle vie ? Une vie future ? Comment le repos pourrait-il faire cela ? Il doit y avoir des images et donc cela renvoie à autre chose, mais je ne saisis pas quoi... sad

*Y-a-il bien un registre dramatique qui apparaît et se developpe au fil du poème (j'envisage une lecture linéaire) ?

=> Devrais-je partir sur une problématique sur l'éloge de la constance en amour où la nécessité de souffrir a un pouvoir "générateur" - je ne trouve pas le terme adéquat, rendu concret par l'opposition avec le fleuve ?(Suis-je totalement HS et/ou à côté de l'enjeu de ce texte ?)

Cordialement,
Forever.

Incompréhension d'un tercet de Sponde

"générateur" - je ne trouve pas le terme adéquat

Tu veux sans doute dire régénérateur.

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Incompréhension d'un tercet de Sponde

Bonjour Forever,

Je vais essayer de reformuler plus clairement ce que je crois comprendre de ce poème.
J'espère ne pas te fourvoyer.

Le sonnet est construit à partir de deux séries d’équivalences antithétiques :
-    Le fleuve, le calme, le repos, la mort, le sommeil, le froid…
-    La mer, l’agitation, la vie, la souffrance, la flamme, la passion…

Revenons aux tercets :
Le poète reproche au fleuve son impassibilité, son calme proche de la mort…
L’Amour (le véritable amour passionné) fait souffrir.
Cette souffrance s’achèvera enfin (à la fin) inéluctablement dans le repos (éternel de la mort)
même si celui qui se meurt dans la constance de sa passion veut l’empêcher de mourir.
C’est pourquoi celui qui se consume d’amour serait mal récompensé
si le repos devait un jour lui rendre la vie (une vie terne, une vie qui aurait renoncé à son idéal).
Bien sûr il y a l'ambiguïté sur le terme de repos qui évoque tout à la fois la convalescence et la mort.

Le fleuve est l’image de nos vies qui s’écoulent. Tout Amour est voué à la mort. Le passionné est admirable en ce qu’il continue de lutter malgré la connaissance de la fin. Le véritable passionné est celui qui voudrait son Amour éternel, ou du moins figé dans l’éternité. La mort dans les souffrances amoureuses est préférable à la vie tranquille et banale. Ce sonnet précieux est une préfiguration des poèmes métaphysiques de la deuxième manière chez Sponde, ceux qui vont méditer sur la mort. On peut penser aussi que Sponde passe insensiblement de l’amour courtois à l’Amour mystique.

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Incompréhension d'un tercet de Sponde

Bonjour à vous deux !

Oui Muriel c'était ce mot-là, merci !

Jean-Luc, un grand merci pour avoir reformulé et approfondis votre propos.

*J'ai toujours un problème de compréhension concernant le vers 12 : "Si" = même si ? (il n'exprime donc pas la condition ici ?)

*v13 : "meurt" = mort physique ?

*Je suis perplexe à cause du verbe "mériter" : pour moi, cela rendrait mélioratif la vie terne dont il est question à la fin du poème...

*Je bloque encore et toujours sur cette "vie" : ce n'est pas que vous expliquez mal -loin de là, mais je crois que mon esprit est buté sur ce dernier vers !
=> C’est pourquoi celui qui se consume d’amour serait mal récompensé si le repos devait un jour lui rendre la vie (une vie terne, une vie qui aurait renoncé à son idéal).
Je ne comprends pas de quel repos il est ici question et comment, s'il s'agit de la mort, il pourrait être à nouveau question de vie... Peut-être me l'avez-vous expliqué mais je n'ai alors pas du tout saisi ce point, j'en suis désolé...

*Qu'entendez-vous par "sonnet précieux" ? // la préciosité, parler d'amour de façon recherchée, élevée, raffinée ?

*Je n'ai pas de connaissances sur l'amour mystique et ne pourrai donc pas approfondir l'analyse.

Cordialement,
Forever.

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Incompréhension d'un tercet de Sponde

Bonjour Forever,

Je manque de temps aussi vais-je répondre en plusieurs fois.

Si n'exprime pas toujours la condition ou l'hypothèse.

Littré a écrit :

10°  D'autres fois si marque opposition. ? Si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu, J. J. ROUSS., Ém. VI

Dans ce poème, je le comprends comme un bien que.

Mourir ne veut pas forcément dire perdre la vie.

Littré a écrit :

En un sens analogue, mourir dans son péché, ne pas se corriger. ? Ce n'est pas parce que j'ai quatre-vingts ans que je pense ainsi ; car j'avais le même goût à quinze, et probablement je mourrai dans mon péché, VOLT., Lett. Touraille, 5 juill. 1774
Il mourra en sa peau, ou en sa peau mourra le renard, c'est-à-dire on ne se corrige point.
On dit de même : il mourra dans la peau d'un insolent. ? Le drôle est toujours le même, et, à moins qu'on ne l'écorche vif, je prédis qu'il mourra dans la peau du plus fier insolent !..., BEAUMARCHAIS, le Mariage de Figaro, I, 3

Ici je le comprends comme persévérer ou se consumer.

Est-ce que ces réponses sur le lexique te permettent de progresser ?